Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 30 : Infiltration
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Le bateau avait jeté l’ancre deux pontons plus loin que le nôtre, la proue tournée vers la rivière. Il semblait bien plus proche qu’hier, à Lanxi.
Plus il était près, plus il serait facile de le rejoindre à la nage. Mais cela signifiait aussi qu’ils nous repéreraient plus facilement.
Le jeu en valait-il la chandelle ?
J’attendis que la nuit s’épaississe, laissai Du Gi monter la garde, rabaissai mon chapeau de bambou et descendis sur la passerelle. Je devais acheter de quoi dîner et, tant que j’y étais, me familiariser avec le quai.
Le quai de Tonglu était si petit qu’il ne me fallut pas longtemps pour en faire le tour. Quelques lanternes clairsemées éclairaient le court rivage, tandis que les montagnes se dressaient tout près, de part et d’autre de la rivière. La seule étendue plane était une bande étroite au bord de l’eau.
Je flânai comme un voyageur ordinaire, jetant de temps à autre un regard en biais à leur bateau.
Une lanterne sur le pont éclairait le chariot, près duquel deux silhouettes étaient assises. Rien n’avait changé depuis la veille.
À ceci près que le quai était désert.
Lanxi était bondée de navires, mais ici, le calme était tel qu’on aurait dit que les nôtres étaient les seuls bateaux alentour.
Après tout, Lanxi était le point de rencontre et de séparation de plusieurs voies navigables. Tous ces navires avaient dû se disperser vers leurs destinations respectives. Apparemment, moins de bateaux que je ne le pensais faisaient route directement vers Hangzhou.
Après avoir observé les alentours, je m’arrêtai dans une auberge et achetai quelques baozi et des crêpes. J’enveloppai les aliments encore fumants dans du papier huilé et me dépêchai de regagner le bateau avant qu’ils ne refroidissent.
Quand je me glissai sous la natte de paille, Du Gi détourna les yeux de l’interstice et se tourna vers moi.
Je m’installai près de lui et déballai mes achats. Une fine vapeur s’éleva quand j’ouvris le papier huilé. L’odeur des baozi envahit rapidement la cale exiguë. Ce ne fut qu’alors que mon ventre, qui avait tenu toute la journée avec quelques restes de galette, se mit à gronder.
Nous nous dépêchâmes de partager le repas avant qu’il ne refroidisse. Les baozi brûlants descendirent dans mon estomac glacé et le réchauffèrent.
Mais, contrairement à ce que j’espérais, ils n’avaient rien d’extraordinaire. La farce ne contenait que quelques morceaux épars de légumes séchés, ou quelque chose de ce genre, tandis que les crêpes ne sentaient que l’huile et étaient fades.
C’était le pire repas que j’avais payé depuis ma descente de la montagne.
Alors que je mâchais un baozi, une question me vint soudain à l’esprit.
« À propos, il y a aussi des gens sur notre bateau. Tu es allé voir ce qu’ils faisaient ? »
« Les bateliers doivent dormir à poings fermés dans leurs quartiers. »
Du Gi répondit comme si ce n’était pas un sujet d’inquiétude.
« Le seul dont il faut se méfier, c’est l’employé qui garde la cargaison à la poupe. Mais il ne reste pas assis là, aux aguets. C’est plutôt le genre à somnoler toute la nuit près d’un brasero. Tant qu’on se faufile entre les piles de marchandises, personne ne nous remarquera. »
Je supposai que Du Gi avait vérifié tout cela avec soin et continuai de mâcher en silence. Puis je me rendis compte que j’avais oublié de tenir compte de certaines personnes.
« Et les deux marchands qui ont embarqué avec nous ? Qu’est-ce qu’ils sont devenus ? »
Du Gi s’arrêta, un morceau de baozi dans la bouche, et me dévisagea, perplexe.
« Ils sont descendus à Lanxi hier. Tu ne t’en étais pas rendu compte ? »
Ah bon ?
En y repensant, je ne les avais pas vus de la journée. J’avais simplement supposé qu’ils s’étaient enfermés quelque part.
Je marmonnai une vague excuse, puis pris une crêpe, embarrassé. Au moins, elles étaient un peu meilleures.
Une fois le repas terminé, nous nous penchâmes sérieusement sur la question.
Le plus important était de choisir le bon moment. Quand devais-je entrer dans l’eau ?
