Chapitre 9
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 9 : Mont Wudang
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« Si vous ne voulez pas voir quelque chose de déplaisant, vous feriez mieux de vous pousser. »
J’examinai l’homme en repensant à ces paroles absurdes.
Si je m’écartais, tout s’arrêterait vraiment là ? Sa main ne cessait de se crisper puis de se détendre sur la poignée de son sabre. Une main aussi fébrile ne semblait pas prête à se calmer simplement parce que je lui cédais le passage.
Ce qu’ils feraient au serveur ne me regardait pas. Pourtant, je n’avais encore rien appris sur l’escorte. Si ce gamin se faisait blesser, je ne saurais pas à qui d’autre m’adresser.
Ce serait embêtant. Je décidai de voir les choses ainsi.
« J’ai d’abord affaire ici. »
Je me contentai de ces mots, sans y mettre beaucoup d’émotion. Je n’avais fait qu’énoncer un fait, mais à en juger par le tressaillement de son sourcil, l’homme ne le prit pas ainsi.
« Petit bâtard. »
Les deux hommes derrière lui y allèrent eux aussi de leurs menaces. À chaque échange, l’atmosphère de l’auberge s’alourdissait. Je vis l’homme à l’arrière resserrer sa prise sur la poignée de son sabre.
Ma main, elle aussi, glissa lentement vers ma taille. On m’avait dit de ne pas dégainer à la légère ; je n’avais donc pas l’intention de frapper le premier.
Mais s’ils tiraient leur arme, ne serait-ce que d’un pouce, je devais être prêt à faire de même.
Alors, au moment où tout ne tenait plus qu’à un fil,
« Ça suffit. On ne peut même pas manger tranquillement avec tout ce vacarme. »
Cette voix grave n’appartenait à aucun des hommes. Ce ne fut qu’alors que je me tournai vers elle. Les hommes qui me faisaient face et moi regardâmes tous dans la même direction.
La voix venait d’une table où étaient assises plusieurs personnes, que j’avais remarquées en descendant. L’homme à la tête de la Bande des Serpents Noirs se renfrogna.
« Et vous, vous êtes qui ? Contentez-vous de manger tranquillement. De quel droit vous en mêlez-vous ? Vous avez tellement envie de mourir ? »
La personne assise au milieu se retourna lentement et releva la tête. Le bord de son chapeau de bambou, qu’elle portait baissé, se souleva dans le mouvement.
Une mâchoire bien dessinée et un regard assuré apparurent dans l’ombre. J’avais cru que cette voix androgyne appartenait à un homme, mais c’était une femme.
La cape qui lui couvrait les épaules glissa, révélant une robe bleu-vert impeccable qui lui tombait jusqu’aux pieds. Un emblème rond ornait sa poitrine.
Il y avait donc des femmes dans le monde des arts martiaux qui portaient l’épée.
L’homme qui se trouvait devant nous eut un rire sans joie.
« Une femme ? Ha ! Pour qui se prend cette salope à se mêler de nos affaires ? Tu veux toi aussi voir quelque chose de déplaisant… »
Alors qu’il crachait ces mots et avançait d’un pas, l’un de ses subordonnés se hâta de lui tapoter le dos. Quand il se retourna, l’homme avait le visage blême.
« P-patron. C’est… Wudang. Wudang. Bon sang, vous ne voyez pas sa robe ? »
« … Wudang ? »
Le chef du groupe se figea. La main posée sur la poignée de son sabre se desserra lentement.
La femme eut un léger ricanement en voyant ça.
« Nous ferons comme si nous ne vous avions pas vus aujourd’hui. Ça suffit. Partez. »
Le visage du chef passa du rouge au blême. Il se mordit la lèvre, apparemment humilié, mais n’alla pas plus loin. La main qui avait quitté la poignée de son sabre ne se leva pas de nouveau.
Wudang. Je n’avais jamais entendu ce nom. Qu’est-ce que ça pouvait bien être, pour que ces imbéciles pâlissent ainsi ?
« On en restera là pour aujourd’hui. Allons-y. »
Les quatre hommes de la Bande des Serpents Noirs se bousculèrent pour sortir. Ils avaient perdu toute l’assurance avec laquelle ils étaient entrés. La porte s’ouvrit à la volée, claqua, puis l’auberge retrouva le calme, comme si toute la scène n’avait été qu’un mensonge.
