Chapitre 15
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 15 : Premier voyage
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À la sortie du tunnel, le paysage s’ouvrit à perte de vue.
Au-delà des remparts, des rizières désertes et les contreforts des montagnes s’étendaient à l’infini des deux côtés de la route. Le soleil était déjà haut dans le ciel, presque assez pour dissiper la brume qui flottait au-dessus du chemin.
Le convoi poursuivit sa route tout droit.
Contrairement à la ville, seuls résonnaient sur le chemin le bruit des pas et le roulement des roues. Des dizaines de personnes avançaient ensemble, et pourtant pas une voix ne se faisait entendre. Chacun semblait concentré sur le simple fait de mettre un pied devant l’autre.
Je jetai un coup d’œil à Gwak Seok, qui marchait à côté de moi. Lui aussi avançait en silence, sans même entrouvrir la bouche.
J’envisageai de dire quelque chose, puis me demandai si tout le monde voyageait ainsi une fois un convoi de protection en route. Je refermai la bouche.
À force de me concentrer sur chaque pas, je ne vis pas le soleil s’approcher du zénith.
Au bout d’un moment, un cri retentit à l’avant.
« Halte ! Nous nous arrêtons une heure ! Mangez, et profitez-en pour vérifier le chargement ! »
Le convoi s’immobilisa naturellement. Les charrettes se rangèrent une à une sur le bas-côté et s’alignèrent, tandis que les palefreniers détachaient les chevaux pour les mener brouter dans l’herbe.
Même les éclaireurs, qui n’étaient jusque-là que de minuscules points au loin, firent demi-tour et revinrent au galop sur la route.
Les escortes s’éparpillèrent elles aussi et s’assirent au bord du chemin. Certains retirèrent leurs chaussures pour se masser les pieds. La crasse noire qui les recouvrait me fit détourner les yeux.
Ce n’est qu’alors que Gwak Seok poussa un long soupir et se détendit les épaules.
« Enfin l’heure de manger. »
Ma Jeongsan était déjà descendu de cheval. Il jeta un regard dans notre direction et lança quelques mots.
« Je vais faire un tour auprès du chef de l’agence. Mangez sans moi. »
Puis il se dirigea vers le milieu du convoi. L’autre capitaine d’escorte avait déjà rejoint le chef de l’agence.
Il ne resta à l’arrière que Gwak Seok, moi et les trois autres escortes temporaires. Nous nous assîmes tous ensemble dans l’herbe, au bord de la route.
Deux porteurs avançaient parmi les escortes en transportant un grand panier. En partant de l’avant, ils distribuèrent quelque chose à chacun.
Je me demandai d’où cela venait et regardai autour de moi. À côté d’une charrette à l’avant, un porteur déposait dans leur panier des paquets identiques.
La charrette semblait transporter des provisions. L’un des porteurs s’approcha de nous.
« Allez, prenez-en un paquet chacun. »
J’acceptai le paquet, dont les morceaux étaient reliés par une corde.
Cinq galettes étaient attachées à la suite, chacune percée d’un petit trou au milieu pour laisser passer la corde.
Le paquet pesait assez lourd dans ma main. Dur et jaunâtre, il ne ressemblait pas au pain plat que j’avais mangé quelques jours plus tôt.
On avait dû le faire cuire jusqu’à ce qu’il soit bien dur, afin qu’il se conserve plusieurs jours sur la route.
Gwak Seok prit son paquet, détacha une galette, puis enveloppa le reste dans un tissu et le glissa sous ses vêtements.
Je l’observai du coin de l’œil, fis de même et mordis dans l’une d’elles.
Un goût dur et salé se répandit dans ma bouche. Quand je demandai à Gwak Seok de quoi il s’agissait, il me répondit que c’était du pain plat au sésame pour le voyage. Puis il me demanda ce que j’en pensais, et je lui répondis que ça se mangeait.
Gwak Seok en prit une bouchée et déclara d’un ton plat :
« Au début, ça se mange. Attends trois jours. Si je n’avais pas faim, je préférerais en faire du fourrage pour les chevaux. »
Gwak Seok était un homme qui avait toujours quelque chose à redire. Chaque bouchée s’accompagnait d’une plainte.
Nous restâmes là un moment, mordant dans nos galettes les unes après les autres, ses récriminations faisant office d’assaisonnement. Même si nous étions tous les cinq réunis, personne n’échangeait un mot.
Le silence devait le gêner. Gwak Seok prit une dernière bouchée, fourra le reste de sa galette dans sa bouche et prit la parole.
« Tant qu’on y est, présentons-nous. Après tout, nous allons voyager ensemble pendant un mois. »
Il se désigna du doigt.
« Je m’appelle Gwak Seok. J’ai abandonné ma vie d’errant des arts martiaux pour devenir escorte il y a un peu plus d’un an. Dites-nous où vous avez traîné, chacun. »
Après un bref silence, l’homme assis en face de Gwak Seok prit la parole le premier.
