La femme rit. Durant le temps qu’elle avait passé à cet étage, elle avait jugé Jacob suffisamment digne d’être son adversaire et voulait éprouver l’étendue réelle de ses pouvoirs. À condition, bien sûr, qu’il fût vraiment puissant et capable de lui offrir un véritable combat.
« Je ne provoque pas. » Les yeux de Leena brillèrent d’une lueur violette. Elle leva une main, faisant apparaître dans le ciel un immense nuage sombre qui s’étendait à perte de vue. « Je conquiers. »
D’un mouvement vers le bas, elle fit s’abattre d’épaisses traînées d’éclairs autour de Jacob. Elles creusèrent dans le sol des cratères remplis de gravats, assez grands pour accueillir une douzaine de cadavres à la fois.
Les éclairs crépitaient furieusement dans les airs tandis que Jacob bondissait avec agilité. Ses cheveux flottaient autour de lui alors qu’il traversait l’atmosphère dense, esquivant chaque éclair. On aurait dit qu’il pouvait prévoir où frapperait le suivant. C’était effectivement le cas.
Jacob fit un pas de côté pour éviter un nouvel éclair qui s’abattit juste à côté de lui. Le plus fascinant, avec les pouvoirs de foudre de Leena, c’était qu’ils étaient si rapides que la terre ne s’effritait qu’une fois les traînées lumineuses dissipées dans l’atmosphère. Jacob bondit juste à temps pour échapper à la formation d’un autre cratère.
« Alors, petite vermine, tu gigotes ? » Leena sourit d’un air entendu et leva l’autre main. Une nouvelle vague d’éclairs apparut. Ils s’abattirent du ciel à un rythme bien plus soutenu. Mais Jacob les esquivait toujours avec une facilité insultante, sans même être effleuré ni troublé par l’un d’eux.
…
Sous les yeux de Leena, l’homme séduisant aux cheveux blancs qui se tenait devant elle se démultiplia. À la place du jeune homme qui se trouvait là un instant plus tôt, il y en avait désormais mille. Ils étaient tous identiques, jusque dans les moindres détails. Jacob venait de créer mille clones de lui-même, assez pour former une armée.
« Je vois que tu as tes propres tours. » Leena abattit l’autre main d’un geste résolu, comme un juge qui prononce son verdict. Les éclairs déchirèrent rapidement l’étendue de la plaine tandis que les mille clones de Jacob chargeaient sur elle avec violence, chacun ne reflétant qu’une fraction de sa vitesse.
Le visage d’Elyssara était écarlate. Son humidité avait déjà commencé à couler sur le sol, les sièges étant légèrement inclinés vers l’avant. Mais elle n’en avait cure. *Oh là là ! Il peut se cloner !? Argh. Mille saucisses, ce serait le grand moment de ma vie. Je n’ai besoin de rien d’autre~*, songea-t-elle. Une foule de pensées impures se déchaîna dans son esprit.
Le clonage était la seule capacité de Jacob qui avait une limite — jusqu’à cet instant précis. D’ordinaire, ses clones ne pouvaient disposer que d’une fraction de sa puissance, car certaines de ses capacités de triche n’étaient pas encore illimitées. Il les renforça aussitôt, et les clones ne furent plus différents de son corps principal.
Mille ? Comment Leena allait-elle faire face à mille Jacob, qui ne connaissaient absolument aucune limite ?
La jeune femme sourit tandis que le barrage de foudre continuait de déchirer la terre. Elle saisit ses deux couettes et les fit tournoyer ; la lumière se refléta sur les lames attachées à leurs extrémités.
Les lames vibrèrent doucement lorsqu’elle s’immobilisa. Elle savait qu’au moins six cents d’entre eux allaient inévitablement l’atteindre en même temps. Il lui fallait un plan, à tout prix.
Ils se rapprochaient peu à peu. Leena se creusa la tête. Il lui fallait trouver un moyen de sortir de cette situation. Et soudain, elle eut une idée. Elle était une femme. Peut-être pourrait-elle blesser l’ego de Jacob d’une façon ou d’une autre…
« Il te faut donc mille clones pour m’affronter. Tu dois avoir peur. » Son sourire aux lèvres, elle lança ces mots d’une voix qui résonna dans toute l’arène et parvint directement aux oreilles de Jacob.
Le jeune homme y réfléchit un instant et comprit aussitôt où elle voulait en venir. « Quoi que tu en penses, je préfère avoir un avantage écrasant. Mais si tu veux m’affronter en un contre un, je t’en donnerai volontiers l’occasion. » D’une seule pensée, tous ses clones se dissipèrent comme des ombres.
Leena écarquilla les yeux. Jacob savait qu’elle cherchait seulement à blesser son ego et à l’atteindre, mais pour retourner la situation, rien ne valait le fait de la battre à son propre jeu.
Leena ne s’était pas attendue à ce que Jacob les fasse disparaître si vite. À vrai dire, elle aurait apprécié qu’ils en débattent un peu avant, mais Jacob avait mordu à l’hameçon plutôt facilement… du moins, c’est ce qu’elle croyait.
« Maintenant, il n’y a plus que toi et moi. Tu as déjà vu que tes petits feux d’artifice ne servaient à rien. Attaque-moi de toutes tes forces. » Jacob prit une posture de combat d’arts martiaux.
« J’adore les hommes comme toi. Tu as une confiance en toi démesurée. J’ai hâte de te remettre à ta place. » Leena se lécha les lèvres, admirant Jacob un bref instant, puis saisit ses couettes et fit tournoyer une nouvelle fois ses cheveux armés de lames.
…
Elyssara était assise dans la foule. Une légère déception se lisait sur son visage. « Oh… Les clones ont disparu. »
Elle regarda Romstad, qui suivait le combat avec une attention totale, même si son expression ne le laissait pas paraître.
« Peu importe… Ces clones sont réservés à moi, et à moi seule. J’ai hâte de me faire plaisir avec ces mille saucisses. » Elle marmonna enfin ces mots pour elle-même, puis reporta son regard sur le combat.
…
Jacob et Leena se dévisagèrent, les yeux brillants. Si Leena avait pu contourner la règle « Pas d’armes », c’était uniquement parce que les lames étaient attachées à ses cheveux par magie ; elles faisaient donc partie d’elle depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvenait.
Ils n’étaient pas très éloignés l’un de l’autre. Leena arborait un large sourire, dévoilant chacune de ses trente dents de requin. Jacob, lui, gardait une expression calme. Il inspirait et expirait en fixant la jeune femme sans ciller.
En moins d’une fraction de seconde, ils se ruèrent l’un sur l’autre…