Chapitre 690
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 690 : Expédition Orgueil
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Une étoile de destruction tomba du ciel. Un astre venu d’un autre monde, symbole de l’orgueil de l’humanité, s’écrasa brutalement sur la terre. Une explosion radiale. Des nuages de poussière recouvrirent la planète, transformant cette étoile bleue et verte en un astre semblable à ceux, lointains, qui scintillaient au-delà.
Même de si haut dans le ciel, ce qui s’étendait en contrebas était l’enfer.
L’obscurité enveloppait la planète. Des flammes et de la lave jaillissaient du sol. D’épais nuages de fumée étouffante s’élevaient. Des champignons atomiques. La lave s’épanouissait comme des fleurs. Les mers débordaient. Les bêtes marines se déchaînaient. On aurait dit que quelqu’un s’amusait avec la planète.
Ce cycle avait beau avoir toujours été condamné, voir le monde périr de façon aussi misérable lui serra le cœur.
Shei fixa sans mot dire « Orgueil », qui s’était écrasée au sol, puis le regarda. Il lui rendit son regard avec un sourire équivoque.
« Eh bien, tu vois. »
Il devait être désolé. Il ne pouvait pas avoir pris plaisir à faire ça. Pourtant, il ne le regrettait pas le moins du monde.
« On n’avait pas le choix, il fallait bien la faire tomber maintenant, non ? »
Était-il acceptable de réduire le monde en cendres pour survivre ? Jusqu’où pouvait-il aller pour protéger sa propre vie ? Il répondit par ses actes.
Ce n’était pas le premier cycle où « Orgueil » s’était écrasée. Chaque fois qu’un fragment, même infime, de « Orgueil » tombait, le continent subissait des dégâts considérables. Parfois, ils parvenaient à s’en défendre, parfois non, mais « Orgueil », à elle seule, n’avait jamais provoqué la fin du monde.
Mais lorsque « Orgueil » tombait, animée par une intention malveillante, c’était la fin.
« On a fui l’État militaire, puis les Petits États. Nevida veut se servir de moi comme matériau pour ressusciter le Roi de l’Humanité, et l’Empire veut me fourrer quelque part pour se débarrasser du Roi de l’Humanité. Sérieusement, ce n’est pas comme ça qu’on traite un roi des bêtes, mais même si c’était le cas, jamais je ne me laisserais faire sans broncher. Même si je dois mourir, je renverserai l’échiquier avant de partir. »
Il avait accéléré la gravité du météore. De la magie du vent annulait la résistance de l’atmosphère. De l’alchimie de renforcement avait été gravée sur sa surface. Des mesures avaient été prises pour contrer toute tentative d’interception.
Après la chute du château flottant, les vestiges de la Fédération arcanique en ruines avaient rempli leur second château flottant d’une haine féroce avant de le lancer. Ils avaient découvert l’existence d’« Orgueil » et ses coordonnées grâce aux arcanes secrètes du Roi démoniaque, puis l’avaient envoyée vers cette terre.
Oui. Ce n’était pas une chute. C’était un lancement. Le météore lancé par la malveillance de l’humanité avait précipité le monde vers sa fin.
« À vrai dire, Shei, toi aussi, tu as renoncé une fois, au milieu de tout ça, non ? Tu as continué parce que tu voulais voir jusqu’où j’irais, pas vrai ? »
— Non. Je…
Ça s’était vu ? Shei laissa sa phrase en suspens.
Dans ce cycle, ils avaient tenté de contacter l’Empire au plus vite pour régler la situation, mais celui-ci était intervenu avec encore plus d’agressivité. À l’aide de ses sept États vassaux, de la guilde marchande qui le soutenait et du maître de la Vallée de Fer, l’Empire avait organisé une grande chasse à travers le continent.
La cible était l’autoproclamé Roi de l’Humanité. Il fallait le capturer vivant.
La traque avait été plus dangereuse et plus intense que toutes les précédentes. Ils avaient traversé le continent du sud-ouest au nord-est et échappé d’innombrables fois à la mort. À eux deux, ils avaient tué des milliers de personnes, tandis que des dizaines d’autres s’étaient sacrifiées pour les protéger.
Au cours de la poursuite, il avait perdu un bras, et Shei avait reçu une profonde entaille dans le dos, au point de pouvoir à peine bouger le bras.
Shei se jura en silence de ne plus jamais approcher l’Empire la première, puis lui présenta ses excuses, pleine de regrets.
— Je suis désolée… J’ai révélé ton identité trop tôt.
« Pourquoi ? J’étais d’accord, moi aussi. Et ce n’était pas ta faute, Shei. Tu ne l’as pas dit en pensant à ça, si ? Tu as bien fait. C’est normal de miser sur une meilleure issue. »
Il défendit Shei avec sincérité. Une personne ordinaire aurait pu lui en vouloir, mais il comprenait et compatissait à sa situation mieux que quiconque.
« Et ce maudit Empire… Enfin, je le comprends, lui aussi. Ils ont probablement pensé que leur hégémonie et leur ordre resteraient intacts si le Roi de l’Humanité, qui menaçait l’autorité de l’Empereur, disparaissait. Ils agissent vraiment sans hésiter, comme toute puissance hégémonique qui se respecte. »
Défendait-il l’Empire ? Le Roi de l’Humanité comprenait-il même les gens de