Ils ne s’affrontèrent pas lame contre lame, comme beaucoup l’auraient imaginé. Cela tenait en partie au fait que Jacob ne brandissait aucune arme, mais aussi au style de combat unique dont la jeune femme fit presque aussitôt preuve.
Ses postures et ses mouvements étaient téméraires, débridés, spontanés. Elle faisait tournoyer ses lames à une vitesse folle, bondissant dans les airs tout en pivotant sur elle-même.
Les tranchants de ses lames foncèrent droit vers la nuque de Jacob en fendant l’air épais. Le garçon se baissa aussitôt et lui saisit un pied, avant de la plaquer au sol rouge et dur d’un seul mouvement. La jeune femme roula sur elle-même comme si la gravité n’avait aucune prise sur elle, se retrouva sur ses pieds en un instant et se rua de nouveau sur lui. Alors qu’elle allait frapper, elle disparut de sa position et réapparut aussitôt dans les airs, derrière lui, pour lui décocher un coup de ciseaux en plein dos. Elle fit claquer ses talons l’un contre l’autre, et deux couteaux acérés, semblables à des poignards, jaillirent de la semelle de ses chaussures. Ils étaient censés transpercer la colonne vertébrale de Jacob.
Mais, comme s’il avait connu chacun de ses mouvements à l’avance, il prédit aussi celui-ci avec une précision absolue. Il se contenta donc de se retourner et de lui agripper fermement la cheville. Le choc de celle-ci contre sa paume souleva une bourrasque qui s’envola dans toutes les directions, faisant voler leurs cheveux.
Les yeux de la jeune femme s’écarquillèrent aussitôt, mais elle n’eut pas le temps de réagir : Jacob l’attira à lui et lui asséna un coup de poing si violent qu’il traversa sa tête aussi facilement qu’un couteau dans du beurre.
Jacob constata que son visage n’avait pas éclaté et qu’elle ne saignait pas. En fait, elle n’avait ni crié ni manifesté la moindre douleur. Son visage n’avait même pas la texture d’une peau humaine : son poing l’avait traversé comme un clou épais transperçant de la gelée.
Le corps de la jeune femme s’effondra aussitôt au sol. Un trou s’était ouvert dans sa tête, et le morceau frappé par Jacob tomba à terre comme une motte de gelée.
Le trou béant dans sa tête était bordé de violet. On aurait dit que son corps était entièrement fait d’argile violette. Elle se traîna à genoux, tâtonnant de la main et cherchant le morceau manquant de sa tête tout en marmonnant des paroles inaudibles.
Jacob se contenta d’observer cette jeune femme, dont le corps se livrait à une scène aussi étrange que répugnante. Ses mains retrouvèrent le morceau et le remirent aussitôt en place. Les bords se ressoudèrent et, bientôt, son visage fut comme neuf.
Jacob ne la quitta pas des yeux, même après qu’elle se fut relevée et eut pris une grande inspiration.
À son expression, elle comprit aussitôt que ce qu’elle venait de faire n’avait pas particulièrement impressionné Jacob, mais qu’il affichait une pointe de dégoût.
« Oui ! Je sais ! Ce n’est pas convenable pour une femme de se comporter ainsi. Mais si tu savais ce qu’ils nous ont fait… » Sa voix se brisa. Maintenant que Jacob pouvait mieux la voir, il remarqua qu’elle était belle. Malgré sa petite taille et ses formes moins généreuses que celles d’Elyssara, son corps restait bien galbé. « Ils nous ont fait subir toutes sortes d’expériences, ils nous ont battues, brûlées, torturées. Nous n’avions plus le droit d’avoir des enfants, parce que ces hommes avaient désormais des robots capables de les satisfaire mieux que nous ne l’aurions jamais pu. »
Elle finit par s’interrompre pour reprendre ses esprits. Mais Jacob voyait bien qu’elle n’avait pas terminé.
« Je… Je suis le fruit de ces souffrances. Ils m’ont exposée à des radiations nucléaires qui ont transformé mon corps en une matière élastique, gluante et inhumaine. Et maintenant… maintenant, je ne ressens plus aucune douleur à l’extérieur… Mais à l’intérieur… je ne ressens que de la douleur. Une douleur pure, incontrôlable, sans fin. » Elle siffla entre ses dents en regardant Jacob. Des larmes lui montaient aux yeux, mais elle refusait de les laisser couler. À la place, elle s’essuya le visage du revers de la main et s’agrippa une fois de plus à sa longue queue-de-cheval. « Je suis désolée, mais tu es un fléau, une maladie, un virus. Et ma seule mission est d’exterminer ta race. »
« Là, tu ne fais que déplacer ton agressivité », répondit Jacob pour la première fois depuis qu’il l’avait frappée.
« Appelle ça comme tu veux, mais c’est la vérité. Le monde se porterait mieux sans les hommes. »
« Quelle plaie », marmonna Jacob tandis que la jeune femme se ruait de nouveau sur lui. Elle fit tournoyer à toute vitesse les lames qu’elle portait dans ses cheveux, le forçant à parer leurs coups avec ses poignets.
Puisque les lames ne pouvaient ni le blesser ni le couper, il ne servait plus à rien de les esquiver. Même en parant, il ne sentait presque rien lorsque le tranchant de ces lames extrêmement acérées heurtait ses poignets, encore et encore.
« Je vois… Tu es immunisé contre les coups de couteau et les coupures. » Elle sourit d’un air entendu et se déplaça dans les airs avec une précision chirurgicale. Mais cette fois, au lieu d’attaquer Jacob avec les lames, elle les retourna et le frappa avec leur partie émoussée.
Cette fois, Jacob se faufila dans les airs tandis qu’elle l’attaquait comme un chien enragé. Bien souvent, elle manqua de le toucher, tant ses mouvements étaient imprévisibles.
« Tu es comme un rat. Tu ne fais qu’esquiver, encore et encore. Mais les chats finissent toujours par tuer les rats », lança-t-elle en l’assaillant sans relâche.
« Tes comparaisons ne m’intéressent pas. Je gagne quand je veux et comme je veux. » Jacob lui saisit le bras et la fit tournoyer, puis lui donna un coup de genou en plein dans la colonne vertébrale. Le choc lui projeta la poitrine en avant.
Jacob la fit ensuite tournoyer de nouveau et, les deux mains jointes, lui transperça l’abdomen d’un seul coup de poing. Il se doutait que cela ne suffirait pas à l’éliminer, mais il voulait vérifier jusqu’où allait ce qu’elle prétendait et savoir si elle possédait un Noyau.
Comme prévu, elle n’en avait pas. Et, à première vue, elle était tout bonnement impossible à tuer.
Cela allait le mener à sa prochaine stratégie…