Chapitre 4
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 4 : Un homme étrange
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Le sentier étroit qui descendait de la montagne s’étirait à l’infini dans les ténèbres.
Ce n’était pas un chemin de montagne bien tracé, mais une piste étroite qu’empruntaient parfois les bêtes ou les cueilleurs d’herbes.
Au début, je m’aidai de la lumière de la lune croissante, désormais presque ronde, pour avancer. Mais à mesure que la forêt s’épaississait, les feuilles la masquèrent à leur tour et l’obscurité s’intensifia.
Je ne m’arrêtai que lorsqu’il devint difficile de distinguer le chemin.
À tâtons, je ramassai de l’herbe coriace et des feuilles sèches. Sous un gros rocher, à l’abri de la rosée et du vent, je les étalai en épaisse couche pour me faire un lit de fortune.
Je me demandai un instant s’il n’aurait pas mieux valu passer la nuit dans la cabane et repartir à l’aube. Mais je secouai bientôt la tête.
Je ne voulais pas rester un instant de plus dans cette cour empestant le sang.
Je ne supportais pas l’idée de passer la nuit seul avec le cadavre de Hyeonam, ni de respirer l’air de cet espace exigu imprégné de dix années de misère putride.
Accroupi sur le tas de feuilles mortes, je dénouai l’épée de Hyeonam à ma taille et la posai sur mes genoux, puis m’adossai tranquillement au rocher.
Dormir dehors, dans les montagnes, m’était familier. Chaque fois que Hyeonam et moi déplacions notre abri, nous passions des jours à dormir sur le sol glacé.
Mais à l’époque, Hyeonam avait toujours été à mes côtés. Que nous dormions dehors ou dans une cabane.
C’était la première nuit en dix ans que j’allais passer entièrement seul.
C’était étrange. J’avais passé presque toutes ces dix années à essayer de tuer l’Ancien. Chaque jour, j’avais voulu fuir cet enfer.
Pourtant, je n’aurais jamais cru que la première nuit sans cet Ancien détesté me semblerait si pénible.
Ma poitrine était bien trop vide pour que je puisse savourer ma liberté. Un vent froid s’engouffrait sans cesse dans l’espace laissé par l’arrachement de quelque chose d’immense.
Je fermai les yeux.
Dans le silence des montagnes, où seuls passaient le vent et le chant des insectes, le sommeil tarda à venir.
J’essayai de me représenter le visage de Yeona. Son petit visage d’il y a dix ans, quand elle avait environ sept ans. Si elle était encore en vie, elle en aurait dix-sept aujourd’hui.
Comment avait-elle changé ? Était-elle seulement encore en vie ?
Je ne parvenais toujours pas à me rappeler clairement le visage de Mère ou celui de Père. Ils demeuraient flous, comme voilés de brume. Pourtant, dans mes souvenirs qui s’effaçaient, seule la dernière image de Yeona restait aussi nette que si elle datait de la veille.
Une enfant de sept ans qui agrippait mes vêtements en retenant ses larmes. Ma petite sœur.
La main serrée autour de l’épée froide posée sur mes genoux, je gardai contre moi ce petit fragment de mémoire brumeux et sombrai lentement dans le sommeil.
* * *
Je me réveillai au cri d’un oiseau de montagne que je ne connaissais pas.
La pâle lumière du matin filtrait entre les feuilles.
Mes vêtements étaient humides, imprégnés par la froide rosée qui avait traversé l’herbe pendant la nuit. Je me levai et en brossai les fragments de feuilles sèches.
Je ramassai mon épée, l’attachai de nouveau à ma taille et repris ma descente.
À mesure que le soleil montait, la forêt s’éclaircissait. Le paysage que l’obscurité de la veille avait dissimulé se dévoilait un peu plus à chaque pas.
Les feuilles d’automne tombaient en abondance. Des feuilles jaunes et rouges jonchaient le sol sous mes pieds. À chaque pas, les feuilles sèches s’effritaient.
Après deux heures de descente supplémentaires, j’entendis faiblement le murmure de l’eau.
Le bruit venait d’un endroit légèrement à l’écart du sentier. Je poussai les feuilles mortes et découvris un petit ruisseau. Une eau limpide dévalait les hauteurs de la montagne.
Les feuilles d’automne tombées dans l’eau dérivaient lentement vers l’aval.
Ça tombait bien.
Je détachai mon épée et la posai sur une pierre plate, puis retirai mes vêtements.
Je plongeai les mains dans l’eau. Celle des montagnes était glaciale.
J’en pris une poignée et m’en aspergeai le visage. Le froid qui me pénétra jusqu’aux os me tira de ma torpeur.
