Chapitre 7
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 7 : Voyager ensemble
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Je me réveillai à l’aube au chant des oiseaux de montagne.
La veille, j’avais marché longtemps dans l’obscurité. Au bout du mur de terre, un sentier étroit s’était ouvert, et je l’avais suivi un moment. Ce ne fut que lorsque les feuilles eurent caché jusqu’à la lumière de la lune que je m’allongeai dans l’herbe, au bord du chemin de montagne.
Je n’avais même pas eu la force de ramasser des feuilles mortes pour m’en faire un lit. Je ne me souvenais pas du moment où je m’étais endormi.
En me levant, je sentis tout mon corps raidi.
Je crus que c’était parce que la rosée de l’aube m’avait trempé. J’allais m’étirer pour me dégourdir quand chacun de mes mouvements s’accompagna d’un froissement sec. Une odeur de poisson putride me piqua les narines.
Je baissai les yeux sur moi et découvris enfin dans quel état j’étais.
Le sang séché avait rigidifié les vêtements qui couvraient mes bras, mes jambes et mon torse, comme si je portais une armure. Du sang rouge sombre avait également croûté sur le dos de mes mains et de mes bras.
Quand je serrai puis ouvris les doigts, le sang durci s’effrita dans un froissement sec. Mon visage n’était pas en meilleur état : quand je le frottai, le même bruit se fit entendre.
Mon estomac était déjà retourné dès le début de la matinée. J’avais désespérément envie de me laver.
Je me levai et repris le sentier qui descendait la montagne. Il devait bien y avoir un ruisseau dans les environs.
Les sentiers de montagne longeaient toujours des cours d’eau. Je l’avais appris en traversant des dizaines de montagnes avec Hyeonam, ces dix dernières années.
Et, de fait, après une demi-heure de marche environ, j’entendis au loin le faible murmure de l’eau.
Je suivis le son et m’écartai légèrement du sentier. En poussant les feuilles sèches, je découvris un petit ruisseau. L’eau limpide qui descendait de la montagne y formait un filet peu profond, large d’à peine deux pas.
Je desserrai le fourreau de mon épée et le posai à l’écart, puis me déshabillai rapidement.
Le froid pénétra mon corps à chaque pas dans l’eau. Lorsqu’elle m’arriva aux genoux, je m’accroupis.
Je m’aspergeai le visage d’eau glacée. Chaque fois que je frottais ma peau, des traînées rouge sombre coulaient sur mes paumes avant de dériver en aval.
Une fois suffisamment lavé, je pris mes vêtements et les plongeai dans l’eau. Je les frottai à leur tour, et les traces de la nuit passée disparurent peu à peu.
Je restai longtemps accroupi là, à frotter le tissu jusqu’à ce que la dernière trace ait disparu.
* * *
Quand j’eus fini de laver mes vêtements, le soleil était déjà haut dans le ciel. Je les essorai, mais ils restèrent glacés. Le mieux aurait été de les faire sécher au soleil, mais je ne trouvai aucun rocher assez large pour les étendre.
Sans autre solution, je les tordis de nouveau pour en extraire autant d’eau que possible, puis les remis, encore humides, et attachai le fourreau de mon épée à ma taille.
Ils sècheraient après quelque temps de marche.
Je revins sur mes pas jusqu’au sentier et poursuivis ma descente. Après un moment, les arbres s’éclaircirent peu à peu, et bientôt une route officielle apparut.
Elle était assez large pour que deux charrettes puissent se croiser sans se gêner. La terre était bien tassée, et de chaque côté s’étendaient à perte de vue des prairies sèches et des rizières vides, déjà moissonnées.
Pendant un instant, mon esprit se vida.
J’ignorais si Geonnyeong se trouvait plus haut ou plus bas sur la route.
Il n’y avait pas âme qui vive. J’observai longuement les deux directions, mais rien ne changea. Comme personne ne passait pour me renseigner, je n’eus d’autre choix que de m’asseoir au bord de la route.
