Chapitre 146
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Traducteur/éditeur : Ordre
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Chapitre 146 : Requête
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En apprenant que l’outil de scellement de Starwave avait été dérobé, Marcus recula, sous le choc.
« Tu gardais toujours l’outil de scellement sur toi, non ? Regarde encore ! »
Sonia fouilla frénétiquement ses vêtements, puis vida le petit sac qu’elle portait toujours avec elle. Mais, bien sûr, elle ne trouva pas l’outil de scellement de Starwave.
« Comment as-tu pu perdre une chose pareille ? »
Sonia se hérissa sous le reproche de Marcus.
« Tu crois que je le transportais sans prendre de précautions ? Si la mauvaise personne le touchait, un faible sort de foudre se déclenchait. Et s’il quittait ma possession, une alarme assourdissante était censée retentir ! »
— Pourtant, on n’a rien entendu.
« … Ce salaud, le maître de la Tour Magique centrale, a dissipé mon sort en douce avant de le prendre. »
Elbridge ne connaissait pas grand-chose à la magie.
Cela dit, il lui semblait peu probable que Sonia ait pu franchir sans difficulté les trois barrières du maître de la Tour Magique centrale. Cela n’avait dû être possible que parce que celui-ci était concentré sur autre chose.
À moins qu’il n’ait volontairement laissé une faille pour que Sonia baisse sa garde…
Marcus et Sonia étaient toujours aussi déconcertés.
« Comment ce salaud a-t-il su que tu avais l’outil de scellement ? »
« Je ne sais pas vraiment… Ah ! »
Sonia écarquilla les yeux, comme si elle venait de comprendre quelque chose.
« Quoi ? Pourquoi tu réagis comme ça, tout à coup ? »
À la question de Marcus, Sonia baissa la voix.
« Il y a eu autrefois un projet de recherche secret à la Tour Magique centrale. »
— Quel genre de recherches ?
« Une expérience visant à sceller des démons en utilisant uniquement les capacités d’un mage. »
— Ah. C’est vrai, ça a bien eu lieu.
Sonia plissa les yeux en entendant Marcus acquiescer.
« Quoi ? Pourquoi tu fais comme si tu étais au courant ? »
— Eh bien… parce que je le suis.
« Arrête de dire n’importe quoi. »
— Je ne plaisante pas. Je t’ai dit que j’étais déjà allé dans le bureau du maître de la Tour Magique centrale, non ? Les mages du sous-sol de la Tour Magique scellaient un démon quand les choses ont mal tourné. J’ai aidé à régler le problème, puis on m’a invité.
Sonia n’avait pas l’air convaincue.
« Tu as scellé un démon ? »
— Bien sûr, c’est le sieur Elbridge qui s’en est chargé, pas moi.
« Ça… paraît plausible. »
Cette fois, Marcus plissa les yeux. Il n’avait toutefois rien à répondre.
« Je ne savais pas que c’était vous deux. Quelle coïncidence… Quoi qu’il en soit, il y avait pas mal de rumeurs au sujet de ces recherches. »
— Quel genre de rumeurs ?
« On disait qu’il s’agissait de recherches sur le scellement des démons par la seule magie d’un mage, mais le maître de la Tour Magique centrale semblait davantage s’intéresser aux effets secondaires du scellement qu’au scellement lui-même. Comme les fluctuations de mana provoquées par le scellement d’un démon, ou le léger flux de mana qui s’échappait d’un outil de scellement stable. »
Le maître de la Tour Magique centrale avait donc détecté d’une manière ou d’une autre l’outil de scellement de Starwave, puis l’avait dérobé en douce.
Après avoir écouté Sonia, Rombel marmonna : « Il est assez vieux pour savoir se tenir, et il a toujours les mains baladeuses. Quel putain de salaud… »
Sonia poursuivit :
« Et pour mener ces recherches, ils devaient désceller des démons à répétition avant de les sceller de nouveau, non ? Avec le recul, je crois que le maître de la Tour Magique centrale s’intéressait davantage à briser les sceaux qu’à en créer. »
Comme ces recherches avaient été présentées comme une tentative de sceller des démons par la seule magie, les mages ne s’étaient pas particulièrement méfiés en voyant le maître de la Tour Magique centrale briser des sceaux démoniaques. Le groupe d’Elbridge non plus.
À présent que les choses avaient tourné ainsi, Elbridge avait du mal à comprendre pourquoi ils ne s’étaient pas méfiés du maître de la Tour Magique centrale à l’époque.
Elbridge soupira.
« … Bon sang. Il était si culotté que je n’ai rien remarqué. Et son excuse était convaincante, en plus. »
— On n’y peut rien. C’est fait, maintenant.
Ce ne fut qu’alors que le groupe d’Elbridge se tourna vers la brèche spatiale créée par Niserath. Depuis que ce dernier s’y était engouffré, elle avait rétréci de plus de moitié.
Rombel croisa les bras en fixant la brèche.
« Niserath n’est toujours pas revenu. On dirait que ça ne se passe pas très bien. On ne devrait pas aller l’aider avant que la brèche se referme ? »
Sonia recula, alarmée.