Je trempai mes vêtements dans le ruisseau et les frottai pour les nettoyer.
La saleté du sentier montagneux de la veille, ainsi que le sang sombre qui avait éclaboussé mon col lorsque j’avais tranché la chair de Hyeonam hier après-midi, se transformèrent en une mousse pâle qui dériva vers l’aval.
En essorant mes vêtements, je remarquai soudain le dos de ma main.
Une main rugueuse, couverte d’épaisses callosités à force d’avoir agrippé des épées de bois et des épées véritables comme une bête pendant dix ans.
De grandes et de petites cicatrices s’entrecroisaient sur le dos de mes mains et mes avant-bras, telles une toile d’araignée. Chacune avait été ouverte par le morceau de fer de Hyeonam.
Plus aucune nouvelle cicatrice ne viendrait marquer ce corps.
C’était une évidence, et pourtant cette idée me semblait étrangement étrangère.
J’étendis mes vêtements propres, mais encore humides, sur un rocher pour les faire sécher. À peine avais-je replongé les mains dans l’eau claire que…
« Aaaah ! À l’aide ! Que quelqu’un me sauve ! »
Un cri déchira le calme matinal de la montagne.
J’en évaluai rapidement la provenance. De l’autre côté du ruisseau, un peu plus bas. Le cri semblait proche.
Je saisis l’épée sur le rocher et l’attachai à ma taille. Puis j’enfilai à la hâte mon vêtement extérieur, encore trempé et mal essoré. Le froid humide m’enveloppa.
Je puisai la chaleur dans mon dantian, la poussai jusqu’à la pointe de mes pieds et frappai violemment le sol.
Mon corps s’élança comme un tigre volant. En un souffle, je franchis trois ou quatre zhang entre les arbres. À peine mes orteils avaient-ils touché terre que je libérai de nouveau mon énergie et bondis dans les airs.
C’était la première fois que je courais à une vitesse aussi bestiale.
Mais le prix à payer était évident.
À chaque poussée, mon énergie intérieure s’écoulait par grandes quantités, comme si un barrage avait cédé.
Mais je n’avais pas le temps de me retenir.
Trois souffles. Quatre souffles.
Le cri se rapprochait. Des feuilles se brisaient dans un fracas frénétique, une bête respirait avec rage et des appels rauques raclaient le sol.
Au cinquième souffle, le paysage s’ouvrit enfin devant moi.
Une petite clairière où le soleil filtrait à travers les feuilles et dessinait des taches sur l’herbe.
Un jeune homme gisait au milieu. Il tenait fermement un petit panier d’herbes d’une main, tandis que l’autre s’agrippait à la terre et qu’il rampait désespérément en arrière.
Le sang coulait de sa jambe, comme si les griffes d’un animal l’avaient déchirée.
Une énorme ombre fondait sur lui.
C’était un tigre féroce, aussi grand qu’une maison, dont le corps massif faisait facilement deux fois la taille d’un adulte.
Je n’eus pas le temps de réfléchir. Je frappai de nouveau le sol du pied.
En un souffle, je bondis dans les airs et atterris sur le dos massif de la bête.
Un nouveau flot d’énergie intérieure quitta mon dantian, parcourut les veines de mon bras et jaillit jusqu’à la pointe de l’épée. Une froideur pesante s’abattit sur la lame lisse.
Sentant ma présence, le tigre pivota brusquement et abattit vers moi une énorme patte avant. Des griffes de la taille d’une tête humaine fondirent sur mon visage en un instant.
Il réagit plus vite que je ne l’avais prévu. Je frappai précipitamment de mon épée et lui tranchai la patte. Sans m’arrêter, je remontai le long de sa jambe épaisse avec la souplesse d’un serpent et enfonçai la lame au milieu de son front.
Flouf.
Dans un bruit glaçant, le lourd animal s’écrasa sur la terre.
La poussière s’éleva tout autour. Le corps énorme du tigre tressaillit une fois, comme pris de convulsions, puis se relâcha et cessa complètement de bouger.
Je retirai mon épée ensanglantée et atterris lentement à côté de lui.
« Haa… »
Je repris mon souffle saccadé et tâtonnai à l’intérieur de mon dantian.
L’énergie limpide qui le remplissait et formait une masse compacte, de la taille d’un poing de nourrisson, avait visiblement diminué.
Tout s’était passé en un instant.
Cinq bonds le long du sentier de montagne et un seul coup d’épée pour abattre la bête. Rien que cela avait fait disparaître sans laisser de trace vingt pour cent de mon énergie intérieure.
