Chapitre 24
Au bout d’environ trois minutes, le morceau s’acheva dans le grésillement râpeux du sillon de fin.
Pendant un bref instant, Dante resta immobile dans la pièce silencieuse, reprenant son souffle, un léger sourire en coin aux lèvres.
Puis il s’approcha et souleva le bras de lecture. Il se dirigea ensuite vers la cheminée déjà allumée et s’installa sans façon dans un fauteuil de velours capitonné.
Une petite table ronde se trouvait à côté de lui, encombrée d’une carafe en cristal, de quelques livres et d’un bol de pommes.
Dante tendit la main, prit une pomme dans le bol et y mordit, mâchant lentement tout en contemplant les flammes.
Quant à Edward, le Démon sanguin avait bondi sur le lit et fixait le plafond.
Un instant plus tard, Dante porta la main à son cou pour chercher son pendentif de jade, mais il ne le trouva pas.
Ah, c’est vrai… J’ai perdu le Gabarit dans le Labyrinthe, après qu’on m’a tranché la tête, songea-t-il, le visage impassible.
Un Gabarit était un artefact rouge de rang un que l’on trouvait dans presque tous les dépôts d’antiquités de base.
Cet objet permettait aux gens de consulter leur statut et de suivre leur progression.
Il en existait sous différentes formes. On pouvait acheter un pendentif, un bracelet, une bague, une montre à gousset ou même une simple pièce. Et cela coûtait entre quatre cents et cinq cents couronnes !
Bien sûr, peu de gens pouvaient s’offrir leur propre Gabarit. La plupart se rendaient donc dans un dépôt d’antiquités, où ils payaient quelques francs pour consulter les informations dont ils avaient besoin.
Pour quelqu’un comme Dante, toutefois, en acheter un n’était pas un problème. Mais, plus important encore, le perdre n’en était pas un non plus !
Non seulement parce qu’il pouvait facilement s’en procurer un autre, mais aussi parce que, depuis son arrivée dans ce monde, il avait compris qu’il pouvait consulter son statut sans aucun Gabarit.
Après réflexion, il en avait déduit que cette capacité était probablement un avantage lié à sa réincarnation dans le jeu.
Quant au pendentif de jade qu’il possédait, Caterina le lui avait offert après avoir remarqué qu’il n’en avait pas, bien qu’il ne lui en eût jamais demandé un. Avec le temps, il s’était toutefois habitué à s’en servir.
Statut… Pas la version abrégée. La version complète, avec mes caractéristiques de Foi.
Une fenêtre rouge apparut alors dans son champ de vision, diffusant une faible lueur dans la pénombre de la pièce.
~~~~~~ ============= ~~~~~~
Nom : Dante Fioravanti
Race : [Étranger]
Statut : [Apôtre du Sang]
Âge : [17]
Palier : [0]
Classe : [Grand Prêtre]
Source : [Sang]
Traits : [Améliorations], [Accord divin], [Véritable perspicacité]
Talents divins : [Démon sanguin]
Grade : [Noir]
Niveau : [11]
EXP : [—]
Foi : [0 %-[2 %]———————100 %]
~~~~~~ ============= ~~~~~~
Je trouve toujours étrange que ma race soit « étranger » et non « humain », songea-t-il en mordant de nouveau dans sa pomme. Ces derniers temps, je ne peux m’empêcher de me demander s’il y en a d’autres de cette race dans ce monde.
Il posa le trognon sur la table et prit une autre pomme. Puis, tout en reportant son regard sur la fenêtre flottante, il y mordit.
Avant, j’étais niveau dix. Mais après être devenu Apôtre, je suis passé au niveau onze.
Dans ce monde, les niveaux correspondaient directement aux paliers. Du niveau onze au niveau vingt, on était au palier un ; du niveau vingt et un au niveau trente, au palier deux. Autrement dit, chaque palier couvrait dix niveaux.
Avant son changement de statut, Dante n’atteignait même pas vraiment le niveau d’un combattant du palier un. Mais après être devenu Apôtre, son niveau avait augmenté. Même si son palier, lui, était resté à zéro, sa nature particulière lui permettait donc de progresser normalement, comme tout le monde.
À l’heure actuelle, sa puissance équivalait à celle d’un débutant ordinaire du palier un.
Pour gagner des niveaux et ainsi monter de palier, il fallait accumuler des points d’expérience. La méthode variait selon les classes, mais toutes avaient un point commun : il fallait utiliser activement les traits accordés par sa classe et les renforcer.
Un mage, par exemple, gagnait des niveaux en pratiquant la magie, en étudiant les arcanes et en perfectionnant ses traits. Un Grand Prêtre comme Dante en gagnait en priant, en s’exerçant aux sorts d’amélioration et de soin, et en utilisant ses autres traits.
Les Apôtres, cependant, devaient remplir une condition supplémentaire pour accroître leur puissance : la Foi.
