L’arène s’étendait devant Jacob. Il promena son regard sur la foule, toujours sous le choc d’avoir vu Elyssara apparaître en deux endroits à la fois. Il était certain que s’il continuait à chercher, il la verrait en bien d’autres endroits encore.
Après tout, les Dieux et les Déesses étaient omniprésents au sens propre du terme.
Jacob poussa un soupir et fit le vide dans son esprit avant de monter sur la dalle de pierre plate et immaculée qui se dressait au centre de l’arène, baignée d’une vive lumière.
Uga était déjà parti et avait trouvé un siège quelque part pour assister au combat. L’adversaire de Jacob n’était pas encore apparu, mais à en juger par le comportement de la foule, il semblait que Jacob se soit fait quelques admirateurs pendant qu’il franchissait les autres tours. Au fond de lui, il pressentait qu’il allait affronter quelqu’un qui lui donnerait du fil à retordre.
Il attendit un moment. Soudain, un portail noir s’ouvrit devant lui, et un jeune homme en sortit. Encore plus musclé que Jacob, il avait de longs cheveux blancs, des yeux cramoisis et un sourire en coin qui laissait entendre qu’il était fin prêt pour le combat.
L’homme monta sur l’estrade. Jacob apprit aussitôt son nom : Jareth Veryon. Il était aussi grand que Jacob, qui culminait à deux mètres un. Jareth s’avança avec l’assurance de quelqu’un qui était déjà venu ici de nombreuses fois.
On aurait pu croire qu’une défaite dans la tour vous faisait descendre de quelques niveaux, comme dans les jeux vidéo. Mais ce n’était pas le cas. Perdre dans la tour signifiait être éliminé sur-le-champ, voire mourir, selon la cruauté de son adversaire.
Le combat ne tarda pas à commencer. Un seul regard suffit à Jacob pour comprendre que les attaques physiques seraient inefficaces : cet homme possédait une compétence qui lui permettait de dévier à volonté les attaques physiques et magiques, comme bon lui semblait.
Jacob était un homme très instruit et prenait donc soin d’analyser chaque combat avant de foncer tête baissée sur son adversaire. Il maîtrisait aussi parfaitement ses capacités de triche.
« Tu as peur d’un petit corps-à-corps, joli cœur ? » La voix de Jareth était aussi bourrue que prévu. Le jeune homme portait une cicatrice rouge en travers de la poitrine et, lorsqu’il sourit, révéla une rangée de canines d’une blancheur éclatante.
« Peur ? » demanda Jacob en l’observant attentivement. Il pouvait prédire ses mouvements sans peine et savait donc déjà ce qu’il allait faire. « Non. Je me demande juste si je devrais te tuer ou te laisser vivre. »
Jacob savait qu’il serait extrêmement facile de vaincre un adversaire comme lui, surtout qu’il s’appuyait énormément sur ses capacités physiques.
« Me tuer ? Ha ha, tu peux toujours rêver. Quand j’en aurai fini avec toi, je te couperai la quéquette et la donnerai aux chiens. » Jareth était grossier et parlait avec un accent particulier que Jacob ne pouvait associer qu’au vieil anglais. Jacob resta impassible.
« Tes parents ne t’ont donc pas appris à parler correctement ? » Jacob marqua une pause, observant les infimes changements sur le visage de l’homme : son œil gauche tressaillit légèrement et une petite veine apparut au milieu de son front. Jareth commençait clairement à s’énerver. « Peu importe. Quand j’en aurai fini avec toi, tu chieras par le ventre. »
Jacob sourit d’un air malicieux. Il ne se souvenait pas de la dernière fois où il avait ainsi provoqué un adversaire. À vrai dire, le dernier dont il se rappelait, c’était Zaheer.
« Espèce de salaud ! » gronda Jareth.
« Tu sais quoi ? Essaie de me toucher. On verra si tu es vraiment capable de me battre. » Jacob répliqua aussitôt en faisant signe à Jareth de l’attaquer.
« Avec plaisir. » Jareth afficha un sourire sinistre et jaillit de sa place comme une balle, fendant le sol sous l’effet de la force colossale nécessaire pour se déplacer à une telle vitesse.
Il parcourut la distance qui le séparait de Jacob en un instant et se mit à lancer des coups de poing. Même furieux, il ne frappait pas à l’aveuglette. Jacob comprit à sa façon d’attaquer qu’il maîtrisait parfaitement les Arts martiaux.
Jacob savait que le meilleur moyen de vaincre quelqu’un capable de dévier n’importe quelle attaque était de le laisser vous attaquer. C’était en tout cas le bon point de départ.
Jareth abattit son poing droit. Jacob esquiva vers la gauche, tandis qu’une bourrasque lui rabattait les cheveux sous la force du coup. Le sol éclata aussitôt sous le poids du poing de Jareth. L’homme pivota sur ce même poing, fiché dans la pierre, et visa le crâne de Jacob d’un coup de pied. Mais une fois encore, Jacob était trop rapide : le pied le manqua de très peu.
Le combat se poursuivit ainsi, durant ce qui sembla des heures, mais ne fut que quelques minutes, tant les attaques fusaient vers Jacob à toute vitesse. Pourtant, comme depuis le début du tournoi, l’homme ne parvenait toujours pas à le toucher.
Le sol était entièrement fissuré et se désagrégeait sous la puissance des attaques de l’homme, qui augmentait considérablement à chaque coup. Jacob ne l’avait pas touché une seule fois.
« Sale enfoiré ! Arrête de bouger ! » rugit Jareth en lançant un puissant coup de poing vers le visage de Jacob. Mais au moment où son poing atteignit sa cible, il ne frappa qu’une image rémanente.
Jacob se trouvait déjà à l’autre bout de l’arène et lui faisait le même signe, l’invitant à continuer.
À cet instant, Jareth était furieux. Ses yeux luisaient d’un éclat cramoisi et ses cheveux flottaient au-dessus de sa tête : il était manifestement en proie à une rage incontrôlable.
« Je vais te tuer ! » siffla Jareth entre ses dents parfaites avant de repartir vers Jacob, traversant les décombres comme une torpille déchaînée.
« Si tu veux me tuer, va falloir faire mieux que ça ! »