Chapitre 137
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Traducteur/éditeur : Ordre
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Chapitre 137 : Vers l’ouest
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Après le départ de Rita, Elbridge resta allongé dans son lit, perdu dans ses pensées.
« Le maître de la Tour Magique centrale est derrière tout ça. »
Elbridge était certain que le maître de la Tour Magique centrale avait orchestré toute cette affaire.
Ce n’était pas une conclusion hâtive. Les éléments qu’Elbridge avait réunis le confirmaient, tout comme les conclusions des elfes. Même Rita, qui avait autrefois été une déesse au ciel, semblait être arrivée à la même conclusion.
« Rita a dit que les sceaux de l’ouest n’ont pas encore été brisés. »
Au vu des circonstances, le maître de la Tour Magique centrale avait libéré des démons dans les régions orientale, septentrionale et centrale du continent.
Pourquoi le maître de la Tour Magique centrale aurait-il épargné les démons de l’ouest ?
« Il est plus logique de supposer que les plans du maître de la Tour Magique centrale ont échoué à l’ouest. Reste à savoir s’il est probable qu’il s’y rende. »
Elbridge se remémora son passage dans la région centrale.
Quand son groupe était arrivé pour la première fois à Middlemarch, le maître de la Tour Magique centrale était absent. C’était pourquoi l’expérience visant à sceller des démons avait été menée sous la direction du vice-maître de la Tour Magique centrale.
« Sonia m’a dit que le maître de la Tour Magique centrale s’absentait souvent, lui aussi. Ce n’est pas quelqu’un qui reste en place. »
Si tel était le cas, il y avait de fortes chances que le maître de la Tour Magique centrale se montre pour régler le problème à l’ouest.
Vu les circonstances, le maître de la Tour Magique centrale viendrait probablement seul, sans emmener d’autres mages. À bien des égards, la situation leur était favorable.
« Le moyen le plus sûr de maîtriser le maître de la Tour Magique centrale, c’est de l’attendre à l’ouest. »
Ayant achevé ses réflexions, Elbridge se retourna dans son lit, puis s’endormit.
* * *
Tôt le lendemain matin, Elbridge quitta discrètement la cabane sans réveiller ses compagnons.
Il lui restait une chose à faire avant de prendre la route vers l’ouest.
Ses pas le menèrent à l’endroit où s’était dressé l’arbre sacré.
Un elfe était assis près de la souche qui en restait. C’était Orion, qui avait été la troisième Sentinelle.
Orion affichait cependant une profonde tristesse.
« On dirait que tu as traversé bien des épreuves. »
Orion lui adressa un sourire affligé.
« J’ai tout perdu… »
Sans conteste, Orion était celui qui avait le plus souffert lors des récents événements.
La mission d’une Sentinelle était de protéger l’arbre sacré.
Mais puisque l’arbre sacré avait disparu, la fonction de Sentinelle n’avait plus lieu d’être.
Jin et Bella étaient montés au ciel ; la disparition de l’arbre sacré ne leur avait donc pas causé grand tort.
Le cas d’Orion était différent. Il avait perdu sa fonction de Sentinelle, et la déesse qu’il avait servie était descendue sur terre.
Bien sûr, Orion n’avait pas perdu sa force, mais on avait tendance à penser d’abord à ce qu’on avait perdu plutôt qu’à ce qu’il nous restait.
Et, parmi tout ce qu’Orion avait perdu, une chose l’attristait plus que les autres.
Orion prit la parole d’un ton abattu.
« Je n’en ai plus pour longtemps. »
« Tu devrais quand même tenir encore quelques années. Il peut se passer quelque chose d’ici là. »
Orion secoua la tête.
« Ce n’est pas si urgent. »
« Combien de temps te reste-t-il ? »
« Vu mon état actuel, environ cent cinquante ans… Si les choses tournent mal, je n’atteindrai peut-être même pas les cent ans. Mais je suis certain de ne pas vivre au-delà de deux cents ans. »
« … »
La compassion qui montait dans le cœur d’Elbridge s’évanouit doucement.
Même pour un elfe, c’était une durée de vie étonnamment généreuse.
« Pourquoi ne pas quitter la Forêt du Buisson d’Épines et accomplir de grands exploits pour monter au ciel, toi aussi, Orion ? »
« Je n’aime pas trop aller dans des endroits inconnus. Quitter mon pays natal, c’est quand même un peu… »
Orion n’avait finalement pas l’air si désespéré que ça.