« Tu crois que la téléportation spatiale est un jeu d’enfant ? Pour téléporter quelqu’un d’autre, il faut que deux archimages ancrent les coordonnées de part et d’autre. Sinon, tu resteras coincé dans la brèche spatiale et tu ne reviendras jamais. »
— Niserath devrait pouvoir s’occuper de l’autre côté. Toi, tu n’as qu’à t’occuper de celui-ci.
À la remarque de Rombel, Sonia hésita.
« … Je n’en suis pas capable. »
— Niserath ouvrait des brèches spatiales et se déplaçait comme si de rien n’était.
« C’est parce que cet elfe n’est pas un mage ordinaire. Et les circonstances étaient idéales. Quand Niserath est arrivé ici, cet artefact en forme de pièce d’argent a ancré les coordonnées de ce côté. Et quand Niserath a suivi le maître de la Tour Magique centrale, il a pu le faire parce que je tenais la trace du maître. »
Sonia avait l’air un peu fière en disant cela. Elle semblait ravie d’avoir réussi à garder la trace du maître de la Tour Magique centrale.
Un instant plus tard, Sonia vacilla légèrement. Elbridge s’accroupit devant elle.
« Monte sur mon dos avant de t’écrouler. »
Sonia ne protesta pas et grimpa sur son dos. Elle était encore consciente parce qu’elle restait très agitée, mais une fois que tout se serait calmé et que la tension serait retombée, elle ne tarderait pas à perdre connaissance.
Elbridge entendit alors des murmures.
Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’il regarda autour de lui.
Oh non.
Une foule s’était massée autour du temple. C’était tout naturel : ces gens venaient d’assister à un spectacle qu’ils ne reverraient sans doute jamais. Des lames qui fusaient, des sorts de haut niveau lancés les uns après les autres, des personnes qui apparaissaient et disparaissaient dans des déchirures de l’espace.
Non, « spectacle » ne suffisait pas à le décrire.
Comme s’ils avaient assisté à une scène tirée d’un mythe, les gens regardaient le groupe d’Elbridge avec une révérence à peine dissimulée. Il n’y avait pas que les gens du peuple : même les nobles, pourtant si fiers, n’y échappaient pas.
Parmi eux, les mages de l’Ouest étaient les plus stupéfaits.
Elbridge baissa la voix.
« Partons d’ici, pour l’instant. »
— Et Niserath ?
« On nous a dit que la pièce d’argent leur permettrait de retrouver notre position. Ils nous retrouveront où que nous allions. »
À condition que le maître de la Tour Magique centrale n’ait pas tué Niserath.
Elbridge ne prononça pas cette dernière pensée à voix haute.
* * *
Le groupe d’Elbridge retourna chez les Hagenlot.
Les habitants de la capitale royale, Leodel, les suivirent en masse, comme des rats derrière le Joueur de flûte, mais ils ne purent pas entrer dans le domaine.
À peine le groupe d’Elbridge eut-il regagné sa chambre qu’une brèche s’ouvrit dans les airs et que Niserath en sortit.
« … Niserath. Tu n’as pas l’air en forme. »
Comme le disait Elbridge, Niserath était en piteux état.
Son visage était pâle comme celui d’un cadavre, son corps entier était couvert de sang et son bras gauche avait séché comme un vieil arbre.
Pourtant, Niserath prit la parole de son ton joyeux habituel.
« Celui-là n’était pas facile à gérer. »
— Tu es quand même revenu vivant.
« Ça n’a probablement pas été facile pour lui non plus de s’occuper de moi. Tiens, un souvenir. »
Niserath eut un grand sourire et tendit un globe oculaire à Elbridge.
Elbridge le fixa, horrifié, mais les deux yeux de Niserath étaient intacts.
L’œil du maître de la Tour Magique centrale ?
Niserath repoussa ses cheveux et demanda à Elbridge : « Je pensais que tu m’appellerais pour une affaire banale, mais je ne m’attendais pas à devoir affronter quelqu’un comme lui. Alors, c’est quoi, au juste, ce mage ? »
« C’est le maître de la Tour Magique centrale. »
— Ah. Celui qui est censé être monté au ciel avant d’en redescendre.
« C’est ça. »
— Pas étonnant qu’il ait été coriace. Comment as-tu fini par t’opposer à quelqu’un comme lui ?
En réponse à la question de Niserath, Elbridge lui résuma tout ce qui s’était passé jusque-là.
Niserath soupira, dépité.
« Ah, merde. Si je lui avais tranché la tête, j’aurais pu monter au ciel, cette fois. Non, je devrais plutôt être reconnaissant de ne pas être mort… Quel gâchis, quand même. »
Niserath se frotta le visage, comme épuisé, puis tapota l’épaule d’Elbridge.
« Je comptais t’aider une seule fois, mais on dirait que tu vas continuer à avoir des ennuis avec le maître de la Tour Magique centrale. Je n’ai pas vraiment réglé le problème proprement, moi non plus… Rappelle-moi si quelque chose arrive. Tu as toujours la pièce d’argent que je t’ai donnée, pas vrai ? »
Elbridge hocha la tête. Niserath ouvrit une autre brèche spatiale, avec un sourire las.
