Chapitre 87
L'esprit de James était en plein chaos.
C'est un piège. Ça ne peut être que ça.
Benjamin en offrait trop. Trop de contrôle. Trop de pouvoir. Trop de confiance.
Son regard se posa sur la bague posée sur la table. Les diamants noirs, reflet de l'abîme dans lequel il s'apprêtait à plonger. Ce n'était pas juste un accord. C'était une déclaration.
Un engagement envers quelque chose de bien plus vaste que le trafic de drogue, la manipulation politique ou la simple survie.
Si j'accepte, je ne suis plus seulement un patron de la mafia. Je ne suis plus l'homme qui travaille dans l'ombre. Je deviens autre chose. Un souverain ? Un chef de guerre ? Un putain de révolutionnaire ?
Comment la vie a-t-elle pu tourner aussi mal ?
James avait déjà l'impression de tenir à peine les rênes, mais là, on atteignait un nouveau degré de folie.
Il marchait déjà sur une corde raide, en équilibre entre pouvoir et survie, mais maintenant ?
S'il prenait le contrôle de trois villes, cela signifiait que des milliers de vies seraient sous sa coupe. Des milliers de bouches à nourrir, des milliers de personnes à faire taire. Et quelqu'un… quelqu'un… finirait par parler.
Il n'y avait aucun moyen de contenir ça éternellement.
James pouvait déjà se l'imaginer : un type désespéré, un imbécile imprudent, un rat cupide vendant l'histoire au plus offrant. Et après ?
Le gouvernement débarquerait. L'armée débarquerait. Le monde entier braquerait ses putains de projecteurs sur lui.
Ce n'était pas de la paranoïa. C'était l'histoire.
Pense aux biographies, James. Pense aux documentaires que tu as regardés.
Ils sont tous morts. Jusqu'au dernier.
Les hommes qui ont essayé de bâtir quelque chose de plus grand, ceux qui pensaient pouvoir défier le système avec leurs propres règles tordues… ils ont tous fini six pieds sous terre.
Certains ont été abattus dans la rue. D'autres ont pourri en prison, oubliés de tous. Certains ont été trahis par les leurs, leurs corps jetés dans les lieux mêmes qu'ils avaient autrefois dirigés.
Et s'il faisait ça, s'il franchissait ce pas, il ne serait plus seulement un patron de la mafia.
Il deviendrait une putain de légende vivante, un mythe.
Il n'y aurait pas de juste milieu.
« Tu penses à la mort, n'est-ce pas ? » demanda Benjamin.
James était visiblement tendu, sa posture rigide, ses épaules crispées et ses yeux emplis d'inquiétude.
« Oui… C'est tout simplement trop à gérer. Et plus de pouvoir signifie plus d'ennemis. Je sais très bien qu'il y a des gens qui veulent ma tête. Même ma propre alliance m'a poignardé dans le dos. »
« Ne t'en fais pas pour ça. J'ai déjà pensé à une division spéciale chargée de surveiller tous ceux qui se dressent contre toi. Tu as juste besoin de diriger l'opération correctement et de donner aux gens l'espoir qu'ils peuvent réellement vivre. »
« Tu sais que ça ne suffit pas. Différents cartels et mafias veulent s'implanter dans le pays, et il leur suffit d'un fils de pute pour me loger une balle dans la tête, ou pire, dans celle de ma famille. »
Pour la première fois depuis longtemps, Benjamin rit. Un rire sincère, amusé.
« S'ils voulaient vraiment ta mort, ils l'auraient déjà fait. Mais rien ne s'est passé, à part les forces de police qui tentent de bouger contre toi. Et c'était sur ordre de Carter, ce moins-que-rien assoiffé de pouvoir. »
James resta silencieux tandis que sa jambe commençait à trembler de façon incontrôlable sous la table.
« J'ordonne la mort de Carter. Est-ce que ça poserait un problème s'il meurt ? » demanda James.
« Rien de grave », répondit Benjamin. « Et je t'assure personnellement que Linda est déjà sur le coup. »
« Rien ne se passerait ? »
Benjamin secoua la tête. « L'agence a géré des situations similaires, éliminant des hauts fonctionnaires, des généraux et des ministres. S'il meurt, il y aura quelques jours de deuil, quelques aboiements sur le thème "comment cela a-t-il pu arriver", et puis quelqu'un d'autre prendra sa place. »
James tapota ses doigts sur la table, son esprit en ébullition. C'était un moment charnière, un instant qui pouvait définir son avenir, non plus seulement comme un patron du crime, mais comme quelque chose de bien plus grand, de bien plus dangereux.
