Chapitre 730
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 730 : Récits lointains : Mureung, première partie
──────
Hwaran Fahrenheit errait sans but.
Les plaines de la mer du Nord étaient glaciales, au point que le froid traversait même les couvertures les plus épaisses. Pourtant, Hwaran, qui possédait une magie unique, ne ressentait pas le froid. Elle pouvait transformer à volonté le mana qui l’enveloppait en chaleur.
Alors, d’où venait cette froideur qui lui glaçait le cœur ?
Peut-être avait-elle compris quelque chose.
Que la Flamme éternelle ne pouvait être atteinte par le feu seul.
Une flamme éternelle ne pouvait exister, pas même grâce à la magie. Hwaran ne l’avait compris qu’après avoir réduit en cendres tout le territoire de sa famille. Le feu consumait, et c’était pour cela qu’il pouvait être chaud.
Alors Hwaran leva les yeux vers le ciel. Vers le soleil qui flottait dans le cosmos lointain. Elle décida de s’emparer de cette flamme éternelle, bien plus éloignée encore que le Château de la Pleine Lune.
Mais si tout se passait comme on le souhaitait, pourquoi le monde était-il si difficile ?
Leurs domaines d’étude étaient différents. La flamme qu’elle avait poursuivie toute sa vie appartenait à Fahrenheit, à Hwaran. Elle était très éloignée de la Flamme éternelle. Hwaran avait tendu la main vers une fleur lointaine, pour découvrir qu’elle poussait sur une branche tout autre. Pour la toucher, elle devrait remonter la branche qu’elle avait suivie, puis recommencer à pousser depuis le début.
À moins de se fier à ses maigres chances, de sauter dans le vide et de la saisir d’un seul mouvement.
« J’ai essayé de m’emparer du Temple du Dieu démoniaque pour atteindre un Dieu démoniaque. J’ai fini par réussir, mais… c’était trop difficile. »
Le Dieu démoniaque était tombé entre les mains d’Elisha Celsius, mais même si Hwaran l’avait obtenu, la tâche aurait été ardue. D’après ce qu’elle avait vu, atteindre la Flamme éternelle exigeait de condenser, de comprimer et de manipuler avec précision une puissance immense. Cela ne convenait pas à Hwaran, qui maîtrisait la dispersion et les explosions.
« La route que j’ai empruntée en contemplant la lumière la plus éclatante était le plus long des détours. Je ne peux plus revenir en arrière. Je suis allée trop loin. »
La magie unique était la manifestation du monde intérieur d’une personne. Après d’innombrables efforts et de longues années d’étude, Hwaran Fahrenheit avait déjà bâti son propre monde. Le démolir entièrement pour le reconstruire serait pire que de repartir de zéro.
« C’est impossible, même avec un Dieu démoniaque. Et maintenant que je n’en ai même plus… qu’est-ce que je peux faire ? »
Alors qu’elle errait sans but, elle sentit de la chaleur. Sa magie unique avait-elle réagi de façon excessive à ses émotions, en essayant de la protéger du froid ? Hwaran ôta son vêtement extérieur, puis dissipa le mana dont elle s’était enveloppée.
Mais la chaleur persistait.
Même la journée la plus chaude du territoire de Fahrenheit était assez froide pour qu’une personne du Sud y meure gelée. Malgré sa magie unique, Hwaran maintenait d’ordinaire autour d’elle une température plus proche du froid que de la chaleur.
Pourtant, à présent, même après avoir dissipé toute sa magie unique, un air chaud et humide emplissait l’espace autour d’elle.
Et ce n’était pas seulement l’air. Sans qu’elle s’en rende compte, le paysage avait lui aussi changé. À la place des vastes champs d’herbe rase, une forêt peuplée de toutes sortes de plantes et de fleurs rares entourait Hwaran.
« … Quel phénomène est-ce là ? Une anomalie spatiale ? »
Elisha Celsius l’avait-elle déjà rattrapée ? Avait-elle utilisé l’anomalie spatiale du Dieu démoniaque pour emprisonner Hwaran et éliminer une menace future ?
L’avoir amenée ici était une erreur, toutefois. Les environs regorgeaient de combustible. Hwaran prit aussitôt le contrôle des plantes exotiques, prête à toutes les brûler. Le mana s’infiltra dans les broussailles, les transformant en bois de chauffage en un instant, et les buissons se mirent à trembler.
Puis, comme si elles étaient vivantes, elles se remplirent d’eau.
Les plantes refusèrent leur sort de bois de chauffage et s’enfuirent. Hwaran promena son regard sur ce spectacle incompréhensible. Une étrange jeune fille entra alors dans son champ de vision.
« Mon Seigneur. Une autre âme égarée a dérivé jusqu’à Mureung. »
Elle s’appuyait sur un bâton de bois bien plus grand qu’elle. Malgré son apparence juvénile, elle dégageait l’aura d’un arbre ancien. Ses cheveux verts comme des feuilles et ses yeux profonds, noueux comme du vieux bois, semblaient porter les anneaux d’innombrables années.
