Chapitre 722
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 722 : Car le monde appartient aux vainqueurs
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Je supposai que c’était ce à quoi il fallait s’attendre de la part de l’Empire.
La Fédération arcanique n’avait pas encore réussi à maîtriser le chaos qui régnait chez elle, mais l’Empire avait déjà usé de diplomatie et de politique pour faire venir l’un des Douze Sièges du Zodiaque jusqu’au Château de la Pleine Lune. S’il avait voulu faire une démonstration de force, la Fédération arcanique aurait essuyé un coup dévastateur.
Mais ce n’était pas nécessaire.
L’Empire dominait le continent et ses réserves d’argent semblaient presque inépuisables. Avec des fonds illimités, on pouvait gagner à n’importe quel jeu. À chaque défaite, il suffisait de doubler la mise.
Shei regarda Antares au loin et grimaça.
« L’Empire s’en mêle. Enfin… »
— Tu n’as pas l’air heureuse de le voir. Vous avez des comptes à régler ?
— Pour l’instant, ils sont de notre côté… Pour le dire gentiment, ils ont confiance en eux. Pour le dire moins gentiment, ils font ce qu’ils veulent. Même quand le monde est au bord de l’apocalypse, ils agissent à leur guise, gâchent les choses à plusieurs reprises, cachent délibérément des informations et tentent de garder la situation sous leur contrôle…
Shei s’interrompit, puis tressaillit et durcit son expression.
— Non. On pourrait les considérer comme des ennemis.
— C’est le genre de cas où des alliés idiots sont plus effrayants que des ennemis ?
— C’est pire que de l’incompétence. C’est un groupe qui ne doit surtout pas être compétent. Leur pouvoir, c’est celui du Roi du Péché.
Ah. Voilà ce qu’elle voulait dire.
L’Empire se trouvait au sommet de la civilisation, et le pouvoir qu’il détenait était celui de l’humanité tout entière. Autrement dit, celui de ma sœur.
Ils méritaient qu’on garde un œil sur eux. Ou qu’on les affaiblisse à l’avance, si possible. Même si je n’étais pas certain que ce le soit.
« Allons-y. »
Au milieu de la cour de la famille Celsius, les mages Celsius se tenaient en cercle, mais c’était Antares qui menait la situation.
Les Douze Sièges du Zodiaque attiraient l’attention du monde entier. Ils étaient les douze plus puissants pratiquants du qi au monde, si bien que tout homme qui s’intéressait aux classements avait forcément entendu parler d’eux au moins une fois.
Antares du Scorpion.
Le porteur de la Lance aux écailles cramoisies.
J’ignorais quel principe il maniait exactement. Révéler son image intérieure constituait en soi une faiblesse. Pourtant, la flamme inextinguible qui brûlait à la pointe de sa lance était trop célèbre pour être dissimulée.
Quel principe pouvait faire brûler un feu au bout d’une lance ? Je m’étais toujours posé la question, et j’avais enfin l’occasion d’en découvrir la réponse. Voyons voir…
« Arrêtez. »
Quelqu’un me barra la route. Non, pas une seule personne.
Vingt individus en uniforme identique me dévisagèrent. Ils semblaient se tenir là au hasard, mais comptaient se regrouper pour nous encercler si nécessaire. Percer leur ligne en visant un point faible ? Ce ne serait pas facile non plus. Tous étaient des combattants de haut niveau qui maîtrisaient l’Art du qi aquatique. Dans l’État militaire, ils auraient eu le rang de généraux.
Derrière eux se tenaient deux mages. Ils dissimulaient sous leurs robes des baguettes acérées incrustées de joyaux, qui ressemblaient davantage à des étoiles de lancer qu’à des bâtons. Leur savoir et leur mystique étaient peut-être inférieurs à ceux des mages du Château de la Pleine Lune, mais c’étaient des mages de combat qui avaient affiné leur magie dans un seul but : combattre. Leurs capacités brutes et leur instinct de combat surpassaient peut-être même ceux des mages du Château de la Pleine Lune.
Et leur chef n’était pas un homme ordinaire non plus.
« Hughes. Et Shei. Vous nous intéressez. J’ignorais que vous maîtrisiez les arts du qi… Seigneur Antares, que devons-nous faire ? »
Maître Shumahel.
Dans certains pays, il aurait eu la puissance d’un corps d’armée entier et aurait été traité comme un général ou l’un des Six Généraux. Mais dans l’Empire, il n’était qu’un Maître parmi tant d’autres, chargé d’assister un membre déployé des Douze Sièges du Zodiaque.
La voix de Shumahel n’était pas forte, mais elle résonnait dans les airs. C’était une transmission vocale, une technique qui permettait de saisir l’air lui-même avec les arts du qi pour transporter le son. Antares répondit d’un ton enjoué :
« L’étoile que j’attendais est arrivée ! Faites-le venir ! »
Ma réputation s’était-elle déjà répandue jusque-là ? Tss. À ce rythme, je ne pourrais même plus commettre de crimes.
