Chapitre 21
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 21 : Un poisson en eaux troubles
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Je n’eus pas le temps de réfléchir à ce qui se passait.
Alors que Yang Hyeon tombait sur le côté, l’épée qui semblait prête à fendre l’espace qu’il venait d’occuper dévia de sa trajectoire et balaya mon flanc à l’horizontale, sans me laisser le temps de reprendre mon souffle.
Je m’empressai d’abaisser mon épée pour lui barrer la route une nouvelle fois.
Clang.
La personne que j’avais repoussée de face pivota dans les airs et atterrit sans un bruit. Sans même trébucher, elle prit appui et me porta un coup vers l’autre épaule.
Je déviai son épée et reculai d’un pas. C’est alors que je compris.
Ces gens n’étaient pas des bandits.
La plupart des hommes que j’avais affrontés plus tôt dans la journée maniaient des sabres. Même ainsi, ils ne savaient que submerger leurs adversaires par la force brute ou frapper à l’aveuglette. Pas même le géant qui avait lancé sa lance avec tant de violence n’avait fait preuve d’une telle précision.
Alors que je reculais en hâte, j’entendis vaguement des bruits sourds derrière moi, au loin.
Boum. Boum.
Des corps s’effondraient presque simultanément dans la terre. Inutile de me retourner : c’étaient forcément les deux gardes qui surveillaient l’entrée de l’autre côté.
Pas le moindre cri.
Mais je n’avais toujours pas le temps d’évaluer la situation. Mes deux adversaires se séparèrent, l’un à gauche, l’autre à droite, puis fondirent sur moi en même temps, comme s’ils s’étaient concertés.
L’une de leurs épées s’abattit en diagonale depuis le haut, tandis que l’autre, dissimulée dans son ombre, balayait le sol. Si j’en bloquais une, elle glissait de côté et une autre trajectoire surgissait dans son sillage.
Leurs pointes ne restaient jamais en place. Comme des pétales dispersés par le vent, leurs lames se ramifiaient dans toutes les directions.
Je n’avais jamais vu un tel art de l’épée, mais je devinais que le talent qu’il exigeait n’avait rien à envier à celui de l’escrime que j’avais apprise.
Deux épées, dont chacune aurait déjà suffi à me donner du fil à retordre, fondaient sur moi.
J’étais trop occupé à bloquer, dévier et écarter leurs coups pour trouver la moindre ouverture où contre-attaquer. En quelques instants, mes vêtements furent déchirés en plusieurs endroits et flottèrent au vent, tandis que de fines entailles apparaissaient dessous.
De minces filets de sang suintaient de mes bras et de mes flancs, là où la pointe d’une épée m’avait effleuré.
Yang Hyeon, que j’avais repoussé, se releva alors. Il dégaina son large sabre et sembla prêt à élever la voix.
« A— »
Mais le son fut coupé avant même de sortir correctement de sa bouche. Comme si l’un de mes adversaires l’avait remarqué, ils se tournèrent vers lui et lancèrent leur épée dans sa direction, apparemment décidés à le faire taire.
Yang Hyeon serra les dents et para le coup avec son sabre. Mais il était évident qu’il ne tiendrait pas longtemps.
Pas le temps d’hésiter. Une seule utilisation, au moment crucial. Si ce n’était pas maintenant, alors quand ?
Je puisai dans l’énergie intérieure de mon dantian.
L’énergie que j’avais économisée se répandit d’un coup dans tout mon corps. Même dans l’obscurité, ma vue s’éclaircit et je me sentis nettement plus léger.
Pour commencer, je frappai de toutes mes forces la lame qui me pressait. Mon coup, chargé d’énergie intérieure, la repoussa violemment sur le côté, et mon adversaire perdit l’équilibre un instant, rejeté en arrière.
C’était suffisant.
Sans perdre une seconde, je baissai le corps et me glissai aux côtés de celui qui attaquait encore Yang Hyeon, avant de frapper vers le haut en visant sa cheville gauche. Il se contorsionna comme s’il m’avait repéré et voulait réagir, mais mon épée fut plus rapide.
