Chapitre 27
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 27 : Prendre le large
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De vieilles maisons de plain-pied bordaient la rue. De petits drapeaux en lambeaux, annonçant de l’alcool ou des nouilles, pendaient à leurs façades. Dans chaque embrasure, des hommes qui auraient pu être bateliers ou portefaix étaient assis, la chemise ouverte, un bol de nouilles entre les mains.
L’eau sale luisait sur la chaussée. Je progressai en évitant les éclaboussures.
La rue avait bien plus mauvaise allure que celles de Geonnyeong. Peut-être parce qu’elle longeait le fleuve.
Plus loin, les entrepôts s’étendaient à perte de vue. Toutes leurs portes étaient ouvertes, et l’intérieur disparaissait sous des sacs et des caisses empilés jusqu’au plafond. Des portefaix chargés de palanches entraient et sortaient en file devant les bâtiments.
« Un ! Deux ! »
Les cris qui comptaient les marchandises et le cliquetis des bouliers remplaçaient les drapeaux dans la rue.
De temps à autre, entre les entrepôts, j’apercevais des maisons dont les enseignes représentaient des navires, peintes sous les avant-toits.
Je me demandai ce qu’on y faisait, jusqu’à ce que je voie, devant l’une d’elles, un homme en robe longue discuter des frais de fret avec quelqu’un vêtu en batelier. Ils semblaient être des courtiers, chargés de mettre en relation les marchandises et les navires contre une commission.
Mais plus j’approchais de la porte de la ville, plus la rue changeait peu à peu.
Des maisons à toit de tuiles et à étage apparurent les unes après les autres. Les enseignes n’étaient plus de pauvres drapeaux en lambeaux, mais des plaques de bois laqué incrustées de lettres dorées.
Les passants étaient eux aussi vêtus différemment. La soie se mêlait çà et là aux vêtements de coton ordinaires, et des gens, une tasse de thé à la main, s’accoudaient aux balustrades du premier étage pour observer la rue.
Je devais revenir sur ce que j’avais pensé de cet endroit, que je croyais pire que Geonnyeong.
En y réfléchissant, c’était logique. La porte de la ville était un goulot d’étranglement que devaient franchir tous ceux qui entraient ou sortaient. Le prix d’une même chambre pouvait varier selon son emplacement.
Les belles maisons se dressaient dans les quartiers chers, et les clients vêtus de soie entraient dans de belles maisons.
Notre auberge se trouvait donc dans le coin le moins cher de cette rue. En repensant à la façon dont Du Gi m’y avait conduit sans se plaindre, alors qu’il savait sûrement où nous mettions les pieds, je reniflai avec mépris.
Enfin, plus nous économisions, mieux c’était.
Arriver à Yeongpa ne suffirait pas à régler mes problèmes. Je ne pouvais pas débarquer de nulle part après dix ans et ajouter une bouche à nourrir. Je comptais vivre sur ma bourse jusqu’à ce que je trouve un moyen de gagner ma vie.
Et il y avait aussi Yeona.
Elle avait sept ans quand j’étais parti ; elle en avait donc dix-sept, maintenant. Elle était assez âgée pour être mariée depuis longtemps. Si ce n’était pas le cas, je ne pouvais pas la laisser partir les mains vides.
Je me rappelai une fille plus âgée que moi qui, quand j’étais petit, s’était mariée dans la maison voisine. Sa famille était pauvre ; elle était donc arrivée sans rien, et sa belle-mère le lui reprochait tous les jours. Pourtant, chaque fois qu’elle me voyait près du puits, les yeux gonflés d’avoir pleuré, elle me souriait toujours.
Comment vivait-elle, à présent ?
Qu’il s’agisse de vêtements ou de literie, je devais fournir autant que les autres familles pour que Yeona ne connaisse pas le même sort. J’ignorais combien cela coûterait, mais les lingots d’argent dans ma bourse devraient suffire à lui constituer une dot convenable.
