Chapitre 718
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 718 : Au ciel - 3
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Les humains étaient faibles et stupides. Même si une bête à elle seule acquérait le pouvoir de détruire le monde entier et l’humanité, elle finirait tout de même par périr, incapable de prendre soin d’elle-même.
Peut-être même que les Dieux démoniaques — non, surtout les Dieux démoniaques — devaient s’en remettre au Dieu céleste.
Je ne nia pas que les humains étaient faibles et stupides. Si quelque chose, j’étais plutôt près de le confirmer. Leur choix était juste à leurs yeux. En tant que lecteur de pensées, je ne pouvais m’empêcher de comprendre profondément ces sentiments.
Je savais. Je savais, mais…
Alors, qu’étaient les humains ?
La lumière s’intensifia autour de moi. Une lueur chaleureuse et éclatante coula de ma tête jusqu’à mes pieds. Lorsque je relevai la tête, je vis la première Sainte Vierge, telle qu’elle apparaissait dans les souvenirs de « Grande Sœur ».
[Sage. Instruis-nous par ta sagesse.]
[Bienfaitrice. Protège-nous par ta miséricorde.]
[Sainte Vierge. Éclaire-nous de ta lumière.]
Quand le Dieu démoniaque de la Lumière apparut, les autres Dieux démoniaques se retirèrent lentement pour lui céder la place. Le vent, les ondulations, la foudre. Tandis que les Dieux démoniaques capables de bouleverser le monde par leur seule existence s’écartaient d’eux-mêmes, une lumière sacrée perça les nuages noirs et illumina le monde.
[C’est la première fois que je te rencontre dans mon présent. Comment vas-tu ?]
La responsable de tout cela. Et en même temps, une sainte qui avait changé la forme de ce monde. Elle me regarda, sa présence aussi ténue que si elle n’était pas vraiment là.
Pourtant, elle avait un peu changé. Ses yeux semblaient plus las, plus fatigués. Elle était déjà morte et gravée dans le monde, mais les traces de ce qu’elle avait enduré avant sa mort subsistaient.
Après la mort du Roi de l’Humanité, la première Sainte Vierge et ses fidèles étaient devenus des fugitifs. Coupables de rébellion, ils avaient été persécutés comme les membres d’une secte hérétique dont personne ne voulait, et la première Sainte Vierge avait fini par être tuée.
La Sainte Vierge avait-elle elle aussi vu cet avenir ? Probablement. Elle pouvait même entrevoir les souvenirs d’une personne qui observait depuis un futur lointain.
La première Sainte Vierge était le Dieu démoniaque de la Lumière, une existence gravée dans le monde jusque dans la mort. Comme si elle avait vu cette fin venir, elle répondit :
[Tu as régné en tant que Roi de l’Humanité, mais tu n’as rien porté sur tes épaules. Alors l’humanité s’est forgé un pilier sur lequel s’appuyer.]
Ce ciel n’était qu’un mensonge que le Sanctuaire avait bâti pièce après pièce. Mais, à force d’y croire, tant de gens en avaient fait une vérité, une idole colossale.
Aussi forte qu’elle fût, une croyance restait un concept. Elle ne pouvait prendre une forme distincte, mais la première Sainte Vierge avait rassemblé tous les autres Dieux démoniaques et rendu la chose possible.
[Avec l’aide de Chiwoo, le ciel est devenu notre toit.]
Chiwoo devint le protecteur fidèle de la Sainte Vierge et le pilier du Sanctuaire, jusque-là persécuté. La Sainte Vierge, qui voyait l’avenir, et Chiwoo, qui lisait les signes du ciel, furent vénérés comme des prophètes.
[Grâce aux efforts du Roi des dragons, les rivières et les lacs sont devenus nos routes.]
