Chapitre 400
Alors que d'autres aidaient leur prochain, déblayaient les décombres, sortaient des survivants, préparaient à manger ou pleuraient leurs disparus, Benjamin se trouvait à l'opposé total de tout cela.
Au lieu d'aider, il tuait, ou du moins, il planifiait de le faire.
« Je pensais que c'était la prison la plus sécurisée du pays. » commença Benjamin alors qu'il se tenait sur la petite colline où se trouvait un poste de garde avant que le séisme ne frappe, observant la prison en contrebas. « Alors, comment un tremblement de terre a-t-il pu permettre à ces connards de prendre le contrôle ? »
En effet, Benjamin connaissait bien les lieux. Il se tenait devant la célèbre prison de Harmin, l'établissement qui détenait les condamnés à mort et qui était considéré comme l'un des plus sûrs en dehors de la capitale, mais qui était désormais aux mains de ces mêmes connards.
« Eh bien... monsieur. » commença le directeur de la prison. « Le courant a été coupé immédiatement lors du séisme, les générateurs de secours ne se sont pas déclenchés et, par conséquent, les verrous des cellules ont lâché. » Il jeta un coup d'œil à Benjamin. « Les gardes ont tenté de les actionner manuellement, mais le temps qu'ils atteignent les points de contrôle, les détenus avaient déjà quitté leurs cellules. »
« Alors pourquoi les gardes n'ont-ils pas simplement tiré sur eux ? » La voix de Benjamin résonna à nouveau, semblant un peu lasse, mais le directeur savait que chaque réponse pouvait aggraver son cas ; il répondit tout de même.
« Monsieur... c'était... le chaos. Un chaos absolu. Certains gardes ont été maîtrisés, battus, voire tués. D'autres se sont fait dérober leurs armes par les détenus. Quelques-uns ont été évacués à temps, mais les portes principales n'ont pas pu être sécurisées. Le temps que quelqu'un tente une intervention, les détenus s'étaient déjà dispersés dans tout l'établissement. »
« Mais vous. » dit lentement Benjamin. « Vous et vos gardes... vous avez prêté serment. Vous êtes payés, formés et chargés de maintenir cette prison en sécurité, n'est-ce pas ? Ce serment signifiait-il quelque chose ? Avait-il la moindre importance ? »
Le silence s'installa, car le directeur connaissait la réponse aussi bien que Benjamin. Il avait abandonné son poste dès que la situation avait dégénéré. Lui et ses hommes avaient été formés pour faire face aux catastrophes, aux incendies, aux émeutes, même aux désastres naturels, mais quand le moment était venu, l'instinct avait pris le pas sur le devoir.
Ils avaient quitté la prison, la laissant entre les mains de ceux-là mêmes qu'ils étaient censés surveiller.
« Oubliez le serment, oubliez vos hommes, oubliez tout ça. » dit-il en se tournant vers le directeur. « Dites-moi de quelles armes ils disposent. Sur quoi les détenus ont-ils pu mettre la main ? »
« Des fusils d'assaut, des gilets pare-balles, des pistolets, du gaz lacrymogène et une quantité importante de munitions. » répondit-il en évitant le regard de Benjamin. « Je... je suis certain qu'ils ont eu accès à tout. Les quatre cents détenus sont armés maintenant. »
« Bien. » dit Benjamin en se tournant vers le directeur de la prison, l'expression indéchiffrable. « Vous êtes relevé de vos fonctions et vous allez être arrêté. Avez-vous des derniers mots ? »
Le directeur ne dit rien. Il baissa simplement la tête et la secoua lentement, comme s'il savait déjà qu'aucune parole ne changerait plus rien. Aucune excuse ne le sauverait, aucune explication ne déferait ce qui était arrivé.
Sur ce, l'un des agents s'avança, lui tira les mains dans le dos, le menotta et l'emmena sans un mot de plus.
C'était honnêtement surprenant. Benjamin aurait pu l'abattre sur place, et tous ceux qui se trouvaient là le savaient. Dans d'autres circonstances, avec un Benjamin différent, peut-être l'aurait-il fait. Mais il ne chercha même pas son pistolet. Il resta là, à fixer les murs de la prison comme si son esprit était ailleurs.
« Alors, quel est le plan ? » demanda un autre agent en s'approchant de Benjamin. C'était l'un des commandants de l'unité, un homme plus âgé nommé David qui travaillait avec Benjamin depuis assez longtemps pour remarquer quand quelque chose n'allait pas.
« Bonne question. » marmonna Benjamin en regardant à nouveau vers la prison. « Il y a quatre cents détenus là-dedans, tous condamnés à mort, et maintenant ils sont armés, peut-être même avec des otages s'ils ont réussi à en capturer avant de s'échapper. » Il se tourna vers David. « Avons-nous reçu des instructions de la hiérarchie ? Des ordres ? Des suggestions ? » demanda Benjamin, car en vérité, on lui avait seulement dit de se rendre sur place et de régler le problème.
« Rien. » répondit David. « Enfin... pas vraiment. Ils ont juste dit de s'assurer qu'on règle ça avant que ça ne s'aggrave. » Il marqua une pause avant de reprendre. « Mais y a-t-il un problème ? »
« Un problème ? » Benjamin le regarda, confus. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
David hésita une seconde, car même lui n'était pas tout à fait sûr de savoir comment l'expliquer. Benjamin agissait bizarrement. Il était plus calme que d'habitude, plus lent, moins agressif.
Mais là, il fixait juste les murs.
« Tu sembles un peu... déconnecté. » finit par dire David.
« Oh, c'est ma faute. » commença Benjamin. « J'ai mélangé mes pilules ce matin et j'ai fini par prendre un sédatif, et maintenant je me sens comme une coquille vide, comme si je marchais sans aucune émotion ou quelque chose du genre. » Il jeta un coup d'œil à David. « Je ne sais même pas quel genre de sédatif c'était, mais ça m'a mis un sacré coup. » Il gloussa tout seul. « Mais tout ça n'a aucune importance pour l'instant. » Il reporta son regard vers les murs de la prison. « Nous devons toujours régler cette situation. »
« Ça t'a vraiment mis un sacré coup. » rit David. « Mais oui, on doit s'en occuper, alors quel est le plan ? On les avertit d'abord, ou on leur ordonne de sortir et de se rendre ? »
« Non. »
Quelque chose changea à l'instant même où ce mot quitta la bouche de Benjamin. C'était comme si le vrai Benjamin était enfin revenu, et David le remarqua immédiatement. Cette froideur dans ses yeux et le ton de sa voix. « Ils savent exactement ce qu'ils ont fait. » dit Benjamin en regardant la prison. « Ils savent tous, les quatre cents, qu'ils sont déjà condamnés à mort, ce qui signifie qu'au moment où ils ont pris le contrôle de cette prison, tué des gardes et se sont armés, ils ont clairement montré qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de se rendre, et ce faisant, ils ont transformé leurs peines de mort en exécutions immédiates. » Un léger sourire apparut sur son visage alors qu'il se tournait vers David. « Alors, nous allons nous charger de leur exécution. »