Chapitre 6
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 6 : Chant des lamentations
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Floc.
Le sang jaillissant du cou de Yu Sam imbiba le sol. L’homme qui avait crié son nom contempla la scène, désespéré.
Quand le corps de Yu Sam s’effondra, le bandit qui se tenait caché derrière lui apparut. Le sabre qu’il tenait pendait à son côté, encore dans la position où il l’avait brandi.
C’était forcément lui qui avait tranché la gorge de Yu Sam.
Le bandit leva de nouveau son sabre et visa le cou de l’homme hébété.
Je saisis l’homme par l’épaule et le tirai en arrière. Il hurla en roulant sur la terre.
Le sabre du bandit fendit de justesse le vide avant de frapper le sol. Je ne laissai pas passer l’ouverture. Je dégainai mon épée et lui tranchai la tête. La vibration de l’acier déchirant la chair se propagea jusque dans ma paume.
La tête du bandit se détacha de son corps et s’envola. Son visage, qui me fixait les dents serrées, paraissait si vivant qu’on aurait dit qu’il respirait encore.
Je fis pivoter mon poignet et tournoyai avec l’épée dans les airs. Profitant de l’élan, je tranchai à l’épaule le bras gauche du bandit qui se tenait près de moi et me regardait, stupéfait.
Le sang jaillit violemment du bras sectionné. Un liquide chaud et poisseux m’éclaboussa le visage.
Ma vue se brouilla un instant. L’odeur âcre du sang me souleva le cœur.
Je m’essuyai rapidement le visage de la main gauche. Ce n’est qu’alors que je vis le bandit tituber après avoir perdu son bras.
Je le repoussai d’un coup de pied, puis profitai du recul pour pivoter et porter une estocade à droite.
La lame s’enfonça dans le flanc d’un bandit qui s’acharnait sur un villageois à terre.
J’avais éliminé tous les ennemis proches. Pendant ce bref répit, je m’efforçai de calmer mon souffle haletant après ma course et balayai rapidement les environs du regard.
Deux bandits se tenaient à gauche, un à droite, et cinq ou six autres attendaient plus loin, incapables de s’engager dans le passage.
Malgré tout, les cris incessants et le fracas des armes de part et d’autre brouillaient mes pensées.
« Aaargh ! »
Un cri désespéré retentit sur la gauche. Je me tournai vers lui et vis deux bandits s’acharner à coups de sabre sur un jeune homme étendu au sol.
Deux autres villageois gisaient près d’eux. Le haut de leur corps avait été réduit en lambeaux, et ils avaient déjà cessé de respirer.
Le cri s’éteignit bientôt. Les bandits, pourtant, continuaient d’abattre leurs sabres.
La scène était si atroce qu’elle me cloua sur place un instant.
Fouish.
Quelque chose fondit sur moi de côté.
Surpris, je reculai par réflexe. Un sabre passa à quelques centimètres de moi. Le bandit qui avait frappé dans le vide se hâta de ramener son arme.
Je lui enfonçai mon épée dans le corps exposé. La lame traversa sa poitrine dans un bruit sourd et ressortit par son dos. Le bandit lâcha son sabre, porta brièvement une main à sa poitrine, puis s’affaissa au sol.
Je retirai mon épée.
En me retournant, je vis les deux bandits de gauche jeter autour d’eux des regards déconcertés. Ils semblaient tout juste comprendre ce qui se passait.
La même peur se lisait sur leurs deux visages lorsqu’ils me regardaient. Les traits crispés, ils reculèrent lentement.
Alors, une violente injure fusa de devant.
« Bande de salauds ! Vous avez réussi à embaucher un artiste martial, quelque part ! »
En regardant dans cette direction, j’aperçus un homme grand et large d’épaules, qui semblait être leur chef.
« Repliez-vous ! On abandonne les lieux ! »
À ces mots, les deux bandits hésitants se retournèrent et rejoignirent leur groupe à la hâte. Les autres aussi me firent face, tout en augmentant lentement la distance entre nous.
Lorsqu’ils se trouvèrent à plus de dix pas, ils pivotèrent tous ensemble et prirent la fuite. Le grand homme qui n’avait cessé de me fixer fut le dernier à se retourner.
Je les observai en reprenant mon souffle.
Que se passerait-il si je les laissais partir ? Je comptai les bandits en fuite.
Il en restait huit. J’en avais tué quatre.
Même si trois dixièmes de leur groupe avaient péri, à en juger par ce que j’avais vu, ils étaient encore assez nombreux pour attaquer le village.
Et je ne serais alors plus là.
Le moment venu, Jang Sam serait probablement étendu en pièces à l’entrée du village.
Je visualisai avec une netteté terrible les sabres s’abattant sur les trois enfants de Jang Sam, étendus dans la cour devant leur maison. Sous les yeux de cette scène atroce, sa femme serait violée, en pleurs.
Je pris une profonde inspiration. J’avais considérablement repris mon souffle.
Je déversai mon énergie intérieure dans mes pieds et m’élançai du sol.
* * *
Hwang Jeoksam était profondément troublé.
