Chapitre 728
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 728 : Récompenser le mérite
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La nouvelle de la déclaration d’indépendance du Territoire de Gauss et de l’attaque des Douze Sièges du Zodiaque contre nous se répandit rapidement dans toute la Fédération arcanique.
« Nous dirons que nous avons repoussé les Douze Sièges du Zodiaque après qu’ils se sont infiltrés chez nous en se faisant passer pour une délégation, puis nous ont attaqués par surprise. Ce ne sera même pas un mensonge. »
Mon petit embellissement ne provoqua pas grand remous. Il remonta plutôt le moral des troupes. Quelques têtes brûlées criaient déjà qu’il fallait envahir le Territoire de Gauss pour en faire un exemple.
Les mages qui dirigeaient la Fédération arcanique étaient toutefois raisonnables. Pour le dire gentiment, ils étaient bien informés. Pour le dire moins gentiment, ils s’inquiétaient beaucoup.
« S’en prendre à l’Empire serait le pire choix possible. »
L’Empire.
À l’avant-garde de la civilisation, au sommet du continent.
Puissance, influence, richesse, force militaire… C’était une superpuissance à laquelle aucun pays au monde ne pouvait se mesurer.
Nous avions failli faire tomber une météorite sur un tel pays. L’Empire était forcément furieux, et la Fédération arcanique, dans son état actuel, n’avait pas les moyens d’essuyer sa colère.
« Ce ne serait peut-être pas un problème si le Roi démoniaque était encore actif. Il a déjà réussi à tenir tête à l’Empire à lui seul. Mais maintenant qu’il s’est retiré, nous devons adopter une autre stratégie. »
Ils voulaient céder le Territoire de Gauss sans hésiter et accepter la proposition de l’Empire. C’était un choix raisonnable et pragmatique. Si la Fédération arcanique ravalerait un peu sa fierté, elle pourrait vivre en paix et en sécurité.
« Bande d’imbéciles. »
Le Maître de la Tour cyan rejeta sans façon la proposition du sénat.
« L’Empire est puissant, alors nous devrions nous soumettre ? Si l’on suit ce raisonnement, tous les pays du continent devraient dissoudre leur fédération et devenir des États vassaux dès maintenant. Votre raisonnement est bien trop superficiel. »
« Quoi… ? »
« L’Empire n’étend pas son territoire à la légère. Même l’empire unifié de l’époque du Grand Empire, le plus puissant de l’Histoire, s’est effondré parce que son administration ne parvenait pas à gérer l’immensité de ses terres. L’administration impériale ne peut maîtriser que son territoire actuel. »
Le Maître de la Tour cyan baissa les yeux sur les anciens, comme pour leur demander s’ils ignoraient jusqu’aux bases de l’Histoire, puis poursuivit avec arrogance.
« C’est pourquoi l’Empire a établi des États vassaux pour lui servir de zone tampon. Quoi qu’il arrive à ces États, cela ne concerne pas l’Empire, qui peut ainsi préserver l’intégrité de ce qu’on appelle l’Empire. Mais ces États vassaux sont à la fois une zone tampon et la limite de l’Empire. Celui-ci n’enverra pas directement ses troupes au-delà de leurs frontières. Même les États vassaux refuseraient de laisser passer l’armée impériale. »
Les États vassaux formaient une carapace solide qui protégeait l’Empire. Pourtant, tout être doté d’une carapace finit par atteindre la limite qu’il s’est lui-même imposée. Pour grandir encore, il doit s’en débarrasser et en former une nouvelle.
« L’Empire ne peut rien faire de plus que nous mettre indirectement sous pression, comme il le fait maintenant. Enfin, c’est la première fois que j’enseigne l’Histoire plutôt que la magie. Ça vous a été utile ? »
On dit que la fonction fait l’homme. En endossant le rôle du Roi démoniaque, le Maître de la Tour cyan avait retrouvé toute l’arrogance nécessaire. Les anciens, qui la méprisaient en secret, se sentirent légèrement intimidés.
« Surtout maintenant qu’un ennemi encore plus redoutable rôde au sud. L’Empire ne peut rien faire. Je vous le garantis. »
« Ils n’ont pas besoin d’envoyer une armée ici pour nous nuire ! »
« Si la Guilde marchande de patronage cesse de venir, nous ne pourrons plus rien exporter ! »
« Et le Territoire de Gauss ? S’il nous échappe, la production de fer de la Fédération arcanique chutera d’au moins quarante pour cent. Comment comptez-vous compenser une perte aussi colossale ? »
L’Empire pouvait affamer un pays sans l’envahir. La Fédération arcanique avait une certaine capacité de résistance, mais elle ne pourrait éviter d’en pâtir. Après tout, nous avions déjà perdu le Territoire de Gauss.
Les anciens lui demandèrent comment elle comptait répondre de cette lourde perte. Le Maître de la Tour cyan réfléchit un instant en silence, puis prit la parole.
