Chapitre 390
J’étais devenu le successeur officiel des <Enfers> ; bien que ce soit moi qui l’aie dit, cela ne me semblait pas très réel.
Cependant, il semblait que je n’étais pas le seul à douter de la sincérité de ma déclaration. Le Roi du Tartare et souverain de la nuit, Hadès, me dévisageait.
[Tu as proféré un mensonge au sein des <Enfers>.]
Accompagnée d’une sensation glaciale, assez froide pour me glacer les orteils, la « mort » me fixait désormais droit dans les yeux.
[À peine devenu notre enfant, je vois que tu apprends déjà à nous tromper.]
Hadès me réprimanda d’une voix froide et se leva de son trône pour s’approcher de ma position. Je voulais me lever sur-le-champ, mais mon corps refusait d’obéir.
Le Statut d’une Constellation de rang Mythique avait totalement paralysé mon corps, voilà pourquoi.
Heureusement, rien de fâcheux ne se produisit. Hadès arriva là où je me trouvais, mais il passa devant moi sans se presser et sortit tout droit du palais royal.
Je poussai un soupir de soulagement et tournai la tête pour trouver Perséphone, qui se frottait le menton avec un sourire significatif sur le visage.
[H-mm... Est-ce là ce conflit entre père et fils dont j’ai tant entendu parler... ?]
Pour un ton de voix sortant d’un visage à l’air préoccupé, elle semblait plutôt amusée.
[Une bataille éternelle entre un père et un fils, avec la mère au milieu...]
....Cela ressemblait à une narration profondément imprégnée des mœurs de l’Olympe.
Comme pour me dire de ne pas m’inquiéter, Perséphone me tapota légèrement l’épaule. Ce n’est qu’alors que je sentis les muscles de mon corps, figés par le Statut d’Hadès, se détendre.
[Ne t’en fais pas trop, car la personnalité de ton père a toujours été ainsi.]
« .... »
[Cependant, ta culpabilité dans cette affaire est tout aussi grave pour avoir osé proférer un mensonge en premier. Tu n’as jamais eu l’intention de rester dans les <Enfers> depuis le début, n’est-ce pas ?]
Elle avait parfaitement visé juste et je n’avais rien à dire. Je n’avais jamais voulu remplacer Hadès et devenir le roi de ce royaume. Ce que je voulais, c’était les pouvoirs des <Enfers>, pas hériter de leur trône.
Hadès avait probablement deviné mes motivations depuis un moment déjà.
[Il faudra un certain temps avant que la colère de ce cher homme ne se soit suffisamment apaisée.]
« Je suis désolé. »
[Inutile de t’excuser – il est vrai qu’Hadès et moi savions déjà que tu n’avais jamais prévu de rester dans ce royaume de toute façon.]
Les yeux de Perséphone se courbèrent en deux doux croissants.
[Si cela te convient, accompagne ta mère pour un repas.]
*
La table de Perséphone, que je n’avais pas vue depuis un moment, était restée pratiquement la même ; des tranches de steaks bien cuits et appétissants, ainsi que de la salade, disposés en plusieurs couches sur une grande assiette. En apparence, ils ressemblaient à des aliments courants, mais je savais déjà très bien qu’il ne s’agissait pas d’un repas ordinaire.
[Bravoure d’une Impératrice des Épées ayant Conquis le Monde]
[Sagesse d’un Magicien de 3e Cercle ayant Passé sa Vie dans une Bibliothèque]
[Volonté d’un Maître d’Épée ne pouvant utiliser ni le Renforcement d’Épée ni la Manifestation d’Épée]
Je me demandai si j’avais mal lu et relus le menu une fois de plus.
[Dépêche-toi de manger à ta faim. Le menu ne te convient-il pas ?]
« ....Non, ce n’est pas ça, mais... »
[Maintenant que tu es devenu une Constellation, tu dois consommer des Fables appropriées pour survivre. Tu ne pourras pas absorber assez de nutriments via la nourriture des humains ordinaires. J’espère qu’en tant qu’adulte, tu as réussi à corriger tes habitudes alimentaires difficiles.]
Elle parlait comme ma vraie mère en disant cela.
[Ta mère s’inquiète beaucoup pour toi – si tu manges correctement et à l’heure, si tu dors suffisamment...]
Ma main qui se dirigeait vers la fourchette s’immobilisa à ses mots. « Avez-vous parlé à ma mère ? »
[Fufu. Nous avons discuté quelques fois.]
Si c’était Perséphone, elle en était tout à fait capable. Le foie gras placé devant moi portait même ce nom :
[Cœur d’une Mère laissant partir son Enfant]
....Ce ne pouvait pas être le vrai cœur de ma mère, n’est-ce pas ?
