Chapitre 8
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 8 : Entrée dans la ville
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Aux premiers signes de l’aube, Munhwi se leva et épousseta ses vêtements. Je me levai à mon tour, faisant mine de venir tout juste de me réveiller.
Le petit-déjeuner fut identique au dîner de la veille. Nous mélangeâmes à de l’eau la poudre contenue dans la bourse en tissu, puis nous nous la partageâmes.
Peu après, nous étouffâmes le feu mourant avec de la terre, rassemblâmes nos affaires et reprîmes la route d’un bon pas.
Plus nous avancions, plus la route s’élargissait et se raffermissait. La terre battue ne cédait plus sous nos pas, et des pierres anguleuses avaient été disposées ici et là.
Des saules presque entièrement dépouillés de leurs feuilles se dressaient à intervalles réguliers le long du chemin.
De plus en plus de gens venaient à notre rencontre. Bientôt, ils furent nombreux devant nous comme derrière.
Un homme chargé d’un ballot, une personne âgée portant un bât vide, une femme avec un paquet sur la tête. Certains nous jetaient un bref regard, tandis que d’autres poursuivaient simplement leur chemin.
C’était la première route aussi fréquentée que je voyais depuis la ruelle du marché aux poissons de Yeongpa.
Munhwi se faufilait parmi eux sans la moindre hésitation. Il ne les évitait pas et ne les heurtait pas, même s’il lui arrivait de jeter un coup d’œil derrière lui pour vérifier que je suivais, un pas en retrait.
Je ne savais même pas à quelle distance me tenir de ceux qui venaient en sens inverse, et mes pas en devenaient maladroits.
« Tu dis avoir passé dix ans dans les montagnes. On dirait que les endroits bondés ne sont vraiment pas ton fort. »
À court de répartie, je refermai la bouche et boudai. Il ne me taquina pas davantage et reporta son regard devant lui.
Le soleil était presque au zénith quand d’immenses remparts apparurent à l’autre bout de la route.
De hauts murs de pierre grise s’étendaient à perte de vue de part et d’autre. Des tours couvertes de toits les dominaient, leurs drapeaux pendant mollement dans le vent.
C’était une forteresse si gigantesque que ni les montagnes, ni le village de Jang Sam, ni même l’entrée de Yeongpa dont je gardais un vague souvenir ne pouvaient rivaliser.
J’avais dû laisser paraître mon étonnement, car Munhwi se retourna et ricana.
Au milieu des remparts, une ouverture semblable à une grotte avalait la route. Devant elle, une longue file de gens et de charrettes s’était formée.
À mesure que nous approchions, la file avançait de plus en plus lentement. Plusieurs soldats armés de lances se tenaient de chaque côté de l’ouverture et inspectaient tous ceux qui entraient ou sortaient. Certains étaient simplement laissés libres de passer ; d’autres étaient arrêtés, interrogés et fouillés.
Leur manière de faire était particulièrement brutale.
Un soldat piqua le ballot d’un homme avec le manche de sa lance et lui ordonna de le défaire. Il fouilla à l’intérieur, puis en jeta tout le contenu par terre. Quand une personne âgée tenta de le supplier, un soldat lui aboya dessus. Elle s’inclina à plusieurs reprises avant de battre en retraite.
Même ceux qu’on laissait passer étaient congédiés d’un regard noir et d’un mouvement du menton.
Une tension inexplicable me remonta le long du dos.
Munhwi m’attrapa soudain le poignet, d’un geste léger. En baissant les yeux, je vis que ma main s’était mise à ramper inconsciemment vers l’épée à ma taille.
« Ne bouge pas. »
Il me lâcha et regarda de nouveau devant lui, comme si de rien n’était. Je repris mes esprits et baissai la main. La file avait avancé d’un pas.
Après peut-être une heure d’attente, notre tour arriva enfin.
Un soldat posa les yeux sur moi et son expression se durcit. Je vis sa main se resserrer autour du manche de sa lance.
