Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 31 : Un enfer vivant
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Au lieu de répondre, j’évaluai la distance qui me séparait de l’eau, derrière moi. Quatre ou cinq pas, peut-être. Si je le voulais vraiment, je pourrais sans doute m’échapper sans trop de mal.
Ça valait donc le coup d’essayer.
Le paquet de thé reposait juste entre nous, à égale distance de l’un et de l’autre.
Dès que je fis un pas vers lui, l’épée tendue, Nangong Hwi réagit aussitôt et me porta une estocade à la poitrine.
J’inclinai mon épée et laissai sa lame glisser sur son plat. Sa pointe passa près de mon épaule. Profitant de son élan, je m’avançai d’un demi-pas supplémentaire, jusqu’à ce que mes orteils puissent toucher le paquet de thé.
Je n’avais pas le temps de me pencher pour le ramasser. Je le repoussai donc du pied. Le paquet glissa sur le pont et roula vers le bastingage, du côté de l’eau.
Au même instant, je vis le bras de Nangong Hwi se plier. Au lieu de ramener son épée après avoir manqué son coup, il m’asséna le pommeau en plein sur la tempe.
Je rejetai la tête en arrière et reculai. Le pommeau passa à quelques centimètres de mon nez.
Mais ce n’était pas fini. Dans le prolongement de son coup manqué, son épée revint aussitôt vers moi et fendit l’air en direction de ma nuque.
Je reculai précipitamment d’un autre pas, pivotai du haut du corps et déviai la lame avec le plat de mon épée.
Clang.
Bien que j’eusse dévié le coup, une douleur résonna dans mon poignet.
À partir de là, son épée ne me laissa plus un instant de répit. Mon épaule, mon flanc, ma nuque. Sa lourde lame s’abattait coup sur coup ; à chaque fois, je pivotais et la déviais. Six ou sept échanges se succédèrent en un instant.
Plus je subissais ses attaques, plus les intentions de Nangong Hwi m’apparaissaient clairement. Un demi-pas à chaque échange. Chacun de ses coups était choisi pour m’éloigner de l’eau et me forcer à pivoter dans cette seule direction si je voulais le dévier.
À ce rythme, non seulement je ne récupérerais pas le thé, mais j’aurais même du mal à m’échapper.
Je changeai d’approche. Quand le coup suivant s’abattit vers mon épaule, au lieu de reculer pour le dévier, je suivis la lame et contournai Nangong Hwi. Je décrivis un arc autour de lui, un demi-pas, puis un autre. Peu à peu, je regagnai le terrain qu’il m’avait fait céder.
L’épée de Nangong Hwi s’interposa pour barrer ma trajectoire. Mais j’évitai sa pointe de justesse et avançai encore d’un demi-pas. Bientôt, le bastingage où le paquet de thé avait roulé apparut dans mon champ de vision, en biais.
C’est alors que tout bascula.
« Espèce d’ordure ! »
Une épée fondit sur moi de côté, accompagnée d’un cri. L’un des gardes de faction avait enfin perdu patience et s’était rué sur moi.
Son attaque était lente et ample, rien à voir avec l’épée de Nangong Hwi. Mais elle venait du pire angle possible. Elle briserait ma trajectoire circulaire et, si je la parais, je serais obligé de tourner tout le corps dans cette direction.
Je repoussai le garde avec le plat de mon épée. Un seul échange suffit.
Mais tandis que je pivotais, Nangong Hwi changea de position avec une fluidité telle qu’on aurait dit qu’il avait glissé jusqu’à sa nouvelle place.
L’eau se trouvait derrière lui, et le paquet de thé près de ses pieds. Face à lui, j’étais de nouveau repoussé au milieu du pont.
La situation était pire qu’au début.
Tout en gardant mon épée braquée sur Nangong Hwi, je ne bougeai que les yeux.
Le garde que je venais de repousser se tenait à la limite de mon champ de vision. À deux ou trois pas de là, il avait réajusté sa prise sur son épée et la pointait vers moi, tout en jetant un regard à Nangong Hwi.