Je posai ma fourchette et parlai. « Je vois que le type de nourriture a changé depuis la dernière fois. Il y avait des Maîtres d’Épée et des Archimages ici par le passé, si je me souviens bien. »
[L’« Île des Réincarnés » est ouverte maintenant, alors nous devrions profiter de plats spéciaux pour changer, ne trouves-tu pas ? J’ai beau avoir cette apparence, je reste membre de l’Association des Gourmets, je ne devrais donc pas manger la même chose tous les jours.]
Sa fourchette et son couteau bougèrent ; accompagnés d’une sauce riche, des paragraphes aromatiques s’échappaient de Fables finement tranchées. Les mouvements gracieux de la main de Perséphone portèrent cette nourriture à sa bouche. Ce qu’elle venait de manger était [Volonté d’un Maître d’Épée ne pouvant utiliser ni le Renforcement d’Épée ni la Manifestation d’Épée.]
[Et, certaines Fables disparaîtront si tu ne fais pas l’effort de les consommer.]
Des Fables mourantes se désintégraient au bout de la fourchette.
Des Fables que personne ne recherchait déversaient des phrases envoûtantes sur le bout de la langue de Perséphone jusqu’à ce qu’elle les consomme.
Je me sentais partagé en observant cette scène ; Perséphone se retourna et sourit. [Je suis consciente que tu es mécontent des habitudes alimentaires des Constellations. Tu n’aimes probablement pas la façon dont nous consommons facilement les joies, les colères, les peines et les plaisirs des Incarnations.]
« .... »
[Cependant, chaque incident se produisant dans l’univers est destiné à être laissé derrière soi en tant que Fable. Toi, moi, les autres Incarnations et les Constellations. Nous finirons tous par être consommés par quelque chose d’autre.]
La vie de tous les êtres vivants deviendrait les histoires du <Star Stream>.
[Si nous sommes liés par un tel destin, alors le mieux que les Constellations puissent faire est d’agir pour préserver le spectre le plus varié de Fables... C’est ma conviction.]
Laisser derrière soi des Fables variées, et préserver des types d’histoires variés.
Peut-être que ce que disait Perséphone n’était pas faux. À sa manière, elle poursuivait ce qu’elle croyait juste au sein du <Star Stream>. C’était probablement aussi la raison pour laquelle elle était membre de l’« Association des Gourmets ».
Mais j’étais sûr qu’elle ne m’avait pas invité ici pour parler de sa philosophie sur les Fables.
« Puis-je vous demander ce que vous souhaitez vraiment me dire ? »
[En vérité, Hadès ne veut pas que tu restes ici.]
« .....Cela signifie-t-il qu’il ne veut pas que je sois son successeur ? »
[C’est différent. Si je devais le mettre en mots...] Perséphone parla alors qu’elle commençait à couper la délicatesse placée sur l’assiette au milieu de la table. [Hadès et moi... Nous ne souhaitons pas que tu t’arrêtes au simple titre de « Roi des Enfers ».]
« Cela signifie... »
[L’Olympe est tombé. Les Enfers, eux aussi, ont perdu leur gloire d’antan. Se satisfaire de la position de « Roi des Enfers », cela ne revient pas à autre chose qu’à accrocher ton nom à la traîne d’une Fable en train de disparaître.]
« Les Enfers sont une bonne Fable. »
[Et c’est aussi une Fable sur le déclin.]
En effet, le pouvoir enveloppant les <Enfers> n’était pas le même par le passé. Une Fable ancienne et flétrie ; une histoire dont on parle de moins en moins dans le <Star Stream> perdrait peu à peu son pouvoir.
Les yeux indéchiffrables de Perséphone fixant les mets contenaient une mélancolie profonde. Peut-être y pensait-elle constamment, même en dînant et en savourant de nombreuses Fables différentes.
La peur qu’à terme, ses <Enfers> et ceux d’Hadès ne soient enterrés dans les ruelles oubliées du temps qui passe et ne deviennent qu’une pièce empaillée de plus sur l’« Île des Réincarnés ».
[C’est la voie indéniable du temps lui-même tant que nous existons au sein du <Star Stream>.]
Au moment où j’entendis ses mots, je fus submergé par cette tristesse insondable et intense. C’était le genre de tristesse que je n’avais jamais ressenti auparavant.
Perséphone et Hadès finiraient par disparaître. Des mémoires des gens, de mes propres souvenirs – et l’histoire qu’ils avaient compilée disparaîtrait à jamais.
Je n’aimais pas les Constellations. Je n’aimais pas leurs actions, et je n’aimais pas non plus la façon dont elles épiaient le monde. Mais pourquoi...
....Ne voulais-je pas voir Perséphone et Hadès disparaître ?
