Chapitre 720
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 720 : Au Ciel — Finale
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Désespéré, je tirai les cartes. La tempête déchaînée menaçait de les emporter. Elles tremblaient trop violemment pour que je puisse les tenir, et le simple fait d’effleurer leur surface me traversait d’électricité et me brûlait la peau. Vitesse du vent, température, vibrations, courant électrique : aucun humain n’aurait pu survivre dans un tel environnement.
Au milieu de la mort qui envahissait le monde, je tirai des cartes de pique d’une main tremblante.
Dix de pique. Ego de Gaïa.
Cinq de pique. Pomme de la gravitation universelle.
Je tombais du Ciel. La terre s’étendait loin sous mes pieds, aussi distante que les nuages l’étaient du sol. Je ne pouvais pas recourir aux Arts de la Terre.
Pourtant, la terre n’était rien d’autre que de la poussière cosmique agglomérée. Si la poussière pouvait le faire, pourquoi pas moi ? Je saisis celle qui tourbillonnait dans le vide. C’était trop minable pour appeler ça de la terre : juste un point d’appui constitué de poussière amassée. J’y posai les pieds et me redressai.
Ce n’était guère plus qu’une petite barque dans la tempête, mais elle suffisait à me soutenir. Puis vint la carte suivante.
Neuf de pique. Arbre de l’Origine.
Tous les parents ne surpassaient pas leurs enfants. Pourtant, les enfants respectaient leurs parents autant qu’ils célébraient leur propre naissance. Sans eux, ils n’auraient jamais pu exister.
L’humanité, si pleine d’orgueil, éprouverait-elle donc de l’émerveillement devant un minuscule protiste né par hasard ?
L’origine. Le point de départ de toute vie s’enfonça dans le support sous mes pieds. Une cellule unique prit racine comme une graine et se mit à croître.
Deux brins de double hélice s’élevèrent de l’Arbre de l’Origine. Depuis les formes de vie antiques qui existaient dans un passé lointain jusqu’aux humains d’aujourd’hui, des branches de possibilités, porteuses des origines de toutes les espèces, s’étendirent. L’Arbre de l’Origine avait l’apparence d’un arbre parce que de nouvelles branches poussaient sur les siennes.
Les plans de vie en forme d’arbres s’agrippèrent les uns aux autres tandis qu’ils enveloppaient mon corps. C’était le schéma de l’être que j’étais, de la forme de vie appelée humaine. Debout au sommet, je tirai la carte suivante.
Huit de pique. Élixir.
L’Élixir, cet or universel qui pouvait devenir n’importe quoi. Le pouvoir qui guidait les transformations de la matière. Puisque mon corps était lui aussi matière, il était également fait d’or universel.
De l’eau, des nutriments et de l’air. Je n’avais pas besoin de lumière du soleil comme une plante, mais je les consommais pour former mon corps. En suivant mon plan physique, je transformais la matière et me l’appropriais.
Bien avant de connaître l’alchimie, mon corps avait déjà alchimisé la vie. Je mangeais et respirais, accumulant peu à peu en moi ce qui se trouvait à l’extérieur. Le corps humain grandissait et se renforçait en s’alchimisant lui-même.
J’inspirai profondément, avalai les gouttes de pluie qui entraient dans ma bouche, attisai la chaleur en moi et me relevai en fixant le ciel. Même l’environnement le plus hostile ne pouvait interrompre cette transformation.
Tant que j’étais vivant.
La carte suivante apparut.
Sept de pique. Écheveau de foudre.
C’était l’une des deux moitiés du Dieu du Tonnerre. Pas la manifestation d’une foudre gigantesque qui ébranlait le monde, mais celle des petits éclairs qui parcouraient mon corps.
La foudre était rapide et brillante. Mon corps avait lui aussi choisi cette énergie incroyablement instable comme messagère. Les courants électriques qui circulaient dans mes nerfs contrôlaient chaque partie de mon corps. Mes os et mes muscles captaient ces éclairs fugaces et bougeaient à l’unisson.
