Chapitre 19
Pendant un bref instant, Mara se contenta de fixer Dante. Puis elle se gratta la tête avec le canon de son revolver.
« Bon, d’accord, j’imagine », dit-elle en haussant les épaules d’un air indifférent. « Je monterai la garde dehors, comme le protocole l’exige. » Sa voix prit alors une nonchalance dangereuse. « Mais je te préviens : s’il arrive quoi que ce soit et que je n’ai pas le temps de réagir, ce sera ta faute. »
Elle se tourna et déverrouilla la porte en chêne avec l’une de ses clés.
Vincenzo, qui se tenait à quelques pas, avait des sueurs froides dans le dos. L’homme avait probablement peur. Peur d’Ezio ? Oui, un peu. Peur de perdre la vie ici ? Pas tant que ça. Mais, plus que tout, il était terrifié à l’idée que, s’il arrivait quelque chose au jeune signore, il en soit d’une manière ou d’une autre responsable. Après tout, c’était lui qui avait obtenu l’autorisation d’entrer dans cet endroit.
« Même s’il m’a interdit de le faire, j’ai déjà prévenu Signora Isabella. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi elle a accepté ça », pensa-t-il.
Sa main descendit jusqu’à la petite sacoche accrochée à sa ceinture, où il prit une bouteille en verre remplie d’eau ordinaire.
Bouteille en main, il fit un pas vers la pièce lugubre.
Derrière lui, Dante avança à son tour sans ajouter un mot, les deux mains croisées dans le dos. Alors qu’il s’apprêtait à passer devant Mara et à franchir le seuil, ses sens, aiguisés par sa classe, effleurèrent soudain la faible énergie divine qui émanait d’elle. Celle-ci lui évoqua un hurlement, vaste et puissant, qui lui donna l’impression de flotter dans les airs.
Ayant croisé plusieurs Apôtres au cours de sa vie actuelle, il reconnut cette énergie divine.
« C’est donc une Apôtre du Ciel », pensa Dante.
Sans laisser paraître la moindre émotion, il passa devant elle et entra dans la pièce lugubre. Elle n’était éclairée que par une lampe à gaz vacillante, fixée au mur du fond, et par la pâle lumière de l’après-midi qui filtrait à travers une fente étroite et haute, taillée dans la pierre.
La pièce ne contenait rien d’autre qu’une table en chêne au centre, deux chaises en fer rivetées au sol et disposées face à face, ainsi qu’un homme assis tranquillement de l’autre côté.
L’homme était exactement comme Dante se le rappelait. Il paraissait beaucoup plus jeune que son âge réel ; on aurait même cru qu’il avait le même âge que Dante, ce qui était loin d’être le cas. Il avait la peau hâlée, de longs cheveux noirs en bataille, les yeux sombres et une aura si menaçante que son beau visage semblait crier : « Continue à me regarder comme ça et je te tue. »
Malgré son cœur qui cognait dans sa poitrine, Dante sourit.
À cet instant, la porte claqua derrière lui.
Dante inspira, mais ne bougea pas tout de suite. Il serra plutôt les dents pour ne pas réagir à la vive douleur tandis que, d’un geste imperceptible, il traçait une ligne sur son poignet avec le tranchant de la bague qu’il portait au doigt.
L’odeur cuivrée du sang lui emplit les sens tandis que des gouttes rouges perlaient à sa peau. Ce ne fut qu’une fois la première tombée au sol que Dante se dirigea vers la table en chêne, en marmonnant : « Aide-moi, Déesse. »
Lorsqu’il arriva devant l’homme, ses yeux violets étaient devenus rouge sang.
Sans le saluer, il s’assit sur la chaise en fer. Il croisa une jambe sur l’autre, posa nonchalamment le bras dessus et s’adossa pour examiner l’homme face à lui.
Il remarqua les cicatrices sur ses mains, entravées par de lourdes menottes en fer posées sur la table, ainsi que la profonde balafre à son cou et la plaie bandée sur son front. Dante sourit et lança d’un ton calme :
« Vous n’avez pas l’air en forme, signore. »
Ezio le fixa longuement, sans un mot. Puis sa voix rauque et blasée rompit le silence.
