Chapitre 148
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Traducteur/éditeur : Order
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Chapitre 148 : Le trône
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Parmi tous les problèmes auxquels Elbridge était confronté, le plus urgent était sans aucun doute le maître de la Tour Magique centrale.
S’occuper des autres démons tout en laissant le maître de la Tour Magique centrale tranquille revenait à éteindre des incendies en laissant un pyromane courir en liberté.
Mais…
Elbridge ne pouvait pourtant pas ignorer le récit du marquis Hagenlot.
Il n’était pas du genre à se détourner d’un problème, même en sachant qu’un terrible événement était sur le point de se produire.
C’était d’autant plus vrai dans la situation actuelle. Si, comme le prédisait le marquis Hagenlot, un démon avait pris l’apparence du roi, les dégâts ne se limiteraient pas à quelques personnes, ni même à quelques dizaines.
…Toute la capitale royale de Leodel pourrait bien être massacrée d’un seul coup.
Pour l’heure, il fallait mettre de côté l’affaire du maître de la Tour Magique centrale. Le moment était venu de régler le problème de la capitale royale de Leodel.
Tandis qu’Elbridge rassemblait ses pensées, la porte bien huilée s’ouvrit lentement.
Frouf.
Murvach apparut dans l’embrasure.
Quelques instants plus tôt, Murvach s’était excusé, expliquant qu’il ne pensait pas pouvoir leur être d’une grande aide dans cette affaire.
Comme tous se tournaient vers lui, Murvach prit la parole avec gêne.
« …Après y avoir réfléchi, je me suis dit que je pourrais peut-être vous aider. Si ma présence vous met mal à l’aise, dites-le-moi. »
« Pas du tout. Merci d’être revenu. N’hésitez pas à nous faire part de vos idées. »
« Je n’y manquerai pas. »
Il n’y avait pas assez de chaises dans la pièce ; Murvach s’assit donc au bord du lit.
Puis, comme si rien ne s’était passé, Elbridge reprit la parole.
« J’ai entendu parler de deux démons qui s’en prennent à l’esprit. Le premier s’est échappé parce qu’on n’avait trouvé aucun moyen efficace de le contrer. Le second, en revanche, a été maîtrisé sans difficulté. Apparemment, il ne pouvait pas manipuler l’esprit d’un Paladin et y a laissé la tête. »
« S’il est de ce niveau-là, l’affaire sera vite réglée. »
« Ce serait bien si c’était le cas cette fois aussi. Mais mieux vaut toujours se préparer au pire. »
Sonia, qui écoutait en silence, prit la parole.
« Quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut rencontrer le roi. Mais ce serait stupide que nous y allions tous en même temps. Si nous sommes tous touchés à la fois, les choses pourraient très mal tourner. »
Les autres semblaient dans l’ensemble partager l’avis de Sonia.
Rombel croisa les bras. « Le problème, c’est de savoir comment rencontrer le roi. Le kidnapper, ce serait quand même… »
En disant cela, Rombel jeta un coup d’œil à Murvach. Si le marquis Hagenlot, le frère cadet de Murvach, avait un lien de sang avec le roi, Murvach aussi.
Rombel modifia discrètement sa conclusion.
« …Nous ne pouvons pas kidnapper le roi. Évidemment. N’est-ce pas ? »
Murvach agita les mains.
« Ne vous préoccupez pas de moi. Parlez librement. »
« Hum. À nous entendre, on croirait que nous préparons l’enlèvement du roi. Et puis, que ce soit bien ou mal, le kidnapper ne serait pas facile. »
Cette fois, Marcus donna son avis.
« Nous ne pouvons ni kidnapper le roi ni le faire venir ici. Il ne nous reste donc qu’à nous rendre au palais royal et à demander une audience. Mais… avons-nous un moyen de le rencontrer ? »
Murvach acquiesça.
« Ce ne sera pas très difficile. Depuis l’incident au temple, il y a peu, les rumeurs sur vous se sont répandues dans tout Leodel. On raconte qu’un héros légendaire et un grand mage sont apparus… Des nouvelles pareilles parviennent forcément d’abord à Sa Majesté. Le roi sera sans doute curieux de vous rencontrer. »
« …Curieux. »
« Le précédent roi aimait recevoir des visiteurs de marque venus d’autres contrées. Comme il ne pouvait pas facilement quitter le palais royal, il disait que rencontrer des étrangers lui permettait au moins d’élargir ses horizons. Le roi actuel doit être pareil. »
« Vous en êtes vraiment sûr ? »
À la question de Marcus, Murvach répondit avec assurance.
« J’en suis certain. Des gens de votre stature n’auraient rien d’étonnant à être reçus par Sa Majesté. Ce serait encore plus facile en passant par la maison Hagenlot. »
« Bien. Alors… il ne reste qu’une question. Qui ira rencontrer le roi ? »
À cet instant, une voix familière retentit dans l’air.
