Chapitre 2 011
« Bon retour ! »
« Coucou~ ! »
La dernière salutation se transforma en couinement. Celle qui l’avait poussée plaqua une main sur sa bouche, tandis que ses amies lui faisaient signe avec tant d’enthousiasme que les aventuriers alentour se retournaient pour les dévisager.
La femme aux cheveux courts agitait elle aussi la main. Elle savait qu’elle ne passait pas inaperçue, mais il les regardait déjà et, lorsqu’il inclina son casque en direction des femmes près du tableau, elle se sentit ridiculement heureuse.
Il l’avait vue.
Les autres aussi, certes, mais elle voulait bien partager la salutation.
À côté de lui, Kitsara sourit à leur accueil, ses queues blanches s’enroulant derrière elle tandis que Sera se penchait pour entendre ce qu’elle lui murmurait. Le sourire en réponse de l’elfe poussa la femme aux cheveux courts à baisser la main avant de se couvrir davantage de ridicule.
Puis Black se dirigea vers les tableaux.
Vers elles.
« Il vient par ici », chuchota son amie.
« Je vois bien. »
« Pourquoi il vient par ici ? »
« Pour regarder les quêtes, espèce de connasse. »
C’était une excellente explication. Tout à fait raisonnable, en fait. Le tableau était là pour que les aventuriers trouvent du travail, et le Seigneur Black était un aventurier qui en faisait vraiment.
Son cœur battait si fort qu’elle en avait le souffle coupé.
À chaque pas qui le rapprochait, elle prenait davantage conscience de la tunique qu’elle portait depuis le matin, de sa posture et du fait qu’elle n’avait absolument rien d’intelligent à lui dire.
La femme à côté d’elle se recoiffa à la hâte. Les autres s’écartèrent pour lui faire de la place, tout en réussissant, on ne savait comment, à rester assez près pour qu’il puisse leur adresser la parole s’il le souhaitait.
Il s’arrêta devant elles.
L’aventurière aux cheveux courts dut lever la tête pour croiser son regard, et leur différence de taille lui fit un effet tout à fait déraisonnable au creux du ventre. Depuis des jours, elle admirait cette large poitrine de l’autre côté de la salle. L’avoir juste devant elle, c’était un problème.
Elle voulait y poser les mains.
À la place, ses doigts se crispèrent sur sa propre ceinture.
Autour d’elle, les femmes qui avaient parlé si librement de ses habitudes au lit peinaient soudain à tenir en place. L’une serra les cuisses, tandis qu’une autre se pressait contre l’épaule de son amie, affichant un sourire si avide qu’il en devenait douloureux.
« Mesdames. »
« Salut~ »
« Bonjour, Seigneur Black. »
« Salut… »
Son regard rouge parcourut le petit groupe.
« Que faites-vous ? »
Pendant un instant, elle ne comprit pas la question. Elles se tenaient à côté d’un tableau de contrats. Elles regardaient les contrats. Ça se voyait, non ?
À moins qu’il ne parle d’autre chose. Avait-elle fait quelque chose d’étrange pendant qu’il s’approchait ? Est-ce qu’elle continuait ?
« Nous… » Son amie jeta un coup d’œil au tableau, puis revint à lui. « Nous cherchons des quêtes. »
« Vous êtes des aventurières ? »
Derrière le comptoir, la greffière émit un bruit qui ressemblait à celui de quelqu’un qui venait d’avaler sa plume.
« Pff… ! Ahahahaha ! »
Pliée en deux sur le comptoir, elle riait à en perdre le contrôle. L’aventurier qu’elle était en train d’aider la fixait, son formulaire oublié, tandis qu’elle tentait de reprendre assez haleine pour s’excuser.
« Pardon ! Je… Ahahaha ! »
Le visage de la femme aux cheveux courts s’empourpra.
Bien sûr qu’elles étaient des aventurières. Elles venaient ici tous les jours ! Il les avait vues presque chaque fois qu’il avait franchi la porte du bâtiment !
Assises à leur table. À boire. À parler de lui et de ses femmes. Et, une fois, à lui faire une proposition, de façon particulièrement mémorable.
