Chapitre 423
« ...Qu’est-ce que ça veut dire, bordel ? »
Au lieu de répondre, son autre lui laissa son sourire s’effacer.
Puis, Azriel vit des larmes couler lentement, presque tendrement, sur ses joues ensanglantées.
Azriel fronça les sourcils.
Pour une raison inconnue, il manqua de tressaillir.
« Je les ai sous-estimés. »
Son autre lui prononça ces mots avec solennité. Puis il leva les yeux et murmura :
« Le rideau est levé... les spectateurs regardent... mais seuls quelques-uns brûleront... »
Il reporta son regard sur Azriel.
Azriel sentit son cœur se mettre à battre à tout rompre, sous l’effet de la peur.
Puis, d’une voix qui semblait presque s’excuser, son double dit :
« Désolé. »
Azriel se sentit pris de vertige.
Il se mordit violemment la lèvre et secoua la tête.
« Je n’ai que faire de tes excuses... J-je veux juste une explication. Non... je veux juste rentrer chez moi... »
« ... »
« ...Mais je ne le ferai pas, n’est-ce pas ? »
« ... »
« Je... je vais vraiment mourir... »
Azriel leva alors les yeux, une fragile lueur d’espoir revenant dans son regard.
« M-mais toi... tu es le vrai moi, n’est-ce pas ? Tu sais ce qu’est la clé. Ce que Pollux recherche, c’est bien ça ? Tu pourrais peut-être m’aider. Tu ne peux pas ? Dis-moi ce que je... »
« Ha... »
Azriel se figea.
« Hahahahahahahahahahahaha ! »
Son autre lui éclata soudain d’un rire tonitruant.
Le même rire qu’Azriel avait poussé un peu plus tôt.
Bruyant.
Écœurant.
Dément.
Les larmes coulaient toujours sur le visage de son double. Pourtant, il souriait cruellement et riait comme un fou, les épaules secouées, son expression déchirée par des émotions qui n’auraient jamais dû coexister.
Azriel le fixait.
Il riait.
Mais il ne trouvait pas ça drôle.
Ou peut-être que si.
Peut-être était-il amusé.
Peut-être était-il en deuil.
Peut-être était-il heureux.
Peut-être que tout cela était vrai à la fois.
« Oh... »
Azriel sentit son estomac se nouer.
« Ses émotions sont en vrac... »
Et sur ce, l’espoir dans les yeux d’Azriel s’éteignit.
Cette personne n’était pas le vrai lui.
Du moins, pas celui qu’Azriel avait voulu rencontrer.
Pas celui qu’il avait espéré voir.
Ce type...
Ce type n’était qu’une version brisée de lui-même.
Et, bien sûr, Azriel se mit à rire quand son autre lui s’arrêta enfin.
« Je... j’ai perdu la tête... »
La chose assise devant lui — quel était l’intérêt de le voir ?
À quoi servait-il, si ce n’est à confirmer qu’Azriel était devenu totalement fou ?
Il essaya de réfléchir. Essaya de se raisonner. Essaya de trouver une explication qui ne finissait pas dans la folie.
Puis il entendit son autre lui murmurer :
« Il te reste quarante-huit heures à vivre. »
La tête d’Azriel se redressa brusquement.
Mais il avait disparu.
La table avait disparu.
Ce n’est qu’alors qu’Azriel réalisa qu’il se tenait de nouveau au centre de l’arène, entouré par les pieux sur lesquels des dizaines de têtes tranchées avaient été empalées.
Il regarda autour de lui.
Puis il s’accroupit, serrant sa tête blessée à deux mains, et fixa le sol en essayant de reprendre ses esprits.
Un long soupir épuisé lui échappa.
*****
Sentant qu’il lui devenait de plus en plus difficile de respirer, les souffles d’Azriel s’échappaient en sifflements légers, assez faibles pour que seule une personne attentive puisse les entendre.
Tout son corps le faisait souffrir.
Pourtant, il se força à avancer.
À un moment donné, il finit par trouver l’oubliette.
Et la hachette.
Azriel la fixa un instant. Puis il prit sa décision et sauta.
