Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 36 : Constance
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À peine eus-je fini de parler que l’homme dégaina son sabre.
Son sabre était épais et lourd. Il n’était pas grand et grossier comme un sabre large. Sa lame était légèrement courbe et solidement forgée.
L’homme contourna la table, la pointe de son sabre inclinée vers le bas.
Je me déplaçai en même temps que lui, en maintenant la distance entre nous. Inquiet pour mes arrières, je jetai un coup d’œil derrière moi. Les deux hommes qui barraient la porte n’avaient pas bougé.
Ayant sans doute deviné la raison de mon regard, l’homme prit la parole.
« Ne vous préoccupez pas d’eux. Ils n’interviendront pas. »
Sa voix était basse et calme. Je l’observai un instant, me demandant si je pouvais lui faire confiance, mais il n’avait pas l’air de mentir. Les deux hommes près de la porte ne semblaient pas non plus pressés de s’en mêler.
Ils interviendraient peut-être si je tentais de fuir par la porte, mais ils ne paraissaient pas vouloir prendre part au combat.
« Je m’appelle Wi Jin-ak. »
Il me donna son nom sans que je le lui demande. Se présenter alors que nos armes étaient dégainées ? Pourtant, devant son expression grave, je sentis que je devais en faire autant.
« Je suis Jin Song. »
Je laissai échapper ce faux nom.
Wi Jin-ak plissa légèrement les yeux. Puis il releva lentement le sabre qu’il tenait jusque-là baissé. Quand sa pointe atteignit la hauteur de son épaule, le dos de la lame s’inclina légèrement vers lui, tandis que son tranchant était tourné vers moi.
Son pied droit racla brièvement les planches lorsqu’il s’avança d’un grand pas. La distance de deux ou trois pas fut aussitôt réduite de moitié.
Dans la foulée, son sabre s’abattit sur le sommet de mon crâne comme l’éclair.
J’inclinai aussitôt mon épée et la glissai sous son coup. Dès que le sabre toucha ma lame, j’abaissai le bras avec lui et fis pivoter mon poignet.
Le sabre de Wi Jin-ak glissa le long de mon épée vers la droite. Je reculai le pied gauche et pivotai ; le sabre dévié frôla mon épaule avant de s’abaisser près des planches.
J’enchaînai dans le même mouvement. Je recourbai mon épée vers le haut et visai le poignet qui tenait le sabre. Je ne comptais pas le lui trancher. Je voulais simplement frapper assez fort pour le désarmer et mettre fin au combat.
Mais son poignet n’était déjà plus là. Wi Jin-ak ne résista pas à la trajectoire de son sabre. Il se contenta de retirer le poignet en même temps que l’arme, et la pointe de mon épée fendit le vide.
Durant ce bref instant où mon épée manqua sa cible, le sabre qui s’était abaissé près des planches remontait déjà.
Je plaçai mon épée en biais et repoussai vers l’extérieur le coup ascendant. Le sabre passa une nouvelle fois à côté de moi, fendant l’air.
Je lui portai une estocade en pleine poitrine.
Mais Wi Jin-ak ramena vivement son sabre et rabattit le dos de la lame sur ma pointe. Dans un lourd cliquetis d’acier, mon épée s’immobilisa à une largeur de main de sa poitrine.
Son sabre s’abattit de nouveau vers mon épaule.
Frapper, parer, trancher, estocader. Nos lames se croisaient sans répit.
À chaque échange, je perdais un peu de terrain. Une douleur sourde s’accumulait dans mon poignet, qui encaissait les coups, et mon souffle se faisait court plus vite que le sien à force de les dévier.
À un moment, l’ourlet de mes vêtements de soie avait été entaillé ; il flottait à chacun de mes mouvements.
La différence entre nous n’était pas grande, mais si nous poursuivions ces échanges encore une centaine de fois, je serais sans aucun doute le premier à tomber.
Comment renverser la situation ?
Tout en combattant, je surveillais sans cesse les trajectoires de son sabre.
Les coups de Wi Jin-ak ne comportaient aucune feinte. Contrairement à ces sinistres hommes vêtus de noir, il ne faisait pas mine d’estocader avant de trancher, ni ne visait le haut avant de frapper le bas. Il attaquait directement là où il comptait frapper.
Mais ses coups étaient lourds et rapides, s’enchaînant sans me laisser reprendre mon souffle. Même en les voyant venir, il m’était difficile de les parer.
Je para encore quelques attaques, mais rien ne changea. Inutile, dès lors, de continuer à les encaisser.
Saisissant une ouverture, je lançai le premier mon épée sur la trajectoire du coup suivant de son sabre. En l’interrompant avant qu’il puisse y mettre tout son poids, je rendis soudain faible et léger ce qui m’avait paru aussi lourd que mille catties.
Je poussai mon épée dans l’ouverture. Wi Jin-ak ramena son sabre pour la bloquer, mais, pour la première fois, la force du choc le fit reculer d’un demi-pas.