Je ne pouvais que patienter jusqu’à ce que quelqu’un passe.
Le vent balayait de temps à autre les herbes sèches. Dans les champs vides, seuls les chaumes laissés après la récolte du riz s’alignaient en rangs bien nets.
Faute de mieux, je m’assis, un genou relevé, et contemplai le ciel d’un air absent. Des nuages dérivaient lentement dans l’immensité bleue.
J’avais vu le ciel d’innombrables fois dans les montagnes, mais au-dessus de ces plaines ouvertes, il semblait tout autre.
Peu après que mes vêtements eurent complètement séché, quelqu’un apparut au bout de la route, en contrebas.
Je me levai et époussetai mes vêtements. Je le regardai s’approcher.
Plus il avançait, plus sa silhouette se précisait. Il devait avoir tout juste dépassé la vingtaine. Grand, les épaules et le torse larges, il n’avait rien d’un homme ordinaire, au premier coup d’œil.
Il ne portait qu’un paquet sur le dos et une épée à la taille.
Un artiste martial. Le premier véritable artiste martial que je rencontrais.
Mon corps se tendit instinctivement. Par précaution, j’examinai l’énergie intérieure qui me restait dans le dantian.
Un peu moins de quatre-vingts pour cent.
Malgré tous mes efforts pour la récupérer la veille, j’en avais dépensé une partie en capturant le chef des bandits. Il m’en restait donc un peu moins qu’avant.
Bientôt, nos regards se croisèrent.
Il avait de grands yeux clairs. Sous ses sourcils épais, son regard parcourut mon visage, puis s’arrêta sur l’épée à ma taille.
Et ce fut tout.
Il n’hésita pas et ne chercha pas à garder ses distances.
Il s’arrêta naturellement juste hors de portée de mon épée. La distance était si bien choisie que je ne pouvais savoir s’il l’avait fait exprès ou par hasard.
« Que faites-vous assis dans un endroit pareil ? »
Sa voix ne trahissait aucune méfiance non plus. Elle était plutôt empreinte d’une légère curiosité.
Je lui expliquai que j’attendais quelqu’un parce que je ne connaissais pas la route. Je me rendais à Geonnyeong, mais j’ignorais dans quelle direction aller.
Il haussa un sourcil et eut un léger rire.
« Tu as de la chance. Je me rends justement là-bas. »
Il désigna du menton la direction d’où il venait. Il m’expliqua que Geonnyeong se trouvait à environ une demi-journée de marche, en continuant sur cette route.
Je me relevai. Après l’avoir brièvement remercié, j’allais partir dans la direction indiquée quand il vint se placer à côté de moi.
« Je commençais à trouver la route bien solitaire tout seul. Ça tombe à pic. »
Il ne semblait ni me poser une question ni me faire une proposition. Il se mit en marche, comme si nous avions déjà décidé de voyager ensemble.
La scène me prit un peu au dépourvu, mais je ne la trouvai pas particulièrement déplaisante.
« D’accord. »
Il eut un nouveau rire discret.
* * *
L’homme était très bavard.
Peu après notre départ, il se mit spontanément à me parler de lui. Il s’appelait Munhwi. Il avait deux ans de plus que moi. Ce n’était pas loin de ce que j’avais d’abord deviné.
Il parlait souvent de choses que je ne lui avais même pas demandées. Dans sa ville natale, sa famille tenait une auberge depuis des générations, et leur daurade cuite à la vapeur était la meilleure sous le ciel. Une fois que j’y aurais goûté, disait-il, je ne voudrais plus jamais manger de poisson venu d’ailleurs.
Il souleva même sa tunique pour me montrer les piqûres qu’il avait attrapées trois jours plus tôt dans une auberge où sa literie était infestée de punaises. Il en avait un bon nombre. Elles avaient dû lui faire mal.
Aucune de ses histoires n’avait rien d’extraordinaire, et pourtant, étrangement, je ne m’ennuyais pas en l’écoutant.
Je pensai soudain à Jang Sam.
