Chapitre 711
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 711 : Récits venus de loin. Les lilas ont fleuri
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Lailakia, la capitale du Duché du Lilas.
Le marquis Lapaeno, Général du Tigre noir surnommé l’Épée jumelle, avait été victime d’une calamité tigresque. La nouvelle plongea le Duché du Lilas dans le désespoir et la fureur.
Le marquis Lapaeno pouvait dessiner dans les airs les trajectoires de ses coups d’épée, et sa défense était presque absolue. Troisième maître du duché parmi ceux qui incarnaient les cinq tigres, il en était la fierté, une célébrité qui avait même participé aux Jeux olympiques. Pourtant, cet homme avait péri en un instant sous les coups du Seigneur de la Montagne, apparu de nulle part.
Un trésor que le duché avait cultivé pendant des décennies, fort de plusieurs siècles d’histoire, avait été perdu dans une calamité tigresque. Le vide laissé par cette perte était indescriptible. Les humains n’étaient-ils pas les seigneurs de toute la Création ? Comment pouvait-on fleurir avec tant d’éclat pour se faner ensuite si vainement ?
Mais il s’agissait tout de même d’une calamité tigresque. Une tragédie qui s’était répétée tout au long de l’histoire et chez toutes les espèces. Si l’on parlait des attaques de tigres et de la variole comme de deux terreurs jumelles, ce n’était pas sans raison. Aussi douloureuse et misérable fût-elle, c’était un genre de perte que les gens pouvaient malgré tout accepter.
Mais les malheurs n’arrivaient jamais seuls.
[Shumahel, maître du Duché du Lilas, obtient la citoyenneté impériale !]
[Une nouvelle lignée martiale fait son entrée parmi les Sièges stellaires !]
[La nouvelle Étoile, la cinquante-septième. Quels résultats obtiendra-t-elle lors de la prochaine assemblée générale ?]
L’un des Cinq Généraux Tigres du duché. Général du Tigre blanc, l’Épée ondoyante Shumahel.
Il était encore jeune et inexpérimenté, mais tout le monde s’attendait à ce qu’avec un peu plus d’entraînement, il devienne bientôt le Grand Général du Tigre d’or.
Ce jeune homme avait abandonné sa place parmi les Cinq Généraux Tigres pour devenir citoyen impérial.
Deux des Cinq Généraux Tigres avaient disparu. Le Seigneur de la Montagne avait emporté l’un, et l’Empire avait pris l’autre. À cette nouvelle, les habitants du Duché du Lilas furent submergés par un désespoir et une rage sans précédent. Ils brandirent des pancartes et défilèrent dans Lailakia, la capitale du duché.
Ils n’avaient pas d’objectif précis, ni de revendication à faire aboutir. Ils défilaient simplement pour évacuer leur colère. Les manifestants condamnaient le Seigneur de la Montagne, qui avait tué le Général du Tigre noir, l’Empire, qui avait enlevé le Général du Tigre blanc, et ce dernier, qui avait trahi sa patrie. Le Duché de la Feuille, engagé dans un conflit frontalier, et Ende, à l’origine de la mort du Général du Tigre noir, furent eux aussi la cible de leur fureur.
La colère se propagea comme une traînée de poudre, mais la duchesse violette ne dispersa pas les manifestants. Bien au contraire, elle prit leur défense.
Ils disaient tout haut ce qu’elle-même voulait dire.
Rrrip.
La duchesse violette couronnée déchira le journal en deux dans un accès de rage. Son visage, au-delà du rouge, était devenu livide ; des veines saillaient sur ses joues et ses mains. La duchesse violette du Septième Duché poussa un cri après avoir appris la nouvelle trop tard.
« Quelles absurdités ! Shumahel ! Après tout ce que j’ai fait pour t’élever, comment as-tu pu… ?! »
Former un maître exigeait des ressources colossales. Rien que trouver un enfant doué prenait énormément de temps. Pour apprendre les arts de l’énergie adaptés à ses aptitudes, il lui fallait des élixirs coûteux et des maîtres exceptionnels. D’innombrables jeunes talents engloutissaient des ressources jusqu’à frôler l’illumination, avant de finir par n’être que des médiocrités.
Puis Shumahel était apparu comme une comète. Quand un nouveau tigre était né, les habitants du Duché du Lilas s’étaient réjouis comme s’ils en étaient eux-mêmes responsables. Ils étaient persuadés que Shumahel incarnerait l’avenir du duché.