« Je ne m’en étais pas rendu compte. Merci pour cette observation, petit malin. Qu’est-ce qui t’a mis la puce à l’oreille ? Les chaînes, ou le fait que je sois assis dans un cachot ? »
Il se renversa sur sa chaise en poussant un soupir exaspéré, sans quitter Dante de ses yeux sombres. « Qui diable es-tu, et pourquoi tu me fais perdre mon temps ? »
« Il parle comme ça, mais je suis sûr qu’au fond de lui, il hurle : “S’il vous plaît, aidez-moi à sortir d’ici” », ricana Dante.
« Je vais aller droit au but, alors », dit-il en se penchant légèrement vers l’avant. « Je veux que tu travailles pour moi. »
À ces mots, l’homme grimaça et souffla avec mépris. « Dégage de là, espèce de type aux yeux rouges qui ressemble à un aye-aye. »
« Un aye-aye ? » Le sourire de Dante s’effaça lentement. « Un aye-aye ?! »
Il n’en croyait pas ses oreilles. C’était comme si quelqu’un venait de lui verser un seau d’eau froide sur la tête.
Dans ses deux vies, Dante avait essuyé les insultes de nombreuses personnes, mais aucune… absolument aucune ne l’avait blessé aussi cruellement.
Il avait sincèrement envie de pleurer après avoir imaginé à quoi ressemblait un aye-aye.
Il resta silencieux un long moment. Il se contenta de rester assis, et tous deux se défièrent du regard.
« Bon… si c’est tout ce que tu voulais, je m’en vais. » L’homme se leva, mais, juste avant de pouvoir reculer vers son coin, Dante sourit de nouveau et prit la parole.
« Luca Valenti. »
À peine le nom avait-il quitté ses lèvres qu’Ezio se figea. Ses traits tressaillirent et son visage blêmit une fraction de seconde.
Puis, l’instant d’après, son expression se déforma en une rage meurtrière. Il se jeta par-dessus la table en chêne et tendit les mains pour saisir Dante au col de sa cape.
« Comment tu connais ce nom ?! »
Il n’avait pas fini de crier que Vincenzo s’élançait déjà vers eux. « Hé ! Lâchez-le tout de suite ! »
Pendant ce temps, Dante se contenta de sourire. Et, à cet instant précis, le rire clair et innocent d’un enfant résonna dans le cachot.
Ezio et Vincenzo tournèrent tous deux les yeux vers l’entrée. Un jeune garçon, appuyé contre le chambranle, riait à s’en tenir les côtes.
« Il vient vraiment de dire que le maître ressemble à un aye-aye ? » Le garçon essuya une larme du coin de l’œil, les épaules secouées par le rire.
Lorsqu’il eut enfin retrouvé son calme, il expira et se redressa. Son sourire disparut aussitôt. Il plaça les deux mains derrière le dos et, tout en avançant lentement vers la table, marmonna d’une voix grave :
« Toi. Lâche-nous immédiatement. »
« Qu’est-ce qui se passe ? Qui est-ce ? D’où il sort ? Je ne l’ai même pas entendu entrer ! » Vincenzo paniqua, les yeux passant frénétiquement du garçon à Dante.
Ezio, lui, serra les dents et cracha : « Qui diable es-tu ? »
À ces mots, Edward sourit avec assurance. « C’est ça. Tu ne sais même pas qui nous sommes, ni de quoi nous sommes capables. Alors dis-moi… qu’est-ce qui te donne le droit de poser la main sur nous ? »
Ezio fronça les sourcils.
À cet instant, l’odeur du sang lui parvint aux narines. Il détourna brusquement le regard du garçon pour le reporter sur Dante.
Ce n’est qu’alors qu’il remarqua que Dante tenait à présent un long poignard entièrement fait de sang cramoisi.
En réalité, tandis qu’Ezio était distrait par le garçon, le sang qui s’écoulait de la coupure au poignet de Dante avait remonté le long de son bras et s’était solidifié en une lame acérée et luisante, désormais pressée contre la gorge exposée d’Ezio.