Frrt.
Une fraction de seconde après le passage de ma lame, le sang jaillit.
Dès qu’il tressaillit et perdit l’équilibre, je ne m’arrêtai pas. Je poursuivis mon mouvement vers le haut, en visant sa nuque.
Mais je n’allai pas plus loin. L’épée de l’autre adversaire fusa de côté et bloqua la mienne.
J’évaluai rapidement la situation. Il serait difficile d’abattre celui qui s’en prenait à Yang Hyeon, maintenant. Alors…
Je plantai fermement le pied et stoppai mon élan. Puis j’écartai la lame qui bloquait la mienne, déstabilisant la personne qui la tenait.
Son torse bascula sous la traction de son propre mouvement. Je me glissai dans l’ouverture et tailladai le poignet exposé.
J’aurais dû pouvoir le trancher.
Mais juste avant que ma lame ne l’atteigne, son torse penché accompagna la force de sa chute.
Au lieu de s’arc-bouter pour résister, il se laissa tomber et glissa sur le côté. Dans le même temps, il ramena vivement le bras qui tenait son épée contre lui.
Au lieu de trancher son poignet, comme elle aurait dû le faire, ma lame ne fit qu’entailler superficiellement la chair de son autre avant-bras.
Frrt.
Une fine ligne de sang apparut, mais ce fut tout. Son poignet, qui aurait dû tomber, était toujours intact et tenait encore son épée.
Un éclair d’inquiétude traversa son visage.
J’étais tout aussi surpris. Son poignet aurait dû être tranché.
Mais je n’avais pas le temps de le montrer. Si je m’arrêtais, ils seraient de nouveau deux contre un. Si je leur laissais le moindre instant pour reprendre leurs esprits, je serais désavantagé.
Sans retirer mon énergie intérieure, je pris fermement appui au sol et poursuivis le cercle que j’avais commencé à tracer, sans en briser le mouvement.
L’adversaire indemne reprit ses esprits et lança son épée contre moi. Comme si une seule lame s’était ramifiée en cinq, sa pointe s’ouvrit pour viser à la fois mon épaule, mon flanc et ma cuisse.
J’inclinai mon épée et balayai les branches qui fondaient sur moi en décrivant un cercle de l’intérieur vers l’extérieur.
Les pointes dispersées suivirent le mouvement circulaire, se rassemblèrent en une seule ligne et glissèrent sur le côté.
Au terme de cette déviation, je ne m’arrêtai pas. Je fis tournoyer mon épée et dirigeai sa pointe vers sa poitrine découverte.
Il se cambra à la taille et évita ma pointe de justesse. Puis, profitant du rebond de son corps lorsqu’il se redressa, il fit claquer son épée et contre-attaqua aussitôt.
Sa lame se ramifia de nouveau. Impossible d’anticiper ses mouvements.
Mais après plusieurs échanges, je parvins à discerner dans une certaine mesure la voie de l’épée qu’il suivait. Peu importe le nombre de branches que formait sa lame, elles provenaient toutes du même corps.
Au lieu de suivre les branches, je ne surveillai que le poignet et l’épaule d’où elles jaillissaient. Plus les variations étaient éclatantes, plus leur origine restait étroitement liée à un seul point.
Je frappai vers cette origine.
Il ramena brusquement son épée pour parer. La lame qui s’était épanouie avec tant d’éclat s’éteignit en un instant, réduite à une défense précipitée.
Je ne laissai pas passer l’occasion et enfonçai davantage ma lame.
Une fois son mouvement maîtrisé, même ses changements les plus brillants s’effacèrent d’eux-mêmes. Il para, puis para de nouveau. Peu à peu, ses pieds reculèrent.
Celui dont j’avais entaillé la cheville s’approcha en boitant, comme pour aider son compagnon. Mais avec cette jambe, il ne pouvait suivre le rythme auquel l’autre reculait.
