Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 25 : Chacun pour soi
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Je ne savais que dire. J’avais soupçonné que quelque chose clochait, mais le second jeune maître du clan Nangong ?
J’essayai de me représenter la puissance du clan Nangong. La Secte du Mont Hua avait envoyé des experts de cette trempe à la poursuite de la voiture, et des noms comme Wudang et l’Alliance étaient mêlés à toute cette affaire.
Si le clan comptait parmi les piliers d’une situation pareille, il ne pouvait pas s’agir d’une famille ordinaire. Et lui en était le second fils.
Dans un grand clan où tout se transmettait par le sang, un homme issu d’une telle lignée devait connaître la plupart des affaires aussi bien que sa poche.
Il devait donc savoir ce qui avait été chargé dans la voiture, ainsi que ce qu’était le Sacha mentionné par le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier.
Il ne se contentait pas de le savoir : il devait se trouver au cœur même de toute cette affaire. Il avait même dissimulé son identité pour rejoindre le convoi.
N’avait-il pas dit qu’il comptait voyager seul, mais qu’une affaire familiale l’y avait contraint ?
J’avais observé son expression avec attention, à l’époque. Ses paroles ne m’avaient pas semblé mensongères, mais peut-être m’étais-je trompé sur lui.
Non.
Peut-être ne m’étais-je pas trompé du tout. Chacune de ses paroles pouvait être vraie : il voyageait pour une affaire familiale et l’agence d’escorte cherchait des hommes.
Quoi qu’il en soit, je m’étais retrouvé au beau milieu de cette fichue histoire sans rien y comprendre.
Ne pas entendre de mensonge ne signifiait pas qu’on ne m’avait pas trompé.
Il ne m’avait tout simplement pas dit qui il était ni quel itinéraire suivait ce convoi de protection. Et je n’avais pas su quoi demander. Je n’avais même pas su quelles questions poser.
Quand on ne savait rien, il suffisait de ça pour se retrouver mêlé à des affaires sans qu’on vous ait raconté le moindre mensonge.
Cette pensée me fit naturellement regarder Du Gi, assis en face de moi. Lui non plus n’avait sans doute pas menti.
Mais il ne pouvait pas m’avoir tout révélé. Je n’avais entendu que ce qu’il avait choisi de me dire.
Et puis, il utilisait l’énergie intérieure. Combien lui en restait-il ?
À en juger par sa vitesse, tout à l’heure, il en utilisait bel et bien, mais je n’avais aucun moyen de savoir quelles réserves il possédait. Mon dantian était vide depuis un bon moment.
Que ferais-je si je devais un jour croiser le fer avec lui ? Un corps privé d’énergie intérieure pouvait-il tenir tête à quelqu’un qui en utilisait ? Ce n’était pas l’endroit pour faire circuler son énergie.
Je passai en revue toutes les possibilités.
Quand on insufflait de l’énergie à une épée, elle devenait visiblement plus rapide et plus lourde. Face aux hommes en noir, j’en avais bloqué un correctement, mais j’avais tout de même été projeté à plus de trois mètres. Je n’avais aucune chance de l’emporter dans un affrontement direct.
Mais même chargée d’énergie, une épée ne pouvait pas être puissante à chaque instant.
Même une épée lourde devait s’allonger avant de peser de tout son poids. Si je barrais sa route juste avant qu’elle ne s’étende, avant que sa puissance n’atteigne la pointe…
Une épée dont le mouvement était brisé ne pouvait pas transmettre toute cette énergie. Ça valait la peine d’essayer.
En outre, l’énergie intérieure ne durait pas éternellement. Tout le monde semblait ne la libérer qu’aux moments critiques, au fil des échanges de coups. Je n’étais donc sans doute pas le seul à me retrouver rapidement à sec.
Alors, si je pouvais éviter de la recevoir de plein fouet, dévier les attaques et tenir bon…
Tandis que je poursuivais mes réflexions, Du Gi prit soudain la parole.
« On devrait dormir. Il faudra retrouver la route demain. »
Du Gi ramassa aussitôt le petit bois sec à côté de lui et choisit un endroit où s’allonger. Sans montrer la moindre méfiance, il me tourna rapidement le dos et se coucha sur le côté.
Munhwi avait fait pareil, et cet homme aussi. Était-ce là l’assurance des artistes martiaux qui expliquait leur manque de prudence ?
