Chapitre 712
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 712 : Récits venus de loin. Le Duché du Lilas est tombé
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Tous ceux qui étaient présents doutèrent de leurs oreilles.
Le chancelier était le plus âgé d’entre eux, mais ils avaient toujours observé les convenances. Ils pouvaient se montrer entêtés et stricts, jamais impolis. Ils avaient vécu selon un seul principe : l’ordre devait être respecté. C’était ce principe qui leur avait permis de conserver leur haute fonction jusqu’à un âge avancé.
Et maintenant, qu’est-ce que c’était que ça ?
« Espèce d’idiote ! Je t’ai dit plus de cent fois de cultiver la vertu. Je te l’ai répété jusqu’à ce que tu ne puisses plus l’entendre. Tu croyais que je te rabâchais ça pour rien ? »
Les insultes jaillirent comme si c’était leur dernier jour, comme s’il n’y avait pas de lendemain.
Et elles s’adressaient à nul autre qu’à leur propre suzeraine.
« Tu disais vouloir dépasser les limites d’un duché, non ? Tu disais que, même sans pouvoir te tenir aux côtés de l’Empire, tu voulais devenir une puissance fière et indépendante. Et maintenant, tu vas imiter à la lettre sa tyrannie ? »
« Chancelier… ? »
« Qui se sert d’un fouet pour apprivoiser une bête ? Elle s’enfuit ou se bat. Il faut d’abord l’amadouer avec de la nourriture. Les hommes-bêtes d’Ende sont des sauvages. Montre-leur de la vertu et de la bonté, et ils entreront d’eux-mêmes dans l’enclos. Même s’ils ne le font pas, ils ne peuvent pas survivre seuls. Ils n’auront inévitablement d’autre choix que de coopérer avec nous. »
C’était du suicide. Pas un suicide politique : un vrai suicide. Qui réprimandait un seigneur féodal en face ?
Qu’un duché fût sous la coupe de l’Empire ne signifiait pas qu’il n’avait guère de poids. Comparé aux quasi-États comme l’État militaire, les Petits États et le Duché, le Duché du Lilas pouvait être qualifié de superpuissance. La Duchesse violette était jeune et pleine de vigueur. L’insulter et la condamner ainsi ?
Ils auraient de la chance si on les exécutait sur-le-champ. Même exterminer trois générations de leur famille et incendier leur demeure ne suffirait pas.
« Chancelier. Vous avez perdu la tête ?! »
Le ministre des Affaires militaires se leva d’un bond et pointa le chancelier du doigt. Il semblait ne pas savoir s’il devait se réjouir ou s’effrayer du suicide de son rival politique. Le chancelier le toisa avec mépris.
« Le Corps du Tigre noir n’aurait jamais dû être envoyé à la conquête d’Ende. Il aurait fallu qu’il chasse le Roi des Loups en même temps, protège ces terres et rende leurs habitants dépendants de nous. S’ils avaient défendu Ende de leurs propres mains, nous aurions dû louer leurs efforts et les récompenser. La classe dirigeante d’Ende est humaine, après tout. Nous aurions pu tout accomplir sans verser une seule goutte de sang… »
« Assez de sottises. Nous faisons ça depuis cent ans. Et où cela nous a-t-il menés ? »
« Cet incident a réduit à néant les efforts de ces cent dernières années ! »
Le chancelier hurla de rage.
« Il faut parfois cent ans pour bâtir quelque chose, mais un instant suffit à le détruire. Ende avait déjà reconnu la supériorité du duché et nous témoignait du respect ! Ses habitants avaient établi leur propre système et étaient sur le point d’entrer dans le giron de la civilisation ! Mais à présent, ils nous considèrent comme leur ennemi et s’unissent contre nous. Nous avons créé de nos propres mains notre pire ennemi ! Tout ça, c’est votre faute ! Vous, bêtes à courte vue, qui ne savez vivre que dans l’instant. En quoi êtes-vous différents des hommes-bêtes ?! »
« Vieux salaud ! »
Chling.
Le ministre des Affaires militaires tira l’épée cérémonielle suspendue à son côté et trancha la tête du chancelier. La coupe fut nette, sans la moindre goutte de sang. Une maîtrise digne de la personne qui commandait les forces armées.