L’autre garde se tenait plus loin, épée en main, sur ses gardes.
Des bruits de pas commençaient aussi à filtrer de l’intérieur du bateau. J’entendais des murmures indistincts. On aurait dit que des gens se réveillaient.
Je me raidis. Impossible de savoir combien d’autres allaient sortir. Si l’intendant en chef apparaissait lui aussi, il ne serait pas facile de s’échapper.
Nangong Hwi avait dû l’entendre également. Sans détourner le regard, il lança brièvement :
« Ramasse-le. »
Le garde qui se tenait plus loin tressaillit, puis courut vers le paquet de thé près du bastingage.
Je devais en finir, et vite.
Je tirai une poignée d’énergie de mon dantian et la logeai dans mes pieds. Alors que j’allais bondir du pont en direction du garde qui courait…
« Arrêtez ! »
Un cri venu du quai s’interposa entre nous.
Mes pieds tressaillirent et perdirent leur élan. Je reposai de force celui que j’allais lever et me figeai, en gardant mon épée pointée sur Nangong Hwi.
Le garde qui courait s’arrêta lui aussi, maladroitement. La pointe de l’épée de Nangong Hwi ne bougea pas, mais ses yeux se tournèrent légèrement vers le cri.
Quelqu’un avançait lentement le long du quai. Les deux mains levées à hauteur d’épaules, il montrait clairement qu’il ne tenait rien.
En regardant mieux, je reconnus Du Gi.
De l’autre main, il ôta le chapeau de bambou qu’il portait et dévoila son visage à la lumière des lanternes. Il marchait comme s’il n’avait aucune intention de se cacher.
Pourquoi se trouvait-il là, alors qu’il aurait dû être sur le bateau ? Ce fichu type n’avait même pas sifflé. Avant que je puisse comprendre, Du Gi s’arrêta au bout de la passerelle et prit la parole.
« Société du Miroir Brillant. »
Du Gi sortit un insigne de sa poitrine et le brandit. Puis il poursuivit, d’une voix claire :
« Yun Baek, chef de la troisième escouade. »
Yun Baek. Pas Du Gi.
Après tout, il s’était infiltré dans un convoi de protection sous les traits d’un vagabond. Rien ne prouvait que le nom de Du Gi ne soit pas une identité qu’il avait empruntée. Je m’étais douté que ce n’était peut-être pas son vrai nom.
Une fois encore, je compris que tout ce que je savais de cet homme se résumait à deux syllabes. Et même celles-là venaient de disparaître.
« … Yun Baek. »
Nangong Hwi répéta le nom à voix basse. Puis ses yeux se plissèrent.
« Ainsi, vous êtes un maître taoïste de la Secte du Mont Qingcheng. »
Comment pouvait-il déduire tout ça de deux syllabes ? Tous les membres de la Secte du Mont Qingcheng s’appelaient-ils Yun Baek ? Ça ne pouvait pas être ça.
« Jeune Maître. »
Le garde qui s’était éloigné l’interrompit précipitamment. L’épée pointée sur Du Gi, il s’approcha de Nangong Hwi et lui murmura quelque chose.
Nangong Hwi ferma puis rouvrit brièvement les yeux.
Son visage ne trahissait ni colère ni surprise. Son expression, difficile à décrire, respirait un dégoût las.
« Les yeux de l’Alliance sont-ils si perçants, ou notre clan si négligent ? »
« J’imagine que les deux se valent. »
Du Gi répondit calmement. À cet instant, la porte de la cabine s’ouvrit à la volée.
Le directeur de l’agence se précipita dehors, l’épée dégainée, suivi d’un capitaine d’escorte et de deux gardes. En découvrant l’état du pont, le directeur s’apprêta à parler, puis hésita.
Son regard passa de moi, masqué, à Du Gi, sur le quai, puis à Nangong Hwi, entre nous. Il se figea, incapable de savoir quoi faire de son épée dégainée.
« Directeur, tenez vos hommes. »
Nangong Hwi parla sans se retourner. Le directeur referma la bouche et fit signe au capitaine et aux gardes de reculer. Il y avait désormais davantage de monde sur le pont, mais seuls deux hommes continuaient à parler.
