Chapitre 1 966
Nessa souriait encore lorsque l’homme en armure referma derrière elle la porte de la salle de bains. Elle baissa les yeux vers ses mains vides, se rappelant avec quelle facilité la gentille dame lui avait pris les serviettes.
« Elle avait les mains prises. »
Une explication toute simple, donnée tandis que cet homme terrifiant taquinait la femme parce qu’elle faisait le travail de Nessa.
Nessa plaqua les mains contre son tablier. Porter les serviettes faisait partie de son travail. Il avait suffi qu’une cliente remarque qu’elle en avait trop pour que Nessa lui en soit reconnaissante tout le reste de l’après-midi.
Ces gens n’avaient certainement aucune raison de s’intéresser à une servante. Leurs armes, à elles seules, semblaient plus coûteuses que tout ce que possédait Nessa, et les femmes armées avaient traversé l’auberge avec une aisance totale, sans craindre personne.
La dame aurait pu désigner une étagère et attendre. Au lieu de ça, elle l’avait aidée, l’avait remerciée, puis avait ri lorsque son homme l’avait surprise en train de le faire.
J’espère qu’ils resteront un moment.
Le pas plus léger, elle retourna en bas et s’arrêta au comptoir pour prendre la clé de la chambre suivante.
« La famille a tout ce qu’il lui faut pour le bain, dit-elle à l’aubergiste. Dois-je demander à la cuisine de leur préparer le déjeuner ? »
« Je m’en occupe. Pourriez-vous faire monter le couple qui attend ? Leur chambre est prête. »
Nessa prit la clé, puis hésita.
« Ce sont tous… ses femmes ? Celles qui sont à l’étage ? »
« Qu’est-ce que ça peut faire ? »
Les yeux de Nessa s’écarquillèrent. « Oh, rien ! Merci. »
Elle se détourna avant que l’aubergiste ne puisse poser d’autres questions.
Mais, intérieurement, son esprit était en plein chaos.
Toutes ? Comment cela pouvait-il fonctionner ? Il devait bien arriver que l’une d’elles le veuille pour elle seule. Peut-être se mettaient-elles d’accord à l’avance et chacune avait-elle droit à une soirée avec lui.
Ce soir, c’est ton tour, demain, c’est le mien…
Il y avait eu beaucoup de femmes.
Chacune devait-elle attendre plus d’une semaine avant qu’il ne revienne dans son lit ? Et si elle le voulait plus tôt ? Les autres dormaient-elles simplement à côté d’elles pendant que l’une avait son tour, ou bien regardaient-elles ?
Son imagination traîtresse lui dépeignit plusieurs femmes nues, allongées autour de cette immense salle de bains, tandis que leur mari en choisissait une.
Chacune devait-elle attendre plus d’une semaine avant qu’il ne revienne dans son lit ? Et si elle le voulait plus tôt ? Les autres dormaient-elles simplement à côté d’elles pendant que l’une avait son tour, ou bien regardaient-elles ?
Son imagination traîtresse lui dépeignit plusieurs femmes nues, allongées autour de cette immense salle de bains, tandis que leur mari en choisissait une.
Nessa manqua une marche.
Peut-être deux à la fois… ?
L’une pourrait s’asseoir à califourchon sur lui pendant qu’une autre l’embrasserait. Ou bien elle pourrait s’agenouiller entre les cuisses de sa coépouse pour lui donner du plaisir pendant qu’elle attendait. Ainsi, aucune ne serait négligée, à condition que le mari puisse rester en érection assez longtemps pour toutes les satisfaire.
Un homme en était-il capable ?
Impossible.
Les joues en feu, elle organisait des inconnues autour de la virilité d’un homme qu’elle n’avait jamais vue, en plein service, alors qu’elle venait à peine de se défaire de ses serviettes.
Elles avaient pourtant l’air heureuses ensemble. Même quand il taquinait la femme, elle riait avec une telle aisance. Quelle que soit la façon dont elles partageaient leurs nuits, Nessa aimait assez s’imaginer que chacune avait sa part de lui.