Je touchai les vêtements que j’avais étendus : la chaleur du feu les avait presque entièrement séchés. Je rassemblai ma tenue d’arts martiaux, l’enfilai, puis trouvai une place près du feu où je pourrais m’adosser.
Je posai mon épée, fourreau compris, à portée de main, puis fermai les yeux au crépitement des étincelles.
Je comptais retarder le sommeil et rester à l’écoute. Je me disais que je me sentirais mieux si je pouvais au moins surveiller les mouvements dans mon dos.
Mais mon corps ne m’obéit pas.
En une journée, j’avais abattu des bandits, croisé le fer avec des artistes martiaux vêtus de noir et été emporté par une rivière. Dès que la tension retomba, toute la fatigue que j’avais contenue me submergea d’un coup. Mes membres semblaient s’enfoncer dans la terre.
Crépite, crépite.
Le feu me parut de plus en plus lointain. Je me rassurai en me disant que Du Gi devait être dans le même état, puis le sommeil m’emporta avant même que j’aie pu tenter de lui résister.
* * *
Yu Jin-song ouvrait la marche sur le sentier obscur de la montagne, fendant les broussailles.
D’après le rapport de l’espion, ils étaient nombreux, mais la plupart n’étaient que de la racaille errante. Il avait bien prévu que Nangong placerait au moins un expert parmi eux. Mais il n’aurait jamais imaginé que les choses tourneraient ainsi.
Il ralentit et jeta un regard derrière lui.
Les disciples juniors qui le suivaient étaient dans un état lamentable. Pas un ne portait une tenue d’arts martiaux intacte. Deux d’entre eux transportaient leurs camarades morts sur leur dos, tandis qu’un autre portait le chef de leur unité. Avec le cadavre de l’espion, cela faisait trois corps.
L’état du chef de l’unité l’inquiétait surtout.
Sa cuisse gauche était profondément fendue, et son bras gauche avait été tranché sous le coude. Le saignement s’était arrêté, mais son teint, qui virait au gris cendre, n’augurait rien de bon.
Tout avait manifestement commencé lorsque ce salaud avait bondi hors de la voiture et lui avait entaillé la cuisse de son épée.
Même si le chef avait encaissé une attaque surprise, jamais quelqu’un comme lui n’aurait sacrifié un bras face à ces minables.
Du poison. Du poison de la Secte Tang, peut-être ?
Ces sinistres salauds du Sichuan s’étaient-ils mêlés à l’affaire, eux aussi ? Un frisson lui parcourut la nuque. Qu’est-ce que ces ordures des grands clans tramaient donc ?
Ils avaient tranché le bras droit de l’Épée au Visage Froid, mais le prix payé n’avait rien d’équitable. Deux de leurs disciples et un espion étaient morts, et même la survie du chef de l’unité restait incertaine.
Comment en étaient-ils arrivés là ? N’avoir pas reconnu le second jeune maître de Nangong était-il le problème ? Sa maîtrise martiale dépassait de loin ce qu’ils en avaient entendu dire.
Mais ce n’était pas tout.
Ce salaud.
Yu Jin-song repensa à l’inconnu.
C’était à cause de lui que leur raid nocturne avait mal tourné dès le début. Même lorsque des problèmes étaient survenus à l’entrée opposée, il n’avait jamais imaginé que Chumyeong et Hyeongsan finiraient étalés dans la poussière.
Ils n’avaient pas encore atteint leur pleine maturité, mais c’étaient des jeunes qui valaient la peine d’être formés. Ils n’étaient pas censés mourir dans un endroit pareil.
Et à côté d’eux se tenait quelqu’un qui portait une épée de Wudang.
Au début, Yu Jin-song avait douté de ses yeux. Wudang s’était-il allié à Nangong ? Vu la manière dont cet individu dissimulait son identité, il ne semblait pas pouvoir l’admettre ouvertement.
Ce qui le troublait davantage, c’était que l’épée de ce salaud avait gagné en puissance au cours du combat.
Au début, l’inconnu s’était contenté de subir les assauts de l’épée de Yu Jin-song. Puis, en un instant, la lame de l’inconnu s’était retrouvée contre la poitrine de Yu Jin-song. Contraint de lâcher sa propre épée et de reculer, il n’avait eu d’autre choix que de battre en retraite.
C’était la première fois, depuis qu’il avait pris une épée en main, que quelqu’un le forçait à abandonner la sienne.