« Même si vous êtes chancelier, de telles paroles téméraires ne sauraient être tolérées devant Son Altesse ! »
Une étrange sensation envahit le ministre des Affaires militaires tandis qu’il rengainait son épée. Même au moment où sa tête tombait, le chancelier n’exprimait pas le moindre regret.
Qu’est-ce qui avait rendu fou le vieux chancelier ? Le ministre des Affaires militaires avait-il tiré son épée trop vite ? Des sentiments contradictoires l’assaillirent. Il se ressaisit et se prosterna devant la Duchesse violette.
« Pardonnez-moi, Votre Altesse. Veuillez m’excuser d’avoir osé tirer mon épée devant vous. »
« Non, ce n’est rien. Vous avez bien agi. Oser me tenir de tels propos… »
La Duchesse violette pouvait-elle comprendre ?
Elle savait que le chancelier ne l’approuvait pas, mais il l’avait malgré tout soutenue. C’était pour cela qu’elle l’avait maintenu à son poste.
Mais quelle attitude était-ce là ? S’il lui avait prodigué de loyaux conseils en mourant, elle aurait pu comprendre. Mais pourquoi avait-il débité des inepties comme s’il voulait se faire tuer… ?
Une chose était certaine. La Duchesse violette murmura :
« Nul ne peut manquer de respect à un seigneur féodal. »
Oui. C’était la règle, l’ordre établi, et ce qui justifiait qu’on tuât un chancelier ayant servi trois générations de seigneurs féodaux. Il n’y avait pas lieu de tenir compte de sa situation. Le seul fait important, c’était qu’il avait manqué de respect.
Il fallait le tuer. C’était la vérité. Elle aurait voulu lui demander pourquoi il avait agi ainsi, mais il était inutile de s’enquérir des pensées d’un traître…
« Dois-je le remettre en place ? »
Une voix s’éleva soudain dans les airs, aussi suave qu’un parfum.
Rien qu’en l’entendant, son cœur s’emballa. Ces quelques mots ressemblaient à une mélodie jouée sur un instrument. La Duchesse violette tressaillit et releva la tête.
Quelqu’un se tenait devant le vieux chancelier. Une femme si belle qu’on aurait pu la graver dans sa mémoire. Dès que la Duchesse violette la vit, elle se sentit inférieure, puis vaincue, et enfin révérencieuse.
Elles n’étaient pas du même ordre d’existence.
Son regard calme semblait contenir toutes choses. La sagesse qui y étincelait était insondable. De la tête aux pieds, elle possédait une beauté libre et fougueuse, en contraste avec son intelligence sublime.
Sa peau nue, dévoilée çà et là, était lisse et sans défaut. Sa silhouette parfaitement équilibrée n’avait rien à ajouter ni à retrancher.
La Duchesse violette avait été vaincue en tant que femme, femelle, humaine et bête. Ce n’était même pas humiliant. C’était un combat qu’elle n’aurait jamais pu gagner.
C’était le Roi de l’Humanité.
La Duchesse violette n’avait jamais vu le Roi de l’Humanité ni même su le reconnaître, mais elle comprit instinctivement la vérité.
« Le Roi de l’Humanité ? On ne disait pas que les humains étaient les seigneurs de toute la Création, au-dessus des bêtes, et qu’ils n’avaient donc pas de roi ? Pourquoi… ? »
Tandis que tous sombraient dans la confusion, le Roi de l’Humanité ramassa la tête du chancelier et la posa contre son corps étendu.
Un événement stupéfiant se produisit.
La tête tranchée se rattacha au corps. Le sang qui s’était écoulé reflua dans ses veines. La vitalité revint au corps du vieux chancelier, comme si le temps lui-même avait été inversé.
« Une résurrection ? »
Ils ignoraient comment cela avait été possible, mais savaient qui en était l’auteur. Tandis que tous tremblaient devant le miracle accompli par le Roi de l’Humanité, elle dit doucement au chancelier :
« Tu as encore des choses à dire, n’est-ce pas ? Alors, dis-les. »
Revenu à la vie, le chancelier baissa les yeux vers son corps, stupéfait. Puis il s’agenouilla devant le Roi de l’Humanité, le regard empli de révérence.