Juste après une relève, ce n’était pas une bonne idée. Un garde fraîchement arrivé serait au maximum de sa vigilance. Je ne pouvais pas non plus y aller juste avant le changement de tour : le suivant sortirait bientôt et les deux se croiseraient sur le pont.
Le mieux était d’attendre entre les deux. Assez longtemps après le début de la garde pour que la somnolence s’installe, mais avec suffisamment de temps avant l’arrivée du prochain veilleur.
Ce serait encore mieux si cela coïncidait avec l’aube. C’était juste avant le lever du jour qu’on avait le plus sommeil, surtout après être resté éveillé toute la nuit.
« Dans combien de temps la garde change-t-elle ? »
« Un peu plus d’une demi-heure. Hier, ils changeaient à peu près à ce rythme. »
Cela suffisait pour arrêter mon choix. Vers l’heure du Tigre, peu après la relève. Ce serait le bon moment.
La nuit n’était pas encore bien avancée ; il restait donc environ deux heures avant l’aube.
Du Gi se chargea de les surveiller. Après tout, c’était moi qui entrerais dans l’eau. Il lui suffisait de repérer le changement de garde à travers l’interstice de la natte.
Pendant qu’il montait la garde, je décidai de continuer à faire circuler l’énergie dans mon dantian. D’ici l’aube, je comptais en accumuler jusqu’à la dernière parcelle possible.
Je m’assis en tailleur et fermai les yeux.
* * *
« Hé. »
À cet appel discret, je ramenai lentement l’énergie qui était montée au sommet de mon crâne, la guidai à travers ma poitrine et la fis redescendre dans mon dantian avant d’ouvrir les yeux.
« C’est bientôt l’heure. »
Du Gi s’était tourné vers moi et me regardait.
J’acquiesçai et me levai, sondant mon dantian. Mon énergie intérieure atteignait désormais presque la moitié de sa capacité.
Je regrettais de ne pas avoir retrouvé la profondeur de respiration atteinte la veille. Malgré tout, j’en avais plus du double des vingt pour cent que j’avais en montant à bord.
Je mis de côté mes derniers regrets et me préparai.
Dans la cale plongée dans l’ombre, j’ôtai mes vêtements de dessus. Une fois vêtu des habits sombres que j’avais achetés, ma silhouette devint bien plus difficile à distinguer dans la nuit. Je pliai mes anciens vêtements et les glissai près du tissu qui enveloppait l’épée de Hyeonam.
Ensuite, j’enroulai une étoffe noire autour de ma tête. Je la fis passer sur mon front et sous mon nez, ne laissant que mes yeux à découvert. Chaque respiration à travers le tissu me mouillait le visage.
Du Gi me détailla de la tête aux pieds et laissa échapper un petit rire.
« Tu as l’air d’un vrai voleur. Tu ferais un excellent cambrioleur nocturne. »
« Je n’en sais rien, mais j’imagine que le rôle t’irait bien mieux. »
Après lui avoir répondu d’un ton désinvolte, je détachai de ma taille l’épée achetée à la forge et la passai en bandoulière dans mon dos. Elle me gênerait dans l’eau, mais c’était toujours mieux que de partir les mains vides.
« Le signal ? »
« Deux sifflements. Dès que tu les entends, tu sautes à l’eau, quoi que tu sois en train de faire. »
Je me demandai si un sifflement porterait jusque-là, mais Du Gi avait sûrement prévu le coup. J’acquiesçai et rampai vers l’extrémité de la cale, côté rivière. Je vérifiai la poupe. Seule une faible lueur, provenant du brasero, filtrait de l’abri en natte de paille. Rien n’indiquait que quelqu’un était éveillé.
L’eau noire ondulait au-delà du plat-bord. J’inspirai profondément ; l’air froid emplit mes poumons à travers le tissu.
Le flanc du bateau était assez haut : si je sautais simplement, je ferais des éclaboussures et du bruit.
Je saisis le plat-bord à deux mains et me laissai glisser par-dessus le côté. Un froid mordant remonta de mes orteils. À cet instant, je lâchai prise.
L’eau m’accueillit sans un bruit.
Dans le même temps, un froid à vous briser les os s’empara de tout mon corps. Je m’y étais préparé, mais je dus tout de même serrer les dents pour les empêcher de claquer.
Je regardai rapidement autour de moi.
À l’abri de l’ombre de notre bateau, je constatai que la poupe et le quai étaient silencieux. Seule ma tête dépassait de la surface noire. Hormis Du Gi, personne ne regardait dans ma direction.