Mais ce n’était pas tout.
Dans ma tête, mon cerveau, imprégné de tout le savoir et de toute l’expérience que j’avais acquis, était lui aussi constitué d’une multitude d’éclairs entrelacés. Ils s’emmêlaient, se reliaient, se renforçaient et parfois se brisaient. Je devenais plus expérimenté, plus aguerri.
La chaleur neuronale me brûlait le corps. J’avais l’impression que mon cerveau et mes nerfs allaient prendre feu. Je n’avais fait que superposer l’Écheveau de foudre à mon système nerveux, pourtant cette infime puissance était déjà trop violente pour mon corps. J’avais l’impression que j’allais m’effondrer d’un instant à l’autre.
Alors, une main venue de nulle part se tendit et caressa mon corps.
Six de pique. Hyu.
C’était le Dieu démoniaque que Tyr m’avait offert à moi seul.
Les autres piques étaient des manifestations de Dieux démoniaques, façonnées pour être plus faciles à utiliser. Mais celui-ci avait été conçu pour moi seul depuis le début. Il renfermait l’archétype de l’humanité et celui de l’homme nommé Hughes.
Le sang pulsait sous ma peau, porteur de vie. Mes muscles se contractaient et se déployaient avec force. Mes tendons tiraient sur mes os comme des leviers, tandis que des milliers de tissus mettaient mon corps en mouvement.
Mes hormones modifiaient l’état de mon corps, tandis que mon sang acheminait ses ressources partout. Le Dieu démoniaque dévorait les cellules endommagées, les transformait en cellules neuves et les répandait dans mon corps.
À chaque instant, des milliers de cellules mouraient et renaissaient, remplaçant celles de mon corps. J’étais déjà un individu différent de celui que j’avais été quelques heures plus tôt.
Et alors ?
J’étais toujours vivant.
Les Dieux démoniaques qui formaient l’humanité. Je les avais déjà tous obtenus. D’un point de vue structurel, matériel, mental et fonctionnel, la forme de vie appelée humaine était déjà définie.
Clonage ? Modification ? Remplacement ? Tout était possible. Le savoir avait pénétré jusqu’au concept même de l’humanité. Même l’âme et l’esprit, que les gens tenaient pour sacrés, relevaient en réalité du domaine des Dieux démoniaques.
Mais cela n’avait aucune importance.
Les humains n’étaient pas importants parce qu’ils régnaient sur toute la création. Ni parce qu’ils possédaient l’intelligence, embrassaient la morale et la justice, avaient une âme noble ou ressemblaient aux dieux.
Ils étaient importants parce qu’ils étaient moi.
Les humains étaient précieux parce que je l’étais. Tout commençait par moi. Les lois, les règles, la religion, la morale : tout cela n’était que des outils dont je me servais pour mon propre intérêt.
J’empilai tous les piques que je possédais, à l’exception des Dieux démoniaques encore dans le domaine du Dieu céleste. Les six Dieux démoniaques différents ne firent plus qu’une seule carte.
Valet de pique.
Loi humaine.
Les Dieux démoniaques que je possédais ne pouvaient ni ébranler le monde ni percer l’avenir. C’étaient des pouvoirs dérisoires et insignifiants, limités à mon seul corps.
Mais dans le monde appelé moi, ces pouvoirs étaient absolus.
Mes pensées s’accélérèrent. Dans ce monde au ralenti, mon corps bougeait comme je le voulais. Je sentis le picotement qui précédait la foudre, puis je réagis aussitôt et transformai mon corps.
Flash.
La foudre recouvrit tout mon corps. Elle semblait prête à faire bien plus que me brûler, comme si elle allait m’engloutir et me griller vif.
Pourtant, la foudre qui aurait dû secouer tout mon corps le traversa sans le moindre effet.
Un instant fugace, mon corps était devenu conducteur.