« Ah, mon suzerain… Pourquoi êtes-vous venu si tard ? Pourquoi avoir attendu si longtemps pour venir dans ce monde plein de faux rois… ? »
« Veux-tu vivre plus longtemps ? »
« Comment ce vieil homme pourrait-il désirer vivre davantage ? Je suis seulement attristé d’avoir si peu de temps pour vous admirer encore. »
Le Roi de l’Humanité pencha la tête, perplexe.
« Tu es vraiment heureux de me voir, alors que tu ne m’avais jamais vue ? »
« Comment pourrais-je ne pas l’être ? Un roi légitime est apparu dans le monde. »
Des larmes de joie coulèrent sur le visage du vieux chancelier.
« Il existe des lois dans ce monde, des convenances, de la vertu et de la justice. Il suffit que chacun les respecte. J’ai soutenu le seigneur féodal pour qu’il s’y conforme. Pourtant, le seigneur féodal lui-même ne respecte ni les lois ni les convenances, et cherche à régler chaque problème par la force et l’autorité. Des nuages sombres s’amoncellent au-dessus de ce monde. Je prétendais défendre l’ordre et les convenances, mais en servant le seigneur féodal, je les abandonnais. »
« Tu aurais pu agir toi-même dès le début. »
« Je n’ai aucune excuse. Et je ne suis pas le seul. Il existe en ce monde des personnes à part, qui ont le droit de devenir roi. »
« Qu’est-ce que cela signifie, avoir le droit d’être roi ? »
La Duchesse violette avait possédé ce droit. Mais il avait disparu à présent, car un Roi de l’Humanité incontestable était apparu.
Le visage du vieux chancelier s’illumina d’une joie immense.
« Cela signifie être reconnu comme roi par la majorité. »
« Par qui ? »
« Les seigneurs féodaux. Ils descendent de ceux qui ont pris parti pour le Roi victorieux lors de l’antique bataille qui l’opposa au Roi conquérant et qui ont unifié le continent. Ceux qui héritent de leur lignée ont le droit de s’élever au-dessus de tous les autres. »
« Pourquoi ? »
Le Roi de l’Humanité posa la question avec l’innocence d’un enfant. Le vieux chancelier réfléchit à la meilleure manière de le lui expliquer.
Un poisson qui vit dans l’eau ne sait pas ce qu’est nager, puisqu’il y vit depuis sa naissance. De la même façon, le Roi de l’Humanité ne pouvait comprendre pourquoi la légitimité royale venait du sang.
« Vous, Roi légitime de l’Humanité, ne pouvez pas le comprendre. C’est une question de justification, de légitimité et de lignée. Les gens croient que la gloire se transmet lorsque la lignée perdure depuis les temps anciens. »
« Si elle est choisie comme roi, ceux qui héritent de cette lignée et pourraient contester son règne au nom du sang ne ressentiront au moins aucune aversion. C’est bien ça ? »
« C’est exact. »
« Vous m’avez accueilli parce que je n’ai pas besoin de prouver que j’en suis digne. »
« Comme on pouvait s’y attendre, vous êtes sage. »
Le Roi de l’Humanité observa tranquillement le chancelier. Son regard brillait d’espoir et de joie. Il recelait un unique principe, forgé au fil de ses longues années. Le Roi de l’Humanité plongea les yeux dans ce cœur droit et inflexible.
« Il me faut un principe. »
« Un principe… ? »
« Oui. Il semble que les humains aient créé quelque chose de très important pendant mon absence. Mais je me suis endormi il y a très longtemps, alors j’ignore de quoi il s’agit. Ma cadette le saurait, mais elle a refusé de devenir mon principe. Je n’en ai donc aucun. »
Impossible de savoir qui le Roi de l’Humanité désignait par « ma cadette ». Mais elle était assurément la plus grande idiote du monde. Comment avait-on pu refuser une demande d’un Roi de l’Humanité aussi beau et puissant ? Cette personne aurait dû consacrer sa vie à la servir.
« Veux-tu être mon principe ? »
Pour le vieux chancelier, ces mots ressemblaient à une déclaration. Le Roi de l’Humanité avait besoin de lui. Il devait la servir de toute son âme, même après sa mort. Son corps vieillissant avait donc eu raison d’être préservé jusqu’ici.
Le vieux chancelier puisa sa réponse au plus profond de son cœur, au fond de son âme.