« Vous avez fini de rester plantée là ? »
La femme aux cheveux châtains, dans le salon d’attente, la dévisageait.
Nessa se hâta de la rejoindre, serrant la clé devant son tablier.
« Votre chambre est prête, madame. Puis-je vous conduire à l’étage ? »
« Enfin. Il vous a fallu faire pousser le linge avant ? »
« Je suis désolée de vous avoir fait attendre. »
« Vous avez intérêt à l’être. Andre, prends mes affaires. »
Son mari se leva, son manteau posé sur un bras. Il se pencha pour saisir les coffres de voyage tandis qu’elle dépassait Nessa, laissant la servante se dépêcher de passer devant eux pour les conduire à l’étage.
Derrière eux, une poignée grinça sous la poigne d’Andre.
« Fais attention, lança sèchement sa compagne. Si tu casses ça, tu le remplaces. »
« Bien sûr, ma chérie. »
Nessa tendit la main vers le plus petit coffre.
« Puis-je vous aider avec ça, monsieur ? »
« Vous pouvez aider en ouvrant la porte, répondit la femme à sa place. Essayez donc de vous concentrer sur une seule tâche. Vous avez déjà l’air d’avoir du mal. »
« Oui, madame. »
La réprimande lui fit mal. Surtout après avoir aidé la gentille dame et sa famille quelques minutes plus tôt à peine.
Nessa garda pourtant les yeux rivés sur l’escalier, refusant d’offrir à cette femme une expression dont elle pourrait aussi se plaindre.
Arrivée sur le palier, elle s’engagea dans le couloir où se trouvait la salle de bains de la famille. Elle déverrouilla la chambre voisine et s’écarta pour laisser entrer le couple.
La femme alla droit au lit. Elle pinça le drap propre entre ses doigts tandis qu’Andre faisait passer les bagages par la porte.
« C’est propre ? »
« Oui, madame. On vient juste de le changer. »
« Je vois bien qu’on l’a changé. Je vous demande s’il est propre. »
« Il l’est, madame. »
Andre entra derrière elles, un bouclier rond et cabossé sanglé par-dessus son manteau, un coffre dans chaque main et un long étui à bâton coincé sous un bras.
« Marielle, la chambre convient. »
« Est-ce que je t’ai demandé ton avis ? »
Il posa les coffres près de l’armoire. Marielle désigna le mur en face du lit.
« Les bagages vont là-bas. Pose mon bâton à côté du lit. »
Andre posa son bâton près du lit, puis reprit les coffres.
« On devrait passer à la Guilde avant la fermeture », suggéra-t-il.
« Je vais d’abord faire une sieste. On approche tous les deux du niveau cent, et il paraît qu’à Sarthal il y a plus de contrats que d’aventuriers capables de les accepter. Quelques heures ne nous coûteront pas notre fortune. »
« On n’a pas encore de fortune. »
« C’est pour ça qu’on est là, Andre. »
Le bouclier et le bâton s’expliquaient. C’étaient des nouveaux venus, attirés par les innombrables missions dangereuses de Sarthal, qui espéraient dépasser le niveau cent et s’enrichir au passage.
Nessa alla à la fenêtre et défit les embrasses des rideaux. Lorsqu’elle jeta un coup d’œil derrière elle, Marielle était assise sur le matelas, un pied tendu vers Andre.
Il reposa le coffre et s’agenouilla pour lui délacer sa chaussure.
« L’autre d’abord. J’ai mal à cette cheville. »
« Pardon, ma chérie. »
Nessa rapprocha les rideaux, ne laissant qu’une étroite bande de lumière de l’après-midi près du cadre.
« Complètement, dit Marielle. Franchement, faut-il que je t’explique tout ? »
« Bien sûr. »
Nessa superposa les pans de tissu jusqu’à ce que l’interstice disparaisse. Elle mourait d’envie de partir, mais Marielle désigna d’un geste impatient son manteau, à présent posé sur une chaise.
« Voulez-vous que je suspende votre manteau, madame ? »
« À moins que vous ne comptiez rester là à l’admirer. J’espère que vous avez les mains propres. »
Nessa ravala son humiliation.