Ce demi-pas marqua le début du renversement. À mesure que j’anticipais les trajectoires descendantes de son sabre, j’interrompais souvent les attaques de Wi Jin-ak avant qu’elles ne puissent exprimer toute leur puissance.
À chaque échange, ses pieds reculaient d’un demi-pas, parfois de plus d’un pas entier. L’équilibre commença à basculer. Celui qui avançait se retrouvait parfois repoussé, et celui qui poursuivait devenait parfois le poursuivi.
Quand son sabre fut repoussé loin de moi, je jetai un regard de côté vers la porte. Les deux hommes s’y tenaient toujours. Même dans un moment aussi tendu, ils ne montraient aucun signe de vouloir intervenir.
Et la femme ?
Je para un coup de sabre, puis avançai une fois, forçant Wi Jin-ak à reculer d’un demi-pas supplémentaire. J’en profitai pour regarder la femme assise à la table.
Une légère surprise se lisait sur son visage impassible.
Mais rien de plus. Elle ne semblait ni pressée ni alarmée. Elle nous observait comme si elle assistait à quelque chose de curieux.
Le sabre de Wi Jin-ak décrivit alors un large arc. Il repoussa mon épée vers le haut et sur le côté, puis Wi Jin-ak profita du recul pour bondir de deux ou trois pas en arrière.
La distance entre nous s’élargit aussitôt.
« Puisque vous avez le temps de regarder ailleurs… »
La voix de Wi Jin-ak me parvint. Sa respiration était toujours aussi régulière.
« Vous avez l’air bien à l’aise. »
« À l’aise ? Pas vraiment. »
Je répondis et ramenai mon épée en position, mais mon cœur se serra.
Une fissure fine comme un cheveu était apparue le long de la lame. Après plusieurs échanges, l’épée bon marché de la forge avait fini par céder sous le poids du sabre de Wi Jin-ak.
Je l’avais payée deux taels. Comment était-ce possible ? Le sabre de Wi Jin-ak était-il simplement trop lourd, ou bien la forge de Guju m’avait-elle vendu une arme de piètre qualité ?
Pendant que je déchantais, Wi Jin-ak modifia sa prise. Il abandonna sa garde, sabre incliné au-dessus de l’épaule, en abaissa la pointe et le tint près de sa taille. Sa posture avait complètement changé.
Avant que j’aie le temps de réagir, il poussa sur son pied avancé et s’élança. Le sabre, tenu bas près de sa taille, remonta en diagonale depuis le sol dans le même mouvement.
La trajectoire de son sabre avait changé. La lame, qui décrivait de larges arcs chargés de puissance, avançait désormais par courtes saccades. Ce sabre qui tombait auparavant d’un seul trait me menaçait à présent de toutes parts, par mouvements fragmentés.
Ma méthode, qui consistait à en anticiper la trajectoire, ne me servait plus à rien. Le coup suivant arrivait avant que je puisse deviner où il frapperait, et je ne pouvais que m’efforcer de le bloquer.
Pire encore, mon épée était endommagée. Si je l’opposais de front à sa lame, elle risquait de se briser au premier choc. Je n’avais pas d’autre choix que d’atténuer l’impact autant que possible. J’inclinai davantage le tranchant, relâchai mon poignet et, à chaque contact, laissai passer la force au lieu de lui résister.
Mais cette prudence ralentissait forcément mon épée. À peine avais-je détourné un coup avec souplesse que le suivant se trouvait déjà devant mon nez. Même quand je parvenais à le bloquer, je devais souvent reculer de plusieurs pas.
Alors que je me disais que je ne pourrais pas tenir ainsi et que je faisais remonter l’énergie de mon dantian jusque dans mon épée,
Crac !
Une autre longue fissure fendit la lame. Dès que l’énergie intérieure y pénétra, l’épée endommagée ne supporta plus la force et gémit.
Je dus aussitôt interrompre la montée de l’énergie. Je ne pouvais pas regretter davantage l’épée de Hyeonam, que j’avais laissée dans la chambre de l’auberge.
Mais que faire, maintenant ? Je me concentrai et déviai les coups les uns après les autres.
Pourtant, ma prudence n’était peut-être pas vaine. Les chocs irréguliers de l’acier s’atténuèrent peu à peu, et la douleur qui s’était logée dans mon poignet s’estompa par degrés.
Mais je n’allais pas tarder à atteindre mes limites.
Devais-je envoyer valser son sabre de toutes mes forces, tant pis pour mon épée, puis utiliser ma technique de légèreté pour bondir par la fenêtre ? Tandis que j’y réfléchissais, je reçus un nouveau coup descendant sur ma lame et fis pivoter mon poignet.
Le poids qui pesait sur ma main disparut, comme s’il n’avait jamais existé.
Je l’avais dévié comme d’habitude, et pourtant, pour une raison que j’ignorais, je n’avais senti aucune force dans le sabre. Cette arme lourde semblait avoir perdu son poids ; elle glissa d’elle-même le long de mon poignet. Ma main ne sentit même pas le contact de quoi que ce soit.
Qu’était-ce donc ? Ce mouvement n’avait été ni une déviation ni un blocage.