Le pouvoir du Roi des dragons ne résidait pas dans les brise-lames, mais dans les ondulations. Elle divisait le courant de l’eau en une multitude d’ondulations et les maîtrisait. Le Sanctuaire l’accueillit et obtint de l’eau sacrée. Même les rivières et les lacs, qui n’avaient été jusque-là que des voies d’approvisionnement en eau, devinrent une partie du domaine de l’humanité.
[Grâce à la contribution du Voleur de foudre, la foudre est devenue un pilier soutenant le monde.]
La foudre qui s’abattait du ciel était assez puissante pour faire perdre connaissance à quelqu’un, mais elle était aussi plus courante et plus précieuse que cela. Dès que les humains enfermèrent la foudre dans du verre, ils n’eurent plus à attendre le matin pour avoir de la lumière.
[La lumière illuminera le monde depuis cet espace.]
Et la lumière, rien qu’en étant lumière, chassait les ténèbres et éclairait le monde.
La Loi du monde était achevée. Le concept appelé Dieu céleste existait. C’était un concept parachevé par la Sainte Vierge et les Dieux démoniaques réunis, ainsi que par la conscience et la foi d’innombrables personnes.
Si une entité conceptuelle symbolisait le concept lui-même, alors, si un concept prenait forme en une existence unique, ne devenait-il pas lui aussi une entité conceptuelle ?
« La Loi du monde est déjà achevée. »
[Pas encore. Il manque une dernière pièce, la plus importante, la plus essentielle.]
« Le Roi de l’Humanité. »
[Une entité conceptuelle. Une existence qui représente et met en œuvre le vaste concept du Dieu céleste. Sans entité conceptuelle, un idéal ne peut devenir réalité. C’est la seule chose qui rendra cette Loi du monde parfaite.]
Le ciel était un pouvoir devenu forme. Des dizaines de milliers de croyants recouraient au pouvoir du Dieu céleste sous le nom de pouvoir divin.
Le Dieu céleste était déjà devenu un dieu plus pratique et plus puissant qu’un Dieu démoniaque, qui accordait son pouvoir en échange de la foi.
Et pourtant, cela ne suffisait pas.
[Tu as choisi de régner sans gouverner. Il ne nous reste qu’une seule option.]
Grande Sœur.
Quand j’avais lu les souvenirs de « Grande Sœur », j’avais vu la première Sainte Vierge El, des Gardiens du savoir. Elle m’avait posé une question à travers le temps, et j’avais refusé.
Ce refus avait dû créer ce monde.
Qu’était-il arrivé en premier ? Si je l’avais trompée par un mensonge, à l’époque, la situation aurait-elle changé ?
Non. Rien n’était plus vain que de mentir au passé.
La première Sainte Vierge me regarda sans ciller, les mains jointes.
[Puis-je te demander… Si…]
Si j’avais changé d’avis, serais-je disposé à protéger l’ordre, même à présent ? Voilà ce qu’elle voulait dire.
Quelques mois seulement s’étaient écoulés depuis notre rencontre au sommet de l’Arbre de l’Origine, dans les souvenirs de Grande Sœur. Il était impossible que ma réponse à la question qu’elle m’avait posée alors ait changé. Au contraire, elle s’était encore affermie.
Pourtant, si quelques mois seulement s’étaient écoulés pour moi, plus de deux mille ans avaient passé pour la première Sainte Vierge. Pendant tout ce temps, elle avait peut-être espéré que ma réponse changerait.
« Oui. Je pense toujours la même chose. »
[Même si beaucoup souffrent, luttent et sombrent dans le désespoir à cause de cela ?]
« Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas mon problème. »
Ce n’était pas mon problème. Ils se débrouilleraient. Et ils le devaient.
« Pour commencer, je ne porterai pas un joug appelé péché. Chaque pays a ses propres règles et ses propres lois : quel péché pourrait donc exister ? Peut-on juger ou évaluer un pays selon les lois d’un autre ? »
L’État militaire, les Petits États, le Duché, et même la Fédération arcanique. Leurs règles, leurs règlements et leur morale étaient complètement différents.
