Un homme et une femme âgés se tenaient dans un espace ouvert, leurs nobles montures patientaient à distance derrière eux, broutant les hautes herbes qui les entouraient.
L'homme, Alaric Ironfell, tenait quelque chose dans sa main : une carte dorée sur laquelle leurs noms, à lui et à son épouse, étaient inscrits en caractères gras.
Son expression restait calme, mais ses yeux portaient une gravité rarement vue, même par ceux qui le connaissaient bien.
La carte dorée dans sa main émettait une faible lueur.
C'était une convocation. Une de celles qu'on ne peut ignorer.
Pour la première fois depuis plus d'un siècle, le Covenant des Anciens avait appelé à une réunion d'urgence.
Alaric ferma le poing autour de la carte. Esty s'approcha de lui et ils échangèrent un regard, hochant légèrement la tête avant d'avancer simultanément.
Chaque pas était plus lourd que le précédent.
Ils finirent par s'arrêter devant une fenêtre transparente qui ressemblait à un portail vers un autre monde. Alaric prit une profonde inspiration, inséra la carte dans ce miroir et la tourna lentement vers la gauche.
L'espace devant lui se brisa instantanément comme du verre, des fissures se propagèrent à travers le vide, formant une passerelle colossale.
Au-delà de cette passerelle s'étendait un royaume, totalement caché au reste du monde.
Un lieu où même le temps s'était arrêté.
C'était le lieu de réunion des membres du Covenant des Anciens, tous les douze, représentant toutes les races existant sur la planète.
Le monde ne savait rien du Covenant des Anciens, les Rois et les Reines l'ignoraient ; même les Patriarches des grandes sectes ne connaissaient que des fragments de la vérité.
Pourtant, depuis des milliers d'années, une main invisible guidait le cours de l'histoire depuis l'ombre.
Lorsqu'une véritable guerre menaçait d'engloutir des continents entiers, ils intervenaient.
Le Covenant des Anciens n'était ni un royaume ni un empire.
C'était un accord forgé dans le sang, le sacrifice et la nécessité.
Et parmi ses membres se trouvaient les êtres les plus anciens et les plus puissants encore en vie.
Alaric et Esty s'avancèrent sans hésitation. Au moment où leurs pieds franchirent le seuil, la lumière du soleil s'éteignit et la porte derrière eux disparut en un souffle.
Ils marchèrent tous deux en silence à travers ce passage pendant une dizaine de minutes, jusqu'à atteindre une grande porte noire.
Alaric cligna deux fois des yeux, posa sa main sur la poignée en métal, la tourna et l'ouvrit.
« Ah ! Ils ont enfin décidé de nous rejoindre. » Une créature encapuchonnée prit la parole ; c'était Banqui, un ancien de la race des Sang-de-Dragon.
Une douzaine d'individus étaient assis autour d'une grande table ronde dans une pièce sombre et sinistre, éclairée uniquement par des bougies.
« En retard, comme toujours », lança un autre membre, Rhaenys Von Bastian, une ancienne de la race elfique, dont la capuche ne parvenait pas à dissimuler la pointe de ses oreilles.
Des murmures s'élevèrent dans toute la pièce alors que les deux derniers sièges vacants étaient soudainement occupés par Alaric et sa Matriarche.
L'homme s'éclaircit la gorge et prit la parole : « Ne craignez rien, mes amis, car moi, le Patriarche du clan humain le plus puissant du monde, je suis là ! Avec ma charmante dame, bien entendu. » Il se vantait en désignant Esty, qui restait assise en silence comme à son habitude, un sourire aux lèvres.
« Votre fierté n'excuse pas votre retard, Alaric Ironfell, et pour cela, vous écopez d'une amende de 100 000 pièces d'or », déclara Banqui, sa voix profonde de dragon résonnant dans tout l'espace restreint.
Parmi ces anciens se trouvaient douze races différentes :
Humains, Elfes, Sang-de-Dragon, Phénix, Nains, Géants, Titans, Esprits, Anges, Hommes-bêtes, Vampires et Tréants (anciens esprits des arbres).
Alaric fronça les sourcils en entendant le montant de l'amende. « 100 000 ? » demanda-t-il en adressant un sourire malicieux à Banqui. « Dites-moi, Banqui, est-ce le vrai prix ? Ou êtes-vous simplement trop fauché ? »
Banqui regarda l'homme et rit, d'un rire maniaque, mais les autres anciens ne se joignirent pas à lui.
« Alaric, je suis un Sang-de-Dragon, les richesses ne manquent pas de mon côté. Cette amende a été convenue par l'ensemble du Covenant. Et soyez prudent, la prochaine fois que vous serez en retard, elle sera doublée. » Toute la table hocha la tête en signe d'accord.
Banqui était grand, pas autant qu'un dragon, mais il en possédait toutes les autres caractéristiques : le long museau, les écailles rouge vif et la capacité de cracher du feu.
Le vieil homme fronça de nouveau les sourcils, mais accepta de payer son amende à la fin de la réunion.
« Aujourd'hui, nous sommes réunis ici parce qu'Yggros a découvert quelque chose qui pourrait potentiellement marquer la fin de la cultivation sur cette planète telle que nous la connaissons. » Un Nain, du nom de Sylvanor le Grand, se leva sur sa chaise pour parler.
Une petite femme, émanant une aura liée à la nature, se leva à son tour et remercia le Nain d'avoir recentré le débat sur la question la plus urgente.
Ces anciens étaient tous renommés sur leurs continents comme étant l'élite de l'élite, dirigeant les clans et maisons les plus puissants et possédant des années et des années de connaissances, de cultivation et d'expérience au combat.
« Merci, Sylvanor. Tout le monde, cela fait plus de cent ans que nous n'avions pas tenu de réunion, et je n'aurais appelé personne ici si ce n'était absolument nécessaire... » Elle s'exprima d'une voix presque angélique, capable d'endormir les guerriers les plus puissants.
« Continuez ! » Un grognement profond s'échappa de la bouche de Thorin, un géant assis au bord de la pièce. En raison de sa taille, même la cape du Covenant ne pouvait lui aller, alors il restait torse nu, vêtu seulement d'une jupe en peau d'orignal. Thorin était un géant à l'aspect brut, avec une pilosité couvrant son torse et son crâne.
« La raison pour laquelle je vous ai appelés est que l'Arbre-Monde est en train de mourir », conclut-elle en balayant lentement la pièce du regard.
« L'Arbre-Monde ? » demanda Esty. « Vous voulez dire, l'origine de l'énergie spirituelle ? »
« Précisément », répondit Yggros. « Et si nous ne trouvons pas un moyen de le raviver bientôt, ce sera la fin de l'énergie spirituelle telle que nous la connaissons. La cultivation cessera d'exister, toute vie préservée se flétrira et mourra.
Cet arbre est également une source de vie pour les esprits des arbres ; à mesure qu'il s'affaiblit, nous nous affaiblissons aussi. Nous sommes au bord de l'extinction », dit Yggros avec lassitude avant de se laisser retomber dans son siège, sans ajouter un mot.
« Alors, avez-vous trouvé comment raviver l'arbre ? » demanda Rhaenys, dont les cheveux dorés étaient visibles sous la capuche sombre qu'elle portait. Ses yeux étaient vert foncé, chaleureux mais glacés.
« Oui, mais je ne peux pas le faire seule. »