Chapitre 118
Carol ne quittait pas Akira des yeux pendant qu'il discutait avec Elena et Sara. Objectivement comme subjectivement, Carol était une jeune femme magnifique. Et même en comparaison, Sara et Elena étaient elles aussi très belles. D'un simple point de vue esthétique, elles ne boxaient pas dans une catégorie différente de celle de Carol.
Pourtant, Akira réagissait de manière radicalement différente avec Elena ou Sara qu’avec elle. Carol avait d'abord pensé qu'Akira n'avait aucun intérêt pour les filles, mais elle devait revoir son jugement après avoir été témoin de cela.
[Je me demande d'où vient cette différence ? Est-ce seulement parce qu'il les connaît depuis plus longtemps ? Est-ce qu'il est juste maladroit avec les gens qu'il ne connaît pas bien... ? Non, je ne pense pas que ce soit ça.]
Carol rejeta immédiatement cette dernière supposition. Grâce à sa longue expérience avec la gent masculine, elle sentait qu'elle touchait du doigt quelque chose qui pourrait l'aider à séduire Akira. Si Akira n'avait simplement jamais goûté aux charmes du sexe opposé, elle devrait trouver un autre angle d'approche. Elle décida de garder cela en tête pour le moment.
[Enfin, rien ne sert de se presser. Cela ne fait que deux jours que nous nous connaissons. Je vais l'approcher lentement et prudemment pour m'assurer qu'il ne coupe pas les ponts.]
Shikarabe arriva pile à l'heure. Les autres Chasseurs parurent surpris en le voyant descendre de son véhicule de transport de troupes (VTT) avec un air particulièrement irrité. — Désolé, je suis en retard ? demanda Shikarabe. Elena répondit : — Ne t'inquiète pas, tu es à l'heure. Par contre, tu as l'air très agacé, qu'est-ce qui se passe ? — Rien, c'est rien. — Si c'est vraiment "rien", en tant que chef d'équipe, j'aimerais au moins en connaître la raison, d'accord ?
Shikarabe fronça les sourcils et fixa Elena. Celle-ci soutint son regard sans sourciller. Après quelques secondes de silence, Shikarabe soupira : — ... Puisque je suis ici aux ruines de Mihazono, les gens de Drankam insistent pour que je rejoigne l'équipe de Drankam, ne serait-ce que de nom. Ce n'a pas été facile de les envoyer balader. C'est tout.
Il était évident que Shikarabe refusait catégoriquement de travailler sous les ordres de Katsuya, même sur le papier, au point de détester devoir l'expliquer. Elena et Sara eurent un sourire amer. Elles comprenaient l'aversion de Shikarabe pour Katsuya et savaient qu'il ne pouvait pas le piffrer. Au fond, elles compatissaient peut-être un peu.
Carol, elle, affichait un sourire narquois. Elle savait que Shikarabe était un homme qui laissait rarement ses sentiments personnels interférer avec son travail. Appartenir à une équipe de Drankam "pour la forme" ne lui aurait causé aucune perte ; le fait qu'il refuse montrait à quel point sa haine était profonde, ce qui était rare pour lui. Carol se demanda qui était ce fameux Katsuya pour pousser Shikarabe à de telles extrémités.
Akira ne réagit pas. Pour lui, les luttes intestines de Drankam ne le regardaient pas, tant que cela ne lui causait pas d'ennuis, à lui ou à ses proches. Après un court briefing, ils retournèrent dans les ruines de Mihazono.
La journée se déroula sans accroc majeur. Comme ils avaient décidé de baisser le niveau de difficulté des requêtes de sauvetage, ils n'eurent pas à affronter de nuées de monstres dans des espaces confinés ou des créatures surpuissantes. Ils se contentèrent de faire la navette entre l'antenne de la Guilde des Chasseurs et les ruines pour escorter les Chasseurs secourus.
Bien que les récompenses par mission soient plus faibles, elles étaient compensées par le volume de requêtes traitées. À la fin de la journée, le bilan financier était excellent compte tenu des risques pris. Certains Chasseurs moins gradés souffraient peut-être de les voir "voler" les missions faciles, mais c'était la loi du milieu : savoir convertir efficacement le risque en profit est une compétence essentielle.