Le peu de compassion qui subsistait dans le cœur d’Elbridge s’évanouit complètement.
« Bref, que viens-tu faire ici, Elbridge ? »
« J’aimerais te poser des questions sur le tir à l’arc que Jin a montré lors du dernier combat. »
Elbridge n’était pas archer. Une seule chose, dans le tir de Jin, pouvait l’intéresser.
La flèche qui avait transpercé Starwave, auréolée d’une lumière blanche.
« Tu parles des flèches imprégnées de divinité ? »
« Oui. »
Certains dieux conféraient un pouvoir divin similaire.
Mais la flèche de Jin n’était pas le fruit de l’intervention directe d’un dieu qui lui aurait accordé son pouvoir divin. Autrement dit, Elbridge pouvait peut-être apprendre cette technique, lui aussi.
Ni les célèbres chevaliers de l’Antiquité ni les Sentinelles d’autrefois n’avaient montré une telle aptitude. Elle avait très probablement été mise au point au cours des deux cents dernières années.
« Heureusement, je peux répondre à cette question. Elbridge, as-tu déjà senti la divinité en toi ? »
« Oui, comme tous les paladins. »
Orion agita les mains.
« Ce n’est pas ce que je veux dire. As-tu déjà directement senti le flux de divinité, au-delà du simple fait de l’accueillir et de ressentir les changements qu’elle provoque dans ton corps ? »
« Non… »
Orion hocha plusieurs fois la tête.
« Hum. Ce n’est pas grave. La sensation peut être inhabituelle, mais la technique n’est pas difficile à expliquer. »
« Enseigne-la-moi, s’il te plaît. »
Orion se redressa et pointa sa poitrine.
« La première étape, c’est la perception. Autrement dit, sentir la divinité qui circule dans ton corps. Comme lorsqu’on boit de l’eau chaude par une journée froide et qu’on sent sa chaleur descendre dans la gorge jusqu’à l’estomac. Ou comme lorsqu’on sent l’air frais pénétrer dans ses poumons après avoir couru jusqu’à l’épuisement. »
Une personne née aveugle ne pouvait pas se représenter un paysage d’été en se contentant d’en entendre la description.
Une personne née sans bras ne pouvait pas comprendre la sensation de bouger les doigts.
De même, Elbridge ne pouvait pas saisir d’emblée les explications d’Orion. Il les grava néanmoins soigneusement dans sa mémoire.
« Après la perception vient la concentration. Tu guides la divinité que tu as sentie et tu la rassembles. La dernière étape, c’est la libération. »
Orion leva le pouce à la place de son index, qui n’avait pas encore guéri.
« La perception relève des sensations, tandis que la concentration et la libération relèvent de l’action. Mais seule la libération est visible à l’œil nu. »
Une lumière blanche enveloppa le pouce d’Orion.
Lorsqu’Orion appuya légèrement sur un rocher tout proche, son pouce s’enfonça sans effort dans la pierre, puis s’en retira. La marque de son pouce resta imprimée dans le rocher.
« Voilà tout. C’est simple, non ? »
Orion haussa les épaules, comme si de rien n’était.
Pourtant, Elbridge discerna une pointe de fierté dans son expression. Contrairement à ce que laissait entendre Orion, la maîtrise de cette technique avait dû demander beaucoup de temps.
« … Ça a l’air difficile. »
« Ça peut sembler difficile au début. Mais si tu te souviens de mes explications, tu as au moins compris dans quelle direction aller. Il ne te reste plus qu’à t’exercer sans relâche. »
« Cette technique a-t-elle un nom ? »
« Comme c’est Bella qui l’a créée, nous l’avons appelée l’art martial de l’école de Bella. »
Un nom sans imagination, mais qui avait le mérite d’être clair.
Alors qu’Elbridge s’apprêtait à en rester là, les yeux d’Orion s’illuminèrent.
« Mais maintenant que Bella est devenue une déesse, ce serait irrespectueux de mentionner son prénom à la légère. »
« Alors… ? »
« Appelle-la l’art martial de l’école d’Orion, s’il te plaît. »
« … »
Le désir de reconnaissance d’Orion était si évident qu’Elbridge se contenta de le dévisager.
Orion le fixa à son tour.