Aujourd’hui, cette conviction s’était brisée en mille morceaux, tout comme la fierté du Duché du Lilas.
« Qu’a bien pu lui offrir l’Empire ? Quelle récompense étincelante lui a-t-on promise parmi les Sièges stellaires pour qu’il abandonne une position aussi glorieuse et s’en aille ?! »
« Eh bien… »
« Parlez ! À moins que le Bureau du renseignement n’ait détourné le budget qu’il a englouti, vous devriez au moins savoir ce qu’on a promis à Shumahel ! Lui a-t-on promis l’un des Douze Sièges du Zodiaque ?! »
Les douze personnes les plus puissantes de l’Empire. Et si la fierté du Duché du Lilas parvenait à se faire une place parmi elles ? S’il devenait l’une de ces douze figures suprêmes, dotées d’un pouvoir et d’une influence immenses, il y aurait au moins une raison à son départ. Si Shumahel obtenait l’un des Douze Sièges du Zodiaque, cela pourrait apporter au duché des avantages politiques et économiques plus importants que s’il était devenu Grand Général du Tigre d’or.
Se raccrochant au mince espoir que Shumahel avait rejoint l’Empire temporairement, pour le bien de l’avenir du duché, la duchesse violette posa sa question.
Le ministre détourna le regard plein d’espoir de la duchesse avant de répondre.
« Le rang le plus bas… Votre Altesse. »
« Quoi ?! Le rang le plus bas ? »
« Shumahel… a accepté le rang le plus bas et choisi de devenir une nouvelle Étoile. »
L’espoir et l’avenir du Duché du Lilas. Son trésor, qui avait fleuri au milieu d’attentes et d’un soutien sans limites.
Il n’avait même pas réussi à surpasser l’un des cinquante-six maîtres de l’Empire : il n’avait décroché que le rang le plus bas.
Il n’y avait qu’une seule explication à cela.
Shumahel n’avait pas été recruté, et on ne lui avait pas promis un meilleur traitement.
De sa propre volonté, il avait décidé de rejoindre l’Empire, quitte à devoir commencer tout en bas de l’échelle.
« Pourquoi… »
Pourquoi ?
C’était la seule question qui traversait l’esprit des dirigeants du Duché du Lilas.
Pourquoi le troisième maître du duché avait-il fait une telle chose ?
Pourquoi un homme destiné à devenir général, juste derrière le premier et au-dessus de tous les autres, avait-il fait une telle chose ?
Pourquoi un homme qui avait vécu presque vingt ans grâce aux subsides du pays, portant ses espoirs et ses attentes, avait-il fait une telle chose ?
Pourquoi avait-il trahi sa patrie pour rejoindre l’Empire ? Pour occuper simplement le rang le plus bas parmi les Étoiles ?
La duchesse violette, abattue, remarqua soudain une photographie de Shumahel, blond et souriant, parmi les morceaux de journal déchirés. Un bref entretien avec lui figurait juste en dessous.
[À l’origine, les duchés faisaient partie de l’Empire. Le même sang coule dans nos veines. Nous parlons la même langue, croyons au même dieu et partageons la même histoire. La différence entre les duchés et l’Empire ne se résume-t-elle pas à une simple ligne ? Je n’ai fait qu’en franchir le tracé.]
Il avait franchi la ligne. Comment avait-il pu ? Le duché lui avait tout promis. Il avait placé tant d’espoirs en lui, tant d’attentes. Comment avait-il pu trahir ces sentiments et partir pour l’Empire ?
[Je suis certain que le duché continuera à me soutenir. Même si je réside parmi les Sièges stellaires, je n’oublierai pas ma patrie, où je suis né. Je la considérerai comme l’endroit où je devrai revenir un jour, et je ferai fleurir des lilas parmi les Étoiles !]
Il reviendrait un jour. Tout le monde savait que ce n’était qu’une vaine formule.
Shumahel mènerait une vie fastueuse parmi les Sièges stellaires. Il aurait à ses côtés des dizaines de belles femmes, bénéficierait de soins méthodiques, s’entraînerait au combat contre des dizaines de maîtres et gravirait peu à peu des sommets toujours plus élevés.
