Chapitre 1 977
Celia baissa les yeux. Seraphiel tendit la main pour prendre les notes médicales qu’Aurora venait de finir de lire, avant que la jeune fille ait pu commencer à s’excuser.
« J’aimerais le voir et savoir ce qu’ils ont tenté. »
Aurora lui tendit les papiers, et Sera les fit pivoter vers Marielle.
« Elle nous a engagés pour enquêter sur ce qui lui est arrivé. Son état fait partie de l’enquête. Si nous fonçons là-bas pour tuer tout ce qui y vit, nous risquons de détruire précisément ce que nous devons rapporter. »
Marielle regarda Quinlan, visiblement persuadée que l’homme qui signait les formulaires saurait faire entendre raison à sa compagne.
Il se tenait près de Seraphiel et posa une main sur sa taille.
« Nous ferons comme le dit ma femme, à condition que Celia nous laisse voir son père. »
Marielle le fixa, puis releva le menton.
« C’est moi qui dirige cette expédition. Vous avez signé sous mon nom, alors vous suivrez mes ordres. »
« C’est vrai. Mais je ne laisserai pas de côté notre seul témoin. »
Il garda la main sur la taille de Seraphiel, qui s’appuya contre lui, les notes médicales toujours entre les mains.
« Nous venons à peine de signer et vous désobéissez déjà ? » siffla Marielle. « J’aurais peut-être dû m’y attendre de la part d’un homme qui laisse ses femmes décider de tout à sa place. »
Quinlan eut un petit rire.
« Mon rôle, c’est de contribuer à la réussite de la quête. C’est exactement ce que nous faisons. Si vous comptez nous en empêcher parce que vous n’aimez pas les conseils de ma femme — la seule soigneuse de notre groupe —, vous pouvez me rendre mon diadème. »
Elle porta les doigts au bandeau d’argent niché dans ses boucles.
« Vous me l’avez donné en garantie ! »
« Il était convenu que vous le garderiez si nous étions tellement inutiles que nous sabotions la quête. Examiner la survivante fait partie de l’enquête sur ce qui lui est arrivé. Vous ne pouvez pas nous l’interdire, puis prétendre que nous ne servons à rien. »
Il tourna son casque vers l’employée.
« C’est bien ce que nous avons convenu, n’est-ce pas ? »
Elle rapprocha le formulaire d’inscription et suivit du doigt les tâches qui y étaient inscrites.
« Oui. La garantie couvre leur contribution au contrat. Elle ne vous autorise pas à la conserver au moindre désaccord. Si vous contestez leur travail, la branche examinera ce qui s’est passé. »
Marielle ouvrit la bouche, mais son regard retomba sur les papiers avant qu’elle réponde. Son nom figurait juste à côté des conditions qu’elle avait vérifiées avant de signer.
Elle s’était imaginée regarder ces imbéciles échouer, puis repartir avec leur magnifique artefact. À présent, elle allait devoir expliquer pourquoi elle avait empêché leur soigneuse d’accomplir le travail même qui figurait sur ce formulaire.
Les femmes autour de Quinlan savouraient son embarras avec un sadisme sans fard. Lucille sourit de plus belle lorsque Marielle la surprit en train de regarder la main qui serrait toujours le diadème.
« Alors ? Rendez-le-lui, dans ce cas ! » lança la femme à la chope.
« Hahaha ! Il a complètement roulé cette pauvre conne ! »
Le petit groupe éclata de rire. L’archère tira sur la manche de son amie et se pencha vers elle, tandis qu’une autre femme essayait en vain d’étouffer un ricanement.
Marielle se tourna vers elles.
« Vous avez quelque chose à me dire ? »
Son grondement coupa court à leurs rires. L’archère se redressa, soudain consciente du bâton dans la main de la Mage de grade trois, tandis que son amie leva sa chope pour se cacher la bouche.
« Non, non. Je vous en prie, continuez. »
Marielle la foudroya du regard jusqu’à ce qu’elle baisse les yeux vers sa boisson. Seraphiel, elle, ne chercha nullement à dissimuler son sourire.
La Mage se tourna de nouveau vers lui. Il attendit, le bras autour de sa femme, parfaitement disposé à laisser Marielle décider combien de temps encore tout le monde resterait planté là à contempler sa couronne.
Celia fixa le casque noir. Elle avait eu peur de lui adresser la parole, et l’assurance qu’il dégageait rendait toujours difficile le fait de trouver sa voix.
Pourtant, la femme à ses côtés avait demandé à voir son père. Elle avait lu les notes. Elle le traitait déjà comme quelqu’un qui méritait une visite, et cet homme effrayant l’appuyait au lieu de se hâter d’empocher sa récompense.
Celia le désirait si ardemment que ses yeux commencèrent à la piquer.