D’après le subordonné parti en reconnaissance, la moitié des hommes du village s’était rendue en ville pour vendre du grain.
À vrai dire, peu importait que tous les hommes du village fussent présents. Ils avaient passé leur vie à cultiver la terre. Leurs mains ne connaissaient que les houes et les pioches.
Il n’était pas facile de s’habituer à l’intention de tuer quelqu’un. Face à un homme qui avait déjà tué plusieurs personnes, un simple villageois se recroquevillait instinctivement.
Voilà pourquoi Hwang Jeoksam était certain qu’ils balaieraient le village sans difficulté.
Il l’avait déjà pensé lorsque ses hommes avaient abattu les deux gardes postés à l’entrée du village. Même lorsque plusieurs autres hommes étaient sortis en courant, armés de faucilles et de houes, sa certitude n’avait pas vacillé le moins du monde.
Il s’était même frotté l’entrejambe en songeant aux femmes dont il pourrait bientôt faire ce qu’il voulait.
Puis un homme était apparu de nulle part, et tout avait commencé à mal tourner.
Ce salaud avait abattu le deuxième meilleur homme de Hwang Jeoksam comme s’il s’était agi d’un épouvantail. Les deux subordonnés qui se tenaient près de lui étaient eux aussi tombés en un instant.
Un corps humain ne se découpait pas si facilement. Hwang Jeoksam le savait parfaitement. Même lui, qui avait toujours été fort, n’avait jamais tranché des hommes avec une telle facilité.
Si son sabre se coinçait ne serait-ce qu’une fois, Hwang Jeoksam devait tenir le cadavre d’une main et tirer son arme de l’autre.
Mais ce salaud n’avait pas eu à faire le moindre geste de ce genre.
Il découpait les corps humains avec autant d’aisance que s’il tranchait du tofu.
L’inconnu devait être l’un de ces artistes martiaux dont Hwang Jeoksam avait seulement entendu parler. Des fous qui passaient leur vie à manier des lames et à chercher comment tuer les gens.
Que faisait un homme pareil dans un si petit village de montagne ? Hwang Jeoksam ne pouvait que supposer que les villageois avaient mis leur argent en commun pour l’engager à Geonnyeong.
Dans ce cas, ce monstre ne resterait pas longtemps. Si Hwang Jeoksam revenait dans une quinzaine de jours, l’homme serait parti.
Le moment venu, Hwang Jeoksam se promettait de mettre en pièces les hommes du village et de les jeter aux porcs. Il pourrait violer toutes les femmes, puis les vendre à un autre village pour en tirer un joli profit.
Si les jeunes filles étaient un tant soit peu jolies, elles pouvaient rapporter jusqu’à cinq taels d’argent.
Hwang Jeoksam grinça des dents. Il n’était pas du genre à laisser qui que ce soit lui faire du tort sans réagir.
Les ombres qui vacillaient à la lueur des torches semblaient refléter le tumulte qui bouillonnait en lui.
Un souffle de vent lui arriva alors dans le dos. La sueur de sa course se refroidit sur sa peau.
Sentant que quelque chose clochait, Hwang Jeoksam tenta par réflexe de balayer l’espace derrière lui avec son sabre et de tourner la tête.
Pourtant, étrangement, son corps refusait de bouger. Les visages de ses subordonnés, qui jetaient un regard en arrière, se figèrent d’horreur.
Il voulut leur demander ce qui n’allait pas, mais sa bouche ne s’ouvrit pas.
Le monde devant lui se mit soudain à tanguer.
Le sol se rapprocha.
Ciel. Sol. Ciel. Sol.
Le ciel aurait dû apparaître de nouveau, mais à la place, il vit un visage.
Dans la lumière de la lune, il distingua vaguement un visage couvert de sang. De longs cheveux pendaient en désordre, et une barbe hirsute le recouvrait. Ses deux yeux brillaient férocement sous la lune.
Ces yeux le fixaient en silence depuis les ténèbres.
Ce fut la dernière image qui se refléta dans les yeux de Hwang Jeoksam.
* * *
Je contemplai en silence la tête tombée au sol. La peur était profondément gravée sur son visage, comme si elle avait vu quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû voir.
Je la saisis par les cheveux et la lançai aux hommes qui se tenaient devant moi, hébétés.
L’un d’eux la rattrapa sans réfléchir, puis la laissa tomber au sol, sous le choc.
Pouvaient-ils vraiment vivre sans redevenir des bandits ?
Après un bref instant de réflexion, j’examinai soigneusement la façon dont chacun tenait son sabre, au-delà de la lumière vacillante des torches.
Trois hommes tenaient leur sabre avec l’aisance de ceux qui s’en servaient depuis plus d’un an ou deux. Les quatre autres avaient l’air moins à l’aise. Ils ressemblaient davantage à des villageois tenant des houes qu’à des hommes armés de sabres.
Je fondis sur les trois hommes. Peu après, leurs visages se figèrent dans une expression semblable à celle de leur chef.
Je me tournai vers les quatre autres, qui tremblaient sans bouger, et leur parlai.