Il mènerait une vie plus libre, plus brillante et plus épanouissante que celle de la personne la plus riche du duché. Sa force progresserait à pas de géant, il gagnerait en expérience et, un jour, il monterait régulièrement les échelons là-bas aussi. Il ne serait jamais le meilleur, mais il dépasserait ce qu’il était aujourd’hui.
Le plus misérable, c’était que personne ne pouvait le nier.
Le magnat le plus riche du duché n’était qu’un membre ordinaire de la haute société impériale. Le maître le plus puissant du duché figurait parmi les derniers rangs de l’Empire. Certains racontaient même qu’un mendiant impérial mangeait mieux qu’un roturier du duché.
Voilà ce qu’était l’Empire, le sommet de la civilisation.
La puissance hégémonique qui en détenait le monopole.
Tout à coup, la duchesse violette se sentit misérable face à sa propre situation. Elle régnait sur ce duché, et les gens la vénéraient comme l’une des Sept Seigneurs, mais elle n’était qu’un gros poisson dans une petite mare. Au moins dix mille citoyens impériaux refuseraient ce titre, même si on le leur proposait. Ils vivaient déjà assez bien pour ne pas envier une duchesse.
La trahison et la jalousie la submergèrent. Affaissée sur son bureau, elle prononça soudain des mots qu’elle n’aurait jamais osé dire en temps normal.
« … Et si nous envoyions un assassin ? »
Même un maître n’était pas invincible. Si on frappait pendant son sommeil ou à un moment où il baissait sa garde, le tuer était tout à fait possible.
Assassiner un maître impérial n’était pas une idée raisonnable. Les ministres protestèrent aussitôt.
« Reprenez-vous, Votre Altesse ! Quel assassin pourrait bien entrer dans la Vallée de fer ?! »
« Shumahel était un maître du Duché du Lilas. S’il est assassiné, notre pays devra immédiatement s’expliquer ! »
« Même le meilleur assassin laisserait forcément des traces. À moins que ce ne soit le légendaire Vieil Homme de la Montagne… »
« Même le Vieil Homme de la Montagne n’y parviendrait pas. Cette personne pourrait plonger les Sièges stellaires dans les ténèbres, mais elle ne pourrait pas échapper à son regard. »
« Son regard ? »
« Celui de la Sainte Vierge de la Causalité. »
Aux mots d’un ministre, le conseil bruyant se tut comme une tombe.
La Sainte Vierge de la Causalité. Une Sainte Vierge capable de retracer tous les liens de causalité dans le monde et de révéler jusqu’aux vérités qui, autrement, ne seraient jamais découvertes. C’était la juge la plus implacable du monde. Aucun péché ne pouvait lui échapper.
« Elle voit les liens de causalité. Que l’assassinat réussisse ou échoue, l’Empire fera appel à elle, et elle remontera chaque chaîne de causalité jusqu’à nous. »
Ensuite, l’Empire exprimerait ses « regrets ». La duchesse violette elle-même devrait comparaître devant le tribunal pour se défendre, verser des indemnités et trouver un moyen de pourvoir le Siège stellaire vacant. Si elle refusait, les routes commerciales seraient coupées, des droits de douane imposés et tous les biens détenus dans l’Empire confisqués.
Le duché vacillerait. Il n’avait aucun moyen de résister à l’Empire. Il ne pouvait même pas protester après qu’on lui avait pris un maître. Même s’il élevait la voix, l’Empire balaierait ses objections en invoquant le choix d’un individu.
Ils ne pouvaient rien faire.
La puissance militaire ?
Le deuxième maître d’un duché était le maître le moins bien classé de l’Empire. Le Duché du Lilas n’était pas le seul dans ce cas. Les autres duchés se trouvaient dans une situation similaire, et le Duché de la Rose, larbin de l’Empire, avait fait placer par son souverain lui-même l’un de ses maîtres parmi les Sièges stellaires. Il ne lui restait aucun maître pour défendre sa patrie, mais comme il bordait l’Empire, il lui suffisait de s’en remettre à la puissance militaire impériale.
Le renseignement ?
L’Empire, qui contrôlait les sept Guildes marchandes de patronage, connaissait sans doute mieux les affaires des duchés que leurs propres souverains. Le Sanctuaire se trouvait également en territoire impérial. Il était indépendant, mais sa proximité géographique constituait à elle seule un avantage.
La puissance économique ?