« Oui, madame. »
Elle prit délicatement le manteau par les épaules. De l’autre côté de la pièce, Andre déballait une deuxième paire de chaussures, toujours vêtu de son manteau poussiéreux boutonné jusqu’à la gorge.
Marielle finit par s’allonger sur le lit. Ses boucles châtains s’étalèrent sur l’oreiller propre et elle poussa un soupir de satisfaction en y enfonçant la tête.
Un choc ébranla le mur mitoyen avec assez de force pour faire vibrer la tête de lit.
« Ah… ! »
Nessa se figea, le manteau à moitié passé sur son crochet.
Marielle entrouvrit un œil.
« … Andre. »
Il était toujours penché au-dessus du coffre ouvert.
« Oui, ma chérie ? »
« Qu’est-ce que c’est ? »
Un nouveau choc secoua le mur, suivi d’un cri féminin, haletant.
Marielle releva la tête de l’oreiller. « Quelqu’un est en train de tuer cette femme ? »
« Non, ma chérie. »
« Alors, qu’est-ce qu’ils font ? »
Les mains d’Andre s’immobilisèrent parmi les vêtements pliés de sa femme. Il regarda le mur, puis Nessa, espérant manifestement qu’une employée pourrait répondre à sa place.
Nessa étudia le manteau avec une fascination soudaine.
« Ils font l’amour », finit-il par dire.
Marielle le dévisagea.
« L’amour ? »
« La chose que je t’ai demandé si on pouvait essayer pendant notre lune de miel. »
Elle écouta un autre cri étouffé, y réfléchit, puis balaya la question d’un geste.
« Ça a l’air épuisant. Masse-moi plutôt les épaules. »
Andre ferma les yeux.
Nessa fit poliment semblant de ne pas assister à la disparition de ce qui lui restait de dignité.
« Bien sûr, ma chérie. »
Il s’assit près de Marielle et se mit à lui pétrir les épaules tandis que Nessa reportait son attention sur le manteau.
De l’autre côté du mur, la peau humide claquait contre la peau humide, d’abord lentement et lourdement, puis à un rythme implacable.
Plap. Plap. Plap. Plap.
« Bébé… »
Nessa reconnut cette voix douce et ce petit nom tendre.
La gentille dame qui l’avait aidée avec les serviettes se faisait pilonner contre l’autre côté du mur.
Sa première théorie s’était donc révélée juste. Ce jour devait être celui de la gentille femme, et les autres prenaient probablement leur bain pendant que le couple profitait d’un petit moment en tête à tête.
« Plus fort. Je veux entendre cette salope crier ! » exigea une autre femme à côté d’elle. « Accomplis correctement tes devoirs de mari. »
« Tout de suite. »
Les coups contre le mur s’accélérèrent.
« Ah ! Ahh ! »
Nessa resta bouche bée.
Il y avait au moins deux épouses dans l’affaire.
« C’est ça, bébé, haleta la gentille femme. Ne t’arrête surtout pas… »
« Pourquoi est-ce que je m’arrêterais ? »
L’homme semblait remarquablement calme pour quelqu’un qui plaquait sa femme contre le mur assez fort pour faire bouger les meubles de la chambre voisine.
Une troisième femme gémit, longuement et sans la moindre honte, avant que sa voix ne se brise en un petit cri de surprise.
« Ta main ! Hié ! C’est de la triche ! »
Les rires se mêlèrent aux gémissements. L’eau déborda de la baignoire et éclaboussa le sol de l’autre côté.
Le petit planning bien ordonné de Nessa venait de mourir dans un vacarme assourdissant.
Une épouse se faisait baiser. Une autre était assez près pour l’encourager, et une troisième semblait s’être emparée de l’une de ses mains. Il restait encore sa bouche et son autre main, dont personne ne tenait compte.
Peut-être que les femmes ne se relayaient pas du tout.