Pendant dix ans, je n’avais utilisé ma force que pour échanger des coups avec Hyeonam dans cette petite cour, durant la journée. C’était la première fois que je déversais autant d’énergie intérieure pour bondir à toute vitesse sur les sentiers de montagne.
J’avais beau mal la maîtriser, je ne m’attendais pas à une telle dépense.
Ce n’est qu’alors que je compris pourquoi Hyeonam avait tant insisté sur la précision. Et pourquoi il m’avait répété de la garder pour l’instant décisif.
Si je l’employais à la légère, je serais à sec en un instant. Et si mon adversaire avait encore des forces à ce moment-là, seule une mort de chien m’attendrait.
Je réprimai l’envie de faire immédiatement circuler mon énergie et régulai ma respiration. Je venais de rengainer la lame à ma taille lorsque…
l’homme qui gisait là, les yeux fermés par la terreur, souleva lentement ses paupières tremblantes.
C’était un jeune homme qui semblait avoir deux ou trois jeunes enfants à la maison. Son visage était hâlé par le soleil et le dos de ses mains était rugueux.
Son regard parcourut la scène, passa sur le corps du tigre, puis s’arrêta sur moi.
« M-merci… »
Son visage s’éclaira quand il me remercia, mais sa phrase s’interrompit en voyant mon épée ensanglantée. Je vis le soulagement disparaître de ses traits et la peur reprendre le dessus.
Ce n’est qu’alors que je compris l’allure que je devais avoir à ses yeux.
Des cheveux longs et hirsutes, une barbe en broussaille. Des vêtements qui pendaient sur moi, trempés jusqu’aux os. Et un homme étrange qui errait dans les montagnes, une épée dégoulinant de sang à la main.
Je soupirai intérieurement.
Je m’approchai lentement du tigre et posai la lame contre son épais flanc.
Frrt. Frrt.
La fourrure épaisse essuya le sang sur la lame. Après avoir vérifié qu’elle était propre, je la rengainai.
Clic.
Le petit bruit du fourreau troubla le silence de la clairière.
Je retournai auprès de l’homme. Ses épaules tressaillirent une fois.
Sans y prêter attention, je m’arrêtai devant lui et lui tendis la main.
« … Vous allez bien ? »
Ma voix me parut un peu maladroite. J’avais à peine échangé quelques mots avec Hyeonam, et même nos rares conversations ressemblaient à des insultes hurlées.
Je m’efforçai de parler aussi doucement que possible.
L’homme fixa ma main un moment, puis leva les yeux vers mon visage.
« Merci… »
Il tendit la main et saisit la mienne. La sienne était froide et tremblante. Je l’aidai lentement à se relever.
Une fois debout, il examina sa jambe blessée. Elle était profondément déchirée, mais pas assez pour laisser l’os à nu.
« Vous pouvez marcher ? »
Il prit appui sur sa jambe. Il vacilla un instant, puis retrouva vite l’équilibre.
« … Oui. Je crois que je peux marcher. »
Ça me soulagea. J’avais besoin d’un guide. En dernier recours, j’avais prévu de le porter jusqu’en bas de la montagne, mais si possible, je voulais voyager léger.
« Je me suis perdu en descendant de la montagne. »
Je me raclai la gorge.
« Pourriez-vous me conduire au village, en contrebas ? »
« Ah… »
Le visage de l’homme se durcit légèrement.
La gentillesse et la peur s’y succédèrent brièvement. Son soulagement de me voir ranger mon épée s’effaça de nouveau à l’idée de devoir m’accompagner jusqu’au village.
Il allait faire entrer un épéiste inconnu dans le village.
Son hésitation ne dura pas. Il jeta un nouveau regard à l’épée à ma taille, et une sorte de résignation passa brièvement dans ses yeux.
« … Je vais vous guider. »
Il était facile de comprendre que sa réponse ne venait pas de la gentillesse.
Une part de moi se sentit soudain seule. J’aurais dû grandir, suivre Père en mer et devenir quelqu’un d’autre. Au lieu de cela, j’étais devenu ce que j’étais.
« Merci. »
L’homme se pencha pour ramasser son panier d’herbes, puis s’interrompit.
Son regard dériva vers le tigre mort.
« Euh, peut-être que… »
Il hésita, cherchant ses mots.
« … Vous n’allez pas prendre sa peau ? »
Je regardai le corps de l’animal.
Après avoir vécu si longtemps dans les montagnes, j’avais perdu le sens de la valeur de l’argent.
Une scène lointaine me revint à l’esprit.
Un hiver, les villageois s’étaient rassemblés dans la cour du chef du village. Mère se tenait là, ma main dans la sienne. Le chef brandissait fièrement quelque chose à deux mains.