« Elbridge est le meilleur choix. »
Celui qui avait transmis l’oracle était le Dieu de la Pluie de Renard.
Les oracles du Dieu de la Pluie de Renard avaient déjà permis de résoudre pas mal de problèmes ; le groupe d’Elbridge ne prit donc pas celui-ci à la légère.
Cela ne signifiait pas pour autant qu’ils n’avaient aucun doute.
Rombel demanda : « N’importe qui d’autre ferait l’affaire, mais Elbridge ne devrait-il pas être le seul à ne surtout pas y aller ? Si le démon le piège, il n’y aura plus moyen de réparer les dégâts. »
« Aussi puissant soit-il, un démon ne peut pas s’en prendre à un dieu. »
« Elbridge n’est pas un dieu. »
« Espèce de nabot. Réfléchis un peu. Si Elbridge va rencontrer le roi, deux possibilités se présentent. Premièrement, le démon ne parvient pas à prendre le contrôle de l’esprit d’Elbridge. Deuxièmement, il y parvient. Si la première possibilité se réalise, le problème est immédiatement réglé : Elbridge n’aura qu’à trancher la tête du roi. »
Pourtant, ni Rombel, ni Marcus, ni Sonia ne purent approuver cet oracle.
« …J’aurais beaucoup à dire. Mais admettons qu’Elbridge tranche la tête du roi, comme vous le dites. Tous ceux qui se trouvent dans le palais royal, et même tous les habitants de Leodel, ne chercheront-ils pas à s’emparer de lui ? »
Tandis que Rombel exposait son avis, la Déesse du Bouclier Rouillé intervint discrètement par un oracle public.
« Sage parole, Rombel. Moi non plus, je ne souhaite pas qu’Elbridge soit mis en danger. »
Le Dieu de la Pluie de Renard claqua la langue.
Tss.
« Où est le problème si les gens se ruent sur Elbridge en prétendant vouloir le capturer ? Croyez-vous que les Chevaliers du roi et quelques gardes pourraient s’emparer de lui ? Il est bien plus probable que vous vous fassiez capturer en essayant de quitter Leodel. »
La Déesse du Bouclier Rouillé semblait ravie qu’Elbridge fût tenu en si haute estime et changea aussitôt d’avis.
« Cet avis est tout aussi juste. Cette racaille ne pourrait jamais s’emparer d’Elbridge. Comme on pouvait s’y attendre du Dieu de la Pluie de Renard, réputé pour son esprit acéré… »
Le Dieu de la Pluie de Renard poursuivit sans lui prêter attention.
« Et si, comme l’a dit Garmon Hagenlot, un démon se fait passer pour le roi, il y a de fortes chances que le problème soit réglé dès qu’Elbridge l’aura tué. Neuf fois sur dix, le démon révélera sa véritable apparence. »
C’était un plan simpliste, mais tout à fait réalisable.
Malgré tout, tout dépendait de la capacité d’Elbridge à résister au démon et à préserver son esprit.
Sonia demanda : « Et si le démon prend le contrôle de l’esprit d’Elbridge ? »
« Ce n’est pas un problème non plus. Le pouvoir du démon ne semble pas consister à transformer quelques personnes en marionnettes. Il paraît plutôt agir de façon à empêcher beaucoup de gens de se méfier de lui. »
« Mais… si Elbridge ne peut pas se méfier du roi, le plan ne va-t-il pas échouer ? »
« Si Elbridge était seul, oui. Mais la Déesse du Bouclier Rouillé est avec lui. Ce ne sera donc pas un problème non plus. »
Tandis que le Dieu de la Pluie de Renard transmettait son oracle, la Déesse du Bouclier Rouillé renchérit, bien qu’elle n’en comprît pas tout à fait le sens.
« C’est exact. Quel problème pourrait-il y avoir tant que je protège Elbridge ? »
« …Ce n’est pas ce que je veux dire. L’important, c’est qu’Elbridge te fasse confiance, Déesse du Bouclier Rouillé. Plus précisément… d’après ce que j’ai pu constater, il ne fait pas entièrement confiance à tes capacités, mais il croit fermement aux oracles qui n’ont rien à voir avec elles. »
Au lieu de se parler directement, les dieux du ciel conversaient par oracles. La situation avait quelque chose d’étrange.
Elbridge, lui, ne pouvait pas écouter cette conversation avec autant de calme. L’un des derniers oracles contenait une remarque qui risquait de froisser la Déesse du Bouclier Rouillé.
Décontenancé, Elbridge s’écria : « Dieu de la Pluie de Renard, que voulez-vous dire quand vous prétendez que je ne fais pas confiance aux capacités de la déesse ? J’ai une confiance absolue dans sa puissance divine. Le pouvoir divin qu’elle m’a accordé ne m’a jamais fait défaut, pas une seule fois, et il a toujours dépassé mes attentes… »
Le Dieu de la Pluie de Renard l’interrompit.