La distance entre eux ne cessa de croître.
Je m’engouffrai dans cet espace et m’acharnai sur l’adversaire indemne, le poussant là où son compagnon boiteux ne pourrait pas intervenir.
Je sentais mon dantian se vider à toute vitesse.
« Attaque nocturne ! »
La voix de Yang Hyeon éclata derrière moi au moment opportun. Son cri tonitruant fit vibrer l’air.
Bientôt, l’agitation gagna les profondeurs du camp. Des cris s’élevèrent parmi ceux qu’on venait d’arracher au sommeil, mêlés aux bruits de mains fouillant à la recherche de fourreaux et à des hurlements confus.
Combien d’autres avaient pénétré dans le camp ?
La pensée me traversa l’esprit, mais je n’eus pas le temps de m’y attarder.
Je continuai d’enchaîner mes mouvements d’épée, passant d’un cercle à l’autre et en changeant l’ampleur.
Mon adversaire résistait avec acharnement, sans faiblir. Puis son épée prit soudain une demi-mesure de retard.
Je m’engouffrai dans cet intervalle et frappai.
Ma lame lui transperça la gorge et ressortit par la nuque.
Il lâcha son épée. Sa main tâtonna vers sa gorge, puis retomba, inerte. Je retirai ma lame de son corps et me retournai.
L’autre adversaire, qui venait à peine de réduire la distance, hésita en voyant son compagnon s’effondrer.
Je n’eus pas trop de mal à achever le dernier. Avec sa cheville blessée, son épée ne pouvait plus s’épanouir avec autant d’éclat que celle de son compagnon.
Frrt.
Ma lame lui entailla le flanc sur toute sa longueur et il s’écroula dans la terre, sans bouger.
J’étais à bout de souffle. Quand je vérifiai en hâte mon dantian, il ne m’en restait qu’un peu plus de trois dixièmes.
Ce ne fut qu’alors qu’un frisson me parcourut l’échine.
Je me souvins de la demi-mesure de retard qu’avait prise son épée au tout dernier moment. Jusqu’alors, elle n’avait pas dévié d’un pouce. Même après que j’eus pris le dessus sur son mouvement, il avait réussi à parer chacun de mes coups d’une façon ou d’une autre.
Pourtant, ce n’est qu’à la fin que son épée s’était soudain alourdie.
Peut-être son énergie intérieure s’épuisait-elle, elle aussi.
Cette demi-mesure avait fait toute la différence entre nous.
Si son énergie intérieure avait été un peu plus profonde. Ou si je n’avais pas d’abord entaillé la cheville du second adversaire.
Dans l’un ou l’autre cas, c’est moi qui serais resté étendu dans la terre, une épée en travers de la gorge.
Un cri retentit alors derrière moi.
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
Je me tournai vers la voix.
Le chef de l’agence s’était levé à un moment donné et se tenait devant la charrette, son magnifique sabre dégainé.
« Même si vous êtes de la Secte du Mont Hua, vous pensez pouvoir faire une chose pareille et vous en tirer indemnes ? »
Mes pensées s’emmêlèrent aussitôt.
Le chef de l’agence savait qui ils étaient. Comment ?
Je regardai les deux corps étendus au sol. Ce n’est qu’alors que je pris vraiment la mesure de leur apparence.
Tous deux portaient des vêtements martiaux noirs. La couleur se fondait dans l’obscurité, mais le tissu fin et la coupe soignée montraient qu’ils n’avaient pas enfilé ces habits à la va-vite.
Leurs cheveux étaient soigneusement noués au sommet du crâne, comme ceux de taoïstes.
Un motif en forme de fleur était brodé à peine visible sur leur poitrine gauche. À moitié dissimulé sous le sang, il me sembla distinguer cinq pétales disposés en cercle.
La Secte du Mont Hua. Était-ce l’emblème de ceux qu’on appelait la Secte du Mont Hua ?
Le chef de l’agence l’avait-il reconnu comme Ma Jeongsan avait reconnu l’emblème de Wudang sur mon épée ?