« Cet honneur dépasse tout ce que je mérite ! »
« Alors, je te garderai auprès de moi. »
Le Roi de l’Humanité prit sa tête à deux mains. D’un geste presque sans effort, elle la détacha.
Pas une goutte de sang ne coula. La tête du vieux chancelier, avec toutes ses fonctions intactes, pendait à la taille du Roi de l’Humanité.
« Ah, la taille d’un roi… Quel lieu glorieux… ! »
Le vieux chancelier était toujours en vie, bien qu’il ne fût plus qu’une tête.
Il avait autrefois plaisanté en disant que sa tête suffisait à elle seule. Mais le Roi de l’Humanité avait visiblement retenu le sens le plus raisonnable de sa boutade. Une femme avec une vieille tête attachée à la taille : le spectacle était cruel, et pourtant tous deux en étaient satisfaits. On aurait dit un conte de fées saugrenu.
Le ministre des Affaires militaires, incapable de comprendre ce qui se déroulait devant lui, finit par reprendre ses esprits et cria :
« Gardes ! Garde royale ! »
« O-oui… »
Le capitaine de la Garde royale, qui attendait dehors, entra, l’air embarrassé. Fou de rage, le ministre des Affaires militaires le réprimanda avec virulence.
« Que faites-vous alors qu’une intruse a pénétré dans le palais ?! »
« Eh bien, c’est le Roi de l’Humanité… »
« Un roi ? Votre seul roi, c’est la Duchesse violette, ici présente ! Appeler une autre personne “roi”, c’est de la trahison ! Vous complotez contre l’État ? Vous voulez que les trois branches de votre famille soient exterminées ? »
C’était le Roi de l’Humanité. Quiconque la voyait le savait. Même sans vouloir le croire, son instinct le lui soufflait.
Le capitaine de la Garde royale parut hésiter. Mais il était le capitaine de la Garde royale du Duché du Lilas. S’il refusait cet ordre, toute sa famille risquait de mourir.
Pourtant, il ne pouvait se résoudre à éprouver de l’hostilité envers le Roi de l’Humanité. Il remit sa lance à un soldat près de lui et s’avança, une corde à la main.
« V-Votre Altesse… Non, Roi de l’Humanité. Seules les personnes dûment autorisées peuvent entrer ici. Veuillez vous laisser ligoter sans faire d’histoires. »
Le Roi de l’Humanité s’adressa à la tête du chancelier, attachée à sa taille :
« Dois-je me laisser ligoter ? »
« Jamais ! Nul, sous le ciel, ne peut vous entraver ! »
La tête tranchée du vieux chancelier ouvrit de grands yeux en proclamant ces mots. Le Roi de l’Humanité acquiesça.
« C’est aussi ce que je pense. »
Elle repoussa la demande du capitaine de la Garde royale.
Ce fut tout.
Le corps massif du capitaine s’encastra dans le mur. Une destruction colossale éclata et se poursuivit sans interruption. À chaque pas du Roi de l’Humanité, le capitaine s’enfonçait davantage dans le mur.
« Qu’est-ce qui vous pousse à me ligoter ? »
« Khe… Kgh… ! »
« Ce n’est pas votre cœur. Alors, est-ce votre fonction de capitaine de la Garde royale ? Votre salaire mensuel ? Votre famille ? »
À peine le Roi de l’Humanité eut-elle fini sa question que le ministre des Affaires militaires tomba à genoux sous l’énorme pression qui s’abattait sur lui. Bien qu’il eût poussé ses arts énergétiques à leur apogée, il ne pouvait que reprendre son souffle, écrasé par la pression qui défonçait le sol et faisait s’effondrer le plafond.
Les yeux injectés de sang et écarquillés, le ministre des Affaires militaires était sidéré.
« Pas d’incantation ! Une magie unique de type gravitationnel… ? Le Roi de l’Humanité maîtrise aussi la magie unique ?! »
Mais il se trompait. L’unique mage de la Cour du Duché du Lilas trembla en comprenant quel phénomène miraculeux venait de se produire.
« Ce n’est pas de la magie unique… ! C’est de la magie ! »
« Contrez-la ! »
« C-ce n’est pas si simple… »
« Maintenant ! »
« D’accord… Khe ! »
Alors qu’elle tentait d’interférer avec le mana, son corps s’envola dans les airs avant de retomber lourdement. Du sang lui coulait des yeux et du nez. La magie gravitationnelle s’était retournée contre elle, déchiquetant son corps.