« Qui es-tu et d’où viens-tu ? Et pourquoi portes-tu une épée ? »
Je ne savais pas quoi répondre. Je ne pouvais pas dire que je venais des montagnes, et je n’avais aucun nom de village à donner.
Comme j’hésitais, le regard du soldat se fit glacial. Il me réclama ensuite mon laissez-passer, mais je n’avais aucune idée de ce que c’était.
Munhwi s’avança alors.
« Il est avec moi. Nous nous rendons ensemble à Geonnyeong pour affaires. Il a passé beaucoup de temps dans les montagnes, d’où son apparence. Je vous demande votre compréhension. »
Son ton était bien plus détendu que tout à l’heure. Il s’approcha encore d’un demi-pas du soldat et ajouta quelque chose à voix basse. Leurs mains se frôlèrent naturellement une fois.
Peu à peu, le visage du soldat se décrispa.
« … Passez. Et ne tire pas cette épée à la légère dans la ville. »
« Merci. »
Munhwi hocha brièvement la tête, puis me donna une petite tape sur l’épaule. Sans même m’en rendre compte, je le suivis sous la voûte.
Un air sombre et froid nous enveloppa. La lourde pierre pesait au-dessus de nos têtes et, malgré l’heure de midi, le passage était plutôt obscur. Nos pas résonnaient sourdement contre le plafond.
Je lui jetai un coup d’œil et demandai à voix basse :
« Frère Mun, c’était quoi, ce laissez-passer dont il parlait ? »
Sans quitter la route des yeux, il répondit brièvement :
« C’est un document délivré par les autorités pour les longs trajets. Il indique qui tu es, où tu habites et où tu te rends. Sans ça, on te considère comme suspect. »
« Alors, comment ai-je pu entrer sans en avoir un ? »
Il eut un petit rire.
« Dans ce monde, les documents ne règlent pas tout. »
Je crus alors comprendre ce qui s’était passé entre eux. Et combien je connaissais mal les usages du monde.
Si j’avais été seul, les gardes de la porte m’auraient sans doute causé bien des ennuis.
« Merci. »
« Ce n’est rien. »
Il balaya mes remerciements d’un geste, comme si ce n’était pas grand-chose, au moment même où le passage prenait fin.
Dès que nous sortîmes de l’obscurité, la lumière nous inonda d’un coup.
Je m’arrêtai un instant, ébloui. Quand mes yeux s’habituèrent, je pus enfin voir ce qui s’étendait devant nous.
Je n’aurais jamais cru qu’une route pour piétons puisse être aussi large. Une vaste avenue pavée de pierres filait tout droit, son extrémité hors de vue, tandis que des maisons aux toits serrées les unes contre les autres bordaient ses deux côtés.
Des enseignes en tissu et des bannières, couvertes de lettres et d’images, pendaient à chaque avant-toit.
Il y avait encore plus de monde qu’avant. Rien de ce que j’avais vu sur la route officielle ne pouvait rivaliser. Des gens portant des charges, d’autres tirant des charrettes, des clients faisant la queue devant les étals, des voix qui s’élevaient et des mains qui s’agitaient.
Des chevaux et des bœufs traversaient la foule, tandis que les odeurs de nourriture en train de cuire se mêlaient au bruit du métal martelé, quelque part non loin.
Tout au bout de l’avenue, au-delà des toits, se dressait une tour encore plus imposante. Elle dépassait tous les autres bâtiments, comme si on pouvait la voir de n’importe où dans la ville.
Je restai longtemps immobile à la contempler.
Munhwi avait déjà pris quelques pas d’avance. Il s’arrêta et se retourna vers moi.
« À force de garder la bouche ouverte, tu vas finir par gober des mouches. Dix ans dans les montagnes, c’est ça ? Tu es vraiment un paysan de la campagne. »
Il désigna ensuite du menton la partie intérieure de l’avenue.