À ce regard effronté, Elbridge comprit ses intentions.
Orion avait imaginé un plan bien simple : faire connaître son nom partout grâce à Elbridge, puis monter au ciel.
Cela dit, le plan ne semblait pas poser de gros problème.
C’était Orion qui avait choisi le nom qu’il voulait. Si Bella se fâchait un jour, Orion en subirait les conséquences, pas Elbridge.
Puisqu’il venait d’apprendre une excellente technique, Elbridge pouvait au moins lui donner le nom qu’Orion lui avait demandé.
« … C’est vraiment un nom magnifique. Merci de me l’avoir enseignée. »
Elbridge serra la main d’Orion.
* * *
Quelques jours après que le groupe eut quitté la Forêt du Buisson d’Épines pour se diriger vers le sud, la Forteresse d’Hébron apparut à l’horizon.
Sonia s’étira en levant les deux bras.
« Ça ne fait même pas un mois qu’on a quitté la Forteresse d’Hébron, et pourtant, j’ai l’impression qu’une année entière s’est écoulée. »
Sonia n’avait plus d’index à aucune de ses deux mains. Ils étaient restés sectionnés depuis l’apparition du Maître de l’Index, la dernière fois. Rombel et Marcus avaient eux aussi perdu leur index.
L’une des raisons pour lesquelles le groupe d’Elbridge était venu à la Forteresse d’Hébron, c’étaient ces doigts.
Des paladins et des prêtres dotés du pouvoir de guérison étaient affectés à la Forteresse d’Hébron ; ils pourraient donc leur faire repousser leurs doigts.
Griiiinc… Vroum, vroum.
À l’approche des quatre voyageurs, les portes de la Forteresse d’Hébron s’ouvrirent sans que personne leur demande qui ils étaient.
Marcus sembla ravi de la situation.
« Les célèbres chevaliers de la Forteresse d’Hébron me reconnaissent. Je sens vraiment que j’ai réussi. »
Rombel renifla avec mépris.
« Tss. Ce n’étaient pas des chevaliers, mais des gardes. Et ils ont probablement reconnu Elbridge et moi, pas toi. Non, ils ont peut-être reconnu Sonia. Il n’y a presque pas de filles de son âge à la Forteresse d’Hébron… »
Marcus lança un regard noir à Rombel.
Mais Rombel n’était pas du genre à se laisser intimider par un regard pareil. Il leva plutôt son poing velu pour menacer Marcus.
Le groupe d’Elbridge se dirigea droit vers l’infirmerie.
Les sourires de Marcus et de Sonia s’effacèrent peu à peu. Ils se rappelèrent ce qu’Elbridge leur avait expliqué au sujet du traitement de leurs index.
Même si le pouvoir de guérison était déversé sur une blessure, une plaie déjà cicatrisée ne permettait pas à de la chair neuve de repousser.
Pour faire repousser un index sectionné, il faudrait inciser la peau à l’endroit où le doigt aurait dû se trouver.
Marcus hésita, puis s’arrêta.
« Et si je gardais simplement un doigt en moins ? Pas mal de Mercenaires que je connais ont perdu un ou deux doigts… »
« Si c’était ton auriculaire, tu pourrais le laisser comme ça. Mais il faudra bien faire repousser ton index tôt ou tard. Arrête d’hésiter et entre. »
Elbridge poussa presque tout le groupe dans l’infirmerie.
Dès qu’ils entrèrent, d’innombrables regards se tournèrent vers eux.
Les autres chevaliers semblaient tout juste revenus du combat ; beaucoup faisaient soigner leurs blessures.
Le comte d’Hébron était parmi eux.
« Sieur Elbridge. Vous êtes de retour, vos affaires terminées ? »
« Pour l’instant, oui. »
« Pour l’instant ? »
Si Elbridge était venu à l’infirmerie, c’est qu’il devait être blessé.
Le comte d’Hébron examina Elbridge, puis le reste du groupe.
Il remarqua alors que les trois compagnons d’Elbridge n’avaient plus d’index.
La famille du comte d’Hébron défendait la Forteresse d’Hébron depuis des temps immémoriaux et se tenait en première ligne dans la guerre contre les démons.
Contrairement aux nobles de l’est, qui considéraient les démons comme de simples légendes, le comte d’Hébron était l’un des nobles de cette époque qui en savait le plus sur eux.