Ils n’avaient pas la moindre chance. Les mathématiques, les études magiques, les arts de l’énergie, la médecine et l’ingénierie de l’Empire surpassaient de loin ceux des autres duchés. Tout ce que les duchés pouvaient offrir, c’étaient des ressources comme les minerais et les céréales. Aucun échange équitable n’était possible. Les Guildes marchandes de patronage, bénies par la Sainte Vierge des Contrats dans un passé lointain, promettaient des transactions équitables à tous. Elles ne pouvaient donc ni brader leurs prix ni vendre des produits frelatés.
Dans cet ordre maintenu par la « justice ».
Il était impossible pour un duché de surpasser l’Empire, ou même de devenir la moindre menace pour lui.
Le cadre créé par l’Empire. Son hégémonie. Son ordre. Ils pouvaient lutter autant qu’ils le voulaient à l’intérieur de ce cadre : ils ne feraient que s’intégrer à cet ordre. L’Empire prospérerait éternellement, tandis que les duchés survivraient en ramassant ses miettes.
« Il nous faut quelque chose en dehors de ce cadre… Ende était censé devenir notre tête de pont. Et voilà que cette calamité tigresque s’est produite. »
« J’ai un rapport à vous faire à ce sujet, Votre Altesse. »
Le ministre des Affaires militaires se leva brusquement. Il avait été chargé d’envoyer le Corps du Tigre noir à Ende, et la calamité tigresque qui avait frappé le Général du Tigre noir l’avait placé sous une forte pression politique. Pour tenter de réparer son échec, il s’écria :
« Avant que le Général du Tigre noir et le Corps du Tigre noir ne soient victimes de la calamité tigresque, les hommes-bêtes d’Ende ont combattu le Roi des Loups. Ils appellent ça une guerre, mais… »
« Une guerre ? Quelle guerre peut-on mener contre de simples bêtes ? »
« Exactement. Prétendre qu’il s’agissait d’une guerre parce qu’ils ont repoussé une meute de loups est absurde. Il y a toutefois un détail. Le Seigneur de la Montagne… »
Le ministre, qui avait parlé avec emphase, se souvint soudain d’un vieux dicton et se tut. « Parle du tigre, et il apparaît » n’était qu’un proverbe stupide, mais ceux qui s’étaient dit « sûrement pas » en étaient toujours morts. Et si le tigre apparaissait vraiment ? Même le Général du Tigre noir ne l’avait pas vaincu ; comment le ministre aurait-il pu s’en sortir ? Il se racla la gorge et reformula ses propos.
« … Ce roi des bêtes sauvages aurait demandé aux hommes-bêtes d’Ende où se trouvait le Roi des Loups. »
« Cette bête sauvage a parlé ? »
« Juste après, elle a provoqué une calamité tigresque. Elle ne s’en est prise qu’au Corps du Tigre noir, pas aux hommes-bêtes d’Ende. Après avoir anéanti le Corps du Tigre noir sans se presser, elle est restée quelque temps à Ende, où elle a été reçue avec tous les honneurs. »
« Quoi ?! Cela signifie donc que… ! »
Le ministre omettait délibérément de préciser que le marquis Lapaeno avait attaqué le premier le Seigneur de la Montagne. Il voulait alléger la pression politique qui pesait sur lui et faire porter la responsabilité aux hommes-bêtes d’Ende. Il n’avait aucune raison de mentionner quoi que ce soit qui lui fût défavorable.
« La calamité tigresque qui a frappé le Général du Tigre noir a été provoquée par les hommes-bêtes d’Ende. »
Le Duché du Lilas avait besoin d’un exutoire à sa colère. Rien de plus. Ende avait simplement été choisi.
Ende deviendrait une tête de pont pour s’étendre au-delà de la plaine d’Enger. Ces terres valaient la peine d’être prises. Ils avaient pour prétexte la calamité tigresque qui avait frappé le Général du Tigre noir, et les habitants de la ville n’étaient que de vulgaires hommes-bêtes, sans même la citoyenneté, qu’ils pouvaient tuer sans hésiter. Ende appartenait officiellement à l’Empire ; s’en emparer serait donc aussi un pas vers l’affaiblissement de l’influence impériale.
La mort du Général du Tigre noir et la destruction du Corps du Tigre noir. Pour masquer cette débâcle, vous devez tous mourir, hommes-bêtes.
