Chapitre 717
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 717 : Au paradis - 2
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Un monde peuplé de centaines de millions d’êtres pouvait être détruit par le pouvoir d’une seule personne. Plus tragique encore, cela pouvait arriver même si cette personne n’en avait jamais eu l’intention.
[C’est un pouvoir bien trop grand et dangereux pour être maîtrisé par une seule personne. Un pouvoir capable de décider en un instant de la vie ou de la mort de dizaines de milliers d’êtres. C’est le karma, mais aussi le péché.]
Chiwoo lisait les signes célestes et agissait en conséquence. C’était un pouvoir véritablement divin. Pourtant, Chiwoo était humain, et les humains n’étaient jamais parfaits.
[L’avenir n’est pas infini. La plupart de ses innombrables ramifications finissent en ruine ; comment une telle fin pourrait-elle donc être qualifiée d’infinie ? Trouver la bonne réponse revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. J’entends mal, ma vue baisse et mon esprit s’émousse ; j’ai donc décidé de confier mon karma au Dieu céleste.]
C’est pourquoi Chiwoo devint une partie du Dieu céleste. Il n’exerçait ce pouvoir qu’au nom du Dieu céleste.
[Le présent est une harmonie qui a déjà trouvé son équilibre au fil de milliers d’années de destruction et de création. Les humains peuvent se mettre à l’abri de la pluie, mais ils ne doivent pas la faire disparaître. Telle est l’harmonie du ciel et de la terre.]
Le Sanctuaire avait d’abord assis son influence en prédisant le temps, comme le faisait le Bureau météorologique céleste, et en gagnant la confiance du peuple. Aujourd’hui encore, les prévisions météorologiques figuraient parmi les principales missions du Sanctuaire.
Je croisai le regard de Chiwoo et hochai la tête.
« Je comprends. C’est possible. Tu ressens la même chose ? »
Je m’adressai à l’ombre qui hésitait derrière Chiwoo. Des ondulations parcoururent les nuages. Au-delà de Chiwoo, la Déesse démoniaque dissimulée dans cette mer de nuages se dévoila.
Les nuages étaient des fleuves flottant dans le ciel. Des gouttelettes qui avaient choisi la liberté plutôt que la mer se rassemblaient sous l’effet d’une certaine pression pour ne former qu’un tout. Bientôt, les nuages devinrent une unique vague, et quelqu’un en émergea.
Sa robe ailée ondulait derrière elle, tout comme ses cheveux. Ses yeux translucides semblaient refléter le monde, et des larmes coulaient tristement le long de ses joues.
Priana, la Déesse démoniaque des Vagues.
Autrefois appelée Roi dragon, elle sanglotait, le cœur débordant de chagrin.
[Snif… Snif… Ne sont-ils pas pitoyables ? Ces minuscules créatures qui rampent sur le sol ? Ces minuscules créatures qui meurent par milliers quand les nageoires de la Calamité marine les fauchent d’un seul coup… ? Si tu savais combien de personnes sont mortes en Méditerranée au cours de l’Histoire, tu ne pourrais jamais cesser de pleurer… Snif !]
« Tu as fini par conquérir la Méditerranée. »
[C’est vrai, snif, snif. Une victoire remportée au prix d’immenses sacrifices. Pas seulement les nôtres, mais aussi ceux de la Calamité marine…]
Il fut un temps où l’Empire, qui abritait le Sanctuaire, s’étendait par la conquête. Il plantait ses drapeaux dans des terres inhabitées, soumettait ceux qui lui résistaient et agrandissait le domaine de l’humanité. À cette époque, l’Empire était puissant, la civilisation florissante et l’humanité pleine d’assurance.
Le plus grand obstacle à des conquêtes qui semblaient destinées à atteindre l’extrémité du continent n’était ni les barbares ni un Roi des Bêtes.
C’était la Méditerranée.
Bien plus petite et moins profonde qu’un océan, elle symbolisait pourtant le désespoir pour l’humanité.
La Calamité marine de la Méditerranée redessinait chaque jour le littoral. Le territoire de l’Empire s’étendait ou rétrécissait au fil des jours.
Chaque fois qu’une Calamité marine était de mauvaise humeur, des bêtes marines terrifiées remontaient les fleuves à la nage. Alors, les cours d’eau qui avaient vu naître l’humanité devenaient son tombeau.
C’était en Méditerranée que la frontière entre le fleuve et la mer était la plus floue, et c’est pourquoi tant de gens y furent sacrifiés. La Méditerranée tenait l’Empire en échec.
Au cours de toute l’Histoire, la seule Calamité marine de la Méditerranée avait tué des centaines de millions d’humains.
L’Empire changea de cap.
Il ne se dirigea pas vers des terres lointaines, mais vers une région voisine qu’il n’avait jamais réussi à conquérir.
La Méditerranée.
[Si seulement je n’étais jamais née, snif, snif… Le Dragon à sept étoiles, le Tigre marin et la flotte qui m’avait suivie… Ils ne seraient pas morts…]
L’Empire était puissant, et la Méditerranée peu profonde. Les Calamités marines qui rôdaient sur ses côtes ne semblaient pas être un désespoir insurmontable que l’humanité ne pourrait jamais vaincre. La guerre éclata lorsque les deux camps crurent avoir leurs chances, même si cette conviction était erronée.
