Chapitre 16
Edward le fixa, complètement sans voix.
Au bout d’un moment, il fronça les sourcils et se pencha vers lui. « Si tu sais déjà que quelqu’un cherche à te tuer, pourquoi ne pas aller buter cette salope tout de suite ? Tu dois vraiment attendre que ça arrive ? »
Dante ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de sourire. Après un long silence, il soupira doucement et secoua la tête. « Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles je ne peux pas encore la tuer. »
« … ? » Edward haussa un sourcil, visiblement incapable de comprendre. En même temps, il sentit le cœur de Dante s’emballer tandis qu’il fixait l’image. Après avoir tenté de sonder davantage ses émotions, il se rendit compte que ce n’était pas de la peur.
Ses yeux s’écarquillèrent alors, comme s’il venait de comprendre. « Attends une minute. Tu es amoureux de cette salope ? »
Il pointa un doigt accusateur vers Dante, la bouche grande ouverte. « T-tu… tu es un romantique incurable ? »
« … ? » Dante fronça les sourcils et se mit sur la défensive. « Je ne l’aime pas, elle me plaît. Ce sont deux choses différentes. Et puis, qu’est-ce qu’il y a de mal à être un romantique incurable ? Hein ? Hein ? Hein ?! »
Edward déglutit avec difficulté et recula d’un pas à chaque « Hein ?! »
Il finit par lever les mains, résigné. « Rien ! »
« Bien ! » Dante croisa les bras en soufflant. « Et puis, j’ai dit qu’il y avait beaucoup de raisons pour lesquelles je ne pouvais pas encore la tuer. Je dois encore découvrir qui la manipule et pourquoi cette personne veut ma mort. Et ne t’inquiète pas. Ce n’est pas parce que quelqu’un me plaît que je ne chercherai pas à m’en débarrasser si cette personne menace ma vie. Je ne suis pas stupide. »
« Ah… » Edward acquiesça lentement en expirant. « Je vois. »
Il se mit ensuite à examiner les nombreuses autres notes épinglées au tableau. Il y avait notamment des mentions de l’Ordre du Calice sanguin, du Cercle de la Vase noire, de Mademoiselle Vi, assistante d’enseignement, ainsi que de quantité d’autres noms, de lieux et de dates importantes.
Quant à Dante, il se remit à compiler son manuel de survie.
J’avais brûlé mon journal dans le Labyrinthe parce que j’avais peur que ces types ne me le prennent s’ils réussissaient à me dépouiller. Même si je l’avais écrit en anglais, ils auraient pu le confier à un Grand Prêtre pour le faire traduire. Heureusement, la perte de ce livre n’est pas un problème…
***
Le lendemain…
——
Le bruit des couverts raclant la porcelaine résonnait dans la salle à manger. À cette heure, seules Isabella, Caterina et Dante étaient assis à la longue table en acajou.
Le comte était apparemment parti régler des affaires urgentes, tandis qu’Arno ne prenait presque jamais son petit-déjeuner en famille. À en croire Dante, il devait être en train de tenir chaud à cette femme, Geneviève, dans sa chambre.
Dante mordit dans une saucisse tout en organisant mentalement sa journée. Je vais d’abord me rendre au marché noir du quartier des plaisirs pour acheter quelques artefacts. Ensuite, j’irai au Pénitencier de Val-de-Grâce. J’ai demandé à Vincenzo la semaine dernière de m’obtenir les autorisations pour cet endroit. Il m’a dit qu’il les aurait d’ici aujourd’hui. J’espère qu’il les a.
Alors qu’il était encore perdu dans ses pensées, il entendit soudain la voix de sa mère.
« Tu vas être occupé aujourd’hui ? »
Dante leva lentement les yeux, puis acquiesça. « Oui, mère. Mais je devrais être rentré avant la tombée de la nuit. »
« Oh. » Elle tamponna ses lèvres avec une serviette en soie. « Retrouvons-nous en privé à ton retour. »
« D’accord », répondit-il en hochant discrètement la tête.
Caterina se tourna alors vers son frère. « Demain, c’est lundi, alors je repars aujourd’hui à l’académie. Tu sais, je ne suis revenue que parce que tu me manquais. »
Sans même la regarder, Dante mâcha tranquillement et répondit : « Je ne t’ai pas demandé de venir me voir. Franchement, je commençais à me demander pourquoi tu étais encore là. Allez, du balai. »
« Tss. » Caterina ricana et parut contrariée un bref instant, avant que son expression ne s’adoucisse. Puis elle demanda : « Au fait, tu ne comptes pas retourner à l’académie ? »
Dante déglutit et, après un instant, répondit avec désinvolture : « Si j’ai terminé tout ce que j’ai à faire, alors… je devrais y retourner la semaine prochaine. »
« Oh. » Caterina acquiesça distraitement et se détourna. Puis elle comprit. « Attends, quoi ? Tu vas vraiment revenir ? »
Elle avait pensé qu’il dirait qu’il n’avait pas l’intention d’y retourner. C’était pour cela qu’elle fut si stupéfaite en l’entendant répondre aussi clairement : la semaine prochaine.