Nangong Hwi se tourna de nouveau vers Du Gi.
« Alors, Société du Miroir Brillant, vous qui nous observez de l’intérieur depuis le début, que comptez-vous dire maintenant que vous vous montrez en pleine nuit ? »
« Au sujet de la marchandise. »
Du Gi rangea son insigne en répondant.
« Nous savons ce qui a été chargé sur cette charrette, et vous le savez aussi, Jeune Maître. Y a-t-il seulement quelqu’un qui aurait intérêt à ce que cela se sache à l’extérieur ? »
Quelque chose que personne n’avait intérêt à révéler. Je me rappelai le paquet de soie sous mes doigts et son odeur sèche et amère.
« Ceux qui sont au-dessus de nous veulent que cela se termine sans bruit. Nous prendrons la marchandise et étoufferons l’affaire. Quant à votre clan… »
Du Gi s’interrompit, le temps de choisir ses mots. Son regard balaya les oreilles qui s’étaient dressées sur le pont, puis il abrégea sa conclusion.
« Il vous suffira de fermer vos portes quelque temps. C’est tout. »
Fermer leurs portes quelque temps.
Je pouvais à peu près deviner ce que cela signifiait. Un grand clan n’était pas un marchand ; il ne s’agissait donc pas de fermer boutique. Personne n’entrerait ni ne sortirait, et ils ne se mêleraient plus des affaires extérieures. Une sorte de réclusion, où les coupables s’enfermeraient eux-mêmes.
Tout compte fait, ça ne semblait pas si terrible. Mais à voir le visage des gens de l’agence se fermer à ces mots, la chose paraissait bien plus grave que je ne l’avais imaginé.
Nangong Hwi garda le silence un long moment. Pour la première fois, la pointe de son épée s’abaissa d’un demi-pouce.
« … Une fin discrète. »
Enfin, il prit la parole.
« Qui, là-haut, a prononcé ces mots ? Le chef du corps d’escorte, ou quelqu’un au-dessus de lui ? »
« N’est-il pas naturel que les affaires du corps passent par son chef, et celles du chef par le dirigeant de l’Alliance ? »
« Mais… »
Nangong Hwi lui coupa la parole.
« À cet instant, la seule garantie de ces paroles sur ce pont, c’est l’insigne d’un chef d’escouade. N’est-ce pas ? »
Du Gi ne répondit pas.
« J’ai pu constater aujourd’hui que vos yeux sont perçants. Mais ceux qui sont au-dessus de vous sont-ils unis ? Neuf bouches, et même des mendiants qui se pressent autour de la table. Et comment comptez-vous expliquer que le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier soit venu en personne, la nuit dernière, massacrer les escorteurs ? »
Neuf bouches, et même des mendiants.
On aurait dit que l’Alliance n’était pas un clan unique, mais un rassemblement de plusieurs groupes autour d’une même table. D’après ce que j’avais entendu, la Secte du Mont Hua en faisait partie. Un tel rassemblement pouvait-il vraiment ne pas réussir à s’unir ?
Du Gi ne trouva pas non plus de réponse immédiate et hésita. Nangong Hwi le remarqua et secoua la tête.
« Si l’Alliance ne peut même pas tenir une secte martiale en laisse, comment pourrais-je lui faire confiance ? »
« Jeune Maître, c’est… »
« Arrêtons-nous là. »
Nangong Hwi lui coupa la parole. La pointe de son épée, qui s’était abaissée, se releva et se braqua de nouveau sur Du Gi.
« Puisque vous vous êtes montré, je vous rendrai la pareille et vous laisserai partir. Partez les mains vides. Vous, et lui. »
Sa pointe se tourna brièvement vers moi, puis revint vers Du Gi.
« Laissez la marchandise. »
À ces mots, tous les regards du pont convergèrent vers un seul endroit : le paquet de thé enveloppé de soie, près du bastingage. Il n’en restait même pas un demi-paquet.
Je fis mes calculs.
