Chapitre 62
Sur le comptoir, Dante aperçut un revolver fin au long canon, un pendentif noir, une énorme épée-pistolet combinant une épée à deux mains et un mécanisme de détente intégré, une rapière à la garde en panier dorée dont la lame était ornée de fines gravures florales, une hache à un seul tranchant montée sur un manche en bois légèrement allongé, ainsi qu’une tronçonneuse gigantesque.
Parmi les armes destinées aux Grands Prêtres, il y a les pistolets, car ils peuvent graver des malédictions sur les balles. songea Dante en portant la Lentille d’évaluation à son œil.
[Nom : La Sévère]
[Palier et qualité : non spécifiés (violet)]
[Description : Cette arme augmente de 15 % la vitesse et la concentration de son utilisateur. La dernière balle est appelée la Sévère. Lorsqu’elle est tirée, elle a 95 % de chances d’atteindre sa cible, car elle est réputée pour infléchir sa trajectoire et poursuivre sa proie.]
[Coût / Inconvénient : même si la dernière balle a 95 % de chances d’atteindre sa cible, elle ne la tuera pas forcément.]
[Compatibilité : convient surtout aux Roublards et aux Grands Prêtres.]
Hum…
Après avoir lu la description, Dante jugea l’arme acceptable.
Comme son palier n’est pas spécifié, elle peut être utilisée à n’importe quel palier. Il baissa les yeux vers le prix.
[400 couronnes, 10 francs.]
Relevant la tête, Dante se tourna vers la guide qui se tenait à ses côtés et lui demanda : « Est-ce que je peux avoir des munitions avec ? »
La jeune femme acquiesça. « Bien sûr, veuillez patienter un instant. »
Elle se dirigea rapidement vers le comptoir voisin et y récupéra une petite boîte noire. À son retour, elle l’ouvrit et dévoila douze cartouches d’argent sombre, gravées de discrètes rainures runiques.
Dante les examina quelques secondes, puis hocha la tête, satisfait.
La guide lui adressa un sourire chaleureux et prit le revolver pour l’emballer avec soin, tandis que Dante portait son attention sur l’artefact suivant : le pendentif.
[Nom : Tenue du chasseur]
[Palier et qualité : palier 1 (rouge)]
[Description : Une fois activé, ce pendentif augmente de 35 % la défense physique, mentale et magique de son porteur, et lui confère une résistance de 85 % aux attaques de feu. Le bouclier se déploie automatiquement lorsqu’il détecte une menace soudaine et puissante.]
[Il peut également déclencher un avertissement mental discret quelques secondes avant une attaque surprise. Lorsqu’il est endommagé, l’artefact répare lentement sa propre structure au fil du temps.]
[Coût / Inconvénient : si la Tenue absorbe une certaine quantité de dégâts, elle risque d’être détruite définitivement.]
[ - La Tenue du chasseur amplifie peu à peu les émotions négatives de son porteur, attisant sa colère latente et le poussant à une brutalité extrême au combat. Les objets ne peuvent pas contrer cet effet, car il annule toute tentative de le dissiper.]
[Compatibilité : convient surtout aux Roublards, aux Guerriers et aux Grands Prêtres.]
Excellent ! Il offre une sorte de sens passif du danger face aux attaques surprises, se répare tout seul et confère une quasi-immunité aux attaques de feu de ce palier, voire d’un palier légèrement supérieur. Il me le faut !
« Je prends ça aussi », marmonna Dante avant même de regarder le prix.
[775 couronnes]
L’inconvénient semble gênant, quand même, puisque ma Tresse lucide ne pourra pas contrer cet effet. Mais en y réfléchissant, ça ne me dérange pas d’être brutal au combat. Hé.
Pendant qu’il pesait le pour et le contre, la guide prit le pendentif pour le ranger soigneusement dans une boîte.
Sans plus attendre, Dante passa aux autres artefacts. Il ne s’attarda pas sur l’épée-pistolet : cet artefact convenait surtout aux Guerriers, et il ne pourrait même pas s’en servir correctement. Après avoir examiné leur description, il laissa de côté la rapière et la hache.
Quant à la tronçonneuse ? Dante était peut-être fou, mais il n’était pas certain d’être assez dérangé pour se battre avec une tronçonneuse.
Elle n’avait rien d’élégant !
Je n’ai pris qu’une arme et un artefact défensif. Le revolver me donne une puissance de feu meurtrière à longue portée, mais il me faut encore quelque chose pour le corps à corps. Pourtant, rien d’autre ici ne me tente. Dante se dirigea enfin vers les comptoirs d’objets utilitaires.
Il s’attendait à voir son portefeuille en prendre un coup, car les objets utilitaires coûtaient plus cher que les armes ou les armures : on pouvait en acheter qui dépassaient de plusieurs paliers son propre niveau.
Après avoir jeté un œil à divers objets utilitaires, il s’arrêta devant un chapeau de cuir à larges bords.