Peut-être ne voulais-je pas reconnaître cette vérité, car j’ai parlé d’une voix sèche sans m’en rendre compte. « Pourquoi êtes-vous si gentille avec moi ? » Je me mordis les lèvres avant de les rouvrir. « Je suis simplement venu ici pour vous utiliser. »
Si je ne parvenais pas à acquérir le pouvoir des <Enfers>, alors la <Kim Dok-Ja Company> finirait en grand danger sur l’« Île des Réincarnés ». Même alors, j’ai prononcé ces mots. Peut-être voulais-je confirmer quelque chose, en tant qu’humain appelé « Kim Dok-Ja », et non en tant que <Kim Dok-Ja Company>.
[« Le 4e Mur » tremble légèrement !]
[« Le Fruit du Bien et du Mal » aggrave votre conscience coupable.]
....Même si cette confirmation s’avérait être une perte de temps inutile.
Perséphone m’étudia tranquillement pendant un moment, s’essuya légèrement les lèvres avec une serviette et tendit la main dans ma direction. Ses yeux étaient doux et amicaux, sans une once d’animosité. Décontenancé, j’essayai de me lever, mais son Statut avait déjà atteint mon épaule.
[Il y a très longtemps, nous avons reçu une certaine révélation des « trois sœurs du destin ».]
« ....Une révélation ? »
[Elle disait : « Un successeur à la nuit la plus sombre, qui mettra fin au plus ancien Mythe, apparaîtra. »]
Brusquement, je me rappelai l’histoire que Dionysos m’avait racontée auparavant.
– Plusieurs Constellations, dont moi-même, pensent que tu seras celui qui atteindra le ■■.
Les « plusieurs Constellations » de l’époque devaient être Perséphone et Hadès.
Pendant ce temps, elle poursuivit. [J’étais initialement furieuse après avoir entendu cet oracle.]
.....Furieuse ?
[Parce que je possède la « Fable qui ne peut pas avoir d’enfants ».]
Je n’avais aucune idée que Perséphone avait un tel passé. Se pourrait-il que la raison pour laquelle elle n’avait pas eu d’enfants jusqu’à présent soit celle-ci ?
Perséphone écarta légèrement mes cheveux.
[Au début, j’ai attendu, me demandant si c’était possible. Peut-être serais-je bénie par un miracle. Peut-être serions-nous bénis par un bel enfant qui se souviendrait de nos histoires. Même si seuls l’obscurité, le paysage infernal et les prisons existaient ici, nous étions confiants de pouvoir élever notre enfant mieux que n’importe lequel des 12 dieux de l’<Olympe> si nous en avions l’occasion. Pour enseigner à notre enfant les moyens de comprendre l’obscurité des autres êtres, pour lui raconter le genre d’Enfer que les autres ne pourraient jamais compatir, et pour lui montrer la prison impitoyable punissant le mal qui piétine la droiture de l’univers.]
« ... »
[Pendant plusieurs centaines d’années, j’ai vécu dans cette illusion.]
Le bout de ses doigts tremblait très légèrement.
Je n’osais pas comprendre la signification derrière ce tremblement. Je ne pouvais tout simplement pas commencer à déballer la douleur et la haine envers l’<Olympe> contenues dans chaque mot qu’elle prononçait.
Perséphone parvint à soupirer doucement et continua. [Hadès et moi avons forcé le passage à travers bien des choses pendant très longtemps. Nous savions que nous ne pouvions pas avoir d’enfants, mais nous n’avons jamais été malheureux. Même si les <Enfers> devaient prendre fin à notre génération et que personne ne se souviendrait des Fables que nous avions vécues – nous sommes différents des 12 dieux, nous sommes différents de ces parents qui ont transmis de force leurs Fables à leurs enfants. Nous sommes complets tels que nous sommes.]
« ... »
[Mais ensuite, un jour, tu as fait ton apparition.]
Les yeux de Perséphone me fixaient désormais.
[En fait, il a été le premier à te découvrir.]
Elle continua avec la voix de quelqu’un dans un rêve.
[Il a dit qu’il avait commencé à observer ton histoire depuis le moment où tu avais réussi à survivre dans le métro. Au début, je pouvais à peine croire qu’il existait un enfant comme toi. Parce que je croyais que de telles Fables étaient terminées dans ce monde. Je me souviens encore de sa voix excitée quand il parlait de toi.]
« .... »
[Nous avons regardé une petite Fable qui a grandi toute seule en luttant contre le monde lui-même. Nous avons regardé, alors que tu défiais les puissantes Constellations, affrontais le Dieu Extérieur, et tout en résistant aux scénarios des Dokkaebis... réussissant à amasser cinq Fables pour renaître en tant que petite Constellation parmi les étoiles.]
