Chapitre 368
« Espérons juste que Sir Isaac s'en sorte sain et sauf », murmura Eidan en observant le chaos qui se déchaînait.
Eidan gardait les yeux fixés sur le ciel au-dessus du monastère d'Ariet.
Il n'y avait pas que la flotte du Conseil du Sel qui était en mouvement. Un dragon, Nel, et Hesabel descendirent comme une tempête, atterrissant avec une force qui fit trembler le monastère, déjà fragilisé par les harpons. Bien que la structure précaire du monastère vacillât dangereusement, les êtres ailés n'eurent aucun mal à garder l'équilibre.
Mais pour les paladins rassemblés dans la cour, la situation était différente. Ils reculèrent, observant avec inquiétude le bâtiment qui s'effritait autour d'eux.
Nel ne rugit pas, ne cria pas. Hesabel, elle non plus, n'éleva pas la voix pour dénoncer l'injustice qui se déroulait. Au lieu de cela, elle examina froidement les paladins, comme indifférente à l'autorité de l'ange qui présidait la scène.
Soltnar, cependant, était furieux de ce défi éhonté.
« Comment ces hérétiques osent-ils commettre un tel blasphème devant le Codex de Lumière ! » hurla-t-il.
« Le Codex ne connaît-il aucune justice ? » rétorqua froidement Hesabel.
« J'ai servi mon maître et appris les enseignements du Codex sur l'équité, la discipline et la retenue. Pourtant, tout ce dont je suis témoin ici va à l'encontre de ces principes. Allez-vous vraiment souiller l'issue d'un duel mené au nom de l'honneur du commandant ? »
Mais ils la fixèrent avec des expressions perplexes, impassibles.
Ce fut le commandant de Dera qui répliqua sèchement : « Si le Chevalier du Saint Graal est un hérétique, alors il est juste de l'exécuter, peu importe l'issue du duel. Pensiez-vous vraiment qu'un duel mènerait à un jugement équitable ? Quel est le problème ici ? »
« … »
La réponse, bien que brutale, était logique à sa manière, laissant Hesabel momentanément sans voix. Ce n'étaient pas les paladins d'Elil, qui accordaient une signification divine aux duels. Elil s'était séparé du Codex précisément à cause des tactiques déloyales de ce dernier.
Pour ces paladins, le duel de Dera Heman n'avait été qu'une simple formalité — une exécution déguisée en combat. Puisque l'exécution avait échoué, ils allaient simplement recourir à une autre méthode. L'arrivée de l'ange ne servait qu'à légitimer cette ligne de conduite.
« Vos actions ne font que confirmer la culpabilité du Chevalier du Saint Graal ! Reculez ! » ordonna le commandant.
« Nous ne pouvons pas ! Est-il juste qu'un saint élu de l'Église soit exécuté en secret par une poignée de conspirateurs dans un lieu isolé ? Elil, la Forge du Monde, le Conseil du Sel, l'Idole Dorée et les fidèles justes du Codex de Lumière eux-mêmes — tous regardent ! » déclara Hesabel.
Alors que le chaos éclatait autour d'eux, Isaac parvint à retrouver un peu de force. Il lutta pour se remettre debout, bien qu'à peine capable de tenir, s'agrippant à son épée pour se soutenir.
Une fois de plus, la Vierge de Feu tourna son regard ardent vers Isaac.
« C'est un plaisir de vous rencontrer, milady, mais je crains de devoir y aller… » commença Isaac.
[Tu es un homme qui aurait dû mourir.]
La Vierge de Feu tendit à nouveau la main. Ses mouvements, comparés à la maîtrise de l'épée de Dera, étaient lents et criblés d'ouvertures. Pourtant, Isaac savait qu'il ne pouvait pas esquiver son contact.