Je reportai les yeux sur le chef de l’agence.
Un homme sortit de l’obscurité, au-delà de la charrette. Il portait les mêmes vêtements martiaux noirs que les deux que j’avais abattus, mais quelque chose le distinguait. Ses pas ne trahissaient aucun mouvement superflu et sa posture, l’épée abaissée, ne présentait aucune ouverture.
Il paraissait avoir une quarantaine d’années. Les hommes à ses côtés reculèrent chacun d’un demi-pas, comme s’il était leur chef.
Le visage du chef de l’agence se durcit encore.
« Le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier est arrivé. »
« Je vous prie de m’excuser pour ces méthodes excessives. »
L’homme que l’on appelait le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier parla d’une voix basse et calme.
« Nous avons reçu certains renseignements. Laissez-nous simplement jeter un œil dans cette charrette. S’il n’y a rien, la Secte du Mont Hua assumera la responsabilité de ce qui s’est passé aujourd’hui. »
Le chef de l’agence cria d’une voix rauque :
« On ne peut pas montrer la cargaison à n’importe qui. Vous avez abattu des gens en pleine nuit, et maintenant vous prétendez fouiller la charrette ? Depuis quand la Secte du Mont Hua se comporte-t-elle comme de vulgaires bandits ? »
« Ha ha ! De vulgaires bandits ? »
Le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier l’interrompit. Un léger sourire flottait sur ses lèvres.
« Vous auriez dû continuer à vivre comme vous l’avez toujours fait, en nettoyant les dégâts de Nangong. Une simple agence d’escorte a fini par se montrer bien trop cupide. »
Le chef de l’agence blêmit.
Je ne compris pas grand-chose à leur échange.
Quelques éléments seulement prirent vaguement forme dans mon esprit.
Il y avait quelque chose dans cette charrette. C’était à cause de cette cargaison que des gens de la Secte du Mont Hua étaient venus en pleine nuit, l’épée au clair.
Et le chef de l’agence était mêlé à une autre personne, Nangong.
Je comptai discrètement les silhouettes vêtues de noir dans l’obscurité. Avec leur chef, elles étaient cinq.
Ma Jeongsan était blessé, et ni le chef de l’agence ni le capitaine de l’escorte ne semblaient assez forts pour en affronter ne serait-ce qu’un seul.
Nous n’avions aucune chance de gagner.
Je ne pouvais pas mourir ici avant même d’être rentré chez moi.
Je jetai un regard autour de moi. Où pouvais-je fuir ?
Le flanc de la montagne était abrupt, et la berge l’était encore davantage. Les silhouettes vêtues de noir bloquaient l’entrée, qui était à découvert.
Tandis que je cherchais une issue, le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier leva légèrement la main. À son signal, les hommes en noir s’avancèrent tous ensemble vers la charrette.
Au moment où le chef de l’agence serra les dents et se prépara à les affronter, l’épée à la main, la porte de la charrette s’ouvrit à la volée.
L’intendant en chef bondit dehors comme s’il volait. À peine ses pieds eurent-ils touché le sol qu’il se lança dans une série de pas rapides et fondit sur le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier d’un seul bond. Il tenait déjà une épée à la main.
L’intendant en chef maniait l’épée.
Cette personne âgée qui s’était enfermée dans la charrette sans rien faire d’autre que tenir les comptes.
Le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier leva vivement son épée pour parer. Un Clang ! retentit et les deux silhouettes se croisèrent.
« Eh bien, eh bien… Qui voilà ? »
Pour la première fois, le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier laissa paraître un sourire en prenant ses distances.
« J’ai entendu dire que l’Épée au Visage Froid enseignait aux jeunes générations dans l’Anhui. »
Le Chef de l’Épée de la Fleur de Prunier poursuivit d’un ton moqueur :
« À vous voir ici, la rumeur selon laquelle Nangong était mêlé au commerce clandestin du thé n’était donc pas sans fondement. »
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