Landrey avait depuis longtemps renoncé à l’idée d’attraper Jacob pour le réduire en bouillie. À présent, il se contenterait de l’assaillir d’une rafale de coups imprévisibles. D’après son expérience, esquiver chacune de ses attaques était impossible.
L’homme-loup n’hésita pas. Son bras droit se mit à luire d’un rouge sombre tandis qu’il grognait férocement et le levait lentement. Plusieurs formes semblables à des ombres jaillirent du sol et prirent l’apparence de grands loups terribles aux traits variés. Tous grondaient avec avidité, prêts à dévorer la moindre proie devant eux.
Leurs yeux étaient plus noirs que la nuit, leurs crocs plus acérés que des poignards, et une salive brûlante dégoulinait de leurs mâchoires, s’évaporant dès qu’elle touchait le sol.
« Voici ma meute… » Landrey était toujours sous sa forme de loup-garou. Il caressa les deux loups à ses côtés, tandis que deux autres se tenaient devant lui. Mais Jacob ne cilla pas. Il observait le moindre mouvement, le moindre souffle, la moindre contraction musculaire. « Je les ai spécialement entraînés à chasser, et ils ne me déçoivent jamais.
« Dis-moi ton nom, étranger. Ainsi, quand je t’aurai vaincu, je pourrai parler aux autres du grand guerrier que j’ai affronté au premier étage de la Tour du Soleil. »
La voix de Landrey était d’un calme funèbre, un peu plus grave qu’avant, mais empreinte d’une certaine sérénité. Elle n’avait rien de colérique ni de froid.
« Je m’appelle Jacob Ironfell. » Jacob épousseta une particule invisible sur son épaule, puis passa les doigts dans ses cheveux.
« Jacob Ironfell, personne n’a jamais réussi à franchir mes attaques avec autant de facilité. Je te félicite, mais le temps est écoulé. Ce combat doit prendre fin, maintenant. »
Au dernier mot, les quatre loups se ruèrent ensemble sur Jacob, Landrey avançant furtivement derrière eux. Mais Jacob ne cilla pas. Il possédait une lignée primordiale de domptage des bêtes, qui avait depuis évolué en une autorité sur toutes les créatures vivantes, une compétence qui ne faisait aucune distinction entre les créatures invoquées et les autres.
Jacob sourit d’un air entendu. Alors que les loups étaient sur le point de l’atteindre, il prononça un seul mot, qui résonna au plus profond de l’âme de l’homme ayant invoqué ces bêtes surgies du sol.
« Au pied. »
La détermination qui accompagnait cet ordre aurait suffi à mettre à genoux les monstres les plus féroces. Les loups se mirent aussitôt à gémir et s’immobilisèrent. En un instant, l’obscurité de leurs yeux s’effaça, remplacée par un éclat lumineux.
Les quatre loups se tournèrent alors vers Landrey, le visage stupéfait. Une telle chose le laissait abasourdi. Ils grondèrent tous, les yeux pleins de colère, et s’avancèrent lentement vers lui.
« Non ! Attaquez ! Obéissez-moi ! » hurla-t-il, mais ses anciens subordonnés ne réagirent pas. À présent, ils lui faisaient face, clairement décidés à l’attaquer.
« Attaquez », dit calmement Jacob.
Depuis que Jacob avait dompté ces bêtes, leur loyauté envers lui les avait fait évoluer de façon exponentielle. Elles étaient désormais dix fois plus fortes et plus rapides qu’auparavant.
Les quatre loups foncèrent sur Landrey avec une intention meurtrière. Le premier bondit, mais Landrey semblait prêt à parer son attaque. Jacob l’observait avec attention. Il savait de quoi cet homme était capable.
…
Jacob décida alors de mettre sa compétence à l’épreuve. Selon sa description détaillée, ses attaques avaient cent pour cent de chances de toucher leur cible, quelle que soit la frappe physique. Il voulait vérifier à quel point cette affirmation était exacte.
En théorie, si ses chances étaient réellement de cent pour cent, il n’aurait même pas besoin de toucher directement son adversaire pour le blesser physiquement. Il lui suffirait de penser à le frapper pour pouvoir l’attaquer à distance.
Le premier loup visa la main de Landrey. Au moment où celui-ci s’apprêtait à parer, Jacob lança une attaque à travers les airs depuis l’endroit où il se tenait. Landrey cracha du sang sur son menton tandis qu’une lourde pression s’abattait sur sa poitrine. Le coup le força à renoncer à sa parade et, juste avant qu’il ne soit projeté au loin, le loup parvint à lui arracher le bras gauche.
« Aaaah ! » hurla Landrey. Son corps percuta le sol, y creusant un nouveau cratère.
Les loups ne lui laissèrent aucun répit. Ils continuèrent à l’attaquer, mais Jacob interrompait sa contre-attaque au moment opportun, permettant ainsi à leurs assauts de toucher leur cible à coup sûr.
Landrey saignait abondamment sur le sol. Son bras était arraché, et son corps couvert d’égratignures et d’ecchymoses. À genoux, il souffrait visiblement.
Jacob avait déjà manipulé la chance en sa faveur dans ce combat. Il savait donc que, quoi que fasse Landrey, il sortirait de ce duel sans la moindre égratignure. Il rappela les loups au pied lorsqu’il estima qu’ils en avaient assez fait. Il ne comptait pas tuer Landrey, mais le mutiler n’était pas exclu.
L’homme resta à genoux sous sa forme de loup, le corps ensanglanté sur le béton, le regard sombre. Peu après, il releva la tête et cracha une dent enveloppée de sang rouge sombre.
« Tu me sous-estimes, Ironfell. Tu crois avoir gagné, mais la douleur ne m’est pas étrangère. » La voix de Landrey resta d’un calme funèbre malgré tout. Jacob savait que seul un entraînement de plusieurs années pouvait donner à un homme une telle maîtrise de ses émotions.
Il savait que Landrey n’était pas encore réellement mutilé. En examinant les capacités et les traits de l’homme, il avait découvert quelque chose d’assez intéressant : quelque chose qui lui indiquait que les attaques physiques ne suffiraient pas à venir à bout de son adversaire.
<Régénération instantanée>
Landrey commença déjà à se relever, les yeux d’un rouge éclatant. Sa fourrure épaisse se hérissa d’un seul coup. Son corps irradiait d’un rouge vif, dégageant une aura qui aurait aussitôt fait plier tout être inférieur.
« Tu n’as pas la moindre idée de ce dont je suis capable… »