Je m’arrêtai là. Cela faisait dix ans que je n’avais pas vu le visage de ma sœur, et voilà que je m’inquiétais pour la dot d’une fille qui ne me reconnaîtrait peut-être même pas.
Je repris ma route.
Les abords de la porte de la ville étaient la partie la plus encombrée de la rue. Les files de gens entrant et sortant par l’immense porte ouverte s’entremêlaient, tandis que deux soldats inspectaient de temps à autre les bagages, comme à Geonnyeong.
Des étals d’ingrédients et de galettes s’alignaient sur le bord de la route. D’un côté, un marchand de remèdes avait attiré une foule en cercle et vantait bruyamment sa marchandise.
Je contournai l’attroupement et m’engageai dans une ruelle qui longeait le mur de la ville.
Dès que j’y pénétrai, le décor changea de nouveau.
Plus d’enseignes laquées ni d’ourlets de soie. Sous des auvents noircis par la suie, l’air sentait les copeaux de bois et le crottin.
Des ateliers de réparation de roues de charrettes, des écuries où l’on attachait des mules, des tonnelleries et d’autres échoppes se succédaient de part et d’autre.
Et, comme le garçon d’auberge me l’avait dit, les sons me parvinrent les premiers. Le soufflet faisait « pff, pff », tandis que les coups frappés sur le fer battaient la mesure.
Plus je m’enfonçais dans la ruelle, en suivant ces bruits, plus l’odeur du charbon et du fer s’intensifiait. Bientôt, à quelques maisons seulement de l’entrée, je trouvai un atelier dont les portes étaient grandes ouvertes.
Des faucilles, des houes, des haches et d’autres outils étaient accrochés en rangées le long des murs. Dans un coin, plusieurs hampes de lance et des armes à lame étaient suspendues à part.
C’était sans doute l’endroit dont le garçon d’auberge m’avait parlé.
Une lueur rouge vacillait au fond de la forge. À côté, une silhouette aux cheveux hirsutes actionnait sans relâche le soufflet, tandis qu’un homme, torse nu sous un tablier de cuir, martelait un morceau de fer rougi sur une enclume.
À chaque coup, des étincelles jaillissaient dans toutes les directions.
Quand j’entrai, l’homme cessa de frapper et tourna les yeux vers moi. Le soufflet continua de fonctionner.
Quand je lui dis que je voulais acheter une épée, il désigna du menton le mur dans le coin, puis reprit son marteau.
« C’est tout ce que j’ai à vendre pour l’instant. »
Trois épées y étaient accrochées. Je les décrochai l’une après l’autre et les soupésai. Elles se ressemblaient toutes. L’une était trop lourde de la lame, une autre du côté de la poignée, et la dernière était légèrement déséquilibrée.
Elles étaient aussi toutes de longueurs différentes, trop courtes ou trop longues. Aucune ne me plaisait vraiment.
Rien à voir avec l’épée de Hyeonam, dont le poids reposait harmonieusement dans ma paume. Quand je demandai s’il en avait d’autres, l’homme répondit sans cesser de marteler.
« Qu’est-ce que tu espères trouver parmi les épées accrochées là pour la vente ? Pour en avoir une comme tu veux, tu choisis le fer et tu la fais forger sur mesure. Si tu en commandes une, il faudra attendre quinze jours. »
Il désigna ensuite ma taille du menton.
« Et puis, on dirait que tu en portes déjà une. »
Il n’avait pas l’air d’attendre une réponse. Il haussa simplement les épaules et leva de nouveau son marteau. Il voulait peut-être dire que si j’allais faire la fine bouche sans raison, je n’avais qu’à ne rien acheter.
Quinze jours. C’était beaucoup trop long alors que je ne savais même pas quand j’embarquerais.
Faute de mieux, je choisis celle dont la poignée était la plus lourde, car sa longueur se rapprochait le plus de celle à laquelle j’étais habitué. L’épée coûtait deux taels ; j’ajoutai cent pièces pour un fourreau de bois recouvert de cuir.
J’étais tout de même rassuré de connaître le prix juste à l’avance. Savoir si le vendeur essayait de m’arnaquer changeait tout.