Alors qu'ils enchaînaient missions et courtes pauses, le soleil finit par se coucher, plongeant à nouveau Mihazono dans l'obscurité. Elena et son équipe garèrent leurs véhicules près de la Guilde pour discuter de la suite. Tout le monde était épuisé, particulièrement Elena, Sara et Shikarabe qui étaient sur le pont depuis la veille.
— On s'arrête là pour aujourd'hui, dit Elena, visiblement fatiguée. On se retrouve demain avec la même équipe. Prévenez si un imprévu survient. Shikarabe intervint : — J'ai des trucs à régler pour Drankam, donc je ne rentre pas en ville. Je reste à Mihazono ce soir. Je reste joignable, donc pas de problème pour me contacter. Akira, tu devrais vraiment changer ton forfait de communication, cette ligne bas de gamme est une horreur. Akira parut surpris : — Attends, tu restes ici ? Tu comptes retourner dans les ruines ? — Même moi, j'ai mes limites. Je vais loger dans une installation de Drankam à proximité. Ils ont construit une base temporaire pour éviter les allers-retours en ville. C’est un gain de temps énorme. Je pourrais dormir dans mon VTT, mais puisqu'il y a des lits là-bas, autant en profiter. Sara ajouta : — Nous aussi on reste dans le coin, dans l'un de ces bungalows mobiles. Ce qui veut dire... que seuls Akira et Carol rentrent en ville, hein...
Elena, Sara et Shikarabe se tournèrent vers eux. Elena pensa : [S'il était seul, j'inviterais bien Akira, et Sara ne serait pas contre, mais...] Sara pensa en regardant Carol : [... Impossible d'inviter Carol, je ne la connais pas assez, et Elena ne serait pas à l'aise.] Les deux amies échangèrent un regard ; elles se comprenaient sans un mot.
Akira se tourna vers Carol : — Je rentre en ville. Et toi, Carol ? — Voyons voir... Carol lança un regard à Shikarabe, qui semblait sur ses gardes. Elle sourit : — Je rentre aussi. Akira, tu peux me déposer ? — ...? Bien sûr.
Akira fut intrigué par la réaction de Shikarabe, mais décida de ne pas s'en soucier. Il salua Elena et Sara. — Bon, j'y vais. À demain. Elena sourit : — Sois prudent sur la route, et repose-toi bien en arrivant. Sara ajouta : — Ne relâche pas ton attention avant d'être en ville, compris ?
Une fois Akira et Carol partis, Elena se tourna vers Shikarabe : — Shikarabe, tu as un moment ? Shikarabe devina la question et grimaça : — Ça dépend. Je suis crevé, je veux dormir. — C’est à propos de Carol. Je veux en savoir plus sur elle. Tu la connais, non ?
Le visage de Shikarabe devint grave. Elena et Sara furent surprises par ce changement de ton. — Écoutez, commença Shikarabe en choisissant ses mots. Éviter la question sans explication poserait problème, mais tout vous dire en poserait aussi. Je ne répondrai qu'à ce qui ne nuira pas à notre collaboration actuelle. Pour faire simple : ce n'est pas une "fille bien". Mais il est peu probable que sa personnalité ou ses habitudes posent problème pour les missions de sauvetage en cours. Ses compétences de Chasseuse sont réelles, elle ne nous ralentira pas.
Elena et Sara parurent troublées. — Heu, on dirait qu'elle n'est rien d'autre qu'une source d'ennuis ? demanda Elena. — Interprétez ça comme vous voulez. C'est une personne problématique, mais pas forcément à court terme pour nous. Je ne l'inviterais jamais dans ma propre équipe, mais si quelqu'un d'autre l'amène, je ne la vire pas car elle est forte. C'est tout ce que je peux dire. Si vous voulez plus de détails, attendez qu'on ait fini ce contrat. À demain.
Shikarabe s'en alla, laissant Elena et Sara perplexes. Elles ne savaient plus trop sur quel pied danser avec Carol.
