Chapitre 380
« James, réveille-toi. » La voix d'Hector résonna alors qu'il commençait à donner des coups de coude dans le flanc de James. Ça ne fonctionnait pas vraiment et, pour être honnête, Hector n'avait aucune envie d'être celui qui le sortirait de son sommeil, alors il opta pour le plan B. « Charlotte, réveille ton père. » Il lança la consigne, et Charlotte, qui les observait déjà, ne se le fit pas dire deux fois.
Elle se leva du sol, prit position et s'élança comme une sprinteuse professionnelle, courant droit vers le canapé avant de sauter directement sur James... ce qui, pour le coup, le réveilla instantanément.
« ... c'est quoi ce bor— »
« Réveille-toi ! » cria Charlotte en prenant le visage de James entre ses mains pour commencer à le secouer.
« Je suis réveillé... » lâcha James d'une voix fatiguée et à moitié endormie. Il attrapa Charlotte pour l'arrêter, ses secousses lui donnant l'impression que son cerveau cognait contre les parois de son crâne. À travers sa vision trouble, il vit Hector et Ramirez assis un peu plus loin, en train d'observer la scène, et de l'autre côté, Bella... avec un sourire aux lèvres...
On aurait dit qu'elle appréciait le spectacle... cette torture consistant à se faire sortir d'un bon rêve par une gamine qui vous secoue dans tous les sens. Sans compter que le saut de Charlotte sur lui lui avait fait mal... ouais, Bella savourait chaque seconde.
« On doit tenir cette réunion, James. » dit Hector en s'asseyant au bord du canapé. « On doit tout calculer et tout planifier avant de rencontrer Linda. » Il le fixa droit dans les yeux. « Il faut que tout soit prêt et ficelé. »
James ne répondit même pas. Il était encore coincé dans un état second, et le simple fait d'entendre le mot « calculer » le plongea dans le désespoir... tout ce qu'il voulait, c'était dormir, même si c'était sa propre idée de faire ça de nuit.
« Ah... les plans... » commença-t-il avant de bâiller à s'en décrocher la mâchoire. En même temps, il se mit à chatouiller Charlotte qui était toujours sur lui, et ses petits rires finirent de le réveiller pour de bon. « Mais on a besoin de tout le monde, pas vrai ? » Il arrêta de chatouiller Charlotte et regarda Hector.
« J'ai déjà prévenu tout le monde de venir ici. Ça prendra environ une demi-heure, tu as le temps de te préparer. » répondit Hector, et il avait effectivement fait le nécessaire.
Il avait appelé tous ceux qui occupaient un poste à responsabilité dans la Famille : des responsables d'entrepôts aux chefs des opérations de contrebande, il avait même appelé Dani. Bref, littéralement tous ceux qui devaient être là et entendre ce qu'ils allaient faire. C'était une opération en soi.
Pas le fait de les convoquer, car c'était une évidence, mais le fait que tous ceux qui avaient leur mot à dire dans les affaires de la Famille — des hauts gradés aux lignes de production, en passant par les entrepôts et la gestion financière — avaient dû gérer leurs propres affaires pendant l'absence de James.
Ils avaient tout recensé. Une opération d'envergure avait été mise en place pour récupérer les entrepôts qu'ils pouvaient, ceux qui appartenaient à Lucian. Ouais, mettre la main sur chaque propriété de Lucian était une putain de galère. Il y avait des entrepôts connus de tous, mais les autres... personne ne savait où ils se trouvaient, alors c'était devenu une véritable chasse au trésor. Et une fois trouvés, il fallait faire l'inventaire de ce qu'il restait. Ils avaient fait de même avec les propriétés de Silas, du moins celles que le Gouvernement leur avait laissées.
Et puis, il y avait Dani, qui avait la plus grosse charge de travail et qui était au bord de la crise de nerfs. Il devait impérativement monter un plan de crise à cause de l'argent, car les flux entrants et sortants étaient colossaux. Les profits et les pertes étaient dans une lutte constante, et c'était lui, avec son équipe, qui devait faire en sorte que les comptes tombent juste.
Mais c'était dur.
Indemniser les blessés, payer les salaires que James avait augmentés, comptabiliser le cash que James avait retiré, puis l'argent donné à Finn pour lancer la ligne de production — argent qui n'avait pas été utilisé parce que Finn s'était fait démolir... sans oublier les pertes dues aux vols des enfoirés, et le calcul de ce qu'ils avaient récupéré chez Lucian et Silas... c'était un sacré merdier pour lui. Sans parler de la fusillade sur la propriété de Marco : la quantité de balles utilisées et leur coût, c'était... énorme.
Dani était le plus travailleur depuis que tout ça était arrivé, avec sa petite équipe. Il avait eu quelques crises, quelques moments de craquage, mais il avait réussi à gérer... comme s'il recollait les morceaux pour que tout ait un sens.
En résumé, tout était en bordel, et ils avaient vraiment besoin de plans solides et d'une réflexion cohérente pour redresser la barre.
« Ça va prendre des heures, hein ? » demanda James en se levant et en posant Charlotte au sol.
« Ouais, ça prendra quelques heures, c'est sûr. Alors tu ferais mieux de te rafraîchir et d'être prêt. » dit Hector en se levant à son tour. « D'ici là, je monte dans ton bureau pour faire de la place pour tout le monde. »
« On devrait commander à manger aussi, genre des pizzas ou des hamburgers. Bella, tu peux t'en occuper ? » demanda James en la regardant. Elle lui rendit son regard, toujours avec cette attitude.
« Je peux, mais je dois en commander combien ? Combien de personnes viennent ? » Elle jeta un coup d'œil à Hector.
« Avec nous, on sera huit. » répondit Hector à Bella avant de monter les escaliers vers le bureau de James.
C'était peut-être une mauvaise idée de dormir... J'ai l'impression d'être un zombie. pensa James. Il était épuisé, son corps entier donnait l'impression d'avoir été passé à tabac, mais au moins, il savait qu'il était en vie... et il savait aussi que la douleur serait bien pire... entendre les chiffres et les calculer serait le plus douloureux... mais il fallait le faire.
Il devait être le Don... mais avant cela, il devait avoir l'air présentable, car durant son séjour à Maraci, il ne s'était pas vraiment soucié de son apparence. Sa barbe avait un peu poussé, et ses cheveux ressemblaient à un nid d'oiseau.
Alors, après une douche, il s'en occupa : il se rasa la barbe et, eh bien... se coupa les cheveux, et le résultat était plutôt bon. Il avait l'air frais, prêt... et en effet, il l'était.
Prêt à être le Don.