L’État militaire défendait le slogan d’un pays du peuple, et pourtant ses habitants étaient broyés comme des pièces détachées. Le Duché était un meilleur endroit où vivre que n’importe quel autre pays, mais le statut des humains n’y valait pas mieux que celui du bétail. Les Petits États rejetaient toutes les règles pour survivre, tandis que la Fédération arcanique devait obéir aux règles pour survivre.
De même que la vie prenait différentes formes selon son environnement, chaque pays était forcément différent. Un ordre commun à tous ne pouvait être obtenu qu’en écrasant et en amalgamant leurs multiples particularités.
« Le péché n’existe pas, à la base. Le Roi du Péché ne peut donc pas exister non plus. Chacun agit simplement selon ses propres désirs. De petits désirs s’assemblent et forment quelque chose de vaste. La civilisation et l’ordre, c’est pareil. »
Je pouvais lire dans les pensées des autres.
Non, je les représentais. Je lisais leurs souvenirs, éprouvais de l’empathie pour eux, devenais cette personne et déchiffrais les désirs enfouis en elle.
Plus j’en lisais, plus je comprenais combien les choses qui nous étaient simplement données étaient précieuses et, par conséquent, dénuées de sens.
La paix était écrite dans le sang. Après s’être entretués assez longtemps, les gens avaient conclu qu’il valait mieux coopérer que se faire du mal.
Ce n’était pas important parce que quelqu’un avait décidé que ça l’était. C’était simplement un souhait minuscule et précieux, un grand courant né de la collision entre le désir d’une personne de survivre coûte que coûte et celui d’innombrables autres.
Je ne le nia pas. Si quelque chose, j’étais plutôt près de le confirmer avec désespoir.
« Je leur ferai assumer la responsabilité de ces désirs. Je ne les porterai à la place de personne. Je ne prendrai pas ça sur moi. Et, bien sûr, je ne laisserai personne rejeter ce fardeau sur quelqu’un d’autre. »
C’était pour cela que tout le monde devait le savoir. La nature n’était pas une donnée immuable. Ce n’était qu’une méthode parmi d’autres, choisie par une bête stupide et idiote pour survivre dans son environnement.
Si les choses tournaient mal, elle pouvait changer complètement.
[Tu es cruel et bon… Faire porter le péché à chacun sera plus difficile que de le porter seul.]
« Rien n’est plus facile que de refiler ses problèmes à quelqu’un d’autre. »
Refiler les choses aux autres et prendre la fuite, c’était ma spécialité. Je pouvais le faire autant que je voulais.
Alors, la première Sainte Vierge demanda :
[Et ces nombreuses personnes qui te sont liées ? Sont-elles, elles aussi, des étrangères à tes yeux ?]
L’espace d’un instant.
Ma vision s’élargit. La lumière scintilla. Comme si j’observais à travers une loupe, depuis ce ciel lointain, un endroit situé sur un continent éloigné apparut à mes yeux.
Les plaines de l’Abîme s’étendaient au loin. Le Convoyeur méta circulaire. Le relief de l’État militaire. Mon regard fut attiré vers le quartier général, au milieu de la rivière artificielle de terre.
L’État militaire. AB et Historia s’y trouvaient. Autour d’AB se tenaient les nombreuses officières des transmissions qu’elle avait sauvées. Elles semblaient profondément troublées. Le contact avec les officières des transmissions qui n’étaient pas encore revenues se rompait aux quatre coins de l’État militaire.
Une fois leur identité révélée, les officières des transmissions devenaient des cibles, pour les ennemis de l’extérieur comme pour les alliés de l’intérieur. Les ennemis cherchaient à les capturer pour leur soutirer des informations, tandis que les alliés voulaient falsifier les renseignements transmis au quartier général.