« Je… J’aimerais que vous veniez. Ma maison vous est grande ouverte ! »
Marielle reporta son regard sur elle, et Celia resserra sa prise sur son arc.
« Je vous en prie… »
Celia ne quitta pas Marielle des yeux, dans l’attente d’une réponse. S’il lui fallait insister encore pour ramener cette soigneuse chez elle, elle le ferait.
Andre enroula la carte.
« De toute façon, il nous faut des provisions. Nous pourrons partir demain matin, bien équipés. »
Marielle lissa sa nouvelle manche, puis ramassa son bâton.
« À l’aube. Si vous n’êtes pas prêts, vous aurez des nouvelles de votre père à notre retour. »
« Je serai prête », promit aussitôt Celia.
Seraphiel lui sourit.
« Allons voir ton père. »
Pendant que l’employée comptait leur avance de trente couronnes pour les provisions, Lilith revint des panneaux avec une autre annonce.
« On prend une mission d’inspection de route. Mes sens me disent qu’il y aura des monstres de niveau supérieur à ce qu’annonce l’offre », lança la Lame magique, déjà prête à faire couler le sang.
« C’est dans une autre direction. On vous retrouve à l’auberge avant votre départ », ajouta Jallen.
« Essayez de ne pas trop vous ennuyer sans moi », fit Kitsara avec un clin d’œil à Lilith.
« Oui, oui. Je vais bien réussir à survivre, d’une façon ou d’une autre. »
Scar croisa le regard de Quinlan, tandis que Void lui murmurait à l’oreille.
<Elle veut te parler en privé avant qu’on se sépare,> lui transmit Scar.
Quinlan attendit que l’employée ait remis l’argent des provisions à Andre, puis suivit Celia et les autres hors de la Guilde.
Au bord de la place, Seraphiel s’arrêta avec Celia pour lui demander où se trouvait sa maison. Quinlan entraîna Scar et Void dans la ruelle voisine, où ses compagnes leur firent écran aux yeux des passants.
Void descendit du dos de Scar et se pencha assez près pour lui parler sous son casque.
« Hum… Avant que tu partes. Tu pourrais me soumettre ? »
Quinlan regarda Black Fang.
Elle examinait les bâtiments d’en face.
« Toi aussi ? » demanda Quinlan à Void.
« Scar peut transmettre mes messages… mais après, je dois lui demander de te le demander. » Void bâilla. « J’aimerais pouvoir t’embêter moi-même. »
Scar croisa les bras.
« Elle veut dire, quand elle en a envie. »
« Hum. Oui. Et puis, Miss Voleuse se sert parfois de son corps de Mort-vivante sans la moindre prudence… Si elle meurt, qu’est-ce qui se passera… ? »
« Ça se tient », acquiesça Quinlan avant de laisser échapper un petit rire ironique. « Deuxième femme distante de la journée à me demander de l’asservir. Thalorind est un monde sauvage. »
« Je ne suis pas distante. Et puis, attends, quoi ? » Sa voix monta tandis qu’elle tournait brusquement la tête vers une certaine Venomborne Terror. « Ne me dis pas… Alors, c’était donc ça. »
Un sourire discret se dessina sur les lèvres de Void, qui regarda ensuite Seraphiel. « C’est pour ça qu’elle lançait des sorts de soin sur Black Fang, qui était en parfaite santé… Pour servir de masque à sa dépense de mana… »
Scar se plaçant entre eux et la place, il lança [Subjugation]. La Mage ensommeillée l’accepta avec un petit fredonnement satisfait, et il engagea la conversation avec elle par [Master's Link].
<Réponds en pensant à me parler mentalement. Il te faudra peut-être quelques essais, mais->
<Scar est la plus mignonne de toutes.>
<… C’était rapide. Et oui. Tout à fait d’accord. Peu peuvent rivaliser avec notre adorable fille fantôme.>
« Maître. » Scar prit un air impassible. « Vous pensez à quelque chose de bizarre, pas vrai ? »
« Moi ? Jamais. »
« Accepter [Subjugation] m’a épuisée… S’il te plaît… »
« … Haaah », soupira Scar d’un air las en se retournant pour présenter son dos à Void.
« Youpi ! » Void gloussa joyeusement et bondit sur le dos de Scar, passant les bras autour des épaules de la voleuse.
« Ça ne demande même pas d’énergie d’accepter », grommela Scar en la rattrapant sous les cuisses.
« Mentalement… »
« Mentalement, oui, tu es à côté de la plaque. »
« Hé… C’est méchant… »
Elles continuèrent à se chamailler en partant rejoindre Lilith.
Quinlan les regarda s’éloigner, puis rejoignit Seraphiel tandis que Celia leur indiquait la rue menant à sa maison.
L’heure était venue d’entreprendre la première quête d’Unbound, une quête digne de l’entrée en scène d’Unbound !