Le semestre à l’académie avait commencé depuis plusieurs semaines, mais après n’y avoir passé qu’une seule semaine, Dante avait soudainement fait ses bagages et était parti, affirmant qu’il n’aimait tout simplement pas l’endroit. Il avait même quitté la capitale impériale pour rentrer chez lui, à Ravena.
Ni leur mère ni leur père ne s’y étaient opposés, le laissant faire ce qu’il voulait. S’il n’aimait pas cet endroit, il n’avait pas à y aller. Un point c’est tout.
Caterina, cependant, ne comprenait pas et s’était toujours demandé pourquoi il était parti si brusquement. Elle craignait même qu’il ait mal vécu le fait de ne pas pouvoir lancer de sorts comme les autres.
En réalité, ce n’était pour aucune de ces raisons.
Je ne suis allé à l’académie que pour m’inscrire et assister à la cérémonie d’accueil, entre autres trucs ennuyeux, pensa Dante en sirotant son thé. Ensuite, je devais rentrer à Ravena pour chercher tout ce qui pourrait augmenter mes chances de survie. Maintenant que je suis devenu un Apôtre, je n’ai aucune raison de ne pas y retourner.
***
Un peu plus tard, Dante se tenait devant le miroir, vêtu d’un costume en laine gris anthracite discret et d’une casquette gavroche assortie. La tenue était simple et bien ajustée, conçue pour qu’il se fonde dans la foule sans attirer inutilement l’attention sur son rang d’aristocrate.
Après avoir chaussé une paire de lunettes rondes à monture fine, il sourit et lança avec un faux accent anglais : « Ça me rappelle un certain… Shelby. »
À cet instant, Edward, habillé exactement de la même façon mais sans lunettes, pencha la tête et demanda avec curiosité : « C’est qui, lui ? »
Dante réfléchit un instant, puis répondit à voix haute : « Juste un vieil ami à moi. »
« Ah… » Edward hocha la tête, comprenant.
Dante, quant à lui, se retourna et se dirigea vers une armoire en chêne près du mur, où une boîte en métal renforcé était à moitié dissimulée.
Elle était équipée d’un cadenas à combinaison en laiton sur le devant. Après avoir réglé les molettes sur la bonne combinaison, il déverrouilla le lourd couvercle. Presque aussitôt, une froide buée pâle s’échappa dans l’air chaud de la pièce.
L’intérieur de la boîte était tapissé de runes magiques réfrigérantes et rempli de glace, qui conservait plusieurs fioles de verre scellées contenant du sang frais.
Sa mère lui avait donné ces fioles quelque temps après leur retour de Sylveria. Quant à savoir où elle les avait trouvées, il n’en savait rien et ne le lui avait pas demandé.
« Oh, je peux en avoir une ? Je peux en avoir une ?! » Edward trépignait sur place en désignant le coffre avec impatience.
Bien qu’il reçût une fiole chaque jour, il avait toujours l’air surexcité dès que Dante ouvrait la réserve. En secret, il espérait que Dante doublerait sa ration quotidienne… ou, mieux encore, qu’il le laisserait boire tout le contenu du coffre d’un coup !
Dante sourit, prit une fiole froide et la lui lança. Le jeune garçon l’attrapa avec une aisance experte, l’ouvrit et avala le liquide cramoisi en quelques gorgées avides.
Edward venait à peine de finir lorsqu’on frappa à la porte. Il posa la fiole vide sur la table d’appoint et disparut dans les airs au moment où Dante se dirigeait vers la porte.
Quand il l’ouvrit, Vincenzo apparut, un épais dossier en cuir à la main.
« Bonjour, Signor. » L’homme aux cheveux et aux yeux noirs s’inclina légèrement, puis ouvrit le dossier pour lui présenter un document scellé. « Voici l’autorisation pour le Pénitencier de Val-de-Grâce. Le directeur y a indiqué que vous bénéficieriez d’un accès complet. Vous pourrez assister aux jeux de la cour, et vous disposez également d’un laissez-passer pour demander une rencontre dans un quartier cellulaire privé. »
Dante sourit et le prit. Ce pot-de-vin lui avait coûté une cinquantaine de couronnes d’or. Il examina le sceau officiel en cire et les signatures sur le document, puis le glissa soigneusement dans la poche intérieure de sa veste.
Le voyant satisfait, Vincenzo déclara sans émotion : « Je vous accompagnerai, Signor. Cet endroit est dangereux. »
Dante n’y voyait pas d’inconvénient et acquiesça calmement. « Pas de problème. Mais je dois d’abord passer par une Bourse du marché noir. »
L’homme inclina simplement la tête. « Compris, Signor. »