Jacob ne cherchait pas à épuiser Jareth, ni quoi que ce soit de ce genre. Ce n’était pas son objectif. Il était tout simple : il voulait seulement voir jusqu’où ce jeune homme pouvait pousser sa puissance.
Jareth avait déjà parcouru la distance en moins d’une nanoseconde, tant il était rapide. Dans la foule, la plupart des gens ne voyaient que des images rémanentes et des éclairs de leur combat. Certains ne distinguaient que le sol qui se dévastait. D’autres pouvaient suivre toute la scène sans difficulté.
Elyssara, la Déesse en pleurs, était assise à sa place, les yeux brillants tandis qu’elle observait Jacob. L’autre combattant ne l’intéressait guère : il était déjà évident qu’il était plus faible que le jeune homme dont elle était éprise. Elle frotta ses cuisses l’une contre l’autre, et un doux soupir lui échappa.
« Tu seras à moi, Jacob… » murmura-t-elle pour elle-même, presque au bord du rire, en se rendant compte de l’exaltation qui l’envahissait. Aucun humain ne lui avait fait cet effet depuis des siècles.
…
De son côté, Jacob prenait un plaisir fou à esquiver toutes les attaques qui pleuvaient sur lui. La dalle de pierre sur laquelle ils se tenaient était désormais presque entièrement détruite, tandis que Jareth continuait de frapper. Mais le combat ne semblait pas près de s’achever : Jareth paraissait lui aussi doté d’une endurance infinie. Jacob comprit donc qu’il devait y mettre fin au plus vite.
Jareth ne s’arrêtait pas. Ses attaques gagnaient encore en puissance, mais Jacob restait impassible et ne se faisait pas toucher. Il savait que même si Jareth parvenait d’une manière ou d’une autre à le frapper, cela ne changerait pas grand-chose : il était immunisé contre les attaques physiques et, à en juger par ce qu’il voyait, Jareth ne portait aucune arme.
Jacob décida enfin que c’en était assez. Il allait donc mettre un terme au combat, une bonne fois pour toutes.
« Pourquoi tu ne restes pas tranquille, espèce de connard arrogant et teigneux ! » hurla Jareth. Ses muscles et ses veines enflaient tandis qu’il continuait d’attaquer, refusant de changer de stratégie ou d’abandonner.
Jacob trouvait assez intéressant de voir avec quelle facilité on pouvait faire enrager la plupart des combattants qui misaient surtout sur leur force physique. La plupart de ces gens étaient des têtes creuses, persuadées que leur puissance suffisait à régler n’importe quel problème.
À ce que Jacob pouvait en juger, son adversaire, Jareth, était capable de dévier toute attaque qu’il voyait venir. Cela lui convenait parfaitement.
« D’abord… je vais t’empêcher de respirer… » lança Jacob d’un ton désinvolte. À l’instant même, l’air autour de la tête de Jareth sembla cesser d’exister. Jacob avait entièrement détruit toutes les molécules d’oxygène qui entouraient le corps de Jareth et créé une barrière autour de lui, l’empêchant de respirer.
Jareth recula. Il avait négligé de prendre une inspiration, car il dépensait beaucoup d’énergie. Au lieu de cela, il respirait par petites inspirations et longues expirations. Il fit quelques pas en arrière et porta les mains à son cou.
GASP !GASP !
Le jeune homme poussa des couinements de porc tandis que ses yeux s’exorbitaient et que ses cornées rougissaient encore davantage. Il haletait, frappait violemment sa poitrine et s’arracha quelques cheveux du crâne, se mettant à saigner abondamment. Des traînées de sang couvrirent son visage pâle, qui rougissait peu à peu. Et juste au moment où il allait s’écrouler la face contre terre…
Une dalle de pierre jaillit du sol et le frappa en plein menton, l’envoyant voler à quelques mètres de hauteur. Un portail s’ouvrit derrière lui. Mais ce n’était pas celui qui permettait de se déplacer dans la tour. Jacob l’avait créé lui-même en faisant appel à son Affinité avec le vide. Il fit aussitôt apparaître deux clones, qui se tinrent de part et d’autre de lui, les bras levés.
La dalle avait complètement broyé la mâchoire de Jareth, qui avait déjà perdu plusieurs dents sous la violence du coup l’ayant projeté dans les airs.
Juste au-dessus de Jacob et de ses clones, le même portail noir apparut, et Jareth en tomba à l’horizontale. Les deux clones qui encadraient Jacob le rattrapèrent aussitôt et le rabattirent avec une force inouïe — mais pas sur le sol.
Les clones l’écrasèrent, la colonne vertébrale la première, contre le genou tendu de Jacob, lui brisant le dos en deux. Incapable de respirer, Jareth ne pouvait même pas crier.
Jareth se contenta de pousser un grognement étouffé, rauque à sa manière. Il gisait au sol, la colonne vertébrale brisée, la mâchoire fracassée et les yeux injectés de sang, incapable d’adresser le moindre mot à Jacob.
Jacob s’accroupit à côté de lui et le dévisagea avec dédain. « La prochaine fois, ne fais pas de promesses que tu ne peux pas tenir. Tu as de la chance que je ne t’aie pas tué. »
Jareth gisait là, les mains crispées, le visage ravagé et parcouru de tics, le dos entièrement détruit. Jamais, de toute sa vie, quelqu’un ne l’avait dominé de la sorte, du début à la fin d’un combat.
Le combat était terminé. Jacob avait gagné.
Elyssara était assise dans ses propres saletés : elle avait complètement souillé son siège en s’y abandonnant. C’était une entité manifestement instable, et ce genre de choses lui procurait un immense plaisir. Son visage était assurément rouge d’un plaisir insatiable tandis qu’elle regardait Jacob quitter l’arène. Elle serait certainement présente au prochain combat pour l’observer.
Uga rejoignit Jacob. Son visage ne trahissait aucune émotion tandis qu’il suivait le jeune homme, par simple devoir.
« Prêt à monter à l’étage suivant, Jacob ? »
« Uga, tu n’arrêtes pas de me poser cette question. Tu sais bien que je suis né prêt. Ne m’oblige pas à me plaindre de tes questions incessantes auprès de ton patron. » Jacob plaisanta et eut un petit rire.
Mais Uga appartenait à une race qui ne comprenait pas vraiment l’humour. Jacob plaisantait donc pour lui-même, sachant que l’être ne rirait pas.
Le portail s’ouvrit de nouveau, et Jacob et Uga le franchirent pour rejoindre l’arène de combat, identique à la précédente, de l’étage suivant.