« Ne reprenez plus jamais un sabre. »
« O-oui. »
Leur corps tout entier tremblait si fort qu’ils eurent du mal à me répondre correctement. Comme je l’avais dit, ils ne pourraient probablement plus jamais tenir un sabre.
Je voulais le croire.
Laissant derrière moi le bruit de leurs pas pressés, je pris le chemin du village. Au loin, des gens s’étaient rassemblés à son entrée.
* * *
Plus je m’approchais du village, mieux je distinguais la scène.
Un homme était assis contre le mur de terre, le sang coulant de son bras gauche et de sa jambe. Devant lui, une femme au visage ruisselant de larmes déchirait sa jupe pour bander sa jambe.
L’homme gardait les yeux fermés. Impossible de savoir s’il était mort ou vivant.
Plus loin, trois cadavres gisaient sur la terre. L’un était Yu Sam. Je ne connaissais pas les deux autres. Plusieurs personnes, agenouillées près d’eux, se lamentaient.
Les autres avaient le visage fermé. Certains les réconfortaient, d’autres surveillaient les environs.
Les cadavres des bandits étaient éparpillés parmi eux. Certains avaient perdu la tête. D’autres avaient été coupés en deux. D’autres encore gisaient face contre terre, le bras tranché à l’épaule.
Un peu plus loin, je distinguai aussi le corps auquel il manquait le bras gauche.
Tout cela, c’était moi qui l’avais fait. J’avais du mal à le croire.
Je fis un pas vers cette scène.
L’odeur du sang me retournait l’estomac et la vue des sabres qui s’abattaient me donnait le vertige.
Et pourtant, je n’avais pas hésité une seule fois en tuant ces hommes.
Mes mains n’avaient pas tremblé une seule fois.
Je fis un autre pas. La scène se rapprocha un peu.
Les dix années passées dans la montagne m’avaient-elles brisé ? Ou bien avais-je été brisé lorsque j’avais enfoncé mon épée dans la poitrine de Hyeonam ?
Ou l’avais-je toujours été ? Était-ce pour cela que Hyeonam m’avait enlevé dans la cour de ce village de pêcheurs ?
Je ne pouvais pas le savoir. La personne à qui j’aurais pu poser ces questions gisait déjà, morte, dans la montagne.
Je fis un autre pas.
En entendant mes pas, les villageois levèrent la tête vers moi tandis que je sortais des ténèbres.
Quelqu’un se tourna lentement, une torche à la main. Je sentis sa lumière éclairer mon visage.
La première à me reconnaître fut une femme qui se tenait près de là. Le soulagement d’avoir survécu se répandit d’abord sur son visage. Elle entrouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose. Peut-être voulait-elle me remercier.
Mais sa bouche resta figée, à moitié ouverte, avant qu’elle ait pu finir. Le soulagement n’avait pas même eu le temps de s’effacer qu’autre chose le recouvrait déjà.
Les deux émotions se mêlèrent un instant sur son visage, puis, finalement, seule la seconde subsista.
La personne à côté d’elle se raidit en voyant son expression.
Puis celle qui se tenait à côté, et celle qui se tenait à côté de cette dernière.
La foule comprit peu à peu à qui appartenaient ces pas. Certains se figèrent en me voyant, d’autres seulement après avoir remarqué les réactions de ceux qui les entouraient.
Un homme fit même un pas en avant. Il tenait maladroitement une faucille à la main. Je ne sus pas s’il voulait m’aider ou m’arrêter.
Peut-être ne le savait-il pas lui-même. C’était sans doute un geste instinctif. Mais il vit alors les cadavres des bandits éparpillés à ses pieds. Son regard passa sur ceux qui n’avaient plus de tête et ceux qui avaient été coupés en deux, puis il se figea sur place.
Seules quelques personnes, accablées par le chagrin devant leurs proches morts et incapables de prêter attention à mes pas, continuèrent de se lamenter sans répit.
Je cherchai un visage familier.
Jang Sam abaissa lentement la main qui tenait sa torche. Ses lèvres remuèrent, mais aucun son n’en sortit.
Je comprenais ce qu’il ressentait. C’était tout naturel. Ce n’était pas qu’il ne m’était pas reconnaissant. Bien sûr qu’il savait que je les avais sauvés.
Mais abattre des gens sans hésiter, leur trancher la tête, leur couper les bras… C’étaient des choses qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. Moi non plus, auparavant.
Leur réaction était donc naturelle. Il était normal qu’ils aient peur.
C’est ainsi que je l’acceptai. Malgré tout, j’avais la bouche sèche et râpeuse.
Je me tournai vers l’extérieur du mur de terre. C’était de toute façon le chemin que j’avais prévu de prendre aujourd’hui. En longeant le mur, je trouverais une route menant à l’entrée de l’autre côté.
Je vis Jang Sam faire un pas en avant, mais quelqu’un près de lui le retint. Je tirai le peu de réconfort que je pus de cette scène, puis repris ma marche le long du mur sombre.
Les lamentations s’éloignèrent peu à peu derrière moi.
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