À la fin, les humains remportèrent la guerre contre les Calamités marines.
Mais ce ne fut pas la victoire de l’humanité.
Ce fut celle du Roi dragon, à lui seul.
[Le pouvoir lui-même est une malédiction… Snif. Le pauvre Dragon à sept étoiles, le pauvre Tigre marin, et les humains, encore plus pitoyables qu’eux… Un immense pouvoir finit toujours par s’emparer de leur destin et le bouleverser… Je n’avais jamais voulu de cette guerre, mais ce pouvoir m’y a entraînée et a finalement provoqué d’innombrables tragédies, snif…]
Par ironie, le monde avait accordé le pouvoir d’une Déesse démoniaque à Priana, qui se contentait d’admirer les douces ondulations du lac Haeri. En remontant assez loin jusqu’à la cause première, tout cela était arrivé parce qu’elle s’était imprudemment approchée de la vérité.
Difficile de savoir si cela l’avait menée au trône d’une Déesse démoniaque, qui définissait le monde lui-même, ou s’il ne s’agissait que d’une puissante magie unique.
Quoi qu’il en soit, le pouvoir capable de bouleverser tout le lac Haeri était essentiel pour mener la guerre de conquête de la Méditerranée. Priana devint la première amirale de l’Histoire humaine et mit le cap sur la Méditerranée.
Quelques mois plus tard, le cadavre de la Calamité marine remonta à la surface, au milieu des épaves des navires fracassés. Il ne restait que sept navires et trois cents survivants.
Ce fut une victoire à la Pyrrhus, mais une victoire tout de même.
L’Empire traîna le cadavre de la Calamité marine sur le rivage. L’humanité exulta. Elle avait prouvé que même la puissante et terrifiante Calamité marine n’était qu’une bête. Elle avait affirmé que même cette mer pouvait être conquise par l’humanité.
Après avoir chassé la Calamité marine et assuré sa maîtrise du littoral méditerranéen, l’Empire atteignit l’apogée incontestée de l’Histoire humaine.
Le Roi dragon, héros de cette victoire, disparut après la guerre.
« Tu as disparu du jour au lendemain, après la guerre, et les légendes racontent que tu es devenue le Roi dragon de la Méditerranée… »
[Je voulais sortir de l’histoire… Comme ça, personne ne viendrait me chercher.]
Elle aurait été encore plus facile à convaincre. Le Roi dragon était las de se battre.
Sa magie unique n’était pas destinée à agiter la mer. Elle lui permettait de tisser ensemble les tremblements qui naissaient à la surface d’un lac calme et de leur donner une forme unique.
Mais le pouvoir du Dieu démoniaque était trop puissant, et il l’avait précipitée dans la guerre.
« Je comprends. Tu ne me laisseras pas utiliser ton pouvoir non plus, n’est-ce pas ? »
[Snif… Si tu utilisais ce pouvoir et parvenais vraiment à apporter la paix au monde, je serais prête à regarder en silence…]
« Un lac ne peut pas rester calme pour toujours. »
[Alors, snif… J’espère seulement ne pas me retrouver au milieu de ces vagues. Je ne commettrai donc plus de péchés avec mon pouvoir.]
C’était la deuxième fois qu’on me repoussait depuis mon arrivée ici. Ces gens avaient déjà été accueillis dans le sein du Dieu céleste. Ils n’éprouvaient ni regret ni attachement persistant ; je n’avais donc rien à quoi m’accrocher.
Et puis, je n’avais pas besoin de m’accrocher à eux.
Sans même regarder dans cette direction, je pris la parole.
« Voleur de foudre. Nous nous sommes déjà parlé, non ? »
Frang, le Voleur de foudre qui avait dérobé la foudre au Dieu du Tonnerre de Claudia. Sa présence se révéla faiblement au milieu des nuages d’orage.
Je n’en distinguais qu’une infime partie. Pourtant, la foudre jaillit de lui et me traversa le corps avec violence. Une lueur dangereuse crépita dans les nuages épais.
Chaque poil de mon corps se hérissa. Mes doigts, mes orteils, mes cheveux, toutes les parties saillantes de mon corps me donnaient l’impression d’être transpercés par des aiguilles. La foudre jaillit de lui et me traversa sans retenue. Mes yeux brûlèrent. Ma chair gorgée d’eau s’abandonna à la foudre, que je le veuille ou non.
Le Voleur de foudre se trouvait lui aussi au paradis.
Plus exactement, son corps véritable se trouvait au paradis.
[Au fond de moi, je suis un croyant fervent et je ne renie pas les enseignements du Dieu céleste. Le pouvoir que tu possèdes n’est que quelque chose que j’ai voulu dissimuler, sans parvenir à l’effacer.]
