Chapitre 32
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 32 : La perte l’emporte sur le gain
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Je venais à peine de resserrer ma prise sur le bastingage.
Crac.
Les planches se fendirent derrière moi. L’épée plantée dans le pont avait déjà été dégagée. Il était bien plus rapide que je ne l’avais imaginé.
Sur le pont, le fourreau de Du Gi balayait le flanc de Nangong Hwi.
Nangong Hwi s’empressa de parer avec son épée dégainée.
Flac.
Ce fut du bois, et non du métal, qui résonna. Le fourreau de Du Gi rebondit, mais il accompagna le recul, pivota et frappa de nouveau.
À la gorge, au poignet, puis au flanc. Il ne cessait de réduire la distance, lançant de courtes attaques uniquement quand une ouverture se présentait.
Pourtant, ses mouvements semblaient étrangement maladroits. En y regardant de plus près, je remarquai que ses coups perdaient toute leur force au dernier instant.
La pointe de son épée était sur le point d’atteindre une ouverture, puis sa puissance s’évanouissait au dernier moment. Chaque fois, son épaule droite commençait à suivre le mouvement, puis se raidissait. Son visage se crispait sous la lumière des lanternes.
Sa blessure avait dû être profonde. Je m’étais demandé comment il pouvait seulement manier une épée, mais il se forçait.
Il ne tiendrait pas longtemps ainsi.
Inutile de réfléchir. Du Gi occupait Nangong Hwi de face. Je n’avais qu’à frapper dans son dos, comme lorsque j’avais attrapé l’homme en noir dans les montagnes.
Je surveillais leurs épées entremêlées, à l’affût d’une ouverture, lorsque des pas retentirent sur le côté.
Des foulées lourdes pressaient les planches et se rapprochaient à grands pas.
Je tournai la tête. Le chef de l’agence fonçait sur moi. Il avait dégainé son épée et chargeait droit sur moi : sa cible était évidente.
Il en avait après moi parce que j’avais la marchandise.
Je claquai la langue et renonçai à mon ouverture. Impossible de frapper dans le dos de l’autre en laissant le mien exposé.
Du Gi tiendrait-il jusque-là ?
Sur le pont, le combat avait déjà complètement tourné. L’épée de Du Gi ne parvenait plus à avancer. Chaque fois que la lourde lame s’abattait, il la bloquait de justesse et reculait, encore et encore.
Pourtant, l’épée de Nangong Hwi semblait différente de celle qu’il avait utilisée contre moi.
Avec un tel poids, il aurait déjà dû fendre le fourreau de Du Gi. Pourtant, ses coups ne touchaient que l’épaule ou le milieu du fourreau. Il évitait obstinément la gorge et la poitrine, des endroits où un seul coup aurait suffi à en finir.
Le faisait-il exprès ?
La pensée s’arrêta là. L’épée du chef de l’agence se dirigeait vers mon visage.
J’inclinai ma lame et déviai la pointe. Mais, son corps penché dans le mouvement, il se rua sur moi, l’épaule en avant.
Je reculai d’un demi-pas pour l’éviter, mais son épée suivit le mouvement de son épaule et faucha ma cuisse. J’abaissai la mienne pour parer.
Clang.
Au moment où je bloquai son coup, il posa le pied sur mon pied d’appui. Quand je le retirai, sa main libre passa près de mon col. Épée, corps et pied s’enchaînaient en un seul souffle. Ses attaques n’avaient rien d’anodin.
Le titre de chef de l’agence n’était pas usurpé.
Je traçai des cercles de ma lame pour dévier chacun de ses mouvements. Quand son épaule me percuta, je la laissai glisser le long du cercle. Quand son épée suivit, je la détournai à la limite du mouvement. Après avoir échangé plusieurs coups, je commençai à remarquer quelque chose.
Chacun de ses mouvements s’arrêtait à quelques centimètres de moi. Son épée s’approchait, puis se retirait avant que la pointe ne m’atteigne. Même son épaule, lorsqu’il fonçait sur moi, ne poursuivait jamais son élan jusqu’au bout. Aucune attaque ne l’exposait suffisamment pour que je puisse le blesser.