« Arrête de rester planté là comme si tu avais perdu ton âme et suis-moi. Tu vas te faire emporter par la foule. »
Nous marchâmes longtemps le long de l’avenue. Des gens et des charrettes nous barraient sans cesse le chemin ; je suivis donc Munhwi, les yeux rivés sur son dos.
De chaque côté, les portes des maisons étaient grandes ouvertes. Des enseignes en tissu et des lanternes pendaient aux avant-toits pour attirer les clients.
Munhwi ralentit devant l’une d’elles. C’était un bâtiment de trois étages, sous les avant-toits duquel pendait une enseigne en tissu décolorée.
Comme s’il connaissait bien l’endroit, il franchit le seuil sans même regarder autour de lui. Je me dépêchai de le suivre.
À l’intérieur, c’était bondé. Des marchands ambulants avaient posé leurs ballots à côté d’eux, des paysans étaient assis, les pieds tachés de boue étendus devant eux, et deux hommes avaient déjà le visage rouge alors qu’il faisait encore jour.
De petites tables étroites occupaient toute la pièce, serrées les unes contre les autres et couvertes de bols de soupe et de coupes de vin. Quand je levai les yeux, le plafond me parut très haut. Le centre du bâtiment était ouvert jusqu’aux étages supérieurs, et les balustrades des deuxième et troisième étages encerclaient le vide en contrebas.
La vapeur, l’odeur d’huile et les voix des clients s’élevaient en masse dans cet espace ouvert. L’endroit servait apparemment de la nourriture et du vin.
Munhwi étendit les jambes et me demanda ce que nous devions commander, mais je pris la parole le premier.
« C’est moi qui paie. »
Je sortis ma bourse et lui montrai un morceau d’argent. Il haussa un sourcil.
« Eh bien, eh bien. Un homme qui prétend avoir passé dix ans dans les montagnes transporte aussi de l’argent. »
Sans répondre, je levai les yeux vers la feuille affichée au mur. On y trouvait des noms comme porc braisé à la façon de Dongpo ou porc sauté deux fois, mais je n’arrivais pas à imaginer de quoi il s’agissait, ni comment c’était préparé.
Dans les montagnes, tout ce que nous attrapions, nous le faisions rôtir ou bouillir. Après avoir contemplé le menu un moment, j’abandonnai.
« Commande ce que tu veux. Ce serait drôle, si celui qui paie pouvait choisir ? »
« Bien entendu. Garçon ! »
Il renifla et leva la main. Un garçon maigre, le tablier taché de graisse, s’approcha. Munhwi passa sa commande avec l’aisance de l’habitué.
« Un porc braisé à la sauce rouge, des légumes sautés, peu importe lesquels, deux bols de riz et une cruche de vin jaune chaud. »
Le garçon répéta rapidement la commande avant de repartir en hâte.
Je regardai autour de moi ; le repas arriva peu après. De fines tranches de porc bouilli accompagnées d’ail, et des légumes à peine flétris dans l’huile.
Rien à voir avec ce que j’avais mangé pendant dix ans dans les montagnes. Cela me rappelait la cuisine de madame Jang, mais le plat était plus riche et plus fortement assaisonné. Mes baguettes se mirent à bouger toutes seules.
Munhwi vida sa coupe, s’en resservit et la poussa vers moi. De la vapeur s’élevait de celle que je pris.
Je n’avais jamais goûté à rien de pareil. Hyeonam n’avait jamais fait fermenter ni infuser quoi que ce soit dans les montagnes, et j’étais trop jeune pour me rappeler ce qui avait précédé.
J’en bus une gorgée.
Le vin était tiède et fade sur ma langue, mais, une fois descendu dans ma gorge, il m’embrasa les entrailles.
Un instant plus tard, une chaleur se répandit au creux de mon ventre. Je fronçai les sourcils malgré moi. Ma respiration se bloqua un instant dans ma gorge, mais je ne fis aucun bruit.
Munhwi me vit et ricana.