Hwaran Fahrenheit avait appartenu au Temple du Dieu démoniaque. À la vue de l’apparence et des pouvoirs de la jeune fille, elle comprit immédiatement de qui il s’agissait.
« Nevida, le Dieu démoniaque… ? »
Ce que Nevida possédait n’était pas tant une relique du Dieu démoniaque que son bien propre : son Arbre-Monde, un jeune plant issu de l’Arbre-Monde brûlé. Avec son apparence de caoutchouc et son pouvoir de contrôler les végétaux, c’était bien le Dieu démoniaque Nevida. Elle paraissait plus jeune que ne l’avait imaginé Hwaran, mais une légère différence d’apparence ne signifiait rien pour une entité aussi mystérieuse.
Nevida fixa la Maîtresse de la Tour rouge et lui demanda : « Égarée, cherchez-vous un endroit où vous installer, ou errez-vous sur une route dont on ne peut atteindre le bout ? »
« Même si je vous le disais, vous ne comprendriez pas. C’est fondamentalement différent de votre Dieu démoniaque. Personne n’a jamais atteint le bout de cette route. »
Hwaran répondit froidement, mais le regard qu’elle reçut était chaleureux, bienveillant et plein de compassion. Nevida semblait avoir pitié d’elle.
« Peut-être pas. Mais mon Seigneur, lui, y est déjà. »
« Votre Seigneur… »
« Suivez cette route tout droit. Vous arriverez auprès de mon Seigneur. »
Les buissons et les branches s’écartèrent lentement. Un sentier s’étendait devant elle, vers des ténèbres inconnues. Rien ne l’obligeait à emprunter un chemin aussi suspect, mais rien ne l’en empêchait non plus. Hwaran n’avait nulle part où retourner, et aucun moyen de le faire.
C’est ainsi qu’elle était sans doute arrivée à Mureung. Hwaran continua d’avancer.
Elle suivit le sentier à travers les buissons, repoussa feuilles et tiges et se dirigea vers la lumière lointaine.
Elle découvrit le Roi de l’Humanité, avec la tête d’une personne âgée pendant à sa taille.
Hwaran le comprit aussitôt. C’était le Roi de l’Humanité. Le représentant de tous les êtres humains, un être conceptuel qui maniait le pouvoir de la bête appelée humanité.
Un Dieu démoniaque ? Un Dieu démoniaque était certes un être remarquable, qui avait compris cette grande Nature. Un concept absolu qui connaissait les principes du monde et les utilisait.
Pourtant, ce Dieu démoniaque était aussi humain.
Si un Dieu démoniaque était un savoir qui avait fini par pénétrer dans le domaine de la compréhension…
Alors, quel genre d’être était le Roi de l’Humanité ?
En tout cas, le Roi de l’Humanité qu’aperçut Hwaran était si beau, enjoué et rayonnant qu’elle ne pouvait détourner les yeux. Comme la lumière des étoiles qu’elle avait contemplée autrefois en levant la tête vers le ciel, le Roi de l’Humanité attirait tous les regards, tel un point dans les ténèbres.
« Bienvenue ! Ça faisait longtemps que personne n’était arrivé ici en s’étant simplement perdu ! »
Déconcertée, Hwaran demanda : « Simplement perdue… ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Pour arriver à Mureung, il faut errer sans but. Il y a deux sortes de personnes dans ce cas : celles qui ont perdu leur destination, et celles qui savent où elles vont, mais ont perdu le chemin pour y parvenir. Vous êtes de la seconde sorte. Ceux qui ont perdu leur destination n’arrivent jamais jusqu’à moi ! »
Hwaran avait encore un objectif. Elle avait seulement perdu les moyens et l’espoir de l’atteindre. C’était pour cela qu’elle avait continué à avancer, même après son arrivée à Mureung. C’était pour cela qu’elle avait rejoint le Roi de l’Humanité.
Car le Roi de l’Humanité était la destination de ceux qui n’en avaient pas.
Le Roi de l’Humanité pouvait-il donc réaliser le rêve de Hwaran ? Celle-ci demanda : « Le Roi de l’Humanité peut-il atteindre la Flamme éternelle ? »
Le Roi de l’Humanité pencha la tête. « Vous voulez bien m’expliquer ? »
Hwaran lui expliqua.
Il aurait peut-être été facile de résumer. L’énergie libérée par l’effondrement de la matière sous l’effet d’une gravité immense. Mais cela ne renfermait ni vérité ni savoir. Cela pouvait sembler impressionnant, mais au fond, ce n’était rien. Peut-être qu’un poème aurait mieux convenu. Quelle importance ? L’un comme l’autre ne faisait appel qu’à la sensibilité humaine, sans contenir de vérité.
Si son interlocutrice n’avait rien connu à la magie, Hwaran aurait pu se contenter d’une explication poétique et vague. Pour expliquer les choses à une idiote, il suffisait d’éveiller son imagination.
Mais elle avait affaire au Roi de l’Humanité. Hwaran lui expliqua tout ce qu’elle savait.