[Nom : Chapeau Fedora à plumes de corbeau]
[Palier et qualité : palier 2 (violet)]
[Description : Brouille le souvenir des passants, qui peinent à se rappeler les traits du visage de son porteur après une rencontre fortuite. Une fois activé, le bord fait apparaître un masque de corbeau sur le visage du porteur, dissimulant entièrement son identité, tout en affinant sa vue et en améliorant de 30 % sa vision dans la pénombre.]
[Coût / Inconvénient : un recours prolongé au masque érode peu à peu le sens de soi du porteur, le rendant détaché et anormalement froid envers les autres. Cet effet se dissipe lentement au bout de plusieurs heures après le retrait du masque.]
Hum…
Dante sourit de plus belle à mesure qu’il contemplait le masque. Puis son regard fila vers le prix.
[850 couronnes, 15 francs.]
Elio est parti tout à l’heure déposer ce chèque sur mon compte. J’ai donc largement de quoi me l’offrir aussi. Dante se tourna vers la guide qui le suivait et désigna le chapeau de cuir.
La jeune femme acquiesça et souleva avec précaution le Fedora de son présentoir de verre pour l’ajouter à la collection grandissante de Dante.
Dante poursuivit son chemin. Quelques pas plus loin, il remarqua un homme d’une quarantaine d’années, aux cheveux bruns soigneusement coiffés et à l’épaisse barbe brune striée d’argent, qui fixait attentivement une vitrine.
L’objet de son attention était une montre à gousset en or. Au lieu d’aiguilles traditionnelles, son cadran était constitué d’une série d’anneaux de laiton concentriques et mobiles. De minuscules repères sur le bord intérieur s’alignaient néanmoins sur ces anneaux pour indiquer l’heure.
L’homme se frotta la barbe, manifestement partagé quant à l’opportunité de l’acheter.
Dante vint se placer à ses côtés et lui adressa un discret signe de tête en guise de salut, puis leva sa Lentille d’évaluation pour examiner les détails de la montre.
Lorsque les runes apparurent devant ses yeux, il faillit en lâcher un hoquet.
[Nom : Montre à gousset de la Réalité du Bouffon]
[Palier et qualité : palier 5 (or)]
[Description : Cet artefact peut piéger toutes les cibles dans un rayon de cinquante mètres dans une fausse réalité pendant trois minutes. Les victimes croient que le temps et les événements suivent leur cours normal et ne se rendent absolument pas compte du changement. Les morts survenues dans ce domaine deviennent réelles à la libération des victimes, tandis que le porteur et jusqu’à trois alliés désignés sont immunisés contre toute forme de dégâts mortels jusqu’à la fin du délai.]
[Son fonctionnement repose sur la création d’une projection du porteur au sein de la fausse réalité, qui agit à sa place. Le véritable porteur peut ainsi rester entièrement en dehors de la zone.]
[Coût / Inconvénient : la première fois que le porteur s’endort après avoir activé la montre, il plonge dans un profond coma qui dure exactement sept jours.]
[ - Cet artefact ne peut être utilisé que trois fois avant de devenir une montre ordinaire.]
[6 500 couronnes]
Waouh… Mais quel est ce foutu artefact complètement abusé ?!
Dante cligna plusieurs fois des yeux.
À bien y réfléchir, vu qu’il s’agissait d’un artefact de qualité or, ce n’était pas si étonnant.
Les artefacts de qualité or étaient extrêmement rares dans le monde, et en trouver un passait généralement pour une occasion unique dans une vie.
Mais quand Dante vit le prix, son cœur se serra.
Alors, c’est ça, être fauché. Ah… Je repense soudain à ma vie sur Terre.
Ça faisait longtemps que Dante n’avait pas trouvé quelque chose qu’il désirait vraiment sans pouvoir se l’offrir.
À cet instant, la voix d’Edward résonna dans sa tête. Vous êtes triste, Maître ?
Oui, répondit mentalement Dante en levant une main pour se caresser légèrement la poitrine. Oui, je suis profondément affligé.
S’il n’y avait pas eu le fait que les échanges du marché noir comme celui-ci ne délivraient pas de factures à crédit, il aurait directement envoyé la note à sa mère.
L’homme à ses côtés remarqua l’air pensif de Dante. Il supposa peut-être que celui-ci était sur le point de faire une offre et, craignant de perdre l’artefact, se décida. Il se tourna brusquement vers son guide et, avant que Dante ait pu tenter de bluffer ou de négocier, déclara : « Je le prends. »
Dante se tourna vers lui, mais le gentleman se contenta de s’incliner poliment, l’air désolé, puis s’éloigna en s’aidant de sa canne. Son évaluateur, un homme, s’avança et souleva avec précaution la montre à gousset dorée de son présentoir de velours.
Dante soupira et se détourna, regardant l’occasion manquée disparaître au bout du couloir.