« C’est aussi ta première fois ? Tu as vraiment vécu à l’abri du monde, dans ces montagnes. »
« Essaie donc de passer toute ta vie à ne manger que des herbes sauvages. Je te garantis que tu ne tiendrais pas plus de quelques jours, frère Mun. »
Je lui répondis sèchement, puis me remis à manger.
Après quelques gorgées de plus, mes lobes d’oreilles se mirent à chauffer et une sorte de voile cotonneux sembla se poser sur ma tête.
Munhwi continuait à vider coupe après coupe, sans jamais cesser de parler.
Il s’extasiait sur le fait qu’il mangeait enfin un repas digne d’un être humain, et prétendait que le porc braisé à la sauce rouge de cette auberge était si tendre qu’on n’en trouvait guère de meilleur ailleurs. Je ne l’écoutais qu’à moitié.
Nous avions presque terminé quand je rappelai le garçon. Je lui demandai le prix ; il compta sur ses doigts tout en me répondant. Je ne comprenais rien à son calcul. Je sortis un morceau d’argent de ma bourse et le lui tendis.
Le garçon le prit, en évalua le poids du bout des doigts, puis alla chercher une petite balance de l’autre côté de la salle et le pesa. Il coupa un coin de l’argent, puis me rendit le reste avec une poignée de pièces.
J’observai la scène en silence. C’était la première fois que je découvrais qu’on pouvait couper l’argent et le peser de cette façon.
Je fourrai les pièces rendues dans ma bourse et levai les yeux. Comme possédé par le fantôme d’un homme mort sans avoir pu boire, Munhwi souriait en s’enfilant coupe après coupe.
Une idée me traversa soudain l’esprit.
J’avais demandé un jour à Jang Sam s’il connaissait Yeongpa. Il avait secoué la tête en disant qu’il n’en avait jamais entendu parler. Le nom n’avait pas pu parvenir jusqu’à quelqu’un pour qui les montagnes au-delà du village représentaient le monde entier.
Mais cet homme-là était peut-être différent. À en juger par son allure, il semblait avoir visité bien des endroits.
« Frère Mun, tu connais Yeongpa, par hasard ? »
« Bien sûr que je connais Yeongpa. C’est la grande ville au bord de la mer, non ? »
Sa voix ne trahissait ni hésitation ni incertitude. À ces mots, quelque chose s’enfonça étrangement dans ma poitrine. Cela faisait dix ans que je n’avais pas rencontré quelqu’un qui connaissait ce nom.
« Tu sais comment y aller ? »
« Oui. Mais c’est assez loin d’ici. Très loin. »
« Même comme ça, je dois y aller. Ma famille est là-bas. »
Il me dévisagea un instant. Il semblait vouloir dire quelque chose, mais il reprit une gorgée de vin et regarda sa coupe. Puis il releva les yeux vers moi et me fit signe d’un doigt.
« Donne-moi quelques pièces. »
J’ignorais pourquoi, mais je sortis une poignée de pièces de ma bourse et les lui tendis comme il me l’avait demandé. Il les compta dans sa paume, n’en garda que dix et me rendit le reste. Puis il appela le garçon et déposa les pièces restantes dans sa main.
« Renseigne-toi pour savoir si une agence d’escorte organise un convoi vers Yeongpa. Si c’est le cas, indique à mon ami où il doit se rendre. »
Le garçon jeta un coup d’œil aux pièces qu’il tenait ; les yeux brillants, il hocha la tête et s’éloigna en hâte.
Comme je ne savais pas ce qu’était un convoi d’escorte, je le lui demandai.
« Si tu pars seul avec cette dégaine, on t’arrêtera de nouveau avant même que tu aies passé le prochain poste de contrôle, alors Yeongpa, n’en parlons pas. »
Il m’expliqua qu’il existait des agences d’escorte. Elles protégeaient des marchandises ou des voyageurs pendant les longs trajets. Si un convoi d’escorte partait, il serait bien plus facile de s’y joindre comme garde que de voyager seul.