Si Jang Sam avait été plus jeune, avait porté une épée et n’avait pas eu peur de moi, il aurait peut-être ressemblé à Munhwi.
Aussi bavard fût-il, Munhwi se montra lui aussi curieux à mon sujet.
D’où je venais, où j’allais, où j’avais appris à manier l’épée.
C’étaient des questions difficiles. Je me contentai de dire que je m’étais entraîné dans les montagnes pendant dix ans.
Ce n’était pas un mensonge.
Je ne lui racontai simplement pas ce qui s’était passé avant, ni après.
Dix ans dans les montagnes. Il haussa un sourcil. Il semblait vouloir en savoir davantage, mais, après avoir observé mon expression, il garda le silence.
Quand le soleil commença à disparaître derrière les montagnes, il désigna un endroit au bord de la route. À ce moment-là, nous étions déjà un peu plus à l’aise l’un avec l’autre.
« Et si nous passions la nuit ici et repartions tôt demain matin ? »
Il m’expliqua qu’il n’y aurait ni auberge ni village plus loin. Il semblait bien connaître la route.
Il fit le tour des environs, ramassa une brassée de branches sèches et de feuilles mortes, puis sortit quelque chose de son paquet.
C’était un morceau de métal gros comme la paume et une petite pierre. Il plaça une poignée de matière sèche, semblable à du coton, sur les feuilles mortes, puis frappa la pierre avec le métal en biais.
Tac. Tac.
De minuscules étincelles jaillirent à chaque coup. Après plusieurs tentatives, une braise prit dans le coton. Il se pencha et souffla dessus. Une fine fumée s’éleva, puis les flammes apparurent bientôt.
Je regardai la scène en silence. C’était fascinant.
Dans les montagnes, Hyeonam avait toujours allumé le feu en frottant deux morceaux de bois sec. Il fallait longtemps avant que de la fumée apparaisse et, bien souvent, cela ne marchait pas du tout. Voilà pourquoi, une fois le feu allumé, nous faisions tout pour ne pas le laisser s’éteindre.
C’était la première fois que je voyais quelqu’un allumer un feu en frappant du métal contre une pierre.
« Frère Mun, qu’est-ce que c’est ? »
À ma question, il leva le morceau de métal et la pierre qu’il tenait dans la main.
« Un briquet à silex. Tu as passé dix ans dans les montagnes sans en avoir un seul ? »
Je ne trouvai rien de convenable à répondre, alors je gardai le silence.
Il eut un petit rire et me lança le métal et la pierre.
« Garde-les. J’en ai plusieurs autres. »
Je contemplai longuement le métal et la pierre posés dans ma paume.
Si j’avais eu quelque chose comme ça, peut-être que toutes ces nuits passées dans les montagnes auraient été un peu moins froides.
Une fois le feu bien pris, il sortit de son paquet une petite bourse en tissu.
Elle contenait une poudre jaunâtre. Il en versa une poignée dans un bol en bois, ajouta de l’eau du ruisseau, mélangea le tout, puis partagea la préparation en deux et m’en tendit une portion.
Il m’expliqua que c’était de la farine de céréales grillées. Comme il suffisait d’y ajouter de l’eau, c’était l’aliment idéal pour voyager.
J’en pris une cuillerée. C’était sec et avait un goût de noisette. C’était assez fade, mais meilleur que la bouillie de millet que j’avais mangée dans les montagnes.
Nous vidâmes nos bols sans échanger un mot.
Le feu crépitait.
Pour une fois, il s’était tu et se contentait de fixer les flammes.
J’observai son profil éclairé par le feu, puis lui demandai soudain : « Où allez-vous, frère Mun ? »
« À Geonnyeong. »
« Que comptez-vous faire à Geonnyeong ? »
Il marqua une brève pause, tout en continuant de regarder le feu.
« Je dois rentrer dans ma ville natale. Il s’est passé quelque chose. »
Sa ville natale.
À ces mots, je pensai à ma mère, à mon père et à Yeona. Sans le vouloir, je posai une autre question.