Je devrais profiter du voyage avec Du Gi pour me renseigner sur autant de choses de ce genre que possible et m’en souvenir.
La nouvelle épée à la taille, je quittai la forge.
Après quelques pas, je me rendis compte à quel point j’avais l’air ridicule. Une épée de chaque côté de la taille. On aurait dit un vagabond avec deux épées qui pendaient à ses flancs.
Je me trouvais justement près des étals, avant la porte de la ville. À un marchand de tissus, j’achetai une longueur de toile grossière et une cordelette, pour vingt pièces.
Accroupi au bord de la route, je détachai l’épée de Hyeonam et l’enveloppai dans la toile. Je l’enroulai de la poignée jusqu’à la pointe du fourreau, puis la ligotai serré avec la cordelette. Elle forma un long paquet qui aurait pu contenir une épée comme un bâton. Je le passai en diagonale dans mon dos.
C’était beaucoup mieux. J’avais l’air d’un voyageur avec une épée à la taille et un bâton dans le dos, plutôt que d’un homme portant un paquet.
Je retournais à l’auberge quand je vis des vêtements de coton indigo familiers sortir de l’une des auberges cossues à deux étages, près de la porte de la ville.
C’était l’homme parti se renseigner sur les traversées en bateau. Que faisait-il ici ? Le quai devait se trouver bien plus loin, vers le fleuve.
« Frère Du ! »
Ma voix avait dû lui parvenir. Du Gi regarda autour de lui, m’aperçut et fendit la foule pour me rejoindre. Il posa les yeux sur ce que je portais dans le dos, puis sur la nouvelle épée à ma taille, et hocha la tête.
« Tu as trouvé une bonne épée ? »
« J’en ai trouvé une qui fera l’affaire. Mais pourquoi sors-tu d’ici ? Tu ne devais pas te renseigner sur les traversées ? »
« Si, c’est fait. »
Du Gi répondit comme si de rien n’était, puis désigna du pouce l’auberge d’où il venait de sortir.
« C’est la branche de Haomun à Guju. »
Haomun. Encore un nom dont je n’avais jamais entendu parler. Du Gi dut le lire sur mon visage, car il claqua la langue.
« Si tu comptes porter une épée, tu as encore beaucoup à apprendre. »
Il prit la direction du quai et m’expliqua en marchant.
Garçons d’auberge, portefaix, bateliers, courtisanes, mendiants… Haomun était un réseau, pas tout à fait une secte martiale, constitué de gens que leur condition avait relégués au bas de la société.
La réputation de Haomun ne reposait pas sur les arts martiaux, mais son réseau s’étendait partout et ses oreilles entendaient tout. Au bon prix, on pouvait obtenir des nouvelles, des indications, voire des gens.
« Tu pourrais passer une demi-journée à traîner sur les quais pour te renseigner sur les bateaux, mais ici, il ne faut pas plus que le prix d’une tasse de thé. Heureusement, un navire part pour Hangzhou demain à l’aube. J’ai déjà réservé nos places. »
En l’entendant, je compris. Sans lui, j’aurais peut-être passé le reste de ma vie sans le savoir. Cela voulait aussi dire que tous ces visages croisés dans les auberges et sur les marchés pouvaient être les oreilles de quelqu’un.
Un frisson discret me parcourut la nuque. Je gravait cette leçon dans mon esprit.
Abok faisait-il lui aussi partie de Haomun ? Impossible à savoir.
Nous retournâmes ensemble à l’auberge. Nous convînmes de nous retrouver en bas dans la soirée, puis nous gagnâmes chacun notre chambre.
Elles étaient côte à côte, au bout du couloir du deuxième étage. La mienne ressemblait beaucoup à celle de l’auberge de Geonnyeong. Un plancher étroit, une literie, une lampe et une petite fenêtre. Les chambres d’auberge se ressemblaient partout.
Je verrouillai soigneusement la porte, posai mes deux épées côte à côte près de ma tête, puis m’assis en tailleur sur la literie.
Je régulai ma respiration et fis circuler mon énergie par le trajet habituel. Depuis mon dantian, elle remontait le long de ma colonne jusqu’au sommet du crâne. Puis elle descendait en passant par mon visage et ma poitrine, avant de revenir à mon dantian.
Peut-être parce que mon réservoir avait été complètement vide, je sentais qu’il se remplissait plus nettement que d’habitude à chaque cycle. Malgré tout, c’était lent.
Après environ quatre heures de circulation, j’interrompis mon entraînement quand le bruit des clients du soir commença à monter du rez-de-chaussée. Je descendis, partageai un repas frugal avec Du Gi, qui était arrivé avant moi, puis remontai dans ma chambre et me rassis en tailleur.
Un peu plus de quatre heures encore.
Avant de m’allonger, je jetai discrètement un œil à mon dantian. Même après y avoir consacré une demi-journée, il n’était rempli qu’à un peu plus de vingt pour cent.
Mais en avoir ne serait-ce qu’un peu, c’était le jour et la nuit par rapport à n’en avoir aucune réserve. Avant-hier encore, ces vingt pour cent avaient presque fait la différence entre la vie et la mort.
Je ramenai mes deux épées à portée de main, puis éteignis la lampe.
Nous devions embarquer tôt le lendemain matin. Quand je m’allongeai sur la literie, le simple fait de sentir autre chose que la terre glacée sous mon dos détendit tout mon corps. Bientôt, les bruits du rez-de-chaussée s’éloignèrent.
* * *
Je me réveillai au son de voix qui murmuraient.
La fenêtre était encore plongée dans la pénombre, mais la rue s’était déjà animée. Le grincement des palanches, le bruit des marchandises qu’on déchargeait et les appels criés se mêlaient dans la grisaille de l’aube.
À moitié endormi, je trouvai ces sons étrangement familiers.
En cherchant pourquoi, je compris qu’ils me rappelaient un peu les matins de ma ville natale, dont je n’avais gardé qu’un vague souvenir.
Je me levai.
On disait que le bateau partirait au lever du soleil. En descendant maintenant, j’aurais le temps de manger un morceau.
Les lampes étaient déjà allumées en bas. Je trouvai une place parmi les quelques voyageurs qui attendaient un départ matinal et commandai deux bols de bouillie.
Les bols n’étaient pas encore arrivés que Du Gi descendit l’escalier. Lui aussi avait dû se réveiller à cause du bruit.
De la bouillie de millet et quelques lamelles de légumes marinés. Nous vidâmes nos bols en aspirant bruyamment, payâmes et nous levâmes.
En sortant, Du Gi s’arrêta devant le foyer près de la porte. Il dit qu’il nous faudrait nous débrouiller pour les repas pendant la journée, à bord. Nous prîmes donc trois galettes chacun, enveloppées dans du tissu.
Dehors, nous retrouvâmes les mêmes bruits de rue qu’à l’étage.
Quelques lampes sous les avant-toits éclairaient la route encore sombre, tandis que des silhouettes chargées de palanches convergeaient vers le fleuve. À chaque expiration, un nuage blanc s’élevait dans l’air.
Nous nous joignîmes au flot et descendîmes vers le fleuve.
Les quais étaient remarquablement animés à l’aube. Des torches vacillaient le long de chaque embarcadère et, sous leur lumière, des portefaix montaient et descendaient les passerelles en file.
On empilait les sacs et les caisses les uns après les autres dans la cale, tandis qu’un homme debout près du bastingage criait des instructions et indiquait où ranger les marchandises.
Du Gi plissa les yeux et regarda autour de lui, puis nous conduisit jusqu’à un bateau. C’était un navire marchand à un mât et à fond plat.
Du Gi échangea quelques mots avec le batelier et paya le passage. Cent cinquante pièces par personne. À peu près le prix d’une tenue pour le trajet jusqu’à Hangzhou.
Était-ce bon marché ou cher ?
Nous attendîmes que toutes les marchandises aient été chargées, puis embarquâmes les derniers. Il n’y avait pas de véritables sièges, alors je m’assis, le dos appuyé contre les sacs, près de la poupe.
Pendant que les bateliers rassemblaient les cordages de l’ancre, je regardai distraitement les rues au-delà des quais.
Dans la pénombre de l’aube, une charrette couverte pénétra dans la rue des quais, au milieu des files de gens chargés de palanches. Cinq ou six personnes l’accompagnaient peut-être. À l’avant se tenait une silhouette en robe longue et chapeau à larges bords ; derrière, des hommes vêtus en ouvriers tiraient et poussaient la charrette. On aurait dit le convoi ordinaire d’un marchand.
J’allais détourner le regard, mais pour une raison que j’ignorais, je n’arrivais pas à m’en détacher.
Qu’est-ce que c’était ? Qu’est-ce qui clochait ?
Je plissai les yeux et observai un instant, avant de comprendre que c’était leur façon de marcher.
Les pas de ceux qui étaient habillés en ouvriers étaient tous réguliers, comme mesurés à la règle. Ils ne se courbaient pas comme les portefaix chargés de palanches, mais gardaient le dos droit. Leurs vêtements étaient sans conteste ceux de portefaix, mais leurs pas appartenaient à des hommes tout autres.
Et, parmi eux, une silhouette aux épaules larges se distinguait particulièrement.
Sans m’en rendre compte, je tendis la main et tapotai la manche de Du Gi. Quand il se tourna vers moi, je leur désignai silencieusement du menton.
Du Gi les observa un long moment.
« … Qu’en penses-tu ? »
« Je ne sais pas. Ça ne ressemble pas au convoi d’un marchand ordinaire. »
Nous continuâmes à les regarder un moment, jusqu’à ce qu’un batelier finisse par crier quelque chose et se mette à ramasser le cordage à la proue.
Grincement. Le bateau se décolla du quai en raclant. Puis le pont sous mes pieds bascula brusquement.
J’ai failli tomber sur le côté sous l’effet de ce mouvement soudain et attrapai vite le sac à côté de moi. En baissant les yeux, je vis un batelier enfoncer une perche au fond du fleuve pour nous repousser.
Le bateau se soulevait et retombait au gré de l’eau. Ce mouvement sembla réveiller des souvenirs que j’avais oubliés.
Je relevai la tête et regardai de nouveau les quais.
Notre bateau s’orienta vers le milieu du fleuve tandis que le convoi s’arrêtait devant un embarcadère. La silhouette en robe longue se tenait face à quelqu’un près du bastingage, et bientôt, les hommes déguisés en ouvriers montèrent un à un sur les passerelles, derrière la charrette.
Eux aussi empruntaient cette voie d’eau. Était-ce vraiment le convoi d’escorte ?
Si c’était bien eux, où étaient passés tous les autres ? Les salauds de la Secte du Mont Hua les avaient-ils tous tués ? Enfin, ils en étaient bien capables.
Les visages de Gwak Seok et de Jin Song me revinrent à l’esprit. Tout ce que je pouvais faire, c’était espérer qu’ils se trouvaient parmi les cinq ou six hommes près de la charrette.
Pendant ce temps, la rive s’éloignait et la brume fluviale s’étendait sur l’eau, effaçant peu à peu le convoi. L’embarcadère, les silhouettes qui montaient les passerelles… tout disparut bientôt derrière un voile pâle.
Ce ne fut qu’alors que je tournai les yeux vers la ville qui s’éloignait.
Des toits de tuiles gris flottaient comme des îles au-dessus de la brume, et le mur de la ville s’étirait derrière eux. Seules les torches des quais jetaient dans le brouillard des points de lumière épars, donnant à toute la ville l’air d’être en train de fumer.
À mesure que le courant s’accélérait, l’eau continuait de frapper la coque en une succession de petits coups rapides.
Enfin, lorsque le fleuve contourna un grand méandre, Guju, qui n’avait cessé de rapetisser, disparut entièrement de ma vue.
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