Il ajouta que, puisque je savais manier l’épée, ils m’accepteraient sans doute si je demandais à rejoindre un convoi en partance pour Yeongpa.
« Merci. »
« Pas besoin. Considère que c’est le prix du repas. »
Il m’apprit que l’auberge proposait aussi des chambres, puis se leva et jeta son ballot sur son épaule. Après un bref instant, il ajouta de son ton léger habituel :
« J’espère que tu retrouveras ta famille sain et sauf. »
« J’ignore quelles affaires tu as à régler, frère Mun, mais j’espère que tout se passera bien. »
Il esquissa un sourire et me tourna le dos. Sa carrure imposante se fondit dans la foule et, bientôt, il disparut de ma vue.
Une fois seul, le brouhaha me parut soudain beaucoup plus fort.
On dit qu’on ne remarque pas toujours l’arrivée de quelqu’un, mais qu’on remarque toujours son départ. Nous n’avions voyagé ensemble que deux jours, et pourtant, son absence me laissait un grand vide. C’était peut-être parce qu’il n’avait pas cessé de parler un seul instant.
Je ne restai pas longtemps assis. L’auberge était bondée, et le garçon semblait trop occupé à emporter les plats vides et à resservir du vin pour se renseigner tout de suite sur l’agence d’escorte.
Je me levai et l’arrêtai tandis qu’il débarrassait la table, puis lui demandai où je pourrais passer la nuit. Sans interrompre son travail, il me répondit :
« Vous préférez le dortoir commun ou une chambre ? Nous avons aussi des chambres de luxe. »
Je ne savais ni ce qu’était un dortoir commun ni ce qu’était une chambre de luxe.
Le garçon avait pourtant mentionné le dortoir commun en premier, puis la chambre, avant d’ajouter qu’il disposait aussi de chambres de luxe.
Ce qu’il avait proposé en dernier devait être le meilleur choix. La chambre se situait donc quelque part entre les deux. Si elle n’était ni trop chère ni trop rudimentaire, elle ne devait pas être mauvaise.
« Je prendrai une chambre. »
Le garçon m’en annonça le prix. Je comptai le nombre de pièces qu’il fallait sur la monnaie qu’on m’avait rendue et les lui tendis.
Après avoir empoché les pièces, il jeta un linge sur son épaule et prit la tête. Nous montâmes un étroit escalier de bois jusqu’au deuxième étage. Dès que nous entrâmes dans le couloir, une pièce près de l’entrée apparut, porte grande ouverte.
On voyait l’intérieur de toute la vaste pièce. Cinq ou six personnes étaient entassées sans tenir compte de la place de chacune, si serrées que leurs têtes et leurs pieds se touchaient presque.
Le bruit de leurs mouvements et leurs ronflements étouffés se mêlait en s’échappant de la pièce.
Sans m’en rendre compte, je ralentis d’un demi-pas. Un léger soulagement me parcourut le dos.
Heureusement, la chambre était pour une seule personne. Elle contenait un lit de bois sur lequel étaient pliés un matelas et une couverture, tandis que les bruits assourdis de la rue filtraient par une petite fenêtre.
Le garçon disparut un instant, puis revint avec une théière remplie de thé froid et une bassine d’eau pour se laver. Il alluma également la lampe à huile.
« Je me renseignerai sur l’agence d’escorte avant qu’on monte le dîner. Je vous redemanderai à ce moment-là. »
Sur ces mots, le garçon redescendit.
Quand je refermai la porte, le bruit s’atténua considérablement. Peut-être parce que la tension retombait, la fatigue accumulée après une nuit blanche et une demi-journée de marche s’abattit soudain sur moi.
Je retirai mon épée et la posai près du lit, puis j’enlevai mes vêtements et les jetai de côté. Même si ce plafond m’était inconnu, je fermai les yeux dès que mon dos toucha le lit.
Le bruit de la rue s’éloigna peu à peu, jusqu’à ce que je n’entende plus rien du tout.