Ce ne fut qu’alors que le serveur s’effondra au sol, à bout de souffle.
Avant que la femme ne détourne les yeux, nos regards se croisèrent brièvement. Le sien sembla s’attarder sur l’épée à ma taille, mais elle n’y prêta pas davantage attention. Elle fut la première à regarder ailleurs.
L’homme assis à côté d’elle réprimanda doucement sa cadette, mais assez fort pour que je l’entende.
« Ma sœur cadette. Ne t’avions-nous pas dit de ne pas révéler notre identité, si possible ? Qu’as-tu l’intention de dire à l’oncle martial ? »
Ses paroles étaient réprobatrices, mais il n’y avait aucune colère dans sa voix. Peut-être parce qu’elle le connaissait, la femme ne sembla pas se laisser impressionner.
« Si quelqu’un est sur le point de se faire abattre sous mes yeux et que je fais semblant de ne rien voir, à quoi bon cultiver les arts martiaux ? »
Sa réponse ne céda pas d’un pouce. L’homme en face d’elle esquissa alors un léger sourire.
« … Oui. Tu as raison. Bien joué. »
Il avait l’air plus âgé que les autres. C’était probablement lui qui les dirigeait.
Ils continuèrent à discuter entre eux, mais je ne pris pas la peine de les écouter. Ils n’avaient rien à voir avec moi et je n’avais aucune raison de continuer à les observer.
Le serveur reprit son souffle et se remit péniblement debout. Après avoir essuyé sur ses vêtements la main qui avait touché le sol poussiéreux, il m’adressa un signe de tête embarrassé.
« … Vous avez failli être mêlé à une sale histoire à cause de nous, monsieur. J’en ai honte. »
Je n’avais pas agi pour le serveur ; je n’avais donc aucune raison d’accepter ses remerciements. Je me contentai d’un signe de tête.
Malgré tout, le nom de Wudang continuait de me trotter dans la tête. J’envisageai de poser la question, mais les gens de Wudang étaient assis trop près.
Je décidai de me renseigner discrètement plus tard, quand j’aurais appris quelque chose sur l’agence d’escorte.
« Assurez-vous simplement de vous renseigner sur l’agence d’escorte. »
« Laissez-moi faire ! »
Un petit sourire apparut sur le visage pâle du serveur. Je hochai de nouveau la tête, ajustai mon épée et sortis de l’auberge.
Dehors, le soleil couchant avait déjà commencé à décliner. Il y avait encore pas mal de monde dans les rues.
Je parcourus un long chemin vers l’est, le long de la rue principale. Avant d’atteindre le deuxième carrefour dont le serveur m’avait parlé, j’aperçus une boutique à l’entrée d’une ruelle, où des vêtements étaient suspendus en longues rangées.
Des habits pendaient à des perches, visibles même de loin. Leurs jolies couleurs, qui n’avaient pas passé, ondulaient doucement dans la brise du soir.
La porte était grande ouverte et une enseigne de tissu, accrochée au bout d’une perche, flottait au vent. Deux grands caractères y annonçaient : « Vêtements confectionnés ».
L’intérieur était mieux rangé que l’extérieur. Des vêtements de toutes tailles pendaient en rangées aux perches, tandis qu’un vieux propriétaire, assis sur le côté, mesurait et marquait quelque chose sur un tissu étalé sur ses genoux.
Une odeur inconnue m’accueillit. Ce n’était ni celle de l’herbe des montagnes ni celle de l’huile de l’auberge, mais une senteur sèche et fraîche. À vrai dire, elle ne me déplaisait pas.
Sentant ma présence, le propriétaire leva les yeux.
« Bienvenue. »
Un sourire lui flottait aux lèvres, mais ce n’était pas un sourire destiné aux gens. Son regard évaluait ce que je pourrais acheter.
« Je voudrais acheter une tenue. »
Son regard passa sur les taches sombres de mes manches et de mes revers.
« Nous venons de recevoir plusieurs tenues qui devraient convenir à un homme. Venez donc voir. »
Le propriétaire m’emmena plus loin dans la boutique. Plusieurs tenues étaient suspendues devant l’une des perches : certaines noires ou grises, d’autres teintes de diverses couleurs.
