Chapitre 699
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 699 : L’homme contre la météorite – 7
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[L’évêque Rene était une érudite exceptionnelle. Sa géométrie analytique m’a également été d’un grand secours. Sans son aide et ses recherches, mes réalisations auraient pris plus de dix ans de retard. Les mages de la Société de Babel m’ont aussi apporté une précieuse inspiration, mais elle et Academia étaient à part. Ce sont les deux seuls êtres qui m’aient jamais surpris.]
Principia parla comme s’il cherchait à se justifier, puis détourna le regard.
[L’une des rares personnes que j’estimais m’a demandé de le faire… Et elle n’avait pas tort. Frapper le continent aurait fait de nombreuses victimes innocentes, et les familles des mages de la Société de Babel auraient pu être prises dans le conflit. Comme elle l’a dit, peut-être qu’une génération future saurait formuler le principe de relativité avec plus d’élégance. Je ne pouvais pas non plus nier cette possibilité.]
« Tu l’aimais ? »
[Ce n’était pas une émotion aussi simple et primaire. Je la respectais et reconnaissais la justesse de son jugement. Rien de plus.]
Saint Rene ne l’avait jamais su. Si elle avait aussi eu la capacité de lire les souvenirs, aurait-elle été embarrassée ?
[Quand je côtoie trop d’imbéciles, je commence parfois à douter de mon propre bon sens. Je suis manifestement plus compétent, et mon jugement est juste, pourtant j’ai l’impression que leur sottise et leur folie m’entraînent avec eux. Dans ces moments-là, j’ai besoin de quelqu’un comme elle ou Academia. De quelqu’un qui puisse me parler d’égal à égal, d’un point de vue similaire au mien.]
« Pourtant, ton opinion différait de celle de Saint Rene. »
[On n’y pouvait rien. L’évêque Rene était une nonne profondément pieuse. Elle ne pouvait proposer qu’une solution pacifique et morale. C’était frustrant et démodé, mais le monde ne devait-il pas compter au moins une personne de ce genre ? C’était aussi un autre point de vue. Du sien, c’était le bon choix.]
Un point de vue. Cela ressemblait au principe de relativité qu’il avait expliqué plus tôt. Peut-être était-ce parce que les humains faisaient eux aussi partie du monde.
« Même si le Duc de l’Or a fini par la tuer. »
[… Ho. Le Duc de l’Or.]
Je perçus une colère discrète, contenue. Principia avait donc bien des émotions, après tout.
[Si seulement le Duc de l’Or avait été un peu moins idiot, avec ne serait-ce que la moitié de son avidité en intelligence. Malgré mes conseils, le Duc de l’Or a choisi la monnaie en faux or et, par des déclarations provocatrices, a fait de l’État vassal de Marigold un ennemi public. Au bout du compte, le Duc de l’Or nous a tués, elle et moi…]
« C’est le Duc de l’Or qui l’a fait. Il a dit que la météorite tomberait telle quelle. Grâce à ta résistance finale, elle n’a toujours pas frappé. »
Elle était pourtant en train de tomber, à présent.
[Oui. Ma résistance finale, après avoir suivi un tel imbécile et prêté ma force à son jugement insensé. Il est douloureux de contempler le monde stupide et idiot en contrebas. Mieux vaut retenir une étoile ici.]
« Eh bien, je sais que le monde est stupide, moi aussi. Parfois, je pense comme ça. Que je suis intelligent et exceptionnel, et que tous les autres humains ne sont que des crétins obtus. »
Je hochai la tête, puis le désignai du doigt.
« Mais, à mes yeux, tu ne vaux pas mieux qu’eux. »
Principia n’avait sans doute jamais entendu quelqu’un le traiter d’idiot. Même les fondateurs de la Fédération arcanique avaient reconnu sa supériorité.
Pourtant, à mes yeux, il ne valait pas mieux qu’eux.
[Moi ?]
« Tu faisais toi aussi partie du monde. Tu étais l’un de ceux qui ont façonné cette époque. Tu étais un érudit remarquable, mais on t’a utilisé d’une manière ou d’une autre. Et même après avoir compris que le Duc de l’Or était bien trop idiot pour quelqu’un d’aussi avide, tu l’as suivi. Pourquoi ? Au bout du compte, tu n’as pas été emporté, toi aussi, par la sottise de ton époque ? »
[Tu veux dire que j’aurais dû me rebeller contre lui ?]
« Oui ! »
Si j’avais raison et l’autre tort, je devais aller au bout de ma volonté. Je devais défendre mes principes. Pourtant, il avait accepté sans protester, conçu la monnaie en faux or et fini par collaborer avec lui. Il avait aussi contribué à la guerre du Faux Or.
Principia avait contribué à façonner cette époque. Non, chaque être humain l’avait façonnée, au départ. Attribuer le chaos et les péchés d’une époque à quelques personnes seulement ? C’était encore plus absurde.