Les propriétés physiques de mon corps avaient changé. Le Dieu céleste ne pouvait plus me tuer.
Parce que j’étais devenu complet.
[Espèce de vermiiiiine… !]
Le Dieu céleste rugit. Il tenta de me tuer à coups d’éclairs et de tempêtes, de lumière et de vent. Mais tout cela était déjà mort. Ces phénomènes ne pouvaient que répondre à la volonté d’autrui, pas imposer la leur. Un phénomène dépourvu de volonté ne pourrait jamais me tuer.
Je saluai le Dieu céleste, fou de rage.
« Adieu, Dieux démoniaques. Je respecterai votre volonté. Passez le reste de votre existence là-bas, à servir d’outils. »
Cinq de pique.
Pomme de la gravitation universelle.
Malgré les vents violents et l’orage, je sentis l’attraction de la terre me tirer vers elle. Je laissai tomber la Pomme de la gravitation universelle, et mon corps devint un lourd plomb qui chuta droit vers le sol.
Le vent me siffla aux oreilles. Les cris du Dieu céleste s’éloignèrent peu à peu derrière moi. Nuages, tempêtes, tonnerre et rugissements tentèrent de m’atteindre, comme s’ils voulaient me rattraper.
[Craignez-moi ! Je suis la discipline et l’ordre. Un monde où les noms et les rôles sont remis à leur juste place deviendra votre ennemi… !]
Le Dieu céleste ne lâchait pas prise. Même si le sol se rapprochait à toute vitesse, il ne semblait pas vouloir renoncer à me poursuivre.
Attendez. C’était le Dieu céleste. Un être du ciel. Jusqu’où comptait-il me poursuivre ? Le sol était tout proche. Il n’allait quand même pas continuer une fois que j’y serais arrivé, si ?
Ça allait être épuisant.
« Épée et Bâton du Ciel et de la Terre. »
Quelqu’un me dépassa à cet instant.
C’était Shei. Tenant Chanteciel et Jizan dans chaque main, elle les brandit à grands gestes vers le Dieu céleste qui approchait.
« Fends l’horizon ! »
Se servant de Jizan comme d’un canon, elle lança Chanteciel dans un mouvement explosif. Une immense entaille traça un second horizon à travers le monde. Chanteciel s’étira à l’infini, redessinant la frontière du monde en fendant horizontalement le ciel lointain.
Chanteciel était une épée qui renfermait le ciel dans un espace comprimé. Elle possédait probablement un attribut semblable à celui du Dieu céleste. Même le Dieu céleste, contre lequel les Arts de l’énergie et la magie ne faisaient pas le poids, vit sa forme se déformer sous le coup de Chanteciel. Il semblait prêt à se rétablir au bout d’un instant, mais alors…
« Disparais ! »
Quand Shei retira ses Yeux aux Sept Couleurs, l’aurore qui s’étendait sur le monde scintilla, puis disparut. Au même moment, le Ciel qui s’était manifesté vacilla avant de s’estomper lentement.
Shei n’avait fait qu’invoquer ce Ciel. Il disparut lorsque Shei, son catalyseur, retira son pouvoir.
« Qu’est-ce que… Hughes, ça va ? … Hughes ! »
À mesure que ma chute s’accélérait, je devins un météore — non, un homme en chute libre — et m’écrasai droit au sol. Shei poussa un cri en me voyant.
« H-Hughes est mort ! »
« C’est vrai. Je suis mort. Veuillez déposer l’argent des condoléances dans ma poche. »
Je me relevai du cratère, raide et courbaturé. J’avais un peu mal à la tête, mais mon corps allait étonnamment bien. Grâce à la Loi humaine, je pouvais tomber des nuages sans une égratignure.
Shei atterrit près de moi, m’examina de la tête aux pieds et prit la parole.