Mais avant que je puisse en saisir la raison, le coup suivant s’abattit. Je plaçai ma lame contre le sabre et fis pivoter mon poignet de la même façon, mais cette fois, toute la force du coup frappa mon poignet.
Cette sensation qui m’avait frôlé une fois m’échappait d’autant plus que je cherchais à la saisir. Les coups de sabre pleuvaient sans répit ; je n’avais pas le temps de revenir calmement sur ce qui venait de se passer.
Laissant filer cet indice précieux, je me repliai de nouveau sur la défensive.
Je pouvais recevoir ses attaques et les dévier, mais je n’arrivais pas à frapper ensuite son poignet. Un bref intervalle séparait le moment où je guidais son sabre sur le côté de celui où je ramenais mon épée vers son poignet. Comme je déviais plus lentement afin de préserver mon arme, cet intervalle s’était élargi, et Wi Jin-ak s’en échappait à chaque fois.
À force de reculer, je me retrouvai tout près des deux hommes qui barraient la porte. Je n’avais plus nulle part où aller. La sueur froide trempait mon dos. Si je perdais ici, tout serait fini.
Dévier, puis frapper. Si le problème venait de l’intervalle entre ces deux mouvements, qui lui permettait de s’échapper…
Une idée me traversa l’esprit.
Dévier et frapper n’avaient jamais été deux gestes distincts. Le mouvement qui détournait le coup était aussi celui qui portait la riposte, et pourtant, je les avais toujours séparés. Si je ne les dissociais pas, il n’y aurait pas d’intervalle. Et sans intervalle, il ne pourrait pas s’échapper.
Je reçus de nouveau son sabre, mon épée inclinée. Mais cette fois, après avoir repoussé le sabre, je ne ramenai pas mon arme en arrière. Je fis décrire un cercle à l’épée qui déviait le sabre, puis laissai l’extrémité de l’arc se diriger droit vers Wi Jin-ak.
De toute façon, je n’avais pas l’intention de lui trancher la tête. Cette épée se briserait probablement après un ou deux échanges de plus. Inutile, dès lors, de la ménager. Qu’elle se brise ou non, mieux valait graver profondément ce mouvement dans leurs esprits.
J’ouvris mon dantian et déversai mon énergie dans cet unique arc. Mon épée fila devant mon bras, trop vite pour que mes yeux la suivent.
Crac !
Les fines fissures de la lame s’allongèrent dans un craquement.
Pour la première fois, le regard de Wi Jin-ak vacilla.
Son sabre, qu’il avait voulu retirer, ne parvint pas à suivre. Mon épée s’engouffra dans l’ouverture et s’abattit en direction de sa pomme d’Adam.
Nous nous immobilisâmes tous les deux. Wi Jin-ak, qui avait levé son sabre pour bloquer, et moi, qui lui avais pointé mon épée.
Clang.
Un instant plus tard, la pointe brisée heurta les planches.
Il ne me restait plus que la poignée et un fragment de lame. L’extrémité brisée s’était arrêtée juste avant la pomme d’Adam de Wi Jin-ak, à la largeur de main qui manquait à mon épée.
Le silence retomba sur la pièce.
Sans changer de posture, je tournai légèrement la tête pour regarder derrière moi. Les deux hommes près de la porte s’étaient figés dans la position qu’ils avaient prise pour se précipiter à l’attaque. Wi Jin-ak avait assuré qu’ils n’interviendraient pas, mais, lorsqu’il s’était trouvé en danger, leurs corps avaient réagi avant eux.
Je tournai les yeux vers la femme. Elle s’était levée à un moment ou à un autre. Le visage crispé, elle fixait la pointe brisée de mon épée.
Son regard remonta lentement le long de la lame, de la partie brisée à la main qui la tenait, puis de ma main à mon visage. Nos yeux se croisèrent.
Je lus bien des émotions dans son regard : de la stupeur, de l’inquiétude, de la surprise. Que voyait-elle dans le mien ?
Je leur en avais montré assez. Allaient-ils me laisser partir, maintenant ?
Je me demandai ce que je ferais s’ils me retenaient malgré tout, mais, mon épée brisée, je ne pouvais pas faire grand-chose. Si la situation dégénérait, il ne me resterait qu’à déverser toute l’énergie intérieure qui me restait dans mes jambes et à tenter de bondir par la fenêtre.
J’abaissai lentement l’épée brisée et m’adressai à la femme, dont le regard croisait le mien.
« Allez-vous me laisser partir, maintenant ? »
Ces mots semblèrent ramener la femme à elle. Son regard, qui était resté fixé sur la pointe brisée de l’épée, se détacha de celle-ci et son expression raide reprit vie.
Au lieu de me répondre directement, elle tourna les yeux vers Wi Jin-ak et prononça des mots que je ne compris pas.
« Grand Héros Wi, qu’en pensez-vous ? »
Wi Jin-ak abaissa lentement son sabre et le rengaina. Puis il hocha la tête et répondit d’une voix calme, mais claire :
« C’est bien l’escrime de Wudang. »
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