« Tu ne savais pas que le Duc de l’Or serait aussi incompétent. Soit. Mais une fois que tu l’as su, tu aurais dû le chasser quand il est venu à la Fédération arcanique. Ou le tuer au bon moment, ou le dénoncer. Au lieu de ça, tu l’as laissé entrer, prendre le pouvoir et poignarder Saint Rene dans le dos au dernier moment. À quoi bon te lamenter maintenant en disant que tout le monde était stupide ? »
[Ce n’est pas réaliste. Le Duc de l’Or faisait partie des sept ducs, parmi les personnes les plus puissantes du continent, et était accompagné d’un ordre de chevalerie. Comment aurais-je pu lui tenir tête ?]
« C’est toi le plus compétent, non ? Celui qui trouve le monde stupide obéit quand même à toutes les règles établies par ces masses ignorantes ? »
La société, les lois et les normes étaient le produit des époques et des êtres humains. Elles étaient toutes imparfaites, obstinées et démodées, et me barraient souvent la route.
Ce n’était pas grave. Parfois, on ne pouvait pas faire autrement que de les suivre.
Mais si tu comptais te plaindre, tu pouvais au moins résister.
« Le monde a tort. Toi, tu as raison. Alors tu peux agir, non ? Tu es devenu un Dieu démoniaque parce que tu refusais d’être limité par le bon sens, mais tu as subi une tragédie parce que tu étais prisonnier du bon sens des humains ? Allons. À mes yeux, tu es tout aussi stupide. Si tu en étais si sûr, tu n’aurais pas dû briser le monde et son bon sens ? »
[C’est facile à dire. Des révolutionnaires ont tenu ce genre de propos, mais aucun n’est allé au-delà de ses illusions. Et toi, tu en es capable ?]
« Oui. C’est pour ça que je fracasse tout ce qui me déplaît ! C’est faisable, tu sais ? Même quelqu’un d’aussi ordinaire que moi peut y arriver ! »
C’était vrai. J’avais même un bilan plutôt satisfaisant. Et en ce moment, les choses se passaient bien, elles aussi.
« Tu sais, je traite d’idiots ceux qui ne comprennent pas leur propre cœur. Dans ce sens, tu n’étais pas tout à fait aussi stupide, mais tu rendais stupides les gens autour de toi. Tu comprenais le point de vue des autres, mais tu n’as jamais voulu qu’ils comprennent le tien. »
[Tu crois que j’aurais dû les convaincre ? Expliquer les choses à des imbéciles est épuisant.]
« Peut-être. Mais comment peux-tu les traiter d’idiots si tu ne leur dis jamais rien ? Qu’est-ce que ça change de leur tourner le dos sans rien changer ? »
Se contenter de rire d’eux parce qu’ils étaient stupides ne servait à rien. Même s’il était plus intelligent, quelqu’un qui agissait était plus utile.
« Saint Rene t’a mal compris toute sa vie. Elle se sentait coupable de ne pas avoir réussi à t’arrêter ou à te sauver. Le Duc de l’Or a interprété les choses à sa guise, puis a commis un massacre inutile. Enfin, ça, c’était surtout son problème, à vrai dire. »
Faire tomber une météorite tenait davantage de la magie d’invocation. Cela consistait à faire descendre au sol quelque chose qui existait déjà. Même un Dieu démoniaque ne pouvait créer une météorite à partir du néant.
Alors, d’où Principia avait-il fait venir cette météorite ?
« Tu retenais une météorite qui serait de toute façon tombée. Tu avais déjà sauvé le monde. »
La météorite s’était déjà rapprochée. Tôt ou tard, elle aurait percuté la Terre, ou du moins s’en serait approchée suffisamment pour le faire. En observant les corps célestes, Principia et le Roi démoniaque avaient découvert un groupe de météorites qui se dirigeait vers eux.
Alors Principia avait temporairement « arrêté » la météorite. C’était comme maintenir le château flottant en l’air. Il avait piégé la météorite sur une trajectoire de chute éternelle : elle tombait sans fin, mais n’arrivait jamais à destination.
« Si Saint Rene l’avait su, n’aurait-elle pas eu une opinion un peu différente de toi ? Elle ne t’aurait pas pris pour quelqu’un capable d’invoquer une météorite sortie de nulle part et de détruire le monde quand bon lui semblait. »
[Cela ne lui aurait causé que des inquiétudes inutiles. La météorite engagée sur cette trajectoire de chute éternelle continuerait ensuite à orbiter. Elle n’avait aucune raison de s’en préoccuper.]
« Oh. C’était par égard pour elle ? »
C’était cela, « Orgueil ».
La considération pleine de fierté, mais aussi de miséricorde, qu’un Dieu démoniaque ayant sauvé le monde avait témoignée à l’humanité.
« Il y a une chose qui m’intrigue. Pourquoi retenir la météorite au lieu de l’envoyer très loin ? Tu comptais t’en servir comme arme un jour ? »
[Bien sûr que non. L’Arcane innée n’est pas toute-puissante. Même un Dieu démoniaque ne peut pas modifier trop radicalement la trajectoire d’une météorite.]