Ah.
Ses compagnes comprirent à leur tour. Leurs sourires ravis se firent de plus en plus crispés sous son regard patient.
Il ne savait même pas quel était leur métier. Comment l’aurait-il pu ? Depuis l’arrivée du Seigneur Black, aucune des trois n’avait accepté la moindre quête.
« O-oui. »
Elle attrapa du bout des doigts le badge d’identification fixé à son col et le lui montra. À côté d’elle, une autre femme fit de même, jugeant apparemment qu’elles devaient fournir une preuve.
« Nous sommes des aventurières. Mais seulement de grade deux… »
Elle l’avoua d’une voix si timide qu’elle eut envie de se donner un coup de pied. Ces badges étaient tout à fait honorables. Ils lui avaient paru bien plus impressionnants avant que la greffière ne remette à cet homme un plateau rempli de badges bien supérieurs.
La greffière jeta un coup d’œil à leurs visages écarlates et ne parvint plus à retenir son rire.
Je m’en souviendrai, petite salope perfide.
« Tout le monde commence quelque part », répondit Black.
Son rang ne semblait pas le troubler le moins du monde.
Mais vous nous avez complètement grillées !
Une semaine. Il était passé directement du grade un au grade trois sous leurs yeux. Et maintenant, il se tenait là à les encourager comme s’ils étaient de simples mortels du même monde.
Et elle était toujours aussi désespérément contente qu’il ait pris la peine de leur parler.
« Merci, Seigneur Black. »
Son amie le dit avec un sourire timide qui lui aurait valu de se faire copieusement charrier en toute autre circonstance. Malheureusement, la femme aux cheveux courts sentit une expression tout aussi gênante se dessiner sur son propre visage.
Black reporta son attention sur l’affiche qu’elles examinaient avant son arrivée.
« C’est celle que vous envisagez de prendre ? »
« Oui. »
La femme aux cheveux courts s’écarta pour qu’il puisse la lire. Ses compagnons se rassemblèrent derrière lui ; leurs badges de grade trois rendirent soudain le petit coin du tableau bien dérisoire.
« Une extermination de peaux-vertes, expliqua-t-elle. Rien qui mérite qu’un groupe comme le vôtre s’en mêle, monseigneur. »
« Nous ne voudrions pas vous faire perdre votre temps », ajouta précipitamment son amie.
Il poursuivit sa lecture, et la femme aux cheveux courts se remit à expliquer pour combler le silence.
« Mais la plupart d’entre nous, les femmes, ne supportent pas ces abominations répugnantes. »
Sa gêne s’atténua lorsqu’elle reporta les yeux sur l’avis. L’idée de ce qu’elles risquaient de découvrir dans un camp de peaux-vertes suffisait à gâcher même le plaisir d’avoir Black à côté d’elle.
« Je préfère les éliminer plutôt que de les laisser traîner d’autres personnes dans leurs trous. »
« Et si on doit bosser, marmonna la femme à côté d’elle, autant rendre un vrai service au monde au lieu d’aller chercher un truc ennuyeux pour un marchand riche. »
Elle lança un regard à son amie.
Est-ce que cette connasse pouvait arrêter de les faire passer pour des chômeuses, juste une foutue minute ?
« Nous cherchions quelque chose qui en vaille la peine, précisa-t-elle en se tournant vers Black. C’est ce qu’elle voulait dire. »
Elle lui sourit, espérant ne pas l’avoir ennuyé avec ses explications sur un contrat contre les peaux-vertes. Plus loin sur le tableau, il y avait des missions mieux payées, des contrats que son groupe pouvait désormais accepter sans aide.
Elles devraient le laisser poursuivre son chemin.
« Enfin, nous ne vous retiendrons pas, Seigneur Black. »
Elle s’écarta en prenant son amie par le coude pour l’inciter à faire de même. Les autres leur firent aussi de la place, toujours rouges et le regardant avec bien plus d’intérêt qu’elles n’en avaient montré pour la mission.
Black leva enfin les yeux de l’affiche et regarda les femmes rassemblées autour de lui.
« Ça vous dérange si nous nous joignons à vous ? »