D’après ce que Dante savait, la Foi était le principal système de puissance de ce monde.
C’était elle qui permettait à une personne ordinaire de devenir Apôtre. Quand quelqu’un plaçait une foi inébranlable en un dieu, il pouvait s’éveiller en tant qu’Apôtre et recevoir son premier talent divin fondamental, qui marquait le début de son arbre de compétences.
Pour gagner en puissance et remplir les conditions nécessaires au déblocage d’un autre talent de leur arbre, les Apôtres devaient porter leur Foi au maximum.
Pour y parvenir, il fallait utiliser sans cesse ses pouvoirs et s’y fier, ce qui obligeait ensuite à en payer le prix requis.
Lorsqu’un Apôtre avait enfin rempli sa jauge de Foi, il obtenait le droit de passer une Épreuve divine de foi.
Je n’ai réussi à atteindre que deux pour cent de résonance de Foi, songea Dante en mordant de nouveau dans sa pomme. Enfin, c’est compréhensible. Je ne suis Apôtre que depuis quelques jours et je n’ai utilisé mes pouvoirs qu’une poignée de fois. Si je veux accélérer cette résonance, je devrai donner plus de sang à Edward et me servir bien plus souvent de mes capacités.
Il lança le trognon sur la table.
Je dois aussi m’entraîner beaucoup plus dur. En tant qu’Apôtre de grade noir, mon Épreuve divine de foi sera bien plus brutale. Si le taux de survie des Apôtres de grade rouge est déjà inférieur à trente pour cent, rien que penser à ce qui attend ceux de grade noir me donne des frissons.
Dante soupira et appuya la tête contre le coussin de velours.
J’étais vraiment aux anges après être devenu Apôtre de grade noir, mais quelques jours ont passé et je commence à comprendre ce que ça implique. Je vois maintenant pourquoi la plupart des Apôtres préfèrent rester à leur rang.
Il tendit la main vers le verre posé sur la table. Il déboucha la carafe de cristal et se servit à boire.
Pendant un instant, il contempla le liquide ambré, puis en prit une longue gorgée. L’alcool lui brûla agréablement la gorge.
En parlant de mes pouvoirs, je crois avoir enfin compris tout ce que le Démon sanguin peut faire. Son regard revint vers Edward, étendu sur le lit.
La première capacité, et la principale, du Démon sanguin était la manipulation du sang : elle lui permettait de façonner son propre sang et d’en modifier la densité à la surface grâce à l’énergie divine.
Il pouvait bien sûr aussi canaliser ce sang pour renforcer ses capacités physiques, mais cela exigeait beaucoup plus d’énergie divine.
Il pouvait également se soigner en consommant du sang… de préférence celui de créatures vivantes. Edward avait même reconnu que le sang humain avait bien meilleur goût que celui des autres créatures.
Il disposait aussi de capacités passives, comme celle de se tenir au chaud, et il avait récemment découvert qu’il pouvait infliger un affaiblissement passif.
Le Démon sanguin pouvait provoquer l’affaiblissement [Peur], mais cela posait quelques problèmes. D’abord, l’effet mettait du temps à s’installer ; ensuite, la cible devait déjà être terrifiée par lui. À cause de ces limites, Dante ne pouvait pas vraiment compter dessus au combat.
À bien y réfléchir, les capacités du Démon sanguin sont assez équilibrées et compensent aussi en partie mes faiblesses. La force physique d’un Grand Prêtre est vraiment faible par rapport à celle des autres classes, mais si je renforce mon corps, je peux au moins rivaliser avec un guerrier de mon niveau ou d’un niveau légèrement supérieur. Je peux aussi égaler la vitesse et l’agilité d’un roublard de mon niveau. Heureusement que j’ai déjà commencé à m’entraîner au maniement des armes. Hé. Je m’imagine déjà devenir l’un des seuls Grands Prêtres vraiment doués au corps à corps.
Il sourit et détourna les yeux de la fenêtre qui flottait devant lui.
Quelques secondes plus tard, il but une nouvelle gorgée, et la fenêtre disparut. Ses pensées prirent alors un autre cours.
Au fait, Vincenzo a dit qu’il s’arrangerait pour qu’Ezio simule sa mort lors de son prochain combat. Ensuite, le médecin qu’il a soudoyé le déclarera mort.
Il vida son verre et le reposa.
Jusque-là, tout se passait bien.
Dante sourit et jeta un coup d’œil à la porte.
Mère n’était pas là quand je suis rentré. Elle voulait que je la voie plus tard. Enfin, puisqu’elle est absente, autant aller m’entraîner. Plus tôt je maîtriserai pleinement mon pouvoir, mieux ce sera.
Il se leva, les mains dans les poches, et se dirigea vers la porte. Par-dessus son épaule, il lança :
« Viens, Edward. »
Le garçon se redressa, puis sourit.
« Bien reçu, patron ! »