C’était pourquoi il comprenait ce que signifiaient les blessures du groupe.
« Sieur Elbridge, ne me dites pas que… »
Les gens qui vivaient sur les champs de bataille avaient tendance à croire aux superstitions, au moins dans une certaine mesure, et n’aimaient pas prononcer à voix haute les noms de mauvais augure.
Le comte d’Hébron ne faisait pas exception et laissa sa phrase en suspens, embarrassé.
« Si. Le Maître de l’Index est apparu. »
« Vous l’avez peut-être repoussé ? Je n’en attendrais pas autant de quelqu’un d’autre, mais de vous, sieur Elbridge… »
Elbridge secoua la tête.
« Non. Le Maître de l’Index a attiré Starwave et a quitté le champ de bataille. »
« Starwave aussi ? C’est un miracle que vous soyez revenus vivants. Je dois prévenir tout le monde à la forteresse. Il faut préparer davantage de bois imbibé d’huile, au cas où nous devrions allumer des feux à tout moment, et faire porter des dagues à tous pour qu’ils puissent se couper l’index… »
« Une dague sera nécessaire, mais pas le feu. Nous avons scellé Starwave. »
« … Vous avez scellé Starwave ? »
Le comte d’Hébron savait qu’Elbridge n’était pas du genre à plaisanter à la légère.
Malgré tout, il étudia son expression pour savoir si ses paroles étaient vraies ou s’il s’agissait d’une vaine fanfaronnade.
« C’est vrai ? Vous avez scellé Starwave ? »
Ceux qui attendaient des soins se tournèrent vers Elbridge, tout comme les prêtres qui étaient en plein traitement des blessés.
À leurs yeux, Starwave tenait moins du démon que de la catastrophe naturelle.
« Bien sûr. Regardez. »
Sonia fouilla dans ses affaires et en sortit deux instruments de scellement.
« Celui-ci sert à sceller Starwave ; l’autre est destiné à un autre démon de type végétal. »
« … Je savais que tu étais doué, mais pas à ce point. »
« C’est la Sentinelle de la Forêt du Buisson d’Épines qui a maîtrisé Starwave. Je n’ai fait que le retenir un moment, jusqu’à ce que la Sentinelle puisse s’en charger. »
Elbridge parla avec modestie.
Mais même cela avait du mal à passer. La plupart des habitants de la Forteresse d’Hébron avaient déjà aperçu Starwave de loin au moins une fois.
« … On peut vraiment retenir Starwave ? »
Tandis que tous restaient perplexes, Elbridge poursuivit son explication.
« En reconnaissance de cet exploit et de leurs hauts faits passés, les deux Sentinelles sont montées au ciel, tandis que la Goddess of Thornbush est descendue sur terre. »
« … Je ne comprends absolument rien à ce qui se passe. »
« C’est une histoire compliquée. Je vous l’expliquerai plus tard. »
Après avoir brièvement résumé les événements, Elbridge s’approcha d’un homme qui attendait des soins.
C’était Murvach, le capitaine de la compagnie de Mercenaires de Murvach.
« Murvach. »
« Quoi ? »
Le groupe d’Elbridge était venu à la Forteresse d’Hébron en partie parce qu’elle se trouvait sur leur route vers l’ouest, mais aussi pour demander l’aide de Murvach.
Elbridge, Sonia et Marcus venaient tous de l’est.
La situation de Rombel n’était guère différente : il venait d’une cité montagnarde du sud-est. Le groupe d’Elbridge avait beaucoup voyagé, mais aucun de ses membres ne connaissait bien l’ouest.
Murvach, lui, venait de l’ouest.
« J’ai quelque chose de très important à faire. Accepterais-tu de venir avec nous dans l’ouest ? »
Murvach réfléchit un instant, puis posa une question à Elbridge. Contrairement à un Mercenaire ordinaire, il ne parla pas de paiement.
« Si quelqu’un comme toi dit ça… À quel point est-ce important ? »
« Je ne sais pas. »
Quand une personne ordinaire disait qu’elle ne savait pas, cela voulait dire une chose.
Quand quelqu’un comme Elbridge disait qu’il ne savait pas, cela signifiait tout autre chose.
Les mots étaient les mêmes, mais leur sens n’avait rien à voir.
Murvach eut un petit rire.
« Je partirai avec vous demain. »
Notes :
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