Niserath s’apprêtait à partir, mais s’interrompit.
« Ah, au fait. Cette jeune mage a l’air plutôt douée. Dis-lui de me contacter si elle a besoin d’aide. »
« Je le ferai. »
Niserath disparut dans la brèche spatiale.
Elbridge se rappela la cabane où vivait Niserath. Tout comme Niserath l’avait retrouvé grâce à la pièce d’argent, peut-être avait-il préparé un moyen de rentrer chez lui depuis n’importe où.
Une fois Niserath parti, la Déesse du Bouclier Rouillé lui adressa une oracle d’une voix inquiète.
— Elbridge.
« Oui, Déesse. »
— Ta Déesse veille toujours sur toi.
« Bien sûr, je le sais. »
— Mais, pendant un bref instant, je ne t’ai plus vu. C’était comme si tu avais été dissimulé derrière un épais voile.
« Je pense que le maître de la Tour Magique centrale a fait quelque chose. Il semblait avoir un moyen d’échapper au regard des cieux. Il parlait librement des secrets du ciel. »
— Les secrets du ciel ? De quels secrets parles-tu ?
« Il a parlé de l’Archidémon et de la raison pour laquelle le Conseil Céleste a été instauré. »
À ces mots, la Déesse du Bouclier Rouillé s’inquiéta davantage encore.
— Elbridge. Ta Déesse a craint pour toi, profondément, pendant que tu étais sous ce voile. Heureusement, cette fois, cela n’a pas entraîné de graves conséquences. Mais rien ne garantit que la prochaine fois, il en ira de même…
Elbridge demanda avec précaution : « Déesse, dans une telle situation, pourrais-je recevoir votre pouvoir divin ? »
— Ce serait impossible. Tes prières ne parviendraient pas à ta Déesse, et je ne pourrais pas savoir dans quelle situation tu te trouves.
Un paladin incapable de recevoir le pouvoir divin de son dieu subissait un handicap extrême.
Les arts de combat de toutes les Églises combattantes avaient été conçus en partant du principe que leurs membres pouvaient recourir au pouvoir divin.
« Je vois… »
Elbridge réfléchit. Pourrait-il affronter le maître de la Tour Magique centrale en ne comptant que sur ses propres capacités ?
Ce ne sera pas facile.
Il avait même bien plus de chances de perdre.
Mais une idée traversa alors l’esprit d’Elbridge.
Et l’Art de combat de Bella ?
Le pouvoir divin accordé par un dieu exigeait une communication entre le dieu et le paladin.
L’Art de combat de Bella était différent. Il ne faisait pas appel au pouvoir divin accordé par un dieu, mais à la divinité accumulée dans le corps du paladin, qu’il utilisait comme carburant.
Cela signifiait qu’il pourrait recourir à l’Art de combat de Bella même si toute communication avec le ciel était coupée.
L’Art de combat de Bella est indispensable si je veux franchir les barrières du maître de la Tour Magique centrale. Je dois absolument le maîtriser d’une manière ou d’une autre.
Le problème, c’était que reconnaître la nécessité de cet art ne lui indiquait pas quand il parviendrait à le maîtriser.
Rien que d’y penser : cet art de combat n’était maîtrisé que par les Sentinelles, qui avaient vécu près d’une éternité…
Elbridge interrompit là ses pensées, se claqua les deux joues et se ressaisit.
… Non. Les paladins d’autrefois n’ont pas réussi à le maîtriser parce qu’ils ignoraient qu’un tel art de combat existait. Mais je l’ai vu de mes propres yeux et j’ai même entendu les explications. Je connais le chemin à suivre. Si je travaille assez dur, je peux y arriver.
Elbridge releva la tête.
Sonia était étendue sur le lit et ronflait doucement. Marcus réfléchissait, le visage grave. Rombel, lui, profitait de l’inattention générale pour chiper des pâtisseries sur la table et les manger en cachette.
Elbridge prit une profonde inspiration et s’adossa à un fauteuil moelleux.
Un certain temps s’écoula, puis quelqu’un frappa à la porte.
Toc, toc.
Elbridge se leva et ouvrit.
Le frère cadet de Murvach, le marquis Garmon Hagenlot, se tenait sur le seuil.
Contrairement à la fois précédente, où le marquis Garmon Hagenlot s’était montré peu intéressé par le groupe d’Elbridge, une pointe de tension se lisait sur son visage. Il avait probablement entendu parler de ce qui s’était passé au temple, plus tôt.
« … Sieur Elbridge. »
Ce n’était pas qu’une simple marque d’intérêt.
Le marquis Garmon Hagenlot semblait quelque peu intimidé par Elbridge, comme s’il venait seulement de comprendre qui il était vraiment.
« Je vous écoute. »
Le marquis Garmon Hagenlot hésita un instant, puis inclina la tête, comme s’il venait de prendre sa décision.
« Pourriez-vous m’accorder une faveur ? »
Notes de bas de page :
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