« Je m’appelle Jin Song. J’ai passé quelque temps à arpenter Fuzhou en tant qu’errant des arts martiaux. »
Il devait avoir une bonne trentaine d’années. De taille moyenne, il avait les épaules larges et une longue cicatrice lui barrait le dos d’une main.
Il posa tranquillement son épée sur ses genoux, puis mordit de nouveau dans sa galette, comme s’il n’avait rien d’autre à ajouter.
L’homme à côté de lui leva la main.
« Je m’appelle Yang Hyeon. Enchanté, frère Gwak, frère Jin. Vous aussi. »
Il était solidement bâti et mesurait une bonne dizaine de centimètres de plus que les autres. Son visage était long, ses yeux légèrement tombants, et il semblait être le plus jeune du groupe.
Il ne s’arrêta pas là et ajouta une information que personne ne lui avait demandée.
« Ma famille dirige une petite école d’arts martiaux. Comme j’ai deux frères aînés, je me suis dit que le troisième fils pouvait gagner un peu d’argent dans les convois de protection. Je sais aussi manier le sabre large. »
Il suffisait de l’entendre insister sur l’école d’arts martiaux pour comprendre qu’il en était fier. Gwak Seok le remarqua.
« Alors, tu viens d’une école d’arts martiaux. Mais ton sabre large a l’air tout neuf. »
« Je n’ai jamais frappé personne avec. Mais je me suis entraîné jusqu’au sang, alors les bandits ne me poseront pas de problème. »
Yang Hyeon gonfla le torse et répondit avec assurance.
Je me demandai un instant si c’était vraiment le cas. Cela dit, lorsque j’avais affronté des bandits pour la première fois, je n’avais pas beaucoup hésité non plus. Impossible de savoir ce que ferait Yang Hyeon le moment venu.
Je jetai un coup d’œil à Gwak Seok, mais il ne semblait pas inquiet. Il se contenta d’acquiescer et de répondre : « Je vois. »
Mon regard se posa naturellement sur l’homme assis à côté de Yang Hyeon. Son visage mince le faisait paraître âgé de moins de trente ans, et il était maigre. Sa tenue était soignée, mais ses vêtements d’arts martiaux tombaient lâchement de ses épaules, comme s’il n’était pas encore habitué à ces habits qu’il venait de recevoir.
« Je m’appelle Gi. Je n’ai jamais été attaché à un endroit en particulier. »
« Tu viens d’où ? » demanda Yang Hyeon.
« De nulle part qui mérite d’être mentionnée. »
« Vraiment ? Alors, tu appartiens à quelle école ? »
« Aucune. »
Gi mordit de nouveau dans sa galette. Yang Hyeon haussa les épaules et se tut.
Tout le monde se tourna vers moi, comme si c’était à mon tour. Je répondis brièvement :
« Je m’appelle Jin A-pyeong. Je manie surtout l’épée. »
Je n’avais rien d’autre à ajouter. Je n’avais ni école à mentionner ni endroit où j’avais passé ma vie.
Si je leur disais que j’avais vécu dix ans dans la montagne, ils trouveraient ça étrange.
Les trois autres acquiescèrent, chacun à son tour, et ne posèrent pas d’autres questions. Gwak Seok se frotta les mains comme pour conclure.
« Un mois, c’est long. On aura d’autres occasions de discuter en chemin. »
C’est alors que Ma Jeongsan revint.
« Vous avez fait les présentations ? »
« Oui. Nous nous sommes tous présentés. »
Gwak Seok lui répondit. Ma Jeongsan hocha la tête, satisfait, puis s’assit. Il détacha une galette de son paquet et en prit une bouchée, l’air d’avoir encore faim.
N’était-il pas allé manger ? J’étais sûr d’avoir vu qu’on préparait un repas à part.
Mais vu sa carrure, un seul repas ne suffisait peut-être pas.
Le silence sembla gêner Yang Hyeon, qui prit la parole.
« Avec deux capitaines d’escorte dans un convoi aussi important, même les bandits n’oseraient sûrement pas nous attaquer, non ? »
Sa voix était plus détendue. Gwak Seok acquiesça légèrement.
« Probablement. Nous avons tout un groupe d’escortes régulières, sans compter deux éclaireurs. »
« Qui sait. »
Ma Jeongsan, qui écoutait tout en mordant à pleines dents dans sa galette, répondit brièvement. Il fourra le reste dans sa bouche, puis traça du bout du doigt une ligne dans la terre, au bord de la route.
« D’ici à Poseong, il y a environ six jours de marche. C’est une grande route officielle, alors il ne devrait pas s’y passer grand-chose. À partir de Guju, nous prendrons un bateau pour descendre le fleuve jusqu’à Yeongpa. Mais… »
Ma Jeongsan marqua une pause, puis tapota le milieu de la ligne tracée dans la terre.
« Seonharyeong se trouve entre les deux. »
Avant même qu’il ait fini de parler, Jin Song poussa un léger gémissement à côté de nous.