« Ou bien est-ce les ordres de cette personne qu’on appelle le ministre des Affaires militaires ? »
« … ! »
Le son disparut de la bouche du ministre des Affaires militaires. Le vent soufflait toujours, mais les vibrations qu’il produisait s’étaient complètement arrêtées. Tandis qu’un cri muet jaillissait de ses lèvres, seule la voix du Roi de l’Humanité résonnait distinctement.
« Sinon, est-ce le Duché du Lilas qui vous commande ? »
« C’est exactement ça ! »
Tandis que la pression de sa présence s’abattait sur le palais royal, la Duchesse violette sortit une relique familiale.
C’était l’Éventail de plantain. Il se transmettait depuis des générations au sein du duché et aurait autrefois balayé nuages et inondations. Mais ses nervures étaient désormais complètement déchiquetées, et on ne le remettait aux seigneurs féodaux que pour sa valeur symbolique.
« Roi de l’Humanité… ! Montrez du respect ! Même si vous êtes le Roi de l’Humanité, je suis moi aussi la souveraine d’un pays ! »
Elle devait pourtant s’en servir à un moment aussi périlleux.
Un vent incontrôlable enveloppa le Roi de l’Humanité. Face au typhon qui faisait rage à l’intérieur du palais, celle-ci fit voleter sa manche.
Flap.
Une nervure déchirée tomba aux pieds de la Duchesse violette. Un instant plus tard, une énorme marque de griffe de bête apparut sur le mur derrière elle. Le vent explosa comme une bombe à eau, faisant trembler le palais royal et balayant toutes les personnes et tous les objets.
Même le vent furieux créé par la relique d’un ancien ascète maîtrisant une magie unique de contrôle du vent fut déchiqueté, submergé par la brise soulevée d’un geste de la main du Roi de l’Humanité.
Le Roi de l’Humanité avait créé une tempête d’un seul geste. Sans la moindre variation d’expression, elle baissa les yeux vers la Duchesse violette et murmura :
« Ou bien est-ce le Duché du Lilas qui vous pousse tous à agir ? »
« Kgh… ! Bien sûr que oui… ! Le Duché du Lilas fut le dernier pays à se soumettre à l’Empire… ! Même si tout le monde doit mourir, nous ne nous inclinerons jamais devant des puissances étrangères… ! »
Le Duché du Lilas était le plus éloigné de l’Empire, tant géographiquement que moralement. Même à présent, le peuple vénérait le Roi conquérant comme un dieu de la guerre et cherchait sans cesse à se libérer de l’influence de l’Empire. Cette résistance ardente était la caractéristique même du Duché du Lilas.
Même le Roi de l’Humanité ne pourrait soumettre le Duché du Lilas.
… Le Roi de l’Humanité lut la conviction de la Duchesse violette et y réfléchit soigneusement avant de dire :
« Tu dis que tout le monde doit mourir. Est-ce que cela arrivera vraiment ? »
La tête du chancelier, attachée à sa taille, répondit à sa question, qui semblait adressée à elle-même.
« Mon suzerain, je vous en prie, retenez-vous. »
« Le dois-je ? »
« Les morts ne parlent pas, mais les vivants portent leurs paroles au loin. Si vous souhaitez faire connaître vos intentions, mieux vaut les laisser en vie. Faites preuve de clémence et que tous les autres vous suivent. Voilà le bon ordre. »
« D’accord. »
Le Roi de l’Humanité accéda à la demande du chancelier.
« Alors, je n’effacerai que le Duché du Lilas. »
Et le Duché du Lilas fut détruit.
Le palais royal, qui s’enorgueillissait d’un millénaire d’histoire, s’effondra comme un château de sable. Tout son système s’évapora. Le ministre des Affaires militaires disparut, l’armée cessa de fonctionner et la famille royale fut dispersée sans laisser de trace. Sous le choc, la Duchesse violette entra dans un couvent, et la lignée des seigneurs féodaux s’éteignit.
Le Duché du Lilas, qui avait occupé une page de l’Histoire, périt en un instant.
Pourtant, bien qu’un duché eût été détruit, la vie de ses habitants ne changea pas du tout.
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