Je pouvais resserrer le cercle et m’approcher.
Mais chaque fois, la pointe de mon épée hésitait.
Nangong Hwi aussi se retenait. Sa lourde épée évitait obstinément les points vitaux de Du Gi, sans doute à cause du jeton de la Société du Miroir Brillant.
Alors, quel lien cet homme avait-il avec Nangong ? Si je le mettais à terre, où cela nous mènerait-il ? Je n’en savais pas assez.
Quand la distance se creusa entre deux échanges, je balayai rapidement le pont du regard.
Les escorteurs se tenaient à bonne distance, en cercle, serrant leurs épées. Ils n’osaient pas intervenir, mais ne pouvaient pas non plus battre en retraite.
Le capitaine des escorteurs, en revanche, était introuvable. Je cherchai de nouveau et repérai une silhouette qui contournait le combat pour s’approcher du dos de Du Gi.
Je cessai de calculer. Peu importait le lien entre cet homme et Nangong, je devais d’abord sauver Du Gi.
Je puisai une poignée d’énergie intérieure dans mon dantian et la déversai dans mon épée. Au lieu d’attendre la prochaine attaque, je resserrai le cercle et pris l’initiative.
Il sursauta et leva son épée pour bloquer, mais ma lame chargée d’énergie intérieure glissa et pivota par-dessus la sienne. À mesure que le cercle se refermait, j’aplatis mon épée et frappai son poignet du plat de la lame.
Flac.
Son épée tomba sur le pont dans un bruit sourd. Peu m’importait que son poignet soit cassé ou non. L’essentiel, c’était qu’il ne puisse pas manier d’épée avant un moment.
Alors qu’il titubait en se tenant le poignet, je lui décochai un coup de pied dans la poitrine. Il ne fit pas plus de trois ou quatre pas avant de s’effondrer au milieu du pont.
Il ne pourrait pas me poursuivre avant un moment. Je me retournai et poussai sur les planches.
Derrière Du Gi, l’épée du capitaine des escorteurs se levait. Du Gi la sentit et pivota, bloquant le coup avec son fourreau. Au même instant, Nangong Hwi ajusta sa prise sur son épée et s’approcha de face. Ils m’encerclaient.
Je m’interposai de force entre eux.
L’épée de Nangong Hwi ne dévia pas de sa trajectoire : il l’abattit droit sur moi. Je levai ma lame et déviai son poids de biais.
Clang.
Le choc me repoussa sur le côté. Du Gi venait lui aussi de repousser le capitaine des escorteurs et se retournait ; nos épaules se heurtèrent.
Dans ce bref instant, une voix me parvint, si basse qu’elle se perdait dans le tumulte.
« Hangzhou. Le Pavillon de la Brume et du Crépuscule. »
Je n’avais pas le temps de demander des précisions.
« Va devant. »
Où se trouvait le Pavillon de la Brume et du Crépuscule, et qu’avait-il l’intention de faire ? Je n’eus pas le temps de parler : Du Gi me poussa vers le bastingage de l’épaule qui venait de heurter la mienne.
Puis il pivota dans l’autre sens et fonça droit sur Nangong Hwi.
Ce n’est qu’alors que je le vis. Sa jambe gauche bougeait bizarrement. Son pantalon était sombre et trempé du tibia jusqu’en bas, mais j’ignorais quand il avait été touché.
Son épée, en revanche, avait changé. Même en prenant appui sur cette jambe, il parvint enfin à concentrer sa force à la pointe de sa lame, là où elle lui avait fait défaut jusque-là. Il semblait puiser dans l’énergie intérieure qu’il avait gardée en réserve.
Nangong Hwi tressaillit et recula d’un demi-pas, levant son épée. Tout aurait déjà dû être terminé, pourtant l’épée d’un homme à l’agonie fonçait droit sur lui. Pour la première fois, cette lourde lame était contrainte à la défensive.
Tous ceux qui se trouvaient là savaient que cela ne durerait pas.