« Vous avez une famille ? »
« Oui. Toute une bande, et pas des plus reposantes. »
Il eut un petit rire.
Mais il n’ajouta rien.
Vu son caractère, je m’attendais à ce qu’il se lance dans un long récit sur le nombre de membres de sa famille, leur lieu de résidence et leurs occupations. Pourtant, il ne dit rien de plus. Il sembla sur le point d’ajouter quelque chose, puis s’arrêta.
À la place, il me demanda : « Apyeong, tu as une famille ? »
Cette fois, ce fut à mon tour de garder le silence.
Devais-je dire que oui, ou que non ? Dix ans avaient passé. J’ignorais même s’ils étaient encore là.
Je me contentai de dire qu’ils étaient loin.
Il me regarda une fois et n’insista pas.
C’était pareil pour nous deux. Nous ne nous étions jamais promis de ne pas poser certaines questions, mais les choses s’étaient faites ainsi, d’une certaine manière.
Il changea tranquillement de sujet.
« Décidons qui monte la garde, puis couchons-nous. On ne peut pas dormir sur ses deux oreilles quand on est sur une route inconnue. »
Il me dit de prendre le premier tour de garde. Il veillerait pendant la seconde moitié de la nuit, et je m’occuperais de la première.
J’acceptai.
Il dégagea un endroit où s’allonger. Il rassembla des feuilles sèches, se servit de son paquet comme oreiller et s’allongea sur le côté, tournant le dos au feu.
Je le regardai. Sa respiration ne tarda pas à devenir régulière.
Comment pouvait-il s’endormir aussi facilement devant quelqu’un qu’il venait de rencontrer ? Avait-il une telle confiance en ses capacités, ou ne me considérait-il simplement pas comme une menace ?
Dans tous les cas, il n’était pas un homme ordinaire.
Je détournai le regard et surveillai le feu. Les flammes vacillaient. Pour passer le temps, je brisais des branches sèches et les jetais dedans.
Les étoiles tournaient lentement au-dessus de moi.
Pendant dix ans, dans les montagnes, j’avais évalué le passage de l’aube et du crépuscule à l’aide des étoiles et de mon propre corps.
Quand la poignée de la Grande Ourse avait suffisamment penché d’un côté, je savais que la moitié de la nuit était passée.
Je le réveillai.
Dès que je touchai son épaule, il ouvrit les yeux. Il n’avait pas l’air hébété de quelqu’un qui venait juste de se réveiller. Il me remercia pour ma veille, s’étira une fois et alla s’asseoir près du feu.
À présent, c’était à mon tour de m’allonger.
Je dégageai grossièrement une place, comme il l’avait fait, posai la tête sur mon bras et m’allongeai sur le côté. Mon épée était à portée de main, placée de façon à ce que je puisse la dégainer aussitôt.
Je lui tournai le dos, mais restai attentif à ce qui se passait derrière moi. Je m’efforçai de ne rien manquer : l’endroit où il était assis, le rythme de sa respiration, jusqu’au froissement de ses vêtements.
À bien y réfléchir, plusieurs choses chez lui m’avaient intrigué.
Il n’avait même pas cillé à la vue de mon épée. Il s’était arrêté comme s’il avait tracé une limite juste hors de sa portée. Il s’était réveillé sans le moindre signe de confusion.
Rien de tout cela n’était ordinaire.
Munhwi n’avait pas l’air du genre à dégainer soudain son épée, mais on ne savait jamais.
Je me tins prêt à repousser tout ce qui pourrait m’être lancé dans le dos. Le temps passa lentement.
Pourtant, jusqu’à la fin de la nuit, il resta simplement assis là.
Le bruit des branches qu’il brisait avant de les jeter dans le feu. Le son de ses mouvements quand il changeait parfois de position.
Rien d’autre.
Je ne perçus pas la moindre intention meurtrière derrière moi.
Avant même que je m’en rende compte, l’est commençait à pâlir.
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