* * *
Si l’Empire avait voulu faire la guerre, il l’aurait déjà fait. Les forces presque mystiques des deux camps étant parties, la Fédération arcanique seule aurait eu du mal à lui résister.
Assassinats, terrorisme, attentats à la bombe, infiltration et j’en passe. L’Empire pouvait recourir à tous les moyens imaginables.
Mais l’Empire était un pays qui suivait la voie officielle. S’emparer du Territoire de Gauss et diviser la Fédération arcanique n’était rien de plus qu’une représaille à l’attaque d’Orgueil.
« Disons que c’est une petite salutation. »
Il avait arraché à sa guise une région stratégique à un autre pays, et il appelait ça une petite salutation ? Plus étonnant encore, il ne fanfaronnait pas. Tout ça… me donnait envie de lui mettre un peu de bâtons dans les roues.
« C’est le Territoire de Gauss qui me fait de la peine. Ils seront heureux sans même se rendre compte qu’on s’est servi d’eux. »
Je marmonnai sans y penser, mais le chef de la famille Gauss s’emporta et cria :
« C’est la Fédération arcanique qui s’est servie du Territoire de Gauss ! Nous aussi, nous sommes fiers d’être membres de la Fédération et un peuple élu, et pourtant le Château de la Pleine Lune nous a traités comme de simples mineurs ! »
« Au moins, vous êtes les seuls mineurs mages de la Fédération arcanique. Croyez-vous que ce sera différent dans l’Empire ? Parmi les dizaines de mines de l’Empire, vous ne serez qu’une mine reculée. »
« Hmph. Vous n’imaginez pas les avantages que l’Empire nous a promis… »
« Alors vous avez fait défection parce qu’on vous a promis des avantages ? »
Tout le monde le savait, mais dès qu’il le dit à voix haute, leur justification vola en éclats. Il ne restait plus qu’une lutte ouverte pour obtenir des avantages. Je préférais ça aux justifications. Comme c’était honnête et pratique !
« C’est toujours mieux que la famille Celsius. À peine le Château de la Pleine Lune détruit, vous avez tout pris ! »
« Il a été détruit en interceptant une météorite. Qu’aurions-nous dû faire ? C’était le seul endroit où nous pouvions atterrir immédiatement. »
« Vous auriez pu préparer un terrain. Le Territoire de Gauss ne manque pas d’espaces vides, lui non plus. »
« Vous convoitez quelque chose que vous ne pourriez même pas avaler. Le Territoire de Gauss est montagneux, les terres plates y sont rares et vous manquez de nourriture, non ? Le Château de la Pleine Lune comme le Territoire de Gauss en auraient souffert. Et si quelque chose d’aussi lourd que le Château de la Pleine Lune s’écrasait sur le sol, vous croyez que les mines seraient restées intactes ? »
« Urgh… ! »
Il aurait pu atterrir n’importe où ailleurs que dans le Territoire de Gauss. Vous n’étiez même pas en lice.
Après lui avoir exposé cette froide réalité sans ménagement, je marmonnai d’un air déçu :
« Quel dommage. Nous cherchions déjà comment nous débarrasser de cette météorite, alors j’étais content de voir des gens du Territoire de Gauss… »
« Quoi ? Une météorite ? »
Les yeux du chef de la famille Gauss brillèrent soudain de convoitise.
D’un point de vue purement matériel, une météorite n’avait pas tant de valeur que ça. Ce n’était qu’un gros rocher saturé de mana et contenant des métaux rares.
Mais sa valeur scientifique et magique était inestimable. Cette météorite avait failli anéantir le continent. Un gros bloc de pierre solide imprégné de mana extraterrestre était à la fois un mystère et un trésor pour les mages.
Pour une famille qui travaillait le fer, comme les Gauss, c’était suffisant pour les rendre fous.
« Oui. Vous avez dû le sentir vous aussi, mais cette météorite contient beaucoup de fer. Il est déjà difficile de s’en occuper. J’espérais que les gens du Territoire de Gauss nous aideraient… »
Oui. C’était un mensonge.
En réalité, j’avais voulu vendre la météorite, puis faire travailler le Territoire de Gauss comme des chiens en échange. Je n’avais transmuté qu’un peu de fer parce que je ne voulais pas susciter trop de ressentiment.
Mais tout cela n’avait servi à rien.
« U-une météorite… »
Le chef de la famille Gauss lança discrètement un sort de l’aiguille magnétique. Nul besoin de l’examiner de près pour sentir l’énorme quantité de fer météoritique contenue dans cette gigantesque météorite. Un instant, le regret emplit leurs yeux tandis qu’ils observaient la réaction d’Antares.
Mais une carte jouée ne pouvait être reprise. Après avoir fait appel à une puissance étrangère, ils ne pouvaient plus trahir l’Empire. Aucun des deux camps ne les aurait acceptés.