Je me rappelai les moments de la naissance de la <Kim Dok-Ja Company> il y a longtemps. À l’époque, Perséphone était l’une des cinq Constellations qui m’avaient soutenu.
[C’est là que nous avons commencé à penser à ceci – que nous voulions devenir tes parents.]
Je parvins à peine à ravaler quelque chose qui tentait de monter. Je sentais que je pouvais tout juste comprendre la vérité de l’affection que Perséphone m’avait témoignée tout ce temps... Juste un tout petit peu.
[Hadès et moi ne souhaitons pas que tu finisses comme le « Roi des Enfers ». Nous ne souhaitons pas non plus que tu sois lié à nous, et nous ne souhaitons pas que les vies que nous avons vécues, notre histoire, deviennent les règles auxquelles tu dois te conformer. Non, tout ce que tu as à faire, c’est d’avancer vers la fin de tous les scénarios, comme tu l’as fait depuis le début.]
« Mais, je... Je suis celui des Enfers... »
[Tu es notre fils. C’est tout ce qui compte.]
Je ne possédais rien pour rendre cette gentillesse. Tout ce que je pouvais leur donner, c’était juste la promesse d’un futur qui n’avait pas encore été écrit, celui sans aucune garantie.
« Quand j’atteindrai le ■■ de tous les scénarios, je... je serai définitivement avec vos histoires, aussi. »
Perséphone esquissa un léger sourire.
[Dirige-toi vers la terrasse. Ton père t’attend.]
*
Je n’avais aucun bon souvenir de mon père.
Mon père, ivre mort et me battant ; le mécontentement envers le monde craché comme des malédictions, et l’animosité inexplicable dirigée vers moi.
Je n’avais que des souvenirs d’une vie où je devais simplement endurer et continuer à vivre.
« Pardonnez-moi... »
Hadès, possédant l’ombre de la noble nuit, attendait à l’autre bout de la terrasse. Il fixait la vue des Enfers s’étendant de l’autre côté du palais.
Je ne savais que dire et ne pouvais que fixer l’immensité sans fin ; je vis les affluents où coulait le fleuve de l’enfer, et au-delà, des âmes errantes regardant dans cette direction.
[Le vois-tu ?]
Les morts d’innombrables personnes étaient là ; la tristesse était là aussi, tout comme les joies et les peines de la vie. Tous ces désirs chéris qui n’avaient pas abouti flottaient à la surface de la rivière.
[Voici les Enfers.]
Alors que les Constellations accomplissaient leurs désirs dans les scénarios, les âmes sacrifiées à ces désirs étaient balayées dans cet endroit. Le monde de ceux qui étaient rejetés, blessés et brisés par les scénarios – c’étaient les Enfers.
Je déplaçai mon regard vers Hadès.
Il comprenait cette obscurité et était devenu le « Roi des Enfers ».
....Tout en ne détournant jamais le regard des marées de tristesse se précipitant depuis le monde des vivants, tout en sauvant chacune de ces âmes. Tout en écoutant les histoires des autres pendant des milliers d’années, non, même des dizaines de milliers d’années.
À ce moment-là, je pensai pour une raison quelconque que je pouvais dire les mots que j’avais retenus depuis le plus longtemps.
« ....Père. »
Hadès ne répondit pas. Peut-être que ce mot lui était tout aussi étranger qu’à moi.
Pourtant, il répondit. [Commande l’armée.]
Je le regardai à nouveau, totalement stupéfait cette fois.
Et l’instant d’après, j’entendis le son semblable au rugissement de l’obscurité.
Les âmes à proximité immédiate des murs de la forteresse se précipitaient vers le palais. Certaines d’entre elles portaient des expressions déterminées, tandis que d’autres portaient des expressions héroïquement sombres. Et devant elles toutes, se tenaient les Trois Juges.
C’était une armée énorme, s’écrasant comme un raz-de-marée. J’eus du mal à cacher mon cœur palpitant face à l’aura puissante de la grande armée qui n’avait jamais été vue auparavant.
[Pour la gloire des <Enfers> !]
Le premier Juge cria.
[Pour la gloire du Prince des Enfers !]
Le deuxième Juge se prosterna et me regarda.
Et alors que le troisième Juge levait puissamment sa lance vers les cieux, chaque âme ici commença à rugir d’une seule voix.
[Pour l’éternité de tous les scénarios et leur épilogue !]
Alors que le rugissement se poursuivait, le « Roi des Enfers » s’adressa à moi. [Maintenant, va.]
Hadès ne me regarda même pas quand il dit cela.
Même s’il ne le faisait pas, il me regardait toujours.
Il m’avait toujours regardé.
[<Enfers> est ton allié à partir de ce moment.]
<Épisode 74 : Grande Guerre des Saints et des Démons (4)> Fin.