AB faisait tout ce qu’elle pouvait, mais les seules forces qu’elle pouvait déplacer discrètement étaient Historia et le Bureau de la Sécurité publique. AB donnait des directives qui n’étaient pas tout à fait des ordres, tandis qu’Historia coinçait une herbe de mana entre ses dents et partait seule vers les endroits où les officières des transmissions avaient cessé de donner signe de vie.
Historia avait été rétrogradée pour avoir pris mon parti et n’avait ni troupes ni unité. Elle fit discrètement ses bagages et s’en alla, seule dans la nuit, accomplir la mission qui lui avait été confiée.
Les Petits États. Perru avait rassemblé les alchimistes de Claudia et s’efforçait de rétablir l’ordre dans les Petits États. Pourtant, les chacals, qui avaient vécu des siècles sans pays, étaient à la fois citoyens des Petits États et leurs ennemis les plus encombrants. Dès que Perru essayait de poser ne serait-ce qu’une fondation à l’aide de la cloche du Seigneur de l’Or et de l’alchimie, ils accouraient, emportaient tout ce qui avait de la valeur et repartaient.
Les chacals étaient rapides, rusés et lâches. Ils avaient reçu peu d’instruction et menaient une existence où suivre les règles et les normes ne faisait que les désavantager. Ceux qui avaient vécu ainsi n’allaient pas soudainement devenir pacifiques sous prétexte que le Seigneur de l’Or avait disparu.
Et les autres seigneurs ? Au lieu de suivre Perru, qui possédait la cloche du Seigneur de l’Or, ils ne pensaient qu’à lui voler ses serviteurs. Perru était coincé derrière une petite muraille avec les derniers habitants de Claudia.
Le Duché. Impossible à voir. Couvert toute l’année par le brouillard marin et dissimulé par les ténèbres de la Progenitrice, il échappait à la lumière. Une obscurité noire comme le charbon y était tapie, empêchant la lumière d’approcher.
On racontait seulement que des sanglots et des cris retentissaient dans la brume. Certains affirmaient même avoir aperçu un monstre gigantesque.
Et puis, il y avait la Fédération arcanique.
Rien de notable ne s’y était encore produit, car les événements qui auraient pu survenir avaient été empêchés. Le pays avançait en grinçant, mais tenait bon.
La véritable crise ne l’avait pas encore atteint.
La menace de l’Empire se rapprochait à chaque seconde. C’en était glaçant. Politique, économie, armée, diplomatie : dès que l’Empire déciderait d’agir, des centaines de formes d’attaque s’abattraient sur le pays appelé Fédération arcanique.
Si l’on comparait une nation à une personne, l’Empire était un dieu. D’un doigt pointé, il immobilisait les membres du corps, brouillait ses sens et le faisait s’effondrer de l’intérieur. Les attaques de l’Empire n’étaient pas encore arrivées, mais le pays semblait prêt à se désagréger d’un instant à l’autre.
[Le fardeau que tu leur as confié est bien trop lourd et douloureux pour eux. Personne ne peut y arriver.]
Les personnes à qui j’avais confié cette tâche, que j’avais pourtant saluées avec bienveillance, ne cessaient de se tourmenter et de souffrir.
La première Sainte Vierge ne se moquait pas de moi. Elle ne se réjouissait pas de leur douleur. Elle compatissait profondément à leur tristesse et plaignait sincèrement leur désarroi.
Elle n’était ni hypocrite ni dans la feinte. Elle le pensait, sincèrement.
[Tu as le pouvoir de remettre tout cela en ordre, Roi de la Civilisation. Si nous rétablissons ensemble l’ordre du monde, nous pourrons vaincre ce Roi des Sauvages et rendre à ce monde un ordre convenable. Tu peux rendre heureux ceux qui ont choisi de souffrir en te suivant.]
C’était peut-être parce que j’avais vu des visages familiers. D’ordinaire, j’aurais refusé sans hésiter, mais cette fois, je marquai une pause.
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