Je pris une grande inspiration et plongeai.
Je ne remuais les bras que sous moi, afin de ne pas troubler la surface. Je pliais et tendais lentement les jambes, n’avançant qu’en les ramenant. C’était ainsi que, enfant, je plongeais sous les rochers à marée basse, retenant mon souffle pour ramasser des ormeaux.
L’eau était noire comme de l’encre. Ouvrir les yeux n’y changeait rien ; je ne pouvais me fier qu’à mon sens de l’orientation. Leur bateau se trouvait en amont, deux pontons plus loin. J’avais repéré le trajet en tenant compte du courant.
Quand je commençai à manquer d’air, je remontai lentement la tête.
Je ne sortis que le bout du nez et pris une inspiration. Dans ce bref instant, je levai les yeux pour vérifier ma destination.
Leur bateau était juste devant moi.
Une seule lanterne éclairait le pont. Sa lumière n’atteignait que le côté tourné vers le quai. Le flanc côté rivière, par lequel j’approchais, lui tournait le dos et demeurait plongé dans l’obscurité.
Ma prévision s’était révélée juste.
Je replongeai et parcourus la dernière distance. Bientôt, le bout de mes doigts heurta une surface dure. Je tâtai les alentours. On aurait dit une planche humide couverte de mousse, le long de la coque.
J’avais atteint leur bateau.
La distance entre l’eau et le plat-bord était à peu près égale à ma taille. Si je m’y suspendais et relevais la tête, je serais assez haut pour voir le pont.
Après avoir repris mon souffle, je cherchai du doigt une fente entre les planches où accrocher mes mains. Mes doigts mouillés ne cessaient de glisser. Les dents serrées, je bandai les deux bras et soulevai mon nez au-dessus du plat-bord.
Ce ne fut qu’alors que je découvris l’état du pont.
Au centre se trouvait un chariot couvert d’une toile huilée et solidement attachée par des cordes. Une lanterne était posée à côté. Deux personnes étaient assises dans son halo.
L’une s’appuyait contre le plat-bord et somnolait. L’autre, un genou relevé, restait assise près d’elle et regardait l’aval d’un air absent.
Pour atteindre le chariot, je devais traverser le pont en diagonale. Même en ne passant que par les zones sombres et en évitant la lumière, il me faudrait approcher de la lanterne. Si la personne encore éveillée tournait simplement la tête, je serais en pleine lumière.
Mes bras, qui me soutenaient, se mirent à trembler sous l’effet du froid. Mes mains, glacées par l’eau, ne tiendraient plus très longtemps.
Mais je ne pouvais pas grimper sans réfléchir. Je devais attendre que la personne éveillée détourne les yeux, les ferme ou m’offre une autre ouverture.
Je serrai les dents et attendis cet instant précis.
Combien de temps s’écoula ? La personne qui regardait vers l’aval se leva en grognant et s’étira. Puis elle donna une légère tape sur l’épaule de son compagnon assoupi.
Des voix basses s’échangèrent. L’assoupi releva la tête avec lenteur, et ils discutèrent quelques instants.
À cet instant, ils se regardaient tous les deux.
Maintenant.
Je passai rapidement le plat-bord sans faire de bruit.
Mes pieds mouillés se posèrent silencieusement sur les planches du pont. Craignant d’y laisser des traces d’eau, je les reposai avec légèreté et les relevai aussitôt.
Je me baissai autant que possible et avançai vers le chariot, le dos tourné à la lumière. En passant près de la lanterne, je retins même mon souffle. Derrière moi, les deux hommes murmuraient toujours.
Ce ne fut qu’une fois blotti dans l’ombre du chariot que je laissai échapper un souffle ténu.
La toile huilée était solidement fixée sur le chariot par des cordes. Les défaire prendrait trop de temps, et je n’en avais pas. Je cherchai une ouverture et remarquai que le bord inférieur de la toile, près des roues, s’était soulevé. J’y glissai rapidement la main.
Mes doigts touchèrent du tissu roulé. Puis encore, et encore. Des ballots de tissu remplissaient l’espace, étroitement entassés. Je fouillai dans toutes les directions, mais ne trouvai rien d’autre.
Rien de particulier, donc.
J’allais retirer ma main, me disant que je pourrais au moins en informer Du Gi, quand le dos de ma main accrocha quelque chose. Je tâtonnai du bout des doigts. Ce n’était pas doux comme du tissu, mais dur. La chose avait des angles et une surface rugueuse.
