Chapitre 736
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 736 : Récit du passé, rétrospective d’une régresseuse — 4
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Le septième cycle prit fin et, après avoir traversé sept morts, Shei atteignit le huitième. Cette régression marqua pour elle un nouveau tournant.
Shei avait désormais quelqu’un avec qui partager ses régressions, et elle avait rencontré la Maîtresse de l’Épée, qui pourrait devenir son maître. Les événements prenaient une ampleur sans commune mesure avec celle des cycles précédents, qui s’étaient achevés sur des querelles avec l’État militaire.
Peut-être apprendrait-elle des arts énergétiques extraordinaires au cours de ce cycle. Elle n’osait même pas rêver de la Frontière d’inversion céleste. La Maîtresse de l’Épée, l’une des Douze Sièges du Zodiaque, lui enseignerait sûrement un art énergétique qui lui conviendrait.
Mais.
Son désespoir fut assez grand pour anéantir tout cet espoir.
« Le Roi du Péché… Quand est-il apparu ? Était-il déjà là dans les cycles précédents ? Ne me dites pas que je suis morte en combattant l’État militaire sans même avoir jamais vu le Roi du Péché ? »
Tout ce qu’elle avait entrepris jusque-là contre l’État militaire lui parut soudain dérisoire. Tant qu’elle ne vaincrait pas le Roi du Péché, Shei n’aurait jamais d’avenir radieux, même si elle détruisait l’État militaire.
Que devait-elle faire ? Comment pouvait-elle le vaincre ?
Même avec le pouvoir de régresser, Shei ne voyait aucune voie à suivre.
Si Shei avait été plus intelligente ou mieux renseignée, elle aurait peut-être tout abandonné sur-le-champ. Heureusement, elle n’était ni l’une ni l’autre.
« J’y réfléchirai en avançant. »
On ne voyait jamais plus loin que ce qu’on savait. Comme Shei ne savait rien, elle ne voyait même pas correctement. Le mur qui entourait la maison d’un voisin ou les remparts imposants d’une forteresse, à ses yeux, c’était toujours un mur.
Shei se dirigea vers le Sanctuaire. À son huitième cycle, fuir l’État militaire ne lui posait aucun problème.
Le Sanctuaire n’était pas un pays. En principe, il faisait partie du territoire de l’Empire et ses lois comme ses institutions suivaient celles de l’Empire. Ses frontières étaient floues et les déplacements entre son territoire et celui de l’Empire n’étaient pas réglementés.
Pourtant, le Sanctuaire était bel et bien distinct de l’Empire.
Dans cette région qu’on appelait le Sanctuaire, les habitants se disaient croyants et vouaient une foi sincère au Dieu céleste et aux Saintes Vierges. Ils obéissaient aux Écritures plutôt qu’à la loi et, lorsqu’ils surprenaient un pécheur, ils le conduisaient d’abord au confessionnal. Au lieu de punir, ils privilégiaient la rééducation et le repentir pour rétablir l’ordre.
Une terre bâtie sur la foi. Le Sanctuaire.
Dans les autres pays, c’était impossible. Mais au Sanctuaire, c’était devenu réalité.
Car le Dieu céleste transformait la foi en pouvoir.
Plus une personne était vertueuse et pieuse, plus son pouvoir divin était grand. Un pouvoir accru affermissait la foi, et leur force comme leur caractère se transmettaient à ceux qui se trouvaient en dessous d’eux, formant une pyramide de foi.
Au sommet de cette pyramide se tenaient les Saintes Vierges.
Bénies par la Première Sainte Vierge, elles accomplissaient des miracles qui leur permettaient de voir l’avenir. Elles prouvaient l’existence du Dieu céleste. Si un dieu existait dans ce monde, c’était parce que les Saintes Vierges existaient.
Elles croyaient sans douter et le prouvaient par leur pouvoir. Voilà pourquoi aucun péché ne se commettait au Sanctuaire. Les Dix Commandements y étaient scrupuleusement respectés, et la lumière révélait toutes les ténèbres.
Personne ne volait les biens d’autrui, ne convoitait son prochain, ne déshonorait ses parents, ni ne cessait de craindre l’enfer et d’aspirer au paradis.
Une telle foi serait récompensée même après la mort.
« … Même si je reviens à la vie après être morte. »
Troublée, Shei fixa l’immense muraille blanche qui se dressait au loin.
La ville sainte du Sanctuaire, Rakion, la cité blanche. Aucun péché ne se commettait sur les terres directement gouvernées par la Sainte Vierge. Les croyants rendaient grâce à chaque instant qui leur était accordé et, plutôt que de s’en prendre aux autres, ils se flagellaient eux-mêmes. C’était une ville de pureté et de foi qui ne tolérait pas la moindre souillure.
Si le paradis existait vraiment, il devait ressembler à Rakion.