À quoi Du Gi pouvait-il bien réfléchir ? Trop de choses m’échappaient. Mais il devait avoir calculé quelque chose. De toute façon, je ne pouvais plus rien faire en restant là.
Je courus vers le bastingage. Deux escorteurs levèrent leur épée pour me barrer la route.
Sans ralentir, je déviai la première épée du plat de ma lame. Profitant du recul, je fis pivoter mon épée et balayai le flanc du second avec le plat. L’un lâcha son épée et s’affaissa, tandis que l’autre basculait sur le côté.
Je les laissai derrière moi et franchis le bastingage d’un bond.
L’eau noire m’engloutit.
Le froid me saisit jusqu’au sommet du crâne, mais je ne m’arrêtai pas. Je plongeai sous la surface. Au-dessus de moi, la lumière des lanternes ondulait dans tous les sens, tandis que le fracas du métal et les cris, étouffés par l’eau, se réduisaient à un grondement sourd.
Tant que ces bruits continuaient, cela signifiait que Du Gi tenait encore son épée.
Je palpai ma poitrine pour vérifier que j’avais toujours ce que j’avais pris, puis m’enfonçai dans l’obscurité. Bientôt, j’atteignis l’ombre sous notre bateau.
Je commençai à saisir le bastingage, puis m’immobilisai. Un membre de l’équipage se tenait près de la poupe. Il venait apparemment de se réveiller et regardait l’autre bateau, attiré par le vacarme.
Heureusement, son regard était entièrement tourné vers le choc des lames. Il ne prêtait aucune attention à l’eau à ses pieds.
En longeant les ombres projetées par le bateau, je contournai celui-ci jusqu’à l’autre côté. Je saisis le bastingage derrière le dos de l’homme et montai sans bruit dans la cale. Par chance, il ne bougea pas, absorbé par le spectacle.
Ce ne fut qu’une fois à l’abri dans l’ombre de la cale que je relâchai le souffle que je retenais.
Tout en tendant l’oreille vers la poupe, j’ôtai mes vêtements trempés de mes mains engourdies.
Quand j’enfilai les vêtements secs que j’avais pliés de côté, mes doigts ne m’obéissaient pas. Il me fallut un temps fou pour attacher un seul bouton. J’enlevai aussi le tissu qui me couvrait le visage et l’enroulai dans mes vêtements mouillés. Je ne pouvais rien laisser derrière moi.
Je glissai le paquet trempé contre ma poitrine sous mes vêtements secs. J’ajoutai mes vêtements mouillés au paquet de tissu qui avait enveloppé l’épée de Hyeonam, nouai le tout, puis jetai le paquet sur mon dos. Je passai l’épée de la forge à ma taille.
Je soulevai la natte de paille et sortis. Le fracas des lames s’était tu à un moment ou à un autre. À sa place, plusieurs cris résonnaient au-dessus de l’eau.
Malgré l’obscurité, je distinguais nettement deux ou trois torches qui descendaient du pont du navire jusqu’au débarcadère. Leur lumière commença à se répandre le long de la jetée, dans ma direction.
Je n’avais pas le temps d’y réfléchir.
Je redescendis par le bastingage côté eau. En longeant les hauts-fonds, où l’eau m’arrivait aux chevilles, je m’éloignai de l’ombre du navire et gravis la berge, de l’autre côté du débarcadère.
Quelques lanternes seulement éclairaient la rue du port. Rabat de bambou baissé, je traversai la rue d’un pas rapide, ne posant les pieds que dans les zones sombres. Les cris derrière moi se rapprochaient, mais je ne regardai pas en arrière.
La rue ne faisait que quelques pas de large. Je m’engageai dans une ruelle entre deux vieilles maisons et, bientôt, la terre sous mes pieds céda la place à une pente.
Je la gravis. Le sol était sombre, mais j’avais vécu dix ans dans les montagnes plongées dans l’obscurité. Je me dissimulai parmi les arbres et montai, encore et encore.
Ce ne fut que lorsque ma respiration se bloqua dans ma gorge que je ralentis. Je m’adossai à un tronc et regardai en contrebas.