« Quelles étaient les coordonnées du Territoire de Gauss ? Quelqu’un s’en souvient ? »
« Le Territoire de Gauss ? Je crois que c’était deux, quatre. »
« Faux. C’est deux, six. C’est un territoire important, retenez au moins ses coordonnées. »
La Fédération arcanique attribuait des coordonnées à ses territoires pour éviter que leurs délimitations ne se chevauchent. Le système était simple et pratique, ce qui le rendait facile à comprendre et à utiliser. Il était particulièrement indispensable à la Fédération arcanique, qui faisait fonctionner le Château de la Pleine Lune sur l’Orbite du Pivot céleste.
« D’ici jusqu’au deux, six. Deuxième orbite. Contrôle du champ gravitationnel… »
Après avoir terminé ses calculs en silence, le Maître de la Tour cyan joua avec sa pomme, puis la lança d’un geste désinvolte.
Au loin, une météorite s’éleva soudain dans les airs.
Personne n’eut même le temps de crier. La météorite ne laissa à quiconque le loisir de s’étonner : elle grimpa sur l’Orbite du Pivot céleste. Elle suivit une immense parabole, trop vaste pour être mesurée depuis le sol.
Voir une météorite tomber était prodigieux et terrifiant, mais cela restait possible. La chute provoquée par la loi de la gravitation universelle était, en soi, naturelle.
Mais qu’une météorite s’élève d’elle-même et décrive une parabole était impossible. Il n’y avait pas de catapulte, et même s’il y en avait eu une, elle n’aurait pas pu projeter un objet aussi colossal.
Au moins, elle ne tombait pas. L’un des anciens, le cœur encore battant à tout rompre tandis qu’il observait la météorite, marmonna en fixant sa destination.
« Deux, six ? »
La météorite atterrit précisément à l’emplacement du Territoire de Gauss. Au loin, on aurait dit que le fracas d’un impact colossal retentissait.
Le Maître de la Tour cyan avait atteint de nouveaux sommets dans sa maîtrise d’un Dieu démoniaque. Elle était déjà remarquable, mais désormais, elle seule maniait la gravité qui avait régi le Château de la Pleine Lune.
La pomme à la main, le Maître de la Tour cyan se leva calmement et les regarda.
« Quelqu’un a des questions ? »
Les anciens crurent voir dans son ombre celle du Roi démoniaque revenu parmi eux.
* * *
C’est comme ça que je raconterais les choses, mais jamais le Maître de la Tour cyan n’aurait lancé une météorite avec désinvolture. C’était elle qui avait fait s’écraser le Château de la Pleine Lune parce qu’elle ne voulait pas que des météorites s’abattent sur ces terres. Même une épée sous la gorge, elle ne l’aurait jamais fait.
Elle n’avait qu’une seule raison d’agir ainsi.
« Beau travail. »
« C’était facile. Et le seigneur de Gauss ? »
« Je lui ai fait parvenir un message. Tout le monde devrait déjà avoir été évacué. »
Elle n’avait pas lancé la météorite. Elle avait manipulé le champ gravitationnel pour qu’elle suive une trajectoire précise. Même à l’atterrissage, l’impact n’avait pas dû être violent.
« Ce n’était pas une attaque, juste un cadeau météoritique un peu bruyant, mais les gens ne le sauront pas. Le seigneur de Gauss a dit qu’il s’en remettrait à nous. Nous avons reçu la confirmation qu’il fournirait cette cargaison d’acier alchimique à la Fédération arcanique, et il continuera probablement par la suite. »
« Ils ont changé d’avis facilement. »
« Nous leur en avons donné l’occasion. Après tout, nous avons repoussé les Douze Sièges du Zodiaque ; la vie du seigneur de Gauss était donc entre nos mains. Quand nous leur avons proposé une porte de sortie, ils ne pouvaient que la prendre. »
Eux aussi avaient dû avoir peur. Les Douze Sièges du Zodiaque ne les avaient pas protégés, et une météorite avait atterri dans leur propre jardin. Ils auraient de quoi méditer à l’avenir.
Mais ce n’était qu’un souci mineur pour le Maître de la Tour cyan, et il était déjà réglé. Inutile de s’y attarder davantage.
« Et les anciens ? »
« Trois d’entre eux recevaient le soutien direct de l’Empire, et sept vendaient des produits fabriqués dans les ateliers qu’ils dirigeaient. Leur principal marché, c’est l’Empire. Ils craindront les représailles impériales. »
« Je ne peux pas vraiment les traiter de traîtres. Seul l’Empire peut acheter des appareils magiques coûteux, fabriqués à la main par certaines sociétés savantes et utiles dans des circonstances très limitées. »
L’Empire était un trou noir de la consommation. Il engloutissait avidement les marchandises produites aux quatre coins du continent. Articles de luxe, œuvres d’art, tout ce que fabriquaient les hommes : il absorbait tout sans fin.
Le vaste courant de l’économie continentale était formé par la consommation. Ceux qui ne parvenaient pas à s’y inscrire étaient condamnés à prendre du retard. La Fédération arcanique ne faisait pas exception.