S'il acceptait l'offre de Benjamin, il ne dirigerait plus seulement un empire souterrain. Il entrerait dans une dimension dépassant le simple business. Il deviendrait un chef de guerre, contrôlant des villes entières, régnant sur des milliers de personnes désespérées en quête de salut.
Et ce pouvoir s'accompagnait de risques.
« Même si Carter meurt et que quelqu'un d'autre le remplace, qu'est-ce qui garantit que le prochain ne s'en prendra pas à moi encore plus violemment ? » murmura James. « Plus je grandis, plus je me fais d'ennemis. À un moment donné, je n'aurai plus d'endroit où me cacher. »
Benjamin esquissa un sourire en coin. « C'est pour ça qu'on ne se cache pas, James. On se tient au sommet et on s'assure que personne ne puisse jamais nous défier. »
« Ça sonne bien en théorie. Mais la réalité ne fonctionne pas comme ça. Finalement, tout le monde finit par tomber. »
Benjamin acquiesça. « C'est vrai. Mais la question est : tomberas-tu comme un homme qui fuyait simplement la mort ? Ou tomberas-tu comme une légende qui a tout changé ? »
Une légende, hein…
« Tu me demandes de prendre une décision qui change tout. » Sa voix était plus basse, plus grave. « Et si je dis oui, il n'y aura pas de retour en arrière. »
« C'est exactement pour ça que je suis venu te voir, James. »
Je devrais dire non… Je devrais partir.
Mais c'était une décision qui pouvait sauver des vies. Une décision qui pouvait lui être bénéfique. Une décision qui pouvait montrer une facette de James que les gens avaient besoin de voir.
Celui qui se soucie des autres. Celui qui n'est pas juste un monstre.
Pendant des années, son nom avait été murmuré avec crainte. Pour ses ennemis, il était la mort incarnée.
Mais et si, pour une fois, il pouvait être quelque chose de plus ?
« Tu as une pièce ? »
Benjamin se figea un instant… il n'en revenait pas.
Une telle décision, et il voulait s'en remettre à un tirage à pile ou face ?
Son corps frissonna alors qu'il fixait James, sans voix. C'était au-delà de l'imprudence. Au-delà de la folie.
« Donne-moi une pièce », dit James en se tournant vers les autres.
La pièce était silencieuse. Personne ne bougea. Hector, debout à proximité, le regardait les yeux plissés.
« James, c'est plus qu'une simple décision. C'est… »
« Hector, donne-moi une pièce et arrête de parler. »
Il n'y avait aucune hésitation dans sa voix. Aucune peur, aucun doute.
Hector fouilla dans sa poche, sortit une pièce et la déposa dans la main de James.
James se tourna de nouveau vers Benjamin. « Si c'est face, nous ne nous sommes jamais rencontrés. Nous n'avons jamais parlé. Si c'est pile, j'accepte ta loyauté, et nous pourrons discuter de l'avenir, mais à une condition. »
« Bien sûr. Dis-la. »
James plongea son regard dans le sien.
« Oublie tout ça. »
Et sur ces mots, il fit sauter la pièce en l'air.
Elle tourna encore et encore, avant de finir par atterrir sur la table.
Benjamin ne regarda pas la pièce, ses yeux restaient fixés sur James.
James jeta un coup d'œil à la pièce.
« Face. »
Puis, sans un mot, il tendit la main, ramassa la pièce et la glissa dans sa poche.
« Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Nous n'avons jamais parlé. »
La bouche de Benjamin s'entrouvrit, son visage exprimant un mélange de choc et d'incrédulité. « James… ce n'est pas… »
« Je n'aime pas ça non plus », dit-il en levant enfin les yeux vers Benjamin.
« Alors pourquoi… »
« Si j'accepte ton offre, je ne deviens pas juste une menace plus grande. Je deviens la plus grande de toutes. C'est une condamnation à mort. Ce n'est pas seulement ma vie qui est en jeu, c'est celle de tous ceux qui m'entourent. Et pour être honnête, je n'ai jamais voulu de cette vie… »
Puis il se leva et sortit de l'entrepôt, laissant Benjamin assis dans le silence.
Il avait perdu.
Et pourtant, en regardant le siège vide que James avait laissé derrière lui, il ne pouvait s'empêcher de sentir que ce n'était pas la fin.
Parce que James avait emporté la bague avec lui.
Il avait foi en James, il savait qu'il changerait d'avis.
Pour le peuple.