Avant d’entrer dans la ville, Shei reçut des explications et revêtit une tenue de pèlerin. Elle ressemblait à une toge, un simple morceau de tissu enroulé autour du corps, mais en contenait encore moins. Au moindre geste un peu brusque, ses sous-vêtements seraient à découvert. Elle avait entendu dire que cette tenue était conçue pour favoriser l’hygiène, la propreté et une bonne tenue, mais elle ne pouvait s’empêcher de s’en inquiéter, ce qui la mettait mal à l’aise.
À Rakion, où chacun balayait chaque jour le sol devant chez soi, on ne pouvait même pas laisser traîner ses empreintes de pas. Chaque fois que Shei s’apprêtait à laisser une trace, elle sentait le regard sévère de quelqu’un posé sur elle.
Sa rigueur rappelait celle de l’État militaire, et pourtant, c’était différent. L’ordre de l’État militaire était né de la peur qui tenaillait les gens, tandis qu’à Rakion, on le respectait par foi.
« Le suivre de son plein gré, c’est peut-être mieux, mais… »
Shei veilla à soigner sa démarche tandis qu’elle avançait avec les pèlerins. Lorsqu’ils eurent achevé leur pèlerinage autour de Rakion, leur guide s’adressa à eux.
« Frères et sœurs, votre pèlerinage s’achève ici. À partir de maintenant, vous êtes libres de vous rendre où bon vous semble sur le parcours de pèlerinage. »
Libérée de ce programme étouffant et fastidieux, Shei s’adressa aussitôt à son guide.
« Je dois me rendre au Confessionnal de l’Inertie. »
Le guide parut décontenancé.
« Le Confessionnal de l’Inertie… ? Qui vous a parlé de cet endroit ? »
« Pourquoi ? »
« … Pardonnez mon impudence, ma sœur. Si vous connaissez ce nom, c’est que quelqu’un vous y a conduite. »
Les lèvres pincées, le guide conduisit Shei au Confessionnal de l’Inertie.
Si le monde était véritablement rempli de bienveillance, il n’y aurait besoin ni de lois, ni d’ordre, ni de commandements. Les gens se feraient entièrement confiance, coopéreraient sans qu’on le leur demande, se soucieraient les uns des autres et s’épanouiraient ensemble.
Pourtant, la malveillance persistait dans le cœur des hommes. Le désir, les pulsions et la sauvagerie blessaient autrui, cherchaient le profit personnel, trompaient les gens et emplissaient le monde de méfiance.
Hélas, la bienveillance était toujours vaincue par la malveillance. Les gens bons étaient trompés, dépouillés et tourmentés par les méchants. Dans un monde imparfait, deux destins attendaient les gens bons.
Ils mouraient en restant bons.
Ou ils devenaient mauvais à leur tour.
Ceux qui mouraient en restant bons allaient au paradis. Le Sanctuaire honorait les âmes de ceux qui avaient connu une mort aussi tragique. Il leur offrait au moins ce maigre réconfort, en leur promettant qu’ils y seraient heureux pour l’éternité.
Une question demeurait.
Si toutes les bonnes personnes étaient parties au paradis,
que restait-il dans ce monde ?
Le monde était plein de malveillance. Les lois se servaient du mal pour gouverner le mal, et l’économie reposait sur le postulat de l’égoïsme humain. Les enfants apprenaient à se méfier des autres avant d’apprendre à aimer leur prochain.
On n’y pouvait rien. Les gens bons étaient déjà au paradis ; il fallait donc contenir et exploiter la nature des méchants qui restaient.
Le Confessionnal de l’Inertie était celui qui accueillait ce mal inévitable. Contrairement aux confessionnaux qui apaisaient les souffrances et épuisaient les corps comme les esprits par une douce bienveillance, il traitait l’inertie de manière purement pragmatique et à grande échelle.
Shei s’y rendit. Assise dans le confessionnal sombre et étroit, elle attendit que quelqu’un arrive de l’autre côté.
Dès qu’elle entendit l’autre personne arriver, Shei prit la parole avant que le confesseur ait fini sa phrase.
« Âme égarée, qu’est-ce qui vous amène… »
« J’ai vu la fin du monde en rêve. Un Arbre-Monde rouge sang s’est dressé et a détruit le monde. »
* * *
Tout se déroula sans accroc. Jamais, au cours des régressions de Shei, les choses n’avaient avancé aussi vite et aussi facilement. Une Sainte Vierge la convoqua aussitôt et elle se rendit au sanctuaire. Après que de jeunes acolytes l’eurent traitée avec le plus grand soin et aidée à se préparer, Shei rencontra les Saintes Vierges.
Rael, la Sainte Vierge du Soleil.
Tichiel, la Sainte Vierge de la Causalité.
Un halo flottait derrière la tête de Rael. Le soleil veillait sur elle. Lorsque la lumière se rassemblait autour de ses cheveux rouge sombre, le ciel s’ouvrait quelque part dans le monde et les rayons du soleil se déversaient sur la terre. Bénie par le Dieu céleste, elle maniait les cieux comme une arme. À elle seule, elle équivalait à une arme stratégique. Le monde l’ignorait, mais elle était l’être par lequel le Sanctuaire pouvait projeter sa puissance le plus facilement et le plus rapidement.