Akira déposa Carol à leur point de rendez-vous initial. Elle descendit et s'étira longuement avant de lui faire face avec un sourire. — Bon, à demain alors... Si tu as un peu de temps, tu peux passer chez moi, tu sais ? Tu peux même rester dormir. Je peux te cuisiner un petit truc rapide. Comme ça, on n'aura pas besoin de se rejoindre ici demain matin avant de partir.
Akira secoua la tête. — Non merci, je rentre. Je ne peux me détendre que chez moi. — Je vois, c'est dommage... Sérieusement, tu refuses alors qu'une beauté comme moi t'invite ? Tu n'es pas drôle. Carol lui adressa un sourire plein de confiance, auquel Akira répondit par un sourire tout aussi assuré : — Désolé. Repose-toi bien.
Carol le regarda partir en murmurant : — Aucune réaction, même maintenant. Eh bien, soyons patiente. Elle sourit avec amusement ; cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas pris autant de plaisir à essayer de séduire quelqu'un.
En rentrant, Akira fila directement au bain. Il laissa l'eau chaude soigner son corps fatigué, immergé jusqu'au cou. Il avait déjà nettoyé son équipement ; après le bain, il n'aurait qu'à s'écrouler dans son lit.
Akira était dans un état second, presque en transe. Même si une fille magnifique, dont le corps avait été ajusté selon ses préférences, partageait son bain sans le moindre vêtement, il n'y prêtait aucune attention. C'était, en soi, une situation assez inhabituelle.
Alpha, immergée jusqu'à la naissance de la poitrine, se leva soudainement sans la moindre gêne et s'assit sur le rebord de la baignoire. Sa silhouette parfaite, floutée par les remous de l'eau, était pleinement visible. Seules la vapeur et les gouttelettes glissant sur sa peau faisaient office de voile au-dessus de ses genoux.
Akira tourna la tête vers elle. Il fixa le corps incroyablement tentateur d'Alpha pendant quelques secondes avant de détourner le regard, comme s'il avait perdu tout intérêt. Alpha sourit : — Quelle réaction devant un corps aussi splendide. Il semble qu'il faille encore du temps avant que la priorité entre "filles" et "nourriture" s'inverse dans ton cerveau, hein. Akira, à moitié endormi, répliqua : — ... Garde ça pour plus tard, tu veux bien ? Il était trop occupé à savourer son bain pour répondre aux taquineries d'Alpha.
Alpha se dit qu'Akira s'était peut-être trop habitué à la voir nue, mais c'était un sacrifice nécessaire. Mieux valait que sa beauté soit inefficace plutôt qu'Akira se fasse séduire par quelqu'un d'autre. — Compris. On verra ça plus tard. Sinon, combien de temps comptes-tu encore travailler avec Elena et Sara ? — Je ne sais pas trop... Jusqu'à ce qu'on trouve un bon moment pour arrêter ? Elles ne vont pas faire des sauvetages d'urgence à Mihazono éternellement. — Donc, pour l'instant, tu continues.
L'expression d'Alpha était neutre, ce qu'Akira trouva étrange. — Heu... il y a un problème ? — Ce n'est pas un problème, mais honnêtement, pour que tu puisses accomplir ma requête, je préférerais que tu améliores tes compétences en exploration de ruines plutôt qu'en sauvetage. De plus, tu devras être seul pour la ruine que je veux que tu explores. Tu dois apprendre à te débrouiller en solo, pas en équipe.
Akira hocha la tête. Après tout, le soutien d'Alpha n'était qu'une avance pour sa future mission. Travailler avec Elena et Sara n'était qu'un choix égoïste de sa part. — Je... je gagne bien ma vie avec ça, et j'utilise cet argent pour acheter l'équipement nécessaire aux ruines. Si tu vois ça comme une période de financement, ce n'est pas si mal, non ? Alpha lui adressa un sourire qui ressemblait à une réprimande : — Admettons. Mais n'oublie pas que ton vrai métier, c'est l'exploration. — Je sais.