Même les Dieux démoniaques avaient leurs limites. Ils n’étaient pas aussi tout-puissants ni aussi puissants que je l’avais cru. Enfin, c’était pour ça qu’il était mort quand un Maître lui avait tranché la tête.
[Plus elle est éloignée, plus l’anomalie gravitationnelle nécessaire est importante. Si j’avais abusé des anomalies gravitationnelles de cette manière, j’aurais pu faire tomber la lune ou perdre un continent. La piéger en orbite était la meilleure solution.]
… Ou bien était-il plutôt trop puissant ?
[Cette météorite-ci, c’est pareil. Le jugement du Duc de l’Or n’était pas entièrement erroné. Mais j’étais un Dieu démoniaque. Juste avant ma mort, j’ai décidé de me ranger à l’avis de l’évêque Rene.]
C’était pour cela que l’Arcane innée gravée dans le monde suivait la volonté du Dieu démoniaque. Sans faire tomber la lune ni perdre un continent, elle ne retenait que cette météorite.
Le Duc de l’Or aurait peut-être vraiment réussi s’il avait tué Principia plus tard ou pris Saint Rene en otage. Mais il n’en était pas capable.
« Je vois. Malgré tout, je pense que Saint Rene aurait compris si tu le lui avais expliqué. »
[Elle aurait compris. Mais comme elle était intelligente, elle s’inquiétait trop. Elle craignait surtout que des gens mal intentionnés ne détournent mes recherches. Elle m’aurait retenu toute ma vie.]
« Je comprends ce que tu ressens. J’aurais aimé qu’elle puisse aussi comprendre ce sentiment. »
[Puisque nous sommes tous les deux morts, cela n’arrivera plus jamais.]
Contrairement aux Dieux démoniaques gravés dans le monde, Saint Rene n’existait que sous la forme d’une relique. Une relique ne pouvait pas changer et s’usait peu à peu jusqu’à disparaître. Cette voix ne pouvait pas atteindre l’autre.
« Pourtant, il n’y a rien d’absolu dans ce monde. »
Malgré tout, l’espace se tordit et quelque chose apparut.
L’Arcane innée était unique. Les Dieux démoniaques, eux, ne l’étaient pas.
Après avoir étudié l’alchimie, les maîtres de guilde des Petits États avaient acquis une Arcane innée qui influait sur les propriétés de la matière. Ils avaient rencontré le Seigneur de l’Or, qui leur avait accordé des montures personnelles. Cela avait été possible parce que les racines de leurs paysages mentaux plongeaient jusqu’aux Dieux démoniaques.
Ruel, la Sainte Vierge de la Lumière, était dans le même cas. Son Arcane innée était la matérialisation de la lumière, mais elle pouvait aussi manier le pouvoir de la bénédiction reçue de la Première Sainte Vierge. Ces deux pouvoirs maîtrisaient l’alchimie et possédaient une Arcane innée étroitement liée à celle-ci.[1]
Leur Arcane innée venait de l’étude des Dieux démoniaques, et leurs paysages mentaux atteignaient ces derniers.
L’Arcane innée de Saint Rene n’était pas différente.
[L’évêque Rene ?]
L’Arcane innée de Saint Rene : Ciel en poche.
Une Arcane innée qui créait des coordonnées imaginaires, inexistantes dans la réalité.
Son Arcane innée avait commencé avec le Dieu céleste, mais s’était développée grâce à Principia. L’espace, le mouvement, la force, les courbes. Pour exprimer des principes qui n’existaient que dans l’esprit de Principia, parce qu’elle voulait comprendre un humain bien plus compétent qu’elle, parce qu’elle voulait que tout le monde sache à quel point il était remarquable, Saint Rene s’y était consacrée corps et âme.
Ainsi, pour exprimer le langage d’un génie, Saint Rene avait éveillé son Arcane innée.
« Elle avait compris. Elle s’était approchée de toi parce qu’elle voulait te comprendre. Et elle était arrivée si près du but. »
Une relique restait une relique. Elle existait pour conférer son pouvoir à un humain digne de le recevoir, pas pour servir de moyen de communication avec les morts.
Mais moi, j’étais différent. Je pouvais parler même aux reliques. S’il y avait une conscience humaine, je pouvais la lire.
Alors je fis parvenir la relique de Saint Rene jusqu’ici.
Les conversations n’avaient pas forcément besoin de passer par des mots.
« Tu n’as jamais vu son Arcane innée, n’est-ce pas ? Ressens-la, maintenant. Ressens ce pour quoi cette Arcane innée a été créée. »
Principia marqua une pause. C’était quelqu’un qui comprenait. Il n’avait jamais été compris de toute sa vie, mais il pouvait voir à quel point une nonne s’était battue pour le comprendre.
Je me retournai et m’éloignai.
« Orgueil » tombait vers le sol. Sans le pouvoir d’un Dieu démoniaque, il serait impossible de l’arrêter.
Mais le Dieu démoniaque n’avait aucune raison de détruire le monde, et il venait d’en trouver une de le protéger.
Notes :
[1] Le coréen désigne ici les « deux pouvoirs » comme sujet, mais ne précise pas clairement leur lien avec l’alchimie.
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