Chapitre 29
Dès qu’il avait entendu les conditions du combat, Dante avait commencé à élaborer un plan en trois étapes.
La première consistait à frapper fort d’entrée de jeu, en lançant toutes les capacités de son arsenal jusqu’à donner l’impression d’avoir épuisé toutes ses options.
Après avoir joué la carte du désespoir, il devait, dans un deuxième temps, faire oublier à Vincenzo que le physique d’un Grand Prêtre n’avait rien de remarquable.
En temps normal, un Grand Prêtre ne se lançait jamais de son plein gré dans un combat au corps à corps. Aucun entraînement ne pouvait combler l’écart entre un lanceur de sorts et un guerrier ou un voleur spécialisé de même rang.
Mais Dante avait temporairement amélioré ses attributs physiques pour les hisser au niveau de ceux d’un guerrier de quelques niveaux supérieurs. Il fallait que Vincenzo oublie un instant que, s’il frappait un Dante ordinaire d’un coup de pied comme il venait de le faire, il lui ferait très mal.
Ce qui l’amenait à la dernière étape.
Dante avait découvert auparavant que, sur son ordre, le Démon sanguin pouvait supprimer ses signes vitaux, interrompre sa respiration et ralentir son rythme cardiaque jusqu’à rendre son pouls indétectable.
Fort de cette découverte, Dante avait décidé d’amener Vincenzo à baisser complètement sa garde en simulant sa mort. Le hic, c’était qu’en l’absence de pouls, il perdrait réellement connaissance, comme n’importe qui, et que le Démon sanguin prendrait le contrôle de son corps pendant ce temps.
À cet instant précis, ce n’était donc pas Dante qui avait tendu la main pour s’emparer de l’artefact, mais le Démon sanguin lui-même.
Après avoir arraché le collier du cou de Vincenzo, le Démon sanguin, Edward, avait insufflé une nouvelle bouffée d’oxygène dans les poumons de Dante, ramenant sa conscience à la surface quelques secondes plus tard.
Dante toussa violemment et se redressa aussitôt. *On a gagné ?!*
À peine cette pensée lui avait-elle traversé l’esprit qu’il sentit quelque chose dans sa paume. En baissant les yeux, il vit qu’il tenait désormais l’artefact et ne put retenir un petit rire.
À cet instant, Vincenzo prit la parole d’une voix rauque et déconcertée, tout en lui tendant la main. « Vous allez bien, Signore ? »
Dante accepta sa main et, tandis que l’homme le hissait sur ses pieds, répondit d’un ton neutre : « Pourquoi ça n’irait pas ? »
Une seconde plus tard, Isabella sourit et marmonna : « Bien joué, petit démon rusé. Je dois dire que tu m’as même trompée un instant. »
Dante jeta un coup d’œil à l’artefact dans sa paume avant de le glisser dans sa poche. « Le meilleur mensonge, c’est celui auquel tout le monde s’attend. Il pensait que j’allais m’effondrer, alors je lui ai donné ce qu’il voulait. »
Isabella gloussa en se tournant avec lui, et tous deux se dirigèrent tranquillement vers la sortie.
Pendant qu’ils avançaient, les dégâts causés au terrain d’entraînement par leur combat commencèrent déjà à se réparer.
Les lieux de ce genre, qu’ils se trouvent dans les vastes demeures des riches ou sur des terrains d’entraînement officiels, étaient dotés de runes de restauration qui réparaient peu à peu les dégâts matériels. Le temps nécessaire variait selon l’ampleur des dégâts.
Comme les dégâts de ce terrain d’entraînement se limitaient au parquet, il faudrait tout de même entre deux et cinq jours pour le remettre entièrement en état.