Il aurait dû tuer ce salaud sur place.
Sans cette épée fulgurante de la Secte du Mont Qingcheng, il aurait pu en finir. Cet individu avait certainement été envoyé par l’Alliance. L’un de ces salauds de la Société du Miroir Brillant, sans aucun doute.
Et cette dernière technique… Le souvenir de l’instant où son épaule avait été transpercée était encore vif.
Il avait cru avoir vu tous les jeunes talents prometteurs de Wudang. Il semblait que Wudang avait secrètement élevé un monstre.
Yu Jin-song serra les dents et chassa cette pensée. Il ne gagnerait rien à s’y attarder, maintenant.
Une chose, en revanche, était certaine.
Alors qu’ils dispersaient les marchandises servant à dissimuler le chargement, il avait clairement aperçu, par la fente d’une caisse brisée, des galettes de thé compressé et rondes, moulées à la forme voulue. Un motif de dragon se détachait nettement sur chacune d’elles.
Un clan considéré comme le premier des Cinq Grands Clans avait enfreint un interdit gouvernemental. On disait le chef du clan Nangong cupide, et il semblait qu’il avait fini par dépasser les bornes.
Mais ils n’en étaient pas allés plus loin. Ils avaient enterré deux de leurs disciples et un espion, le chef de l’unité était entre la vie et la mort, et tout ce qu’ils avaient à montrer pour leurs efforts, c’était ça.
Malgré tout, Yu Jin-song se ressaisit. Ce voyage n’avait pas été vain.
Leur destination était Yeongpa, leur avait-on dit. Même si les marchandises arrivaient à bon port, écouler une telle quantité de thé prendrait du temps. Il faudrait trouver des acheteurs et vendre le tout par lots. D’ici là, le thé ne pourrait que rester entreposé quelque part à Yeongpa.
Le chef de secte en tirerait les mêmes conclusions. L’Ancien était allé jusqu’à envoyer un corps d’épéistes malgré l’ordre de l’Alliance de ne pas intervenir.
Avec autant d’éléments à l’appui, le chef de secte n’était pas homme à enterrer l’affaire comme un moine chauve de Shaolin.
Un autre problème subsistait.
Ce membre de la Société du Miroir Brillant. Ne pas avoir réussi à tuer ce salaud lui resterait en travers de la gorge.
Ils avaient perdu les preuves matérielles, tandis que l’autre camp avait récupéré un témoin vivant, entier. La Secte du Mont Hua avait désobéi à l’ordre de l’Alliance et attaqué un convoi de protection ; ils avaient même croisé le fer.
La parole de cet homme suffirait à raconter toute l’histoire. Qui aurait cru que ce salaud se jetterait dans la rivière ? Il aurait dû trouver un moyen de le tuer sur le coup.
Les réprimandes de l’Alliance arriveraient-elles avant leur propre rapport, ou l’inverse ? Voilà ce qui se jouerait.
Et une fois les marchandises sécurisées à Yeongpa, l’Alliance n’aurait plus rien à dire.
« Dépêchez-vous. »
Après avoir pressé ses disciples juniors, Yu Jin-song accéléra le pas à son tour.
* * *
Nangong Hwi secoua le sang de son épée.
Tout son corps le faisait souffrir. L’épée du Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier s’était révélée aussi féroce que le prétendaient les rumeurs. Le sang coulait de plusieurs blessures et gouttait sur le sol.
Il avait aussi un peu la tête qui tournait. Mais cela ne gênait pas ses mouvements.
Quand il releva la tête, il vit l’intendant en chef assis, affalé contre la voiture.
À l’endroit où aurait dû se trouver son bras droit, il n’y avait plus rien. Il avait été nettement tranché sous l’épaule, et des taches rouge sombre s’étendaient sur le tissu noué autour de la blessure. C’était le dernier acte désespéré du Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier.
Malgré tout, la poudre de cire blanche qu’il avait appliquée sur le fourreau de son épée avait valu son prix.
Le visage rusé du trafiquant du marché noir qui la lui avait vendue lui revint à l’esprit. N’avait-il pas dit qu’elle se répandait dans le sang et engourdissait lentement les mains et les pieds ? On disait que c’était un poison de la Secte Tang ; Nangong Hwi en avait donc acheté par précaution. Il n’aurait jamais cru s’en servir ainsi.
Nangong Hwi tourna lentement la tête vers le chariot.