La magie. Les cercles magiques. Les formules de mana. La conception, l’équilibre, les marges d’erreur, les points critiques. Des schémas étranges que personne ne pouvait comprendre. Les limites qu’avait découvertes Hwaran.
Pendant cinq longues heures, elle lui exposa toutes les erreurs et les expériences qu’elle avait accumulées en poursuivant la Flamme éternelle. Elle lui présenta ses théories sur ce qui était nécessaire et ce qui manquait. Le Roi de l’Humanité l’écouta, les yeux brillants et visiblement intéressée, et lui posa parfois des questions qui surprirent même Hwaran.
Pourquoi lui expliquait-elle tout cela ? Hwaran l’ignorait. Pourtant, le Roi de l’Humanité apprenait tout. Comme une éponge qui absorbe l’eau, elle assimila toutes les recherches et les connaissances de Hwaran, puis se leva d’un bond, surexcitée.
« Ouais. J’ai compris ! »
Ce devait être vrai. Son intelligence et sa capacité de compréhension dépassaient aisément celles de Hwaran. Rien ne changerait et Hwaran n’obtiendrait toujours pas la Flamme éternelle, mais elle décida de se satisfaire d’avoir laissé ces traces au Roi de l’Humanité.
« Même si vous ne parvenez pas à créer la Flamme éternelle, laissez-en au moins un indice derrière vous. »
« La créer ? Je vais essayer ! »
Hwaran avait gravement sous-estimé le Roi de l’Humanité.
Celui-ci transmut un petit grain de fer par alchimie, puis le prit délicatement entre ses mains. Il resserra les doigts autour.
Couic, couic.
Le fer avait écrasé d’innombrables humains, mais jamais l’inverse ne s’était produit.
Jusqu’à ce jour.
Le fer connut enfin le sort rare d’être écrasé à mort par une main humaine.
Le fer mourait dans la poigne du Roi de l’Humanité. Crac, crac. Frottement et compression, effondrement et explosion : tout se produisait dans un espace minuscule. Sous les doigts du Roi de l’Humanité, le fer devenait infiniment petit.
Mais elle avait beau être le Roi de l’Humanité, elle restait un être vivant. La chair et le sang ne pouvaient écraser du fer sans dommage.
Hwaran vit l’espace alentour se déformer et en comprit la cause.
« Une anomalie spatiale… »
Une anomalie spatiale que seuls le Roi démoniaque et les Dieux démoniaques avaient réussi à provoquer. Elle se produisait dans la poigne d’une seule personne. Le vent et les flammes hurlèrent, aspirés dans l’espace déformé.
« Une anomalie spatiale ne suffit pas. Pour atteindre la Flamme éternelle que vous avez conçue, il faut aussi transformer artificiellement le combustible lui-même. Et manipuler avec précision le noyau, comprimé et fondu par la gravité. Il faut aussi recourir à l’alchimie et aux Arts de la Terre ! »
La matière se transformait, mais la gravité ne suffisait pas à la maîtriser : elle eut donc recours à l’alchimie. Et comme la transformation avait été provoquée par la gravité, elle appliqua aussi les connaissances liées aux planètes, auxquelles cette matière ne pouvait manquer de ressembler.
Trois sortes de magie du Dieu démoniaque s’unirent, comme si elles n’en avaient toujours fait qu’une. Ou peut-être la vérité avait-elle toujours été une, et l’humanité l’avait-elle simplement divisée en trois.
Hwaran contempla cette main comme envoûtée. Elle ne pouvait pas voir le mystère qui se déployait dans cette paume noire comme la nuit, où la lumière jaillissait sans jamais s’échapper, mais elle s’efforça de tout enregistrer du regard.
Après une attente qui lui sembla interminable, le Roi de l’Humanité dévoila le secret qu’elle tenait dans sa main. Bien qu’elle continuât à le comprimer, le simple fait de le révéler fit monter la température de la pièce de près de cent degrés. Les fleurs et les plantes s’embrasèrent spontanément.
L’armure réactive de Hwaran brûla. En inversant sa magie unique, l’armure absorbait la chaleur et la consumait pour la protéger. Rien qu’en faisant face à une puissance cosmique, Hwaran perdait son mana et sa magie unique.
Pourtant, elle ne songea même pas à reculer et fixa cette flamme sinistre et arrogante.
Au cœur de la flamme, un œil d’un noir profond rongeait l’espace.
Un vide noir se dessinait au milieu des flammes déchaînées. Tout en crachant un feu surchauffé, il dévorait goulûment la source même de ces flammes. Le feu n’était qu’une poignée de miettes qui s’échappaient du vide pendant qu’il rongeait. Même ces miettes pouvaient aisément détruire ce monde.
Tout s’effondrait autour d’elle ; Hwaran ne pouvait donc pas rester indemne. Malgré ses yeux qui brûlaient, elle fixa directement la source de la flamme. Au moment où l’œil noir croisa son regard, il s’imprima à jamais sur ses rétines et lui déroba toute lumière.
Elle n’eut même pas le temps de crier. Hwaran tendit la main vers la flamme…
À cet instant, dans un léger chuintement, la Flamme éternelle s’éteignit comme une bougie.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>