Trois ou quatre torches allaient et venaient autour du port. Aucune ne s’approcha de la montagne.
Alors seulement, le bruit des lames qui s’était tu me revint à l’esprit. Si les épées s’étaient arrêtées, deux possibilités s’offraient à moi : Du Gi avait rengainé la sienne, ou il n’en était plus capable.
Du Gi n’était probablement pas mort. Nangong Hwi semblait s’être retenu.
Je décidai de ne faire confiance qu’à ses paroles : il m’avait dit de partir devant. Hangzhou. Le Pavillon de la Brume et du Crépuscule. Je retournai ces deux mots dans ma tête, puis me recroquevillai dans l’air froid de la montagne.
J’aurais tout donné pour me réchauffer près d’un feu. Mais dans cette obscurité, la moindre lueur aurait révélé la montagne tout entière.
En serrant mon paquet contre moi, je me calai au pied d’un arbre et passai la nuit à trembler. Si je n’avais pas enfilé des vêtements secs, le froid aurait largement suffi à me tuer.
Même lorsque l’aube pâle et grise se leva, le port ne changea pas de visage avant longtemps.
Notre bateau leva l’ancre le premier. Le tumulte de la nuit ne concernait pas les mariniers ; ils poursuivirent donc leur route.
L’autre bateau, en revanche, resta amarré au débarcadère jusque tard dans la matinée. Des gens allaient et venaient entre le pont et la jetée, apparemment à la recherche de quelque chose, encore et encore.
Cette chose, c’était naturellement moi.
Ce ne fut qu’une fois le soleil haut dans le ciel que le bateau s’éloigna lentement du débarcadère. Je fouillai le pont du regard tandis qu’il s’éloignait. Le chariot était toujours au même endroit.
Plusieurs silhouettes s’agitaient aussi sur le pont, mais impossible de savoir si Du Gi était parmi elles.
J’attendis encore longtemps après que le bateau eut disparu au détour de la rivière avant de descendre la pente.
En descendant, je remis de l’ordre dans ma tenue. Ceux qu’ils avaient vus étaient un intrus nocturne vêtu de noir et le visage couvert, pas un voyageur coiffé d’un chapeau de bambou. Je brossai la terre et les feuilles pour avoir l’air présentable.
J’entrai dans la petite auberge au bout de la rue et commandai un bol de nouilles en soupe. Quand le bouillon chaud descendit dans mon ventre, mon corps, raidi par la nuit, finit par se détendre.
Quand le serveur m’interrogea sur le tumulte de la nuit précédente, je répondis d’un ton détaché que j’avais dormi et que je n’en savais rien. Le serveur, lui, était bien plus excité que moi et s’étendit longuement sur les navires qui s’étaient affrontés à l’épée pendant la nuit et sur l’attaque des pirates du fleuve.
Les rumeurs avaient déjà commencé à enfler d’elles-mêmes. Ce n’était pas plus mal.
En payant mon bol de nouilles, je demandai négligemment quels bateaux partaient pour Hangzhou. Le serveur compta sur ses doigts, puis m’apprit qu’un bateau passait environ tous les deux jours et que le prochain arriverait le lendemain soir.
Le lendemain soir.
Il me faudrait donc passer encore une journée dans le dortoir commun. Sans protester, je payai une chambre.
Ce ne fut qu’une fois entré et la porte verrouillée que je sortis ce que j’avais caché sous mes vêtements.
L’enveloppe de soie était trempée et noircie. Le morceau qu’elle contenait s’était humidifié sur les bords et avait laissé de la poudre. Son odeur sèche et amère était à moitié noyée par celle de l’eau du fleuve.
Impossible de savoir s’il valait encore quelque chose dans cet état. Je me contentai d’éponger l’humidité avec un linge sec, de l’envelopper de nouveau dans la soie et de le cacher au fond de mes vêtements.
J’avais risqué ma vie deux fois pour obtenir un simple morceau humide, assez petit pour tenir dans ma paume.
La fatigue finit par m’accabler et je m’allongeai sur le sol.
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