Chapitre 150
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Order
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 150 : Spectacle
──────
Elbridge dissimula sa confusion en prenant la parole.
« … Vous paraissez plus jeune que lorsque je vous ai vu pour la dernière fois, sieur Leonhardt. »
Leonhardt eut un petit rire.
« Vous n’avez pas vieilli d’un pouce. On dirait que vous avez bien pris soin de vous pendant ces deux cents dernières années. »
Ils échangèrent une plaisanterie puérile.
Elbridge gloussa, puis observa attentivement Leonhardt. Celui-ci prit un air grave.
« Fixer aussi ouvertement le visage du roi est plutôt irrespectueux. »
« Je n’ai jamais eu de bonnes manières. »
Elbridge se rappela la première fois qu’il avait rencontré Leonhardt. Ce dernier paraissait presque dix ans plus jeune que dans ses souvenirs, d’où le temps qu’il lui avait fallu pour le reconnaître.
Il se remémora la conversation qu’il avait récemment eue avec la Déesse du Bouclier Rouillé.
Quand Elbridge lui avait demandé ce qu’était devenu Leonhardt, elle avait répondu : « La situation est sans doute un peu différente de ce que tu imagines. »
Elle avait vu juste. Qui aurait pu deviner que Leonhardt était devenu le roi de l’ouest ?
Toutes sortes d’émotions, à commencer par la joie, tourbillonnaient dans la poitrine d’Elbridge.
Tous les liens qu’il avait noués dans le passé lui étaient précieux, mais Leonhardt occupait une place toute particulière parmi eux.
Puis Elbridge se figea.
« Le démon aurait-il pris le contrôle de mon esprit ? »
Il recula d’un pas et remua silencieusement les lèvres en prière.
« Déesse. Suis-je tombé dans l’un des pièges du démon ? »
— Non, Elbridge.
« Alors… saviez-vous que je rencontrerais le sieur Leonhardt ici ? »
Un peu plus tôt, la Déesse du Bouclier Rouillé avait agi comme si elle savait où se trouvait Leonhardt.
À bien y réfléchir, cela signifiait qu’elle avait peut-être prévu ces retrouvailles entre Elbridge et Leonhardt.
Mais la Déesse du Bouclier Rouillé démentit son hypothèse.
— Non. Je pensais que Leonhardt se trouvait quelque part à la surface, mais je ne savais pas qu’il serait ici. Encore moins qu’il serait roi…
Ce n’est qu’alors qu’Elbridge poussa un soupir de soulagement. Un faible sourire se dessina sur ses lèvres.
« Je n’aurais vraiment jamais imaginé rencontrer le sieur Leonhardt ici. Même pas en rêve. »
« Le monde est passionnant parce qu’il est plein d’imprévus. Vous ne trouvez pas ? »
C’était une phrase que Leonhardt répétait par habitude. Elbridge grommela un peu.
« Saviez-vous que j’arrivais, sieur Leonhardt ? »
« Je l’ai appris un peu avant vous. »
« … Comment ? »
« Il y a eu pas mal d’agitation au temple, et j’ai entendu dire que le Paladin au cœur de tout ça s’appelait Elbridge. Je me suis demandé si c’était vous. Comme vous le savez, votre nom n’est pas vraiment courant. »
« Hum. »
« En me renseignant davantage, j’ai appris qu’un nain faisait partie de votre groupe. Quand j’ai demandé son nom, on m’a répondu qu’il s’appelait Rombel. J’ai alors eu de sérieux soupçons. Rombel ne pouvait être que ce jeune nain qui s’était pissé dessus devant un démon. »
Heureusement, Rombel n’était pas là. Elbridge répondit d’un air gêné.
« … Vous vous souvenez toujours des gens de façon étrange. »
« Comme tout le monde, je me souviens des traits qui sortent du lot. »
« C’est certain, ça sortait du lot. Et Rombel n’est plus jeune. Il a largement dépassé les trois cents ans. »
« J’imagine. Il ne pouvait pas échapper au temps comme vous… »
Leonhardt s’interrompit et fixa Elbridge. Puis il retroussa un coin de sa bouche en souriant.
« Vous avez bien grandi. Comme je m’y attendais. »
Elbridge aurait-il pu recevoir plus beau compliment ?
Craignant que sa voix ne tremble s’il parlait, Elbridge se contenta d’un faible sourire.
Quand la conversation s’interrompit, Murvach, qui était resté silencieux jusque-là tout en les observant avec prudence, prit la parole.
« Sieur Elbridge. Vous connaissez Sa Majesté ? »
« Oui. »
Il aurait voulu dire que Leonhardt était comme un père pour lui, mais l’avouer devant l’intéressé était un peu gênant.
« … Nous nous connaissons depuis deux cents ans. »
Leonhardt intervint.
« Il est pour moi comme un petit frère, et aussi comme un fils. Même si je n’ai jamais été marié. »
Elbridge fut heureux de l’entendre, mais grommela quand même sans raison.