Le lendemain, Akira récupéra Carol. Elle dormait sur le siège passager. Avant de sombrer, elle lui avait dit en souriant qu'il était libre de faire ce qu'il voulait d'elle pendant son sommeil, ce qu'il ignora royalement. Akira la regarda un instant. Elle semblait si vulnérable endormie, contrairement à son habitude. Alpha le taquina : — Ce n'est pas parce qu'elle dort et qu'elle est d'accord que tu dois faire quoi que ce soit, tu sais ? Si une image te suffit, je peux t'aider. Garde tes mains pour toi, ok ? Akira fronça les sourcils : — Mais bien sûr que non. Je me disais juste qu'elle a l'air différente quand elle dort. — C’est pareil pour toi, enfin, depuis peu. Avant, tu gardais toujours un œil ouvert, tu ne dormais jamais profondément. Mais maintenant, tu dors comme une souche tant que je ne te réveille pas.
Akira resta pensif. À l'époque où il dormait dans les ruelles du bidonville, chaque nuit était une lutte pour voir le lendemain. Aujourd'hui, il avait un lit douillet, des murs solides, et surtout Alpha pour monter la garde. [... Quand j'y pense, je mène une vie sacreusement luxueuse maintenant.] Il sourit amèrement en réalisant le chemin parcouru.
Arrivés au point de rendez-vous, ils virent qu'Elena et les autres étaient déjà là. Un nouveau venu, du même âge qu'Akira, se tenait aux côtés de Shikarabe. — On est tous là, commença Elena. On retravaille ensemble aujourd'hui... mais d'abord, Shikarabe a quelque chose à dire. Shikarabe, masquant son agacement, déclara : — À cause de ma situation, j'ai dû amener une personne de plus. C'est un Chasseur de Drankam. Son rang est... Hé, c'est quoi ton rang déjà ? — Rang 30. Je m'appelle Togami, ravi de travailler avec vous. C'était le garçon qu'Akira avait croisé lors de la chasse à la prime.
Shikarabe s'adressa à Akira d'un ton provocateur : — Akira. Si ça te pose un problème qu'il vienne, ne te gêne pas pour le dire. Je prendrai ton avis en compte, tu sais ? Il semblait envoyer un message subliminal à Akira. Ce dernier, confus, se tourna vers Elena : — Elena-san, Sara-san, ça vous va s'il nous rejoint ? Sara répondit : — Je m'en remets à Elena. Elle a dit que c'était ok si les autres n'y voyaient pas d'inconvénient. Donc, ça dépend de toi. Elena précisa : — Si tu ne le sens pas, dis-le. Je ne déciderai pas à la majorité. Aucune pression.
Akira réfléchit. Il comprit que s'il disait non, Togami serait éjecté. — Ça ne me dérange pas. Après tout, j'ai bien amené Carol hier. Carol demanda alors : — Faut-il revoir la répartition des récompenses ? — Non, répondit Elena. Comme tu es payée sur la part d'Akira, Togami sera payé sur celle de Shikarabe. Il obéira à Shikarabe comme tu obéis à Akira. — Dans ce cas, ça me va, sourit Carol. Akira est responsable si je fais une gaffe, et Shikarabe le sera pour lui, pas vrai ? Shikarabe grogna, visiblement mécontent.
Akira demanda discrètement à Alpha : — J'ai dit un truc de travers ? — Non. Il espérait juste que tu t'opposes à la venue de Togami. Il ne veut pas de lui, mais il ne pouvait pas refuser l'ordre de Drankam. Il voulait utiliser ton refus comme excuse. — Ah... Shikarabe a la vie dure, on dirait.
Akira dit cela avec une indifférence totale. Les jeux politiques des gangs ne l'intéressaient pas. Elena, ignorant les tensions, conclut : — C'est décidé alors. On part à six aujourd'hui. En tant que leader, elle ne voyait aucune raison de refuser un Chasseur compétent supplémentaire si cela n'impactait pas les gains des autres. Ils acceptèrent une nouvelle requête d'urgence et s'enfoncèrent de nouveau dans les ruines de Mihazono.