Il se souvint du miracle que la Vierge de Feu avait accompli de son vivant — le même miracle qu'Isaac avait autrefois expérimenté par l'intermédiaire de l'abbé Yevhar, la Preuve de Foi. C'était un miracle qui plongeait le corps dans les cieux, brûlant ceux dont la foi faisait défaut.
Isaac avait survécu à cette épreuve une fois, mais c'était différent.
C'était un contact simple et mortel destiné à le réduire en cendres.
Juste au moment où sa main enflammée approchait de sa joue, une voix familière murmura à l'oreille d'Isaac.
« Accepte-moi. »
Isaac reconnut immédiatement la voix. Sans hésiter, il hocha la tête.
À cet instant, Isaac balaya de la main, écartant l'emprise de la Vierge de Feu.
***
*Claque.*
Le son résonna dans le monastère, faisant taire la vive dispute entre Hesabel et le commandant. Le seul bruit qui subsista fut le fracas indifférent des vagues contre les murs en ruine.
« Comment oses-tu… »
Le visage de Soltnar se tordit d'incrédulité. Le mot « oser » était devenu si ancré dans son esprit qu'il pouvait à peine prononcer autre chose.
Quelqu'un venait de repousser la main d'un ange. C'était un acte de défi dont Soltnar, ou quiconque présent, n'avait jamais été témoin.
Tout le monde se raidit, s'attendant à ce qu'Isaac subisse une punition divine, mais lorsqu'ils le regardèrent à nouveau, leurs esprits se vidèrent.
Autour de la tête d'Isaac, des épées anciennes flottaient comme un halo, tournant en cercles lents et délibérés. Son corps entier, son armure et même les mèches de ses cheveux étaient devenus d'un blanc éthéré, brillant doucement. Pour la première fois, les paladins furent témoins de quelque chose de presque impossible — deux archanges se tenant ensemble au même endroit.
L'Épée de Mai, Saint Arthe, le maître de tous les paladins, s'était manifesté à travers le corps d'Isaac.
Et le commandant réalisa soudain ce qui venait de se passer.
L'Épée de Mai avait repoussé la main de la Vierge de Feu.
« Un archange… était intervenu dans le jugement d'un autre archange ?! »
Peu de gens dans les échelons supérieurs de l'Église savaient que les archanges s'affrontaient parfois en secret. La plupart des fidèles du Codex de Lumière ne voyaient que les conséquences, ignorant les luttes de pouvoir qui avaient lieu parmi les cieux.
C'était une règle tacite que les archanges n'affichaient jamais ouvertement de discorde devant les fidèles. De tels conflits, s'ils étaient connus, pourraient provoquer des divisions inutiles ou une confusion théologique.
Réalisant cela, le commandant inclina immédiatement la tête. Ses gestes urgents communiquèrent rapidement le message aux autres paladins, qui tombèrent également à genoux, pressant leurs visages contre le sol. Ils firent semblant de n'avoir rien vu ni entendu, sachant que si les archanges souhaitaient garder cela secret, ils pourraient très bien tuer tous ceux présents.
C'était leur seule chance de survie.
L'Épée de Mai, nullement dissuadée par les paladins, se concentra uniquement sur la Vierge de Feu.
Les deux archanges savaient qu'il valait mieux ne pas exposer leur conflit devant les fidèles. Ils communiquèrent en silence, leurs volontés verrouillées dans un échange feutré.
[Tu n'as pas ta place ici, Isboseth.]
La Vierge de Feu inclina la tête, confuse, son doigt pointé vers Isaac.
[Celui-là est une abomination. Un sang-mêlé. Il pue le chaos.]
Depuis sa position juste derrière l'Épée de Mai, Isaac sentit une sueur froide perler alors qu'Isboseth continuait de parler. En tant que première Inquisitrice, elle était en train de défaire rapidement tous ses secrets.
[Et plus que tout… il sent le Hibou Blanc. Serait-ce possible ? Le Hibou Blanc aurait-il laissé derrière lui un enfant ?]