Il en choisit quelques-unes et me les tendit. Elles étaient toutes amples, avec de larges manches ; le tissu ne me gênerait pas, même si j’agitais les bras à grands gestes.
« On dirait que vous faites un travail manuel. Celles-ci vous iront bien. Le vêtement doit être ample pour que vos bras bougent librement, tandis que les poignets doivent être étroits afin de ne pas vous gêner. »
Il ne cessait de me couvrir d’éloges en me montrant les tenues les unes après les autres. À l’entendre, c’était un marchand ordinaire, prodigue en compliments creux, mais les vêtements qu’il avait choisis n’étaient pas mal.
Ma main se porta vers l’un d’eux.
C’était un vêtement de dessus gris foncé, fait d’une étoffe à la doublure rugueuse. Il était ample et ses manches gênaient moins mes bras. Même en m’imaginant dégainer puis rengainer mon épée, je ne pensais pas que le tissu s’accrocherait.
Il n’était pas mince non plus. Il semblait assez solide pour durer toute une saison. Il n’avait ni motif ni ornement, et sa simplicité avait l’avantage de ne pas attirer l’attention.
« Je prends celui-là. Combien coûte-t-il ? »
« Seulement deux cents sapèques. C’est un tissu solide, il vous durera longtemps. »
Le propriétaire compta sur ses doigts en annonçant le prix. Je n’avais aucun moyen de savoir s’il était élevé ou non. Pourtant, le sourire qui s’étalait sur ses lèvres ressemblait exactement au regard qu’il m’avait lancé en m’évaluant à mon arrivée.
Comme j’ignorais les prix, je ne pouvais pas marchander. Mais ne pas connaître les prix ne m’empêchait pas de comprendre ce qu’il pensait de moi. Je fis mine de remettre les vêtements sur la perche.
« Oh, monsieur. Inutile de partir si vite. Si vous insistez… »
Le propriétaire baissa le prix.
« Cent cinquante sapèques. En dessous, je n’y gagnerai vraiment rien. »
J’examinai son visage. Malgré ses manières exagérées, il avait encore l’air plutôt détendu. J’aurais peut-être pu faire baisser le prix davantage.
Mais même en marchandant encore, je n’aurais pas su quel était le juste prix. Comparé à ce que j’avais payé à l’auberge, cela ne me semblait pas excessif pour une tenue.
Je hochai la tête et desserrai ma bourse. Je payai avec le lingot d’argent qu’on m’avait rendu après en avoir coupé un morceau à l’auberge.
Les vêtements sous le bras, je quittai la boutique. Le soleil était presque couché et des lanternes commençaient à s’allumer une à une le long de la rue qui s’assombrissait.
* * *
Quand je retournai à l’auberge, elle était de nouveau pleine de monde et de bruit. Je laissai tout cela derrière moi et montai directement dans ma chambre.
Je refermai la porte, ôtai mes vêtements en loques et les poussai de côté. J’allais me laver le visage avec l’eau que le serveur avait apportée quand je m’arrêtai devant mon reflet dans la bassine.
Dans les montagnes, j’avais laissé pousser mes cheveux et ma barbe comme bon leur semblait. Je n’avais eu aucune raison de les tailler et Hyeonam, le seul autre être humain que j’y avais vu, portait lui aussi les cheveux libres et une longue barbe.
C’était tout ce que j’avais toujours connu ; je n’avais donc jamais trouvé cela étrange.
Pourtant, aujourd’hui, en franchissant la porte de la ville puis en parcourant les rues, j’avais vu des gens soignés et propres partout où j’étais passé.
Si les soldats m’avaient dévisagé et si les gens m’avaient tant regardé, ce n’était pas seulement à cause de mes vêtements.
Mon reflet dans la bassine le confirma. Mes cheveux emmêlés me couvraient les épaules et ma barbe hirsute dissimulait ma mâchoire. Je me dis que les mendiants que j’avais vus au marché aux poissons quand j’étais enfant avaient exactement cette allure.
Me mouiller le visage ne suffirait pas à me rendre présentable.