« Hughes. Tu… tu as l’air différent, d’une manière ou d’une autre. Tu as fait une rencontre miraculeuse au Ciel ? »
« Quelle rencontre ? Je me suis fait attaquer. »
« Attaquer ? Par qui ? Ah, c’était quoi, ça ? C’est tombé avec toi. »
Incrédule, je lui demandai :
« Tu l’as tranché sans même savoir ce que c’était ? C’était le Dieu céleste. »
« Hein ? C’était le Dieu céleste ? »
« Eh bien, si tu invoques le Ciel, le Dieu céleste finit forcément par se pointer. Tu devrais le savoir mieux que moi, non ? C’est toi qui as invoqué le Ciel, pas moi. »
« C’était la première fois que je l’invoquais dans un vrai combat. Et quand je suis allée chercher Chanteciel, il n’y avait rien de semblable là-bas. »
« Tu as aussi trouvé Chanteciel là-bas ? »
« Oui. Le Dieu céleste prête son pouvoir à ses fidèles. Chanteciel est la plus puissante des reliques sacrées porteuses de son pouvoir. Comme c’est une relique de sainte, je peux utiliser le pouvoir du Dieu céleste même si je n’y crois pas. »
Je m’étais dit qu’ils se ressemblaient, d’une certaine façon. Chanteciel était donc une relique qui renfermait le pouvoir du système du Dieu céleste. Pas étonnant qu’elle m’ait paru plus commode et plus utile que Jizan, une relique d’un Dieu démoniaque. C’était logique. Une arme bien conçue était forcément meilleure qu’un gourdin rare tombé du ciel par hasard.
« Pourquoi t’a-t-il attaqué ? Tu l’as encore provoqué, pas vrai ? »
« Même si c’est un dieu, il a l’air minable quand il riposte comme un pauvre type juste parce que je l’ai provoqué. »
« Les gens normaux ne songent même pas à provoquer les dieux ! On devrait demander de l’aide au Dieu céleste, pas se battre contre lui ! »
« Shei. Si le Dieu céleste et moi nous battions, tu prendrais le parti de qui ? »
« Le tien. »
Shei répondit sans hésiter, puis s’empressa d’agiter la main en se justifiant.
« Non, enfin, je n’ai jamais vraiment cru au Dieu céleste, de toute façon. Et j’avais prévu de t’aider cette fois-ci… Ne te fais pas de fausses idées ! Je crois en toi, mais tu n’es pas si fiable que ça ! »
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? »
« Tais-toi ! Si tu as repris tes esprits, dépêche-toi de te relever ! »
Shei me tendit nonchalamment la main. Elle m’invitait clairement à la saisir pour me relever. Son geste ne trahissait pas la moindre méfiance ; je lui emboîtai donc instinctivement le pas. J’attrapai sa main et tentai de me redresser.
« Ah ! »
À cet instant, Shei perdit l’équilibre, tomba et s’écrasa contre moi. Elle me retomba dessus avec assez de force pour me surprendre, moi aussi. Soudain dans mes bras, Shei eut l’air décontenancée.
« Hein ? Hughes. »
« Pourquoi tu n’arrives plus à garder l’équilibre ces derniers temps ? Tu as quelque chose de cassé ? »
« Non. Je… je ne viens pas de trébucher. »
« Il m’a entraînée parce qu’il a tiré trop fort. Alors que j’utilisais des Arts de l’énergie… »
Ah, oui. La Loi humaine.
Je ne l’avais pas encore désactivée. C’était vraiment aussi puissant ?
« Père ! Désolée de vous interrompre pendant votre petit moment agréable ! »
Alors que Shei et moi nous dévisagions, tout aussi déconcertés l’un que l’autre, la voix de Hilde retentit au loin. En nous voyant dans les bras l’un de l’autre, Hilde lâcha un petit rire, comme si c’était exactement ce à quoi Hilde s’attendait, puis m’appela.
« Il faut que tu viennes ! Un émissaire de l’Empire est arrivé ! C’est commencé, le “destin” ! »
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