On aurait dit un coffre.
Devais-je faire comme si je ne l’avais pas remarqué et partir ? J’hésitai.
Mon corps était glacé et je commençais à perdre toute sensation dans les extrémités. Je ne savais pas quand les murmures près de la lanterne cesseraient. Même si je rentrais en disant qu’il n’y avait rien, Du Gi n’aurait rien à me reprocher.
Pourtant, je ne parvenais pas à m’en aller.
C’était ce qu’ils avaient caché dans cet énorme convoi d’escorte. La chose qu’ils emmenaient jusqu’à Yeongpa malgré l’attaque de la Secte du Mont Hua, malgré le chaos qui avait ravagé le convoi et les nombreux morts. Le cœur de toute cette affaire, ce qui obsédait tant les Nangong, ce qui avait même poussé l’Alliance à s’en mêler.
Qu’est-ce que cela pouvait bien être ?
J’enfonçai davantage la main et palpai le coffre. La surface lisse devint rugueuse et irrégulière à l’un des coins. Une partie semblait s’être cassée.
Du tissu avait été enroulé autour, comme pour réparer la partie abîmée. Le chariot avait-il versé lors de la bataille précédente ?
En suivant le tissu, je sentis qu’un bord s’était défait. L’ouverture était assez large pour y glisser un doigt.
Je poussai le bout des doigts dans la fente.
Quelque chose de lisse et à la texture délicate effleura mes doigts. De la soie ? Elle semblait envelopper un objet rond.
Et il n’y en avait pas qu’un. D’autres objets identiques étaient rangés côte à côte, empilés les uns sur les autres.
Chacun tenait dans ma paume, mais était épais et dur. Un motif se dessinait sous la soie.
Je retirai délicatement l’un des paquets par l’ouverture brisée. Je le dégageai petit à petit et le sortis du chariot sans encombre.
À cet instant, une odeur sèche et amère me monta au nez. Je ne la connaissais pas ; elle ne ressemblait ni tout à fait à de l’herbe ni à un remède. Qu’est-ce que cela pouvait bien être ?
Je fronçais les sourcils, incapable de comprendre, quand ma nuque se hérissa soudain de froid.
Mon corps bougea avant même que j’aie le temps de réfléchir. Je lâchai l’objet, dégainai mon épée et pivotai.
Une épée fonçait déjà vers mon visage.
Je me dérobai d’abord. Levant mon épée en biais, je déviai la pointe qui s’élançait vers moi. Elle passa à quelques centimètres de ma joue et effleura le tissu qui me couvrait le visage.
Une sueur froide me coula dans le dos. Mais ma main avait bougé avant que je puisse réfléchir. Dans le prolongement de ma parade, je retournai mon épée et l’abattis sur le poignet de mon adversaire.
En cet instant fugace, le visage qui se découpait derrière la lame s’imprima dans mon esprit. C’était Nangong Hwi. Les gardes n’avaient pas eu l’air de me remarquer. Comment était-il arrivé là ?
Nangong Hwi retira vivement l’épée qu’il avait tendue vers moi.
Avant que ma lame n’atteigne son poignet, la sienne, en retrait, repoussa la mienne. Une telle vitesse ne pouvait s’expliquer par la seule maîtrise de l’épée.
Inutile de rivaliser de force avec lui. J’accompagnai l’élan de la parade et reculai de deux pas rapides. Ce ne fut qu’alors que la distance s’installa entre nous.
S’il avait mis ne serait-ce qu’un peu plus de temps à retirer son épée, je lui aurais tranché le poignet. Son jugement était d’une rapidité extraordinaire.
Je regardai Nangong Hwi d’en face. Il ne portait qu’un vêtement de dessous, et ses cheveux défaits étaient en désordre. On aurait vraiment dit qu’il venait de bondir hors de son lit.
Derrière lui, les deux hommes de garde dégainèrent, l’air alarmé, et se précipitèrent vers nous.
Devais-je fuir ?
Mon regard tomba alors sur le paquet qui gisait entre Nangong Hwi et moi. J’étais furieux de l’avoir lâché en dégainant. Pouvais-je le récupérer ? Il fallait que je m’échappe avant que l’intendant en chef ne les rejoigne.
Nangong Hwi suivit mon regard jusqu’au paquet. Puis ses yeux revinrent lentement vers moi.
Enfin, Nangong Hwi prit la parole.
« D’où viens-tu ? »
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