Je crus me souvenir d’un épais manteau en peau de bête. Sa fourrure, d’un gris doux, avait l’air moelleuse.
Comment avait-il dit que sa fille mariée le lui avait envoyé, déjà ? Je me rappelais les villageois qui le touchaient et s’émerveillaient.
Une peau de tigre devait valoir bien plus cher.
Je jetai un coup d’œil à l’homme. Il fixait la peau en se léchant les lèvres.
Je pris rapidement ma décision.
« Je n’en ai pas besoin. Vous pouvez la prendre si vous voulez. »
Les yeux de l’homme s’écarquillèrent. Il déglutit avant de parler.
« V-vous êtes sérieux ? Ça ne vous dérange vraiment pas que je la prenne ? »
J’acquiesçai une fois.
Après un moment d’hésitation, l’homme se hâta de rejoindre le cadavre.
Il sortit un petit couteau de sa ceinture et se mit à dépecer le tigre avec des gestes précis.
Un peu plus d’une demi-heure passa.
L’homme avait entièrement retiré la peau du tigre. La fourrure épaisse pendait sur son épaule. La bête dont le rugissement avait ressemblé au tonnerre gisait désormais à même la terre.
L’homme jeta un regard à la patte avant sectionnée et claqua la langue avec regret. Malgré tout, il ne pouvait cacher sa satisfaction.
Il plia la peau en deux et la jeta sur son épaule. Sa jambe blessée trembla une fois sous le poids, mais il n’y prêta pas attention.
Nous reprîmes notre descente de la montagne.
* * *
En chemin, l’homme se montra beaucoup moins méfiant. Il répondit en détail à chacune de mes questions et me raconta avec empressement des choses que je ne lui avais même pas demandées.
Il s’appelait Jang Sam. Il avait trois jeunes enfants. Son fils aîné avait cinq ans, le deuxième trois, et le plus jeune venait tout juste d’apprendre à marcher.
Il passa ensuite un long moment à se vanter que sa femme était plus habile de ses mains et plus intelligente que lui.
Il me dit que la plus grande ville des environs s’appelait Geonnyeong. Il fallait deux jours à pied pour s’y rendre depuis le village.
Il ajouta qu’on pouvait y voir, réunis au même endroit, des gens qu’on ne rencontrerait jamais de toute sa vie et des choses qu’on ne verrait jamais de toute sa vie.
Geonnyeong.
Je n’avais jamais entendu ce nom. Quand j’étais petit, mon village et la ville portuaire de Yeongpa, toute proche, constituaient le monde entier à mes yeux.
Je lui demandai prudemment s’il avait déjà entendu parler de Yeongpa. Jang Sam réfléchit longuement avant de secouer enfin la tête.
Il ajouta cependant que si c’était au bord de la mer, l’endroit devait être très éloigné. Les habitants de son village n’avaient jamais vu la mer de leur vie.
Maudit Ancien. Nous avions parcouru une sacrée distance.
Quand je lui dis que je venais d’un village de pêcheurs, Jang Sam fut stupéfait.
Il me posa quantité de questions sur la mer et laissa libre cours à sa curiosité enfantine. Était-il vraiment impossible d’en voir le bout ? L’air y sentait-il vraiment le sel ?
Pour la première fois depuis longtemps, je parlai de mon village natal.
De l’aspect du marché aux poissons. De la couleur de la mer à l’aube. De la façon dont les pêcheurs lançaient leurs filets.
De la manière dont Mère préparait le poisson.
Je fouillai dans mes vagues souvenirs.
Nous marchâmes encore deux heures.
Bientôt, le sentier de montagne s’adoucit peu à peu. Les arbres s’espaçaient à chaque pas et la route devenait plus nette.
Des rizières et des champs s’étendaient au loin.
À leur bord se trouvait un petit village. De la fumée s’élevait d’une ou deux cheminées ; des gens devaient y faire cuire du riz.
Cette vue me serra le cœur. Cela faisait dix ans que je n’avais pas vu d’endroit habité.
Nous pressâmes le pas et approchâmes de l’entrée du village.
C’est alors que je remarquai quelque chose d’étrange.
D’abord, un mur de terre entourait le village. Je n’avais jamais vu de mur de ce genre dans mon village natal.
Et à ce qui semblait être l’entrée se tenaient deux jeunes hommes. Chacun tenait quelque chose dans les mains. En nous rapprochant, je vis qu’ils portaient une matraque et une houe.
Pourquoi de tels hommes montaient-ils la garde à l’entrée du village ?
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