La Sainte Vierge de la Causalité était tout son contraire. Parmi les Saintes Vierges, Tichiel était l’une de celles qui agissaient le plus souvent dans le monde extérieur. Elle lisait la causalité et en découvrait les causes ; en voyant l’avenir, elle comprenait le passé et pouvait dévoiler tous les secrets et toutes les ténèbres du monde.
Rael était mieux placée pour anéantir une armée. Mais s’il fallait détruire un pays, Tichiel irait bien plus vite.
Toutes deux possédaient un pouvoir aussi immense.
Ces deux Saintes Vierges étaient bien trop sacrées et puissantes pour qu’une orpheline de l’État militaire puisse les rencontrer. Pourtant, elles étaient assises en face de Shei, à sa hauteur.
Bien sûr, Shei ne se rendait pas compte de la valeur de cette occasion. Si elle avait su tout ce que les puissants étaient prêts à faire pour obtenir un entretien privé avec une Sainte Vierge, elle n’aurait pas pu rester assise là aussi tranquillement.
Enfin, inutile de l’expliquer à quelqu’un qui l’ignorait. Shei était venue parce qu’on le lui avait demandé, et elles ne s’intéressaient à elle que parce qu’elle était venue.
Shei raconta aux Saintes Vierges ce qu’elle avait vu au cours de son septième cycle.
Elle n’avait pas grand-chose à raconter. Jusqu’à son sixième cycle, elle n’avait fait que se battre contre l’État militaire et, durant le septième cycle, si important, elle avait passé des années à s’entraîner à l’écart du monde. Shei fut surprise de voir son récit s’achever si vite dès qu’elle se mit à parler.
Une personne ordinaire aurait pris ses paroles pour des absurdités, mais les Saintes Vierges les prirent au sérieux. Tichiel acquiesça et déclara avec assurance :
« C’est le pouvoir de prémonition. Shei, vous êtes une Sainte Vierge. »
« Hein ? Moi… une Sainte Vierge ? C’est impossible. »
« Une Sainte Vierge est une personne bénie par la Première Sainte Vierge à travers sa vision de l’avenir. Chacune possède une forme de prémonition différente. La régression dont vous parlez est un pouvoir qui transforme le présent en prémonition. Posséder un pouvoir aussi immense signifie que vous êtes une Sainte Vierge. »
« Mais je viens de l’État militaire, je ne crois même pas au Dieu céleste et je ne me sens pas particulièrement bénie. Vous ne saviez pas que j’étais une Sainte Vierge avant que je vous le dise. »
« C’est parce que votre forme de prémonition est particulière. Une Sainte Vierge ne peut pas interférer avec l’avenir d’une autre Sainte Vierge. Des lacunes apparaissent donc dans leurs prémonitions. Le Sanctuaire repère les Saintes Vierges en observant ces lacunes, mais votre prémonition transforme la réalité en avenir. Elle était trop vaste pour que nous puissions vous détecter. »
Tichiel, la Sainte Vierge de la Causalité, reliait les causes et les effets. Lorsque la conclusion était claire, elle finissait par l’atteindre, même si elle avait sauté à grands pas les étapes du raisonnement.
Cette capacité lui était utile pour réfléchir, mais laissait à désirer lorsqu’il s’agissait de se faire comprendre. Surtout par quelqu’un d’aussi lente à la détente que Shei.
« Je vois… »
« Vous n’êtes pas obligée de me croire. Ce qui compte, c’est que vous possédez ce pouvoir, Shei. Vous devez vous en servir pour empêcher la fin du monde. »
Shei ne comprenait pas les explications compliquées, mais elle savait ce qu’elle devait faire. Le Roi du Péché ne devait pas naître dans ce monde. N’importe qui pouvait comprendre cela.
« Peut-être que si j’ai reçu le pouvoir de régresser, c’est justement pour ça. »
Tandis qu’elle réfléchissait, Tichiel acheva ses préparatifs. Avant que Shei ait compris ce qui se passait, des serviteurs s’étaient rassemblés autour d’elle.
« Alors, Shei. Nous allons annoncer votre existence au monde entier. »
« Hein ? »
« Nous ignorons quelle sorte de Sainte Vierge vous êtes. Mais nous connaissons votre pouvoir, alors il est facile de vous donner un titre. Nous vous appellerons la Sainte Vierge de la Régression et vous accorderons notre bénédiction. »
« Euh… ? »
« Tant que la Sainte Vierge du Ciel rêve, plus il y a de Saintes Vierges, mieux c’est. Ce sera également bénéfique pour vous. Les Saintes Vierges obtiennent tout ce qu’elles veulent. »
Et c’est ainsi qu’au cours de son huitième cycle,
Shei devint une Sainte Vierge.
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