« Vous avez à peu près mon âge, maintenant. C’est étrange de vous entendre m’appeler votre fils. Disons plutôt petit frère. »
« Qui a dit que tu étais vraiment mon fils ? Tu cherches la dispute pour un rien. Tu comptes rester debout comme ça ? Assieds-toi d’abord. »
Leonhardt s’installa confortablement. Elbridge prit place en face de lui, une table entre eux.
« Au fait, comment avez-vous fini ici, sieur Leonhardt ? »
« Hum. Il y a d’abord quelque chose que je dois vous dire. »
À l’air légèrement satisfait de Leonhardt, Elbridge devina ce qui allait suivre.
« L’Ascension ? »
« Quoi ? Comment l’avez-vous deviné ? »
« Je suis allé jusqu’à la Grande Forêt et j’ai vu le spectacle au Lac de l’Éternité. Votre Ascension était impressionnante. »
Leonhardt demanda d’un ton soupçonneux : « Aviez-vous l’un de mes effets personnels, ou quelque chose comme ça ? Comment avez-vous pu voir ça ? »
« Quand je suis allé à la Cité Montagneuse de Barquntol, on m’a remis le Bouclier de Sir Leonhardt. »
« La Grande Forêt, la Cité Montagneuse de Barquntol… Vous n’êtes pas sorti du sceau depuis très longtemps, mais vous avez déjà visité toutes sortes d’endroits. »
« Ce ne sont pas les seuls. Je suis aussi allé à Middlemarch et dans la Forêt du Buisson d’Épines. »
Leonhardt eut l’air déçu.
« Ah, quel dommage. J’aurais pu vous surprendre. »
« Enfin, que s’est-il passé ? »
Leonhardt passa un doigt sous son nez, puis s’adossa au fauteuil moelleux.
« Peu après que vous avez été scellé, on m’a donné, à moi aussi, la possibilité d’accomplir l’Ascension. Au début, j’ai refusé et décidé de rester à la surface. Je pensais vivre jusqu’au terme naturel de mon existence, puis mourir… Mais je n’arrêtais pas de penser à vous. »
« À moi ? »
Leonhardt hocha la tête. Son regard était bien plus sérieux qu’auparavant.
« Je pensais que votre sceau finirait par se briser, tôt ou tard. Je me demandais ce qui vous arriverait si vous vous retrouviez seul dans un avenir lointain. Je me suis dit que vous fondriez probablement en larmes comme un enfant… Ha ! Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Je n’avais pas le choix : il fallait attendre que votre sceau se brise. »
Leonhardt haussa les épaules.
« Alors, j’ai attendu tout ce temps. »
Dans toute autre situation, cela aurait ressemblé à une plaisanterie. Mais Leonhardt avait agi en accord avec ses paroles.
Une vague d’émotion submergea Elbridge. Une fois encore, au lieu de révéler franchement ce qu’il ressentait, il changea de sujet.
« À part ça, comment êtes-vous devenu roi ? »
« Ne vous l’ai-je pas dit ? Je viens d’une famille plutôt respectable. »
« … Je ne crois pas que “plutôt respectable” suffise à décrire ça. »
« Vous savez à quel point je suis modeste. »
« … »
Elbridge gloussa, agréablement surpris par cette révélation.
« Au fait, pourquoi avez-vous quitté l’Ordre ? »
« On peut partir selon les circonstances. À l’origine, je voyageais d’un ordre à l’autre. Je ne me suis installé dans l’Ordre du Bouclier Rouillé qu’après vous avoir rencontré. »
« Hum. Donc, l’Ordre du Bouclier Rouillé n’a eu aucun fidèle pendant plus de cent ans à cause d’un caprice. La Déesse doit vous en vouloir. »
« En fait, pour remplir mes devoirs de roi, je devais rejoindre un ordre qui pourrait m’accorder un pouvoir divin plus utile. Un roi ne peut pas toujours vivre comme il l’entend. »
Ah, voilà donc ce qui s’était passé.
Leur conversation ne faisait que commencer.
Elbridge lui posa toutes les questions qu’il avait gardées en lui. Il voulait tant savoir de choses. Comment ses anciens compagnons avaient-ils vécu avant de mourir ? Comment le monde avait-il changé après son scellement ?
Il raconta aussi à Leonhardt ce qu’il avait vécu après avoir été libéré du sceau.
La confusion et la joie qu’il avait ressenties à sa libération, ainsi que l’oracle de la Déesse du Bouclier Rouillé.
Le monde intimidant qui s’offrait à lui, et la façon dont il avait malgré tout continué à accomplir son devoir et à étendre l’influence de l’Ordre. La bataille de la Cité Montagneuse de Barquntol, et l’identité du démon qu’il avait découverte grâce au Dieu de l’Eau Courante…
Alors qu’ils discutaient, quelqu’un frappa à la porte du salon de réception.
Toc, toc, toc.
La porte s’entrouvrit et le serviteur de tout à l’heure apparut. Leonhardt se leva, l’air embarrassé.
« Je crois que nous devrions nous arrêter là pour aujourd’hui. J’ai une montagne de travail qui m’attend. »
Voyant la déception d’Elbridge, Leonhardt lui tapota le dos.