Peut-être lui grimpaient-elles dessus ensemble, pressant leurs corps nus contre le sien pendant qu’il passait de l’une à l’autre. L’une sur son membre, une autre assise sur son visage, une troisième à genoux près de lui, les lèvres autour de ses doigts en attendant qu’il la remplisse à son tour.
Nessa serra les cuisses sous sa jupe, le visage rouge comme une tomate.
Ô Déesse, venez-moi en aide…
Marielle se redressa et écarta les mains d’Andre de ses épaules.
« Qui est dans cette chambre ? »
« Je ne peux pas révéler ce genre d’information… »
Un nouveau claquement retentit contre le mur.
« Putain ! Encore ! »
« C’est cette bande de détraqués de tout à l’heure, n’est-ce pas ? »
Nessa suspendit le manteau et le lissa avec un soin tremblant. Elle avait le visage en feu, d’autant plus qu’elle devait parler de la vie sexuelle des voisins alors que la gentille dame suppliait bruyamment son mari de continuer à la baiser.
Les épouses avaient imaginé une organisation bien plus efficace que celle qu’elle s’était figurée en bas.
Et nettement plus débauchée.
Andre reprit le déballage. Il sortit du coffre une chemise de nuit pliée et s’approcha du lit.
« Tu serais peut-être plus à l’aise avec ça ? »
« Je serais peut-être plus à l’aise dans une auberge ! »
Il s’arrêta, le vêtement tendu entre eux.
« On est dans une auberge, ma chérie. »
Nessa se pinça les lèvres, horrifiée par le rire qu’elle avait du mal à retenir.
Marielle tourna la tête vers son mari.
« Une auberge respectable, Andre. »
« Oui. Bien sûr. »
Il posa la chemise de nuit au pied du lit. Sa compagne se tourna sur le côté, se plaqua l’oreiller de rechange contre l’oreille découverte, puis désigna l’armoire.
« Finis de ranger tout ça. En silence. »
Sa demande perdait un peu de son sens lorsqu’une femme hurla à travers le mur mitoyen.
« KYAA ! »
Plap. Plap. Plap. Plap.
« Elle jouit ! Ralentis pas ! »
Nessa se baissa pour ramasser les chaussures abandonnées. Elle n’avait aucune raison d’écouter. Aucune.
Elle prit tout de même son temps pour rejoindre l’armoire.
Le cri de la gentille femme monta jusqu’à se briser, suivi d’une lourde éclaboussure, comme si son mari l’avait plongée dans la baignoire. Les autres épouses riaient autour d’elle, tandis que quelqu’un haletait près du mur.
Nessa attendit que le bruit retombe.
« À mon tour ! » annonça l’épouse effrontée.
Une brève lutte s’ensuivit chez les voisins.
« Tu lui as déjà volé ses doigts ! »
« Ça compte pas ! Je veux sa queue ! »
Nessa faillit laisser tomber les deux chaussures.
« C’est intolérable, lança sèchement Marielle. »
« Je peux aller en parler à l’aubergiste, madame. »
« Pour qu’elle m’explique qu’elles sont mariées, elles aussi ? »
« Non, madame. Je voulais dire, pour le bruit. »
« Alors, pourquoi êtes-vous encore là ? »
Nessa posa les chaussures près de l’armoire et se hâta vers la sortie. Sa main venait à peine d’atteindre le loquet qu’un profond coup de reins humide retentit chez les voisins.
Plap !
« AAH ! »
Marielle lança son oreiller à travers la chambre.
« ÇA SUFFIT ! »
Andre laissa tomber une pantoufle dans le coffre.
« Je vais le faire moi-même. On ne peut décidément rien confier à cette bande d’incapables. »
Sa compagne passa de lui au mur, derrière lequel une autre femme faisait avec enthousiasme l’éloge du membre de son mari.
« Tu t’en sors très bien jusqu’ici. N’abandonne pas ! Bats-toi ! »
« Paysans répugnants ! » Marielle enfila les chaussures que Nessa venait de ranger et bouscula la servante dans le couloir, laissant Andre avec l’autre pantoufle à la main.
« Haaah… » L’homme poussa un soupir d’épuisement.