Après quelques instants d’agréable conversation entre la mère et le fils, Dante se souvint de quelque chose et demanda : « Au fait, Mère, où est Père ? Ça fait un moment qu’il n’est pas rentré. »
Isabella garda le silence. Elle détourna brièvement le regard, puis esquissa un sourire rassurant. « Il est parti au labyrinthe de Vesperia pour passer son Épreuve de foi. »
Elle se tourna de nouveau vers lui en poussant un léger soupir. « Il veut atteindre le quatrième rang. »
Contrairement aux gens ordinaires, qui passaient automatiquement au rang supérieur une fois le niveau requis atteint, les choses étaient un peu différentes pour les apôtres — ou plutôt, bien plus fastidieuses. Ils devaient réussir leur Épreuve de foi pour progresser manuellement. Sinon, ils resteraient à leur rang jusqu’à la fin de leur vie.
Dante la fixa un instant, puis reporta son regard devant lui. « Je vois… »
Isabella lui donna un léger coup de coude. « Ne lui dis pas que je te l’ai dit. Il n’en a rien dit pour t’éviter de t’inquiéter. »
*M’inquiéter ? Je ne suis pas particulièrement inquiet*, songea Dante. *Père est fort, et il n’est qu’un Apôtre bleu. Son épreuve ne devrait pas être insurmontable, et ses chances de survie sont bonnes. Avec une préparation adéquate, il devrait être tout à fait capable d’abattre les créatures divines qui se dresseront sur son chemin.*
***
Une fois dans sa chambre, Dante fourra dans son tiroir l’artefact qu’il avait remporté. Puis il sortit la [Montre de poche des instants volés] et la rangea à son tour.
En fin de compte, il n’en avait même pas eu besoin pendant le combat.
Il se détourna ensuite et sortit de sa chambre pour rejoindre l’espace d’hydrothérapie de la villa. À son arrivée, trois servantes des bains l’attendaient, vêtues de robes bleu ardoise foncé, de tabliers blancs ajustés et de manches retroussées jusqu’aux coudes.
Le trio s’inclina à l’unisson tandis qu’il passait devant elles pour entrer dans le vestiaire attenant. Quelques instants plus tard, il en ressortit enveloppé dans une simple robe de lin, s’approcha du bassin d’hydrothérapie au centre de la pièce et y descendit. Il s’adossa au rebord lisse immergé, tandis que l’eau fumante dénouait aussitôt ses muscles tendus.
L’une des servantes s’approcha du bord et versa dans l’eau en circulation un mélange de sels minéraux apaisants et d’huiles végétales. Une autre lui apporta un plateau d’argent garni de figues tranchées, de raisins frais et d’un verre d’eau glacée.
« Merci », murmura-t-il. Il prit un grain de raisin et le glissa dans sa bouche. Puis, tandis qu’il s’installait pour un long bain, il lança mentalement : *Affiche ma jauge de Foi.*
Foi : [0 %—-[9 %]———————100 %]
*Ça explique tout. Contrairement aux autres, qui doivent accumuler des points d’expérience en plus de la foi, je n’en ai pas besoin. Voilà pourquoi cette jauge reste vide. Je n’ai pas de noyau de mana, donc la foi est la seule chose qui me permet de monter de niveau*, songea Dante en fermant les yeux.
*J’espère que ma progression sera considérable après que j’aurai vidé les trois charognards restants.*
Il ferma les yeux et soupira.
***
Un peu plus d’une semaine plus tard…
Le Serpent et le Lys.
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Nom : Dante Fioravanti
Race : [Autre-monde]
Statut : [Apôtre du Sang]
Âge : [17]
Rang : [0]
Classe : [Grand Prêtre]
Source : [Sang]
Traits : [Améliorations], [Accord divin], [Vraie clairvoyance]
Compétences divines : [Démon sanguin]
Grade : [Noir]
Niveau : [13]
EXP : [—]
Foi : [0 %——[38 %]—————100 %]
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*Ça explique tout. Contrairement aux autres, qui doivent accumuler des points d’expérience en même temps que de la foi, je n’ai pas besoin d’expérience. Voilà pourquoi cette ligne reste vide. Je n’ai pas de noyau de mana, donc seule la foi me permet de monter de niveau*, songea Dante en essuyant le sang frais sur sa main avec un mouchoir.