« Ne faites pas cette tête. Ce ne sera pas notre seule occasion de nous voir. »
« Qu’est-ce qu’elle a, ma tête ? »
Leonhardt sourit devant la réponse directe d’Elbridge.
« Nous fixerons bientôt un autre jour. Nous reprendrons le reste de l’histoire à ce moment-là. »
« D’accord. »
Elbridge se leva et s’étira.
Lorsqu’il regarda par la fenêtre, le soleil déclinait déjà. Elbridge et Murvach suivirent le serviteur hors du palais royal. Leur carrosse les attendait.
Clac-clac.
Elbridge et Murvach ne parlèrent pas pendant le trajet, chacun perdu dans ses pensées.
Le carrosse arriva bientôt au domaine du marquis Hagenlot.
Elbridge en descendit d’un pas léger et se dirigea vers la pièce où les autres l’attendaient.
« Me revoilà. »
Rombel, Marcus et Sonia, qui passaient chacun le temps à leur manière, tournèrent les yeux vers Elbridge.
Le marquis Hagenlot se trouvait également dans la pièce ; il était apparemment arrivé avant eux après avoir vu le carrosse revenir.
Rombel posa son couteau à sculpter et son bloc de bois.
« Ça a pris du temps. Comment ça s’est passé ? »
Elbridge sourit.
« Ne soyez pas surpris. Ce qui s’est passé, c’est que… »
Tout excité, Elbridge leur raconta sa rencontre avec Leonhardt.
Le groupe, Rombel compris, l’écouta d’un air grave et laissa parfois échapper des exclamations de stupeur.
Quand Elbridge eut terminé son long récit, Rombel prit la parole.
« … Elbridge. Vous vous souvenez du démon que vous deviez rencontrer ? »
Elbridge ricana.
« Bien sûr. C’est pour ça que j’ai demandé à la Déesse si le sieur Leonhardt en face de moi était un démon. »
À ces mots, la voix de la Déesse résonna dans l’air.
— Elbridge.
« Oui, Déesse ? »
— … Ta déesse n’a jamais reçu une telle prière.
« Quoi ? Mais tout à l’heure, j’ai pourtant clairement… »
Elbridge regarda autour de lui.
Ses compagnons affichaient tous un mélange égal de sérieux et d’incrédulité.
Le marquis Hagenlot avait l’air de penser : « Évidemment. »
Elbridge se tourna précipitamment vers Murvach. Son visage n’exprimait que la confusion.
Elbridge insista :
« Sieur Murvach. Dites quelque chose. Vous étiez là avec moi. »
« Nous avons pris le thé et des rafraîchissements avec Sa Majesté, n’est-ce pas ? Je n’ai jamais rencontré personne du nom de Leonhardt… ni qui que ce soit de ce genre. »
Ils avaient été au même endroit, mais leur expérience avait été différente.
Elbridge demanda d’une voix hésitante : « Mais nous sommes dans la capitale royale, Leodel. La Citadelle du Lion. »
« Quel rapport avec Leodel ? »
Elbridge se tourna vers le marquis Hagenlot.
« Vous avez dit que les yeux du roi étaient verts. Les mêmes yeux verts que ceux du sieur Leonhardt… »
Hagenlot secoua la tête.
« Non. J’ai dit qu’ils étaient bleus. »
Pourtant, il avait bel et bien parlé d’yeux verts. Tout le monde se moquait-il de lui, maintenant ?
Elbridge regarda autour de lui. Rombel et Marcus, et même Sonia, réagirent de la même façon.
« Sieur Hagenlot a dit que les yeux du roi étaient bleus. Il a ajouté qu’ils étaient devenus bruns quand il l’avait revu. »
Elbridge était encore plus désorienté.
« Je suis sûr qu’il a dit qu’ils étaient verts. »
Son souvenir était bien trop net pour qu’il se trompe.
Perdu, Elbridge pria.
« Déesse. Alors, vous avez regardé le démon se jouer de moi ? »
— Il ne semblait pas dangereux, alors j’observais attentivement la situation pour le moment.
« Vous auriez dû me donner un oracle… »
— Elbridge. C’est toi qui as demandé une chance.
Elbridge gémit. Ah, merde. C’était vrai.
Cette fois, Marcus demanda à la Déesse du Bouclier Rouillé : « Déesse. Le sieur Elbridge n’avait-il pas dit qu’il vous prierait régulièrement ? Il avait dit que, même si son esprit était pris au piège, cela lui permettrait de déterminer à quel moment c’était arrivé. »
— Si.
« Combien de fois le sieur Elbridge vous a-t-il priée ? »
La Déesse du Bouclier Rouillé hésita un instant avant de répondre.
— … Pas une seule fois après son entrée dans le salon de réception.
Cela signifiait que son esprit avait été pris au piège dès qu’il était entré dans le salon de réception, et que le démon s’était joué de lui depuis ce moment-là.
Quelqu’un ricana dans l’air. C’était le Dieu de la Pluie de Renard.
Il ricana encore un bon moment, puis éclata enfin de rire.
— Quel spectacle, Elbridge. Tu t’es fait avoir comme un parfait idiot.
Elbridge se couvrit le visage brûlant des deux mains et baissa la tête.
« … Merde. »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>