* * *
Je me réveillai.
Une lumière rouge oblique entrait par la petite fenêtre. J’avais dû dormir la moitié de la journée sans me réveiller.
Je restai longtemps allongé à fixer le plafond d’un regard vide. Mon corps me semblait beaucoup plus léger, mais ma tête était lourde. Enfin, je m’assis et ramassai les vêtements que j’avais jetés de côté.
Je commençai à m’habiller machinalement, puis remarquai enfin leur état. Les manches déchirées et les pans de devant en lambeaux, c’était une chose ; mais des taches de sang sombres persistaient par endroits, là où le tissu n’avait pas été complètement lavé.
J’avais cru que le ruisseau les avait nettoyés, mais je ne les vis vraiment que lorsque je les étalai sous la lampe. Je compris enfin pourquoi les soldats de la porte m’avaient lancé des regards aussi féroces, et pourquoi les gens sur la route n’avaient cessé de m’observer en passant.
Si je franchissais le seuil d’une agence d’escorte dans cet état, on me jetterait dehors avant même que je puisse parler. Il me fallait acheter des vêtements.
Je remis mes vêtements déchirés, attachai mon épée à ma ceinture et quittai ma chambre.
L’auberge était calme quand je descendis. Comme il n’était peut-être pas encore l’heure des repas, seuls trois hommes occupaient une table dans un coin de la vaste salle. Ils semblaient voyager ensemble : leurs têtes rapprochées, ils parlaient à voix basse.
Le garçon était assis sur une table vide pour reprendre son souffle, mais quand il me vit, il se leva d’un bond.
« Ah, eh bien… J’allais justement me renseigner. »
Il ne s’était donc pas encore occupé de l’agence d’escorte. Je n’avais pas l’intention de le presser et me contentai de hocher la tête. Une autre affaire était plus urgente.
« Y a-t-il un endroit dans le coin où l’on fabrique et vend des vêtements ? Je voudrais acheter une tenue. »
Le garçon se détendit aussitôt et m’indiqua volontiers le chemin.
Il me dit que, si je sortais par cette rue et suivais l’artère principale vers l’est, je trouverais une boutique de vêtements prêts-à-porter à l’angle. Les prix y étaient raisonnables et les produits de bonne qualité.
Il m’expliqua soigneusement où se trouvait la rue et jusqu’où je devais marcher avant de tourner. Tandis que j’essayais de retenir ses indications, la porte s’ouvrit brutalement.
Quatre hommes entrèrent en force, épaules en avant. Les sabres à leur ceinture leur donnaient presque l’apparence des bandits que j’avais vus quelques jours plus tôt.
Celui qui marchait devant balaya l’auberge du regard, puis haussa la voix.
« Je t’avais clairement dit que c’était pour aujourd’hui. Tu as fait attendre la Bande des Serpents Noirs sans même te montrer ? »
Le garçon pâlit. Il interrompit aussitôt ses explications.
« Eh bien, c’est que… Père n’est pas là… »
« Si ton père n’est pas là, tu peux payer à sa place. »
L’homme repoussa une table d’un coup de pied et s’avança.
« Tu paies la Bande du Tigre Blanc sans jamais manquer une échéance, mais tu ne peux pas nous payer ? »
Les lèvres du garçon remuèrent, comme s’il cherchait une excuse.
« Les deux… Je veux dire, même une seule, c’est déjà difficile, et puis il y a votre part aussi… »
« C’est ton problème. »
L’homme tapota la poignée de son sabre. Le garçon déglutit et recula d’un pas.
Ils tournèrent alors les yeux vers moi, qui me tenais en face du garçon. Ils me dévisagèrent de haut en bas. L’homme de tête posa la main sur la poignée de son sabre et me fit signe du menton.
« Qui es-tu ? Si tu ne veux pas voir quelque chose de déplaisant, tu ferais mieux de t’écarter. »
Et maintenant, qu’est-ce que ces salauds me voulaient ?
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