Si les sensations et les pensées étaient des phénomènes qui se produisaient dans le corps, à quoi servait l’âme ? Même en entrant dans le sein du Dieu céleste, le Voleur de foudre, qui voulait rejeter cette conclusion, avait conservé cela. Le reconnaître aurait signifié renier l’âme et la foi.
[La vérité doit être embrassée avec bienveillance, et la connaissance, acquise avec moralité. J’illuminerai le monde de ma lumière et lui apporterai ses bienfaits.]
« C’est l’inscription gravée dans la Tour des Sages, n’est-ce pas ? Tout savoir doit servir l’humanité. J’aime bien cette phrase, moi aussi. »
Leur pouvoir était si immense qu’ils auraient pu détruire le monde à eux seuls. Ils y renoncèrent. À la place, ils le confièrent à la volonté du Dieu céleste et ne permirent qu’à leur dieu de l’exercer en son nom.
« Vous pourriez vous tromper, être manipulés ou simplement représenter un danger. Vous avez donc besoin de le confier à quelqu’un d’autre. Hum. Je comprends. Bien sûr que je comprends. Le monde est précieux, et vous ne voulez pas le briser. Mieux vaut être prudent. »
C’était une façon de faire. Mais tout de même…
« Il y a quelque chose qui me paraît un peu injuste. »
Vous ne trouvez pas ça injuste ? Si je jouais à un jeu aussi truqué, ma première idée serait de renverser le plateau.
« Vous avez sûrement sauvé autant de vies que vous en avez prises, et le Dieu céleste a dû abandonner autant d’humains qu’il en a sauvés. Pourquoi ne comptez-vous pas les vies que vous avez sauvées ? Pourquoi faire semblant de ne pas voir les humains que le Dieu céleste a abandonnés ? »
En tant que lecteur des signes célestes, Chiwoo avait utilisé son pouvoir pour aider ceux qui souffraient des caprices du ciel. Plus tard, la tâche lui était devenue trop lourde, mais il avait quand même mis fin aux sécheresses et aux inondations les plus urgentes.
Le Roi dragon avait fini par conquérir la Méditerranée. Des dizaines de milliers de personnes étaient mortes avant qu’elle ne vainque la Calamité marine, mais bien davantage d’enfants avaient dû naître sur le littoral méditerranéen devenu territoire humain. En chiffres, ils devaient être des dizaines de fois plus nombreux que les morts.
Le Voleur de foudre, lui, n’avait jamais tué personne. Effrayé par son pouvoir inattendu, il avait seulement caché celui-ci et son savoir. Il avait tout de même prêté son pouvoir à quelqu’un à Claudia ; les choses se passaient donc peut-être bien.
« Vous avez refilé vos responsabilités au Dieu céleste. Alors pourquoi détourner le regard face aux péchés qu’il commet ? Le Dieu céleste et les Dieux démoniaques sont pareils, non ? Vous êtes en quelque sorte le cœur même du Dieu céleste ; pourquoi ses péchés vous laissent-ils indifférents ? »
Supposons que vous sauviez dix mille personnes, mais que cent meurent. Cela fait-il de vous un meurtrier qui a tué cent personnes ? Ou un sauveur qui en a sauvé neuf mille neuf cents ? Laisseriez-vous mourir dix mille personnes par peur d’en voir mourir cent ?
Je pouvais comprendre qu’on se sente coupable de la mort de cent personnes. Moi aussi, je tenais davantage à l’argent que j’avais perdu qu’à celui que j’avais gagné. C’était l’instinct humain.
Mais pourquoi avaient-ils cessé d’y réfléchir une fois au sein du Dieu céleste ? Le Dieu céleste faisait pareil. Il sacrifierait dix mille personnes pour en sauver cent millions.
Chiwoo répondit à ma question d’un air sombre.
[Nous ne sommes pas des surhommes comme toi. Nous sommes vieux, lents, stupides et faibles.]
[Snif… Même les Dieux démoniaques ne peuvent pas tout savoir… Et nous ne sommes pas invincibles non plus… Quand des centaines de personnes font pression sur moi, je ne peux pas les planter là et m’enfuir…]
[Même un génie du siècle comme le Seigneur de l’Or a connu une fin tragique et est devenu une calamité. Ce serait étrange de croire que nous, nous serions différents.]
Même un Dieu démoniaque n’était qu’un humain avant de mourir. Faible, ébranlé, frustré. Il ne pouvait pas toujours faire le bon choix. Même les décisions qui lui semblaient justes sur le moment lui apparaissaient pleines d’erreurs avec le recul. Il devait passer toute sa vie à vivre dans le doute et l’inquiétude.
Au lieu de cela, ils avaient choisi de devenir une partie du Dieu céleste.
[Tu l’as vu toi aussi, n’est-ce pas ? Le sort d’un humain qui acquiert le pouvoir d’un Dieu démoniaque.]
[Un pouvoir qui dépasse nos capacités finit toujours par déborder…]
[Ne serait-ce que pour éviter de ravager ce monde, nous resterons sous l’égide du Dieu céleste.]
Les Dieux démoniaques qui étaient devenus le Dieu céleste proclamèrent ces mots avec obstination.
Notes :
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