Il laissa tomber le tissu taché au sol et saisit son gant. Tandis qu’il le remettait, l’écran translucide qui flottait dans son champ de vision s’effaça, révélant ce qu’il restait du dernier charognard, attaché à la chaise.
Depuis une semaine, Dante avait pris l’habitude de venir ici tous les trois jours pour vider un charognard de son sang. Ensuite, il s’entraînait en utilisant ses pouvoirs jusqu’à épuiser ses réserves.
Sa foi approchait désormais les quarante pour cent, ce qui était une sacrée progression, compte tenu du fait que deux semaines à peine s’étaient écoulées depuis qu’il était devenu un Apôtre.
Il expira avec un léger sourire et sortit de la pièce faiblement éclairée. En franchissant le seuil, il aperçut les deux gardes à la carrure imposante qui montaient la garde à l’entrée, ainsi que Bianca, adossée au mur et tirant lentement sur une longue pipe.
Il s’inclina poliment. « Je vais prendre congé. »
Bianca hocha la tête, laissant échapper un mince filet de fumée dans l’air frais. « Et nous rangerons tout comme d’habitude. »
Dante acquiesça brièvement, puis s’engagea dans le tunnel souterrain humide pour remonter vers le bruit et la lumière du club.
Sans ralentir, il traversa tout l’établissement et ressortit là où un élégant carrosse noir l’attendait déjà au bord du trottoir. Lorsqu’il y monta et s’installa sur le siège de cuir, son regard se posa sur sa mère, assise en face de lui, et sur son élégant lévrier afghan au long pelage, qui avait posé la tête près de ses genoux.
Elle sourit et demanda : « Tu es prêt à partir ? »
Au bout de quelques secondes, il acquiesça. « Oui. »
***
Un peu plus de vingt minutes plus tard, Dante et sa petite escorte se tenaient sur le quai bondé de la gare centrale de Ravena, sous l’immense voûte de fer et de verre.
Le moment était enfin venu pour lui de retourner à l’Académie, après en être resté éloigné si longtemps.
Il était devenu un Apôtre et avait fait tout ce qu’il pouvait pour gagner en force, afin de ne pas y passer comme son personnage était censé le faire dans quelques mois.
Même s’il connaissait déjà un peu l’histoire, cela ne signifiait pas qu’il savait tout ou qu’il était complètement à l’abri. Il savait très bien que bien des choses pouvaient ne pas se dérouler comme dans le jeu. D’abord, parce qu’un personnage comme lui, désormais présent dans le jeu, provoquait un effet papillon ; ensuite, parce que, eh bien, ce n’était plus un jeu.
À vrai dire, il était donc un peu anxieux à l’idée de ce que l’avenir lui réservait. Il n’en était pas moins résolu à survivre.
Il vivrait aussi longtemps qu’il le pourrait !
Tandis qu’il était perdu dans ses pensées, les yeux fixés sur la gigantesque locomotive à vapeur qui sifflait sur les rails devant lui, la douce voix de sa mère attira son attention.
« On dirait que je vais me retrouver toute seule dans cette grande maison. »
Il se tourna vers elle. Elle se tenait là, une ombrelle en dentelle posée sur l’épaule. Il lui adressa un petit sourire. « Non, tu ne seras pas seule. Duchess te tiendra compagnie. »
Tout en parlant, il s’approcha et s’accroupit près du lévrier afghan. Puis il passa la main dans son long pelage soyeux en gloussant doucement lorsque le chien se pencha pour lui lécher la joue.
« Prends soin de ma mère, d’accord ? » murmura-t-il en lui grattant l’arrière des oreilles.
Le lévrier répondit par un petit aboiement affectueux, et sa queue frappa doucement le quai de pierre polie.
Il se releva et rejoignit sa mère. Elle le serra longuement contre elle, posa un instant sa joue sur son épaule, puis recula.
« Promets-moi de m’écrire souvent, d’accord ? »
Dante esquissa un sourire. « Je le ferai, Mère. »