Le paquet de thé se trouvait à six ou sept pas. Nangong Hwi était à la moitié de cette distance. La poignée d’énergie logée dans mes pieds était toujours intacte, et il m’en restait quatre ou cinq dixièmes dans le dantian. La cabine était de nouveau silencieuse.
Si je repartais les mains vides, tout s’arrêterait là. Je serais indemne et n’aurais pas d’ennuis à craindre. Cette affaire ne m’avait jamais concerné. C’était l’affaire de Du Gi, celle de l’Alliance, celle des Nangong.
Mais si je revenais les mains vides, avec quoi Du Gi réglerait-il ses comptes avec ses supérieurs ? Et si ce calcul tournait mal, se donnerait-il vraiment la peine d’enquêter sur ma famille ?
Je jetai un coup d’œil vers le quai. Du Gi n’avait pas bougé. Il ne semblait ni vouloir reculer ni vouloir attaquer. Il se contentait de m’observer.
Il ne disait rien. Pourtant, j’avais l’impression que son regard me posait une question.
« Pourquoi tu ne le ramasses pas, bon sang ? »
Sans quitter Du Gi des yeux, Nangong Hwi reprit la parole derrière lui. Le garde qui avait reculé se dirigea de nouveau, avec hésitation, vers le bastingage.
C’est alors que tout bascula.
Le chapeau de bambou de Du Gi s’envola soudain de sa main.
Il tournoya à ras du sol et fila vers le visage de Nangong Hwi. Je n’eus pas le temps de réfléchir. Mon corps réagit avant moi.
Je libérai la poignée d’énergie que j’avais logée dans mes pieds. Je m’abaissai, poussai sur le pont et, en un instant, me retrouvai face au dos du garde qui s’approchait du paquet de thé. Je lui rentrai dans le flanc avec l’épaule. Il poussa un bref cri et roula sur le pont.
Je glissai en avant et saisis de la main gauche le paquet de thé près du bastingage.
Crac.
Un craquement sec retentit derrière moi. Presque au même instant, le métal tinta.
Clang.
Pourquoi découper un chapeau de bambou produirait-il un bruit métallique ?
« Tu crois que ce tour minable va marcher ?! »
Avant que je puisse m’interroger davantage, une présence fondit dans mon dos avec ce cri.
Je plaquai le paquet de thé contre ma poitrine et levai de la main droite le plat de mon épée en diagonale au-dessus de ma tête.
Boum.
Un poids venu d’en haut s’abattit sur mon épée et comprima tout mon corps. Mes genoux fléchirent de quelques centimètres et les planches gémirent sous mes pieds.
Je serrai les dents et tins bon. J’avais dévié le coup autant que possible, et pourtant il était si lourd.
Nos épées croisées tremblèrent. D’une seule main, je ne pourrais pas résister longtemps à un tel poids. Mon coude s’enfonça peu à peu.
Puis, de l’autre côté de nos lames croisées, la force s’infléchit. La pression qui s’exerçait sur moi glissa dans une autre direction et commença à se déverser vers ma main gauche, celle qui tenait le paquet de thé.
Mon poignet ou le paquet. Je ne pouvais renoncer ni à l’un ni à l’autre.
Je cessai de résister. Je ramenai vers moi l’épée qui soutenait le poids et projetai tout mon corps dans la direction où s’écoulait la force. L’épée de Nangong Hwi, qui pesait sur la mienne, ne rencontra que le vide et s’enfonça dans les planches du pont.
Thud.
Le bois mordit la lame. Avec une épée aussi lourde, il lui faudrait plus de temps pour la dégager. Dans ce bref instant, je roulai sur moi-même et agrippai le bastingage.
Pendant ce temps, Du Gi prit appui sur la passerelle et bondit sur le pont. Son épée encore au fourreau balaya le flanc de Nangong Hwi.
« Où croyez-vous aller… ! »
Le directeur de l’agence cria. L’épée du capitaine d’escorte tinta en sortant du fourreau. Le garde que j’avais renversé se releva en titubant. En un instant, le pont s’embrasa.
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