Au moment où il atterrit, il ne parvint pas à se réceptionner sur ses deux pieds. Une douleur vive lui transperça la plante des pieds et les chevilles, violente et immédiate, et ses jambes se dérobèrent sous lui.
« Arhk ! »
Il gémit de douleur, fermant les yeux un instant.
« Putain, ça fait tellement mal... ! »
...Il ne pourrait vraiment jamais s’habituer à la douleur.
Transférant son poids, Azriel gémit encore avant de se forcer à se relever.
Il se retrouva face au mur familier.
Auparavant, des mots y étaient écrits en sang.
RÉVEILLE-TOI
Mais maintenant, il n’y avait plus rien.
Pourtant, Azriel vit du sang.
Il baissa les yeux et découvrit la tache sombre laissée par un cadavre qui aurait dû se trouver là.
Mais le corps avait disparu.
Le cadavre de Lia était introuvable.
Azriel laissa échapper un souffle tremblant.
Alors il... il l’avait vraiment tuée.
Cette partie-là n’avait pas été un mensonge.
Mais maintenant, son corps avait disparu.
Génial.
Vraiment génial.
« Je ne comprends pas ce qui se passe... Je me sens tellement perdu... Dieu... qu’est-ce que je dois faire... ? »
Puis, soudain, il entendit une voix qui fit bondir son cœur.
« Tu es de retour. »
Azriel se retourna immédiatement.
Celestina était toujours là, enchaînée et les yeux bandés.
Il répondit sans hésiter, essayant de garder son calme.
« Et tu es réveillée. »
Aussitôt, Azriel se leva et marcha vers elle.
« Donne-moi une seconde. Je vais te libérer. »
Il s’agenouilla devant elle. La première chose qu’il fit fut de retirer doucement le bandeau de ses yeux. En se penchant, il sentit ses souffles nerveux et irréguliers effleurer sa peau.
Pendant un instant, elle tressaillit lorsque les doigts d’Azriel effleurèrent sa joue ensanglantée.
Azriel fronça les sourcils.
« Tu es blessée ? »
Il retira complètement le bandeau.
Celestina laissa échapper un petit gémissement et plissa les yeux, essayant d’ajuster sa vue à la faible lumière de la chambre après être restée aveuglée si longtemps.
« Plus maintenant », dit-elle. « Je me suis déjà soignée. »
Ces mots ne remontèrent pas le moral d’Azriel.
Au contraire, ils l’enfoncèrent davantage.
« Alors ils t’ont fait du mal ? »
Celestina le regarda.
Ou essaya de le faire.
Après un moment, il remarqua qu’une certaine clarté revenait dans ses yeux gris.
« Eh bien... il s’est passé beaucoup de choses. »
Elle semblait encore étourdie, incapable de voir clairement, mais elle pouvait déjà distinguer le sang sur le visage d’Azriel.
« Est-ce que... tu es blessé ? »
« Ouais. »
Azriel laissa échapper un souffle faible et sans humour.
« Eh bien. Il s’est passé beaucoup de choses. »
Puis il porta ses mains vers les chaînes.
Il n’avait pas la clé. Elle était probablement avec l’un des individus qui combattaient le groupe de Sir Felix.
Ou avec l’une des personnes qu’Azriel avait massacrées.
Ce qui signifiait qu’elle était probablement enterrée quelque part sous le foie ou les intestins de quelqu’un.
En examinant les entraves de plus près, il réalisa que les chaînes étaient une sorte d’artefact de mana.
Azriel fit une pause.
« Seul un maître pourrait briser ça... »
Ce monde possédait une technologie avancée et des armes puissantes dans certains domaines, tout en restant étrangement primitif dans d’autres.
Alors qu’il essayait de trouver un moyen de briser les chaînes — à moins d’être contraint de les forcer brutalement — Celestina baissa soudain le regard.
Puis, d’une voix tremblante, elle prononça des mots qui firent geler tout l’être d’Azriel d’horreur, jusqu’au plus profond de son âme.
« Azriel... »
Sa voix tremblait.
« Qu’est-ce qu’elle voulait dire exactement quand elle a dit que tu avais défié le Dieu du Temps pour... moi ? »