Du point de vue du Duché du Lilas, cette décision était stratégiquement justifiée. Le ministre des Affaires militaires nourrissait un dessein cruel.
Cette affaire aurait dû se régler au niveau du Général du Tigre noir. Ne m’en voulez pas. Vous n’aviez qu’à vous rendre plus tôt.
Les habitants du duché étaient en colère, désespérés et accablés de chagrin. Il fallait détourner leur regard vers autre chose. Ils avaient besoin de goûter à la victoire. Il leur fallait l’élan nécessaire pour reconstruire le duché qui s’effondrait.
Une guerre contre la cité libre d’Ende réglerait la plupart de ces problèmes. Et le Duché du Lilas gagnerait une tête de pont vers ces contrées lointaines.
La duchesse violette le savait bien.
La décision qu’elle avait prise sous le coup de la colère restait une décision pour le pays. Et c’était la bonne. Pourquoi se soucierait-elle des hommes-bêtes d’Ende ? Ils n’étaient pas citoyens du duché. Ils n’étaient même pas humains.
« Rassemblez l’armée dès que les funérailles du Général du Tigre noir seront terminées. Il serait préférable d’envoyer un émissaire à l’avance. Apposez mon sceau sur le décret et faites connaître aux hommes-bêtes ma colère face à la perte du Général du Tigre noir ! »
« Votre volonté sera exécutée ! »
Le vent se levait. Le Général du Tigre noir était mort, mais c’était précisément pour cela qu’ils devaient continuer d’avancer. Les ministres, exaltés, serrèrent tous les poings et commencèrent à se lever quand…
« Catastrophe ! »
Une silhouette âgée, la barbe lui arrivant à la taille, se précipita dans la salle en s’appuyant sur une canne. Le tap-tap sec de celle-ci résonna dans le palais ducal. Un tel comportement n’y était normalement pas toléré, mais le chancelier était la seule personne à en avoir le droit.
« Chancelier ! Tenez-vous correctement. Où croyez-vous être, à faire irruption sans y avoir été convié ?! »
Le ministre des Affaires militaires se dressa d’un bond et cria, mais la duchesse violette le fit taire d’un geste.
Le chancelier avait servi trois générations de souverains. Il ne serait pas exagéré de dire qu’il était un pilier du Duché du Lilas, et il avait également été le maître de la duchesse violette lorsqu’elle était jeune.
À présent, il n’était plus qu’un vieillard qui débitait des remarques pédantes et critiquait tout, mais il était difficile de trouver un chancelier qui ne la trahirait jamais et qui gérait tout de même les affaires avec efficacité. La duchesse violette lui demanda, avec tout le respect qui convenait :
« Chancelier. Que se passe-t-il ? »
Tout en parlant, la duchesse violette restait perplexe.
Bien qu’il occupât le deuxième poste le plus élevé après le sien, le chancelier n’avait jamais manqué aux règles de l’étiquette. C’était la première fois qu’il faisait irruption en frappant le sol de sa canne, et la première fois qu’il haletait si fort. Il était plus agité qu’à n’importe quel moment de ses quatre-vingt-dix années de vie.
À la mort du Général du Tigre noir, le chancelier s’était contenté de pousser un léger soupir. Qu’avait-il bien pu se passer pour le mettre dans un tel état ? Tandis que la duchesse violette se le demandait, il prit la parole.
« Eh bien… Un noble visiteur est arrivé de l’est, au-delà de la plaine d’Enger. Je pense que vous devriez aller l’accueillir. Votre… »
Le chancelier se tut, comme s’il ne pouvait plus parler. Son visage blêmit soudain. Il aurait dû l’appeler Votre Altesse, mais à la place, il balbutia :
« Votre… Votre… »
Le titre approprié ne venait pas. Le chancelier toussa comme si quelque chose lui était resté en travers de la gorge. Sa respiration se fit plus saccadée et son corps se mit à trembler.
« Chancelier, vous allez bien ? Vous vous sentez mal ? »
Même son rival politique s’inquiéta de son état. Le chancelier serra les lèvres et se redressa. Une volonté farouche se dessina sur son visage.
« Pourquoi quelqu’un comme vous est-il mon roi ? »
Il s’adressait à la duchesse violette en personne.
Notes :
Le titre détourne la phrase coréenne « L’hibiscus a fleuri », utilisée dans le jeu du « Un, deux, trois, soleil ».
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