Je tirai mon épée, en exposai la lame et m’en servis, faute d’avoir autre chose sous la main. En tâtant ma mâchoire et mon cou, je raclai lentement ma barbe devenue trop longue.
La lame frotta rudement ma peau et me brûla par endroits, mais je m’en moquai. Ce ne fut qu’après un long moment que je me lavai le visage et la nuque. L’eau devint vite trouble.
Je rassemblai mes cheveux derrière ma tête et les attachai avec un cordon.
Ce ne fut qu’alors que j’enfilai les vêtements neufs. L’étoffe rêche me grattait la peau, mais elle me laissait les épaules et les bras libres. Je tournai le corps dans tous les sens ; rien ne me gênait.
Je bouclai de nouveau mon épée à ma ceinture et sortis de la chambre.
Quand je descendis, l’auberge était encore plus bondée qu’avant. Heureusement, une place s’était libérée à une table dans un coin. Je m’y dirigeai et m’assis.
Le serveur, qui passait prendre les commandes, s’arrêta net en me voyant. Il me fixa un long moment sans rien dire, puis ses yeux s’écarquillèrent, comme s’il venait enfin de me reconnaître.
« Monsieur, c’est bien vous, tout à l’heure ? J’ai failli ne pas vous reconnaître. Vous avez bien meilleure allure qu’avant. »
Sa voix ne sonnait pas comme un compliment creux. Gêné, je laissai échapper une toux inutile.
« Plus important, je ne sais pas quoi commander. Choisissez pour moi. »
Le serveur hésita un instant, puis baissa la voix.
« La plupart des gens qui viennent ici commandent des pousses de bambou sautées et une soupe de poisson, mais on en trouve partout. Je vous conseillerais autre chose, monsieur. »
Il baissa encore davantage la voix et m’expliqua que le cuisinier avait appris son métier au Jiangnan. Porc braisé à la Dongpo, carpe herbivore braisée entière, pousses de bambou d’hiver sautées : rien de ce qui passait entre les mains du cuisinier n’était ordinaire.
Il ajouta qu’un seul plat suffirait pour quelqu’un qui mangeait seul et que la carpe herbivore était particulièrement bonne en ce moment, car c’était la saison.
J’avais déjà vu certains de ces noms sur le papier collé au mur, mais, comme la fois précédente, j’étais incapable d’imaginer le goût de ces plats. Pourtant, je ne savais pas pourquoi, la mention du poisson m’attira.
Dans les montagnes, j’attrapais et faisais souvent rôtir des lapins et des cerfs, mais il était rare de trouver du poisson.
Il m’était arrivé bien des fois de parcourir les crêtes sans même croiser un ruisseau. Avant cela, quand j’étais enfant, l’odeur de la mer imprégnait mes vêtements et le poisson était si courant que j’en avais été écœuré. Je ne savais même plus depuis combien de temps je n’en avais pas mangé.
« Alors, je prendrai cette carpe herbivore. »
Le serveur s’éloigna, l’air satisfait. Peu après, le repas arriva.
Un long poisson avait été servi entier sur un plat. Une sauce sombre avait pénétré chacune des entailles obliques de son dos et luisait abondamment sur sa peau.
La vapeur qui s’en dégageait portait un parfum sucré et savoureux, sans la moindre odeur de poisson.
Je détachai un morceau de chair et le mis dans ma bouche. Il était ferme, mais se détachait en fibres dès qu’il touchait ma langue. D’abord salé, l’assaisonnement laissait ensuite une légère douceur en bouche.
Le serveur avait eu raison de me le recommander avec tant d’insistance. Je ne cessai pas de manier mes baguettes.
Quand j’eus mangé environ la moitié du repas, je remarquai soudain ce qui m’entourait. La salle, jusque-là bondée, s’était clairsemée ; on voyait çà et là des tables vides.
Le serveur semblait lui aussi moins occupé et empilait lentement la vaisselle sur le côté.
Avait-il trouvé le temps de se renseigner sur ce que je lui avais demandé ? Tandis que je l’observais discrètement, il remarqua mon regard et leva les yeux vers moi.
Nos regards se croisèrent un instant. Puis, comme s’il venait de comprendre quelque chose, il hocha légèrement la tête et jeta un coup d’œil autour de lui.
Toujours muni d’un torchon, il se dirigea vers moi.
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