« Ne te méprends pas. Je ne parlais pas de sa puissance divine, mais de ses capacités intellectuelles. »
« …Bien sûr, j’ai aussi une confiance absolue en la sagesse de la déesse. »
La réaction d’Elbridge éveilla toutefois les soupçons de la Déesse du Bouclier Rouillé.
« Elbridge. Je me trompe peut-être, mais il m’a semblé que tu avais hésité un instant avant de répondre. Ce moment m’a paru durer une éternité, et ta déesse a le cœur brisé… »
« Déesse, vous vous méprenez. Je n’ai pas hésité le moins du monde. »
Comme la conversation entre Elbridge et la déesse risquait de s’éterniser, le Dieu de la Pluie de Renard résuma de nouveau la situation.
« Hé, Bouclier Rouillé. Ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est qu’Elbridge croit fermement à tes oracles, sauf dans certains cas. »
« Hum… »
« En somme, même si le démon s’empare de l’esprit d’Elbridge, tout sera terminé dès que tu auras transmis un seul oracle. »
« Pluie de Renard. De quel oracle parles-tu ? »
« Elbridge. Le roi qui se tient devant toi n’est pas un humain, mais un démon dissimulé sous une peau humaine. Tranche-lui la tête sur-le-champ. Si Elbridge reçoit un oracle de ce genre, il tirera son épée et tranchera la tête du roi sans la moindre hésitation. Parce qu’il te fait fermement confiance. »
Elbridge hocha la tête avec une vigueur presque exagérée, et le Dieu de la Pluie de Renard poursuivit.
« Au bout du compte, que le démon s’empare de l’esprit d’Elbridge ou qu’il échoue, tu pourras l’éliminer et régler le problème. Qu’en dis-tu ? Simple, non ? »
« Oh… »
Marcus et Sonia s’exclamèrent d’admiration. C’était une solution audacieuse et nette, comme on pouvait l’attendre du Dieu de la Pluie de Renard.
Elbridge, cependant, ne pouvait pas approuver pleinement cet oracle.
« Dieu de la Pluie de Renard. N’est-il pas possible que seul l’esprit du roi ait été envahi ? Ne pourrais-je pas chasser le démon et lui sauver la vie ? »
« C’est peu probable. Et même si c’était possible, tu devrais tout de même agir de la même façon. »
« Pourquoi ? »
« Elbridge. Tu as longtemps combattu les démons. Tu as forcément connu des gens qui ne voulaient que des résultats parfaits. Des gens qui cherchaient à atteindre le meilleur résultat, sans la moindre faille, même au prix de sacrifices. Des gens qui refusaient d’accepter les limites de leurs capacités et voulaient sauver tout le monde. Qu’est-il advenu d’eux ? »
« … »
Elbridge eut du mal à répondre.
Presque tous étaient morts.
Non, mourir n’était pas le seul problème. Les gens comme eux étaient les premiers à mourir.
Combattre les démons pendant longtemps ne consistait pas simplement à développer ses talents.
Il fallait aussi reconnaître ses limites, les accepter et trouver un compromis. Elbridge avait lui aussi suivi ce chemin.
Il avait ainsi compris une chose : la souffrance mentale était pire que la douleur physique.
Et la plus grande souffrance de l’esprit survenait lorsqu’on devait affronter le résultat d’un compromis, lorsqu’on comprenait qu’on avait renoncé au meilleur résultat possible.
« Elbridge. N’oublie pas que ta vie n’a pas la même valeur que celle des autres. Comparée à la tienne, celle des gens ordinaires, et même celle d’un Paladin ordinaire, ne pèse pas plus qu’une plume. C’était vrai autrefois, mais ça l’est encore plus aujourd’hui. »
« Mais… »
« Quand tu prends des risques, tu mets dans la balance la vie des gens que tu sauveras à l’avenir. N’oublie pas que ta vie ne t’appartient pas à toi seul, jeune Chevalier. »
Ni Elbridge ni la Déesse du Bouclier Rouillé ne répondirent à cet oracle.
« Quand tu te trouveras face au roi de Leodel, ne prends pas de risques inutiles. Tue le roi sans hésiter. Pour toi, pour ta déesse et pour le monde. »
Après ce dernier oracle, la présence du Dieu de la Pluie de Renard disparut.
« … »
Elbridge joignit les mains et se plongea dans ses pensées.
Une autre personne réfléchissait profondément.
Murvach.
L’offre de devenir roi.
Ce n’est qu’à présent que Murvach comprit le sens de cette proposition.
L’ordre de tuer le roi sans hésiter…
Il ne s’adressait pas seulement à Elbridge.
Pour que le Dieu de la Pluie de Renard place Murvach sur le trône, la mort du roi devait être la première étape.
Murvach se perdit dans des pensées plus profondes encore que celles d’Elbridge.
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