« Les liens sont trop nombreux. Honnêtement, sans toi ou le Roi du Péché, j’aurais moi aussi accepté toutes les exigences de l’Empire. Il est puissant, oui, mais la Fédération arcanique est elle aussi trop étroitement liée à lui. Trop liée pour pouvoir lui résister facilement. »
« C’est l’ordre que l’Empire a instauré. »
« … Oui. C’est pour ça que je suis encore plus curieuse. Comment le Roi du Péché est-il censé détruire le monde ? »
Eh bien, moi non plus, je n’en savais rien.
D’après Shei, la guerre avait éclaté en premier, à l’époque. Les États vassaux qui tentaient de sortir de leur carapace avaient affronté l’Empire, qui cherchait à se débarrasser de la sienne. Jiseon, qui avait obtenu Jizan, et la vampire libérée de l’Abîme avaient attaqué le Sanctuaire. Les hommes-bêtes survivants, victimes de massacres, avaient lancé des assauts. Le continent empestait le sang.
Mais rien de tout cela ne se produisait aujourd’hui. Jiseon, Tyr et les hommes-bêtes n’avaient ni la puissance ni la haine nécessaires pour provoquer de tels troubles.
Même les États vassaux avaient changé, d’une manière ou d’une autre, sous l’influence de Grande Sœur.
« La grande guerre dont Shei a parlé ne semble pas encore se profiler. S’il y a une variable, c’est Grande Sœur, mais nous ne le saurons pas avant d’avoir vu son pays de nos propres yeux. As-tu des informations, Maître de la Tour cyan ? »
« Non. »
Le Maître de la Tour cyan répondit sans hésiter.
« On dirait qu’un immense Point de fuite est apparu sur la carte. Des informations nous parviennent, mais rien ne ressort. Quelque chose engloutit les gens et les renseignements. »
« Engloutit ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Je n’en sais rien non plus. Nous recevons des données d’observation par des télescopes de cristal, mais nous n’avons jamais aperçu le Roi de l’Humanité. Le système n’est pas clair, et nous ne savons même pas qui sont ses proches conseillers. »
Quelque chose semblait se tramer, mais je n’avais aucune idée de quoi. Si je pouvais lire ses pensées une seule fois, je le saurais. Le problème, c’était Grande Sœur. Elle ne pouvait pas lire dans les pensées comme moi, mais elle pouvait remarquer que je lisais les siennes.
Argh. Qu’est-ce que je devais faire ? Je préférais vivre sans me mêler de tout ça. Le problème, c’était qu’ils risquaient de venir me chercher.
Il me fallait trouver une solution. Nous étions en train de discuter de nos plans lorsqu’une personne qui ne figurait pas au programme fit son apparition, alors que les affaires du jour auraient dû être terminées.
C’était Hwaran Fahrenheit, la Maîtresse de la Tour rouge. En la voyant, le Maître de la Tour cyan me demanda :
« Hughes. Hwaran t’a dit qu’elle venait ? »
« Tu ne pourrais pas aussi me confier la gestion de ton emploi du temps ? Je ne suis pas ton secrétaire. Et puis, la Maîtresse de la Tour rouge ne m’a prévenu de rien. Elle devrait être en train d’étudier la Flamme éternelle. »
La Maîtresse de la Tour rouge comptait obtenir un Dieu démoniaque et créer la Flamme éternelle. Elle avait réussi à recevoir un Dieu démoniaque du Roi démoniaque, mais le Maître de la Tour cyan en était devenu le maître. Hwaran n’avait donc obtenu que la moitié de ce qu’elle voulait.
Le Maître de la Tour cyan regarda la Maîtresse de la Tour rouge et lui demanda :
« Tu es venue me demander de participer à tes recherches sur la Flamme éternelle ? Hwaran, je ne peux pas utiliser un Dieu démoniaque à la légère pour ça. Nous en avons besoin pour restaurer le Château de la Pleine Lune et reconstituer nos réserves. Mais je te l’ai déjà dit : conçois un cercle magique à partir du Dieu démoniaque et apporte-le-moi. Je pourrai le mettre en démonstration autant que tu voudras. »
« La Flamme éternelle n’est pas une flamme. »
« Hum ? »
Hwaran ne formula pourtant aucune demande. D’ordinaire, elle était pleine d’assurance et brûlait de passion comme un feu, mais aujourd’hui, elle avait l’air d’avoir tout consumé, ne laissant que des cendres. Dans cette atmosphère sombre, Hwaran raviva la dernière braise qui lui restait.
« Ma magie propre, c’est la Combustion forcée. Elle me permet de brûler n’importe quelle substance. Mais la flamme n’est qu’un sous-produit, pas l’essence de ce pouvoir. L’important, c’est le dégagement d’énergie… Le Jardin d’Ignition n’est utile nulle part. Il ne l’est qu’un tout petit peu. »
« Ça suffit comme leçon. Hwaran, tu vas me dire ce qui se passe vraiment ? »
Sentant peut-être que quelque chose clochait, le Maître de la Tour cyan se mit légèrement sur ses gardes. Même après s’être consumée, la Maîtresse de la Tour rouge formula sa demande, les yeux toujours brûlants.
« Elisha. Remets-moi le Dieu démoniaque. »
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