À l’instant où je perçus ce regret, Antares applaudit bruyamment et s’exclama :
« Ah ! C’est donc ça, le Roi de l’Humanité ! Vous êtes diablement doué pour manipuler les gens ! »
Clap, clap, clap. À chaque applaudissement, l’air autour de nous trembla violemment. Tandis que les autres reculaient devant ce bruit explosif, Antares poursuivit :
« C’est votre première fois dans la Fédération arcanique, vous ne savez même pas qui est le chef de la famille Gauss, et pourtant quelques mots ont suffi à le faire changer d’avis ! Incroyable ! »
Voilà. On y venait enfin.
L’Empire aurait pu attaquer la Fédération arcanique par tous les moyens à sa disposition. Mais s’il avait eu recours à ces méthodes diplomatiques « normales », c’était parce que l’attaque n’était pas son objectif.
« Passons aux choses sérieuses. Si l’un des Douze Sièges du Zodiaque est venu ici en personne, c’est uniquement pour vous rencontrer, Roi de l’Humanité. »
« Seigneur Antares ! Q-que voulez-vous dire ? Je n’ai rien dit ! »
Le chef de la famille Gauss protesta désespérément, soudain terrifié à l’idée qu’Antares les abandonne.
Si l’Empire avait été pauvre, mesquin ou cruel, il aurait peut-être abandonné le chef de la famille Gauss. Parce qu’il aurait rechigné à financer le Territoire de Gauss, désapprouvé l’attitude qu’ils avaient eue ou voulu les punir d’avoir osé regarder ailleurs. L’Empire aurait pu les laisser tomber sur place.
Mais l’Empire ne le ferait pas.
Il n’en avait pas besoin.
« Chef de la famille Gauss, ne vous inquiétez pas. L’Empire tient ses promesses. Une météorite ? Il en est aussi tombé quelques-unes sur le territoire impérial. Je vous en offrirai une. »
« D-de la part du seigneur Antares ? »
« Elle finira probablement aux enchères et, même en visant haut, elle se vendrait autour de cent millions d’Alke. Ce n’est pas grand-chose. »
Cent millions d’Alke. Une somme qui semblait irréelle.
Même une seule pièce d’or de dix mille Alke avait une valeur immense. Il en faudrait dix mille pour atteindre tout juste cette somme. On pouvait se dire qu’un pays serait capable de réunir dix mille pièces de ce genre en actifs, mais ce serait une interprétation bien trop simpliste.
À cause de l’alchimie, les transactions ne pouvaient se faire qu’avec une monnaie ayant une valeur physique. Le crédit n’était accessible qu’au Sanctuaire, qui possédait de l’or consacré, ou à une Guilde marchande de patronage bénie par une Sainte Vierge. La valeur des pièces alchimiques ne montait ni ne baissait. Leur valeur réelle demeurait enfouie dans les pièces d’or.
Dix mille pièces alchimiques dans un monde comme celui-ci ? Cela revenait à transférer en bloc suffisamment de ressources pour équiper immédiatement dix mille soldats. Même les nations se crispaient devant de telles dépenses.
Et pourtant.
« Si nécessaire, je paierai de ma poche. »
Pour un membre des Douze Sièges du Zodiaque, c’était une somme qu’il pouvait aisément donner.
L’immense système bâti par l’Empire. Les richesses créées en son sein circulaient pour finir par affluer dans l’Empire. L’excédent revenait aux « vainqueurs » de l’Empire.
Le chef de la Guilde marchande de patronage.
Les Douze Sièges du Zodiaque.
La Tour de magie lunaire.
Et le palais impérial.
Même les ressources matérielles comme les pièces alchimiques s’entassaient sans fin, faisant entrer dans le domaine de l’économie des nombres autrefois réservés à l’astronomie.
Un individu payait une somme que le Territoire de Gauss pouvait à peine concevoir.
Sa fortune se situait à un tout autre ordre de grandeur. Il n’avait aucune raison de se montrer économe.
La bonté, c’était de l’argent. Les deux venaient de bourses bien remplies. S’ils dépensaient ne serait-ce que la moitié de la moitié de la moitié de la moitié de l’argent qu’ils avaient gagné, cela représentait pour quelqu’un d’autre une fortune pour laquelle il serait prêt à risquer sa vie.
La justice, c’était la dépense. S’ils distribuaient librement cet argent de poche, cela devenait en soi un acte de justice.
« Voilà. L’affaire est plus ou moins réglée, non ? Maintenant, écartez-vous. »
Antares fit un geste désinvolte, et maître Shumahel s’avança devant lui. Le chef de la famille Gauss se retira, contrarié. Après les avoir congédiés, Antares prit l’air d’un hôte détendu et déclara :
« L’affaire de Gauss est réglée. Il ne me reste donc que la mienne. Plus exactement, celle de l’Empereur. »
Notes :
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