Quand je me tournai vers lui, son visage, déjà impassible, parut se durcir encore.
Qu’est-ce que Seonharyeong ?
Yang Hyeon avait dû remarquer lui aussi l’expression de Jin Song, car sa voix perdit toute légèreté.
« Qu’est-ce qu’il y a avec Seonharyeong ? »
« C’est la route de montagne la plus dangereuse parmi les routes officielles. Il faut compter huit jours pour la traverser, et ces salauds de bandits qu’on appelle la Forêt Verte s’y sont installés. Même des convois comme le nôtre les croisent souvent une ou deux fois. »
Ma Jeongsan parlait avec désinvolture, mais les visages de Yang Hyeon et de Gwak Seok s’étaient déjà figés.
Je regardai aussi les autres. Jin Song avait retrouvé son expression vide habituelle.
Impossible de savoir ce que pensait Gi. Son regard restait fixé sur la ligne tracée dans la terre.
Ma Jeongsan effaça le trait d’un revers de main. Son regard passa sur chacun de nous avant qu’il reprenne la parole.
« Seonharyeong est le seul endroit où nous devons redoubler de prudence. Les bandits ordinaires n’auraient pas le cran de s’en prendre à un convoi comme celui-ci. »
Alors que nous parlions, un autre cri retentit à l’avant.
« En formation ! On repart ! »
Ceux qui s’étaient étendus au bord de la route se relevèrent un à un, remirent leurs chaussures et rassemblèrent leurs affaires. Les palefreniers ramenèrent les chevaux de l’herbe et recommencèrent à les attacher aux charrettes.
Gwak Seok se détendit les épaules.
« Il ne nous arrivera sûrement rien de grave. Nous sommes si nombreux. »
Nous nous levâmes tous.
* * *
Un repas devint deux. Une double-heure en devint deux.
Le soleil avait largement dépassé le zénith et, lorsqu’il commença à s’incliner derrière nous, Gwak Seok s’essuya le front du revers de la main.
« On dirait qu’on a de la chance aujourd’hui. Il y a un village là-bas. »
Je tournai les yeux dans cette direction.
Tout au bout de la route se trouvait un petit village, avec ses toits couleur de terre alignés en rang. Même de loin, je distinguais plusieurs cheminées d’où s’échappaient de minces filets de fumée.
« Parfois, on doit dormir à la belle étoile, et parfois on tombe sur un village comme celui-ci. Si on avait dû passer la nuit dehors dès le premier jour, ça aurait plombé le moral de tout le monde. »
Gwak Seok était reparti dans ses explications. Il semblait ravi que nous n’ayons pas à dormir dehors dès notre première nuit.
Le convoi atteignit l’entrée du village.
Mais de près, l’endroit méritait à peine le nom de village. Une vingtaine de maisons aux murs de terre bordaient la route, de part et d’autre.
Une large route traversait le village en ligne droite, et un bâtiment qui semblait être une auberge se dressait sur un côté.
Quelle auberge miteuse ! Elle ne faisait même pas deux étages : ce n’était qu’un bâtiment de plain-pied, avec une bande de tissu suspendue à l’avant-toit, que le vent faisait voleter.
« Bon sang. »
Gwak Seok fronça les sourcils. Cette fois, il se mit à maugréer à chaque pas.
Il était vraiment amusant à observer.
Le convoi s’arrêta lentement devant l’auberge.
Depuis l’avant, un capitaine d’escorte cria quelques mots. Les escortes se dispersèrent pour prendre leurs positions.
Les charrettes chargées de marchandises furent conduites une à une dans la cour vide à côté de l’auberge, tandis que les palefreniers détachaient les chevaux pour les mener ailleurs.
Le groupe de l’arrière s’avança lui aussi en rang pour se placer devant l’auberge. Ma Jeongsan se dirigea de nouveau vers le chef de l’agence.
Nous restâmes là, hébétés, à contempler l’auberge.
Le chef de l’agence descendit d’un cheval noir et tendit les rênes à un porteur. Derrière lui, la porte de la voiture s’ouvrit et l’intendant en chef en descendit bientôt.
L’intendant en chef tenait toujours un registre sous le bras, comme s’il ne l’avait pas lâché une seule fois depuis le départ.
Je fixai la voiture juste devant moi, au cas où. Peu après, sa porte s’ouvrit lentement à son tour.
Enfin.
Un homme en descendit. Dès qu’il posa un pied à terre et se redressa, mon regard se figea.
Il était grand, les épaules et le torse larges. Ses sourcils épais surmontaient de grands yeux clairs. Il avait un visage qui ne semblait pas avoir dépassé la vingtaine.
À la vue de ce visage, tout mon corps se raidit.
Qu’est-ce qu’il faisait ici ?
Munhwi.
L’homme qui venait de descendre de la voiture était celui qui, trois jours plus tôt, à l’auberge, m’avait proposé de rejoindre le convoi de protection en disant qu’il rentrait chez lui.
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