Les marchandises qui recouvraient le chargement pour le camoufler gisaient éparpillées sur le sol. Une caisse qui se trouvait dessous s’était brisée dans un coin, dévoilant son contenu.
Des masses rondes enveloppées de soie. À travers les interstices du tissu défait, des motifs de dragon se distinguaient nettement, même dans l’obscurité.
Ces salauds avaient vu de leurs propres yeux le thé en galettes du Dragon et du Phénix.
Le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier avait été emporté alors qu’il frôlait la mort ; le Mont Hua ne pourrait donc pas attaquer de nouveau dans l’immédiat. Mais la Secte du Mont Hua n’était pas du genre à renoncer. S’ils avaient pu fermer les yeux après avoir vu ça, ils n’auraient jamais envoyé un corps d’épéistes au départ.
Ça lui donnait mal à la tête.
Ils n’auraient jamais dû toucher à ça, dès le début.
Il pensa à son père et à son frère aîné. Ces deux-là étaient le problème. Leur avidité dépassait de loin leurs moyens. On disait que le nom d’un grand clan pesait lourd, mais même ce nom devait s’incliner devant les autorités.
Il semblait que seuls ces deux-là ignoraient le sort réservé à un clan qui enfreignait un interdit gouvernemental. Peut-être se berçaient-ils d’illusions.
À ce rythme, le clan Nangong lui-même pourrait être rayé de la carte.
Nangong Hwi reporta son regard sur l’intendant en chef.
Le fidèle serviteur de son frère. Les mains et les pieds qui avaient mené toute cette affaire. Et désormais, un homme dont le visage avait été révélé au Mont Hua.
Réajustant sa prise sur son épée, il s’approcha lentement et posa un genou à terre devant l’intendant en chef.
« Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ? »
L’intendant en chef leva un visage blême. Ses lèvres sèches remuèrent, comme s’il essayait de dire quelque chose.
Avant qu’un mot ait pu en sortir, l’épée de Nangong Hwi lui trancha la gorge.
« Vous avez bien travaillé, mon oncle. »
Les yeux de l’intendant en chef s’écarquillèrent et se figèrent. On ne saurait jamais ce qu’il avait voulu dire.
« Second jeune maître… ! »
La voix du chef d’agence retentit derrière lui.
« Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? L’intendant en chef appartient à la maison principale… »
« Chef d’agence. »
Nangong Hwi interrompit le chef d’agence, puis se retourna et poursuivit :
« Parmi les escorteurs, combien savent ce qu’il y avait dans la voiture ? »
Le visage livide, le chef d’agence répondit. Quatre escorteurs ordinaires et un capitaine d’escorte s’étaient occupés de la voiture et du chariot qui transportait le Sacha. Sur eux, seuls deux escorteurs avaient survécu.
Le sang finissait peut-être par parler. Même dans une situation pareille, le petit-fils maternel de l’ancien chef du clan était encore capable de faire ses comptes.
« Laissez tomber. »
Le regard de Nangong Hwi se tourna vers l’obscurité au-delà du camp.
Il apercevait des escorteurs dispersés dans toute la formation. Peu avaient survécu. On les avait entraînés ici sans qu’ils sachent pourquoi, puis ils avaient survécu à la tempête de lames sans savoir pourquoi.
Mais ils n’avaient pas le choix. Ils avaient vu ce qui se trouvait dans le chariot, les épées du Mont Hua et le coup d’épée qu’il venait de porter.
Ils quitteraient bientôt Seonharyeong. Il ne leur restait plus qu’à prendre un chariot et à rejoindre Guju.
Il plissa les yeux et examina les visages devant lui. Jin A-pyeong était introuvable. Il devait déjà être étendu quelque part dans la poussière.
C’était un drôle de type. Son regard, sa compréhension des mots, et même le fait qu’il sache lire. Au fil de leurs quelques conversations, Nangong Hwi avait perçu chez lui une vivacité d’esprit peu commune. Pourtant, il ignorait tout des choses du monde, comme un nouveau-né.
Nangong Hwi aurait aimé boire tranquillement avec lui et lui demander où il avait grandi pour devenir comme ça.
Il avait un goût amer dans la bouche. Une part de lui y trouvait pourtant une consolation. Au moins, il n’aurait pas eu à lui trancher la gorge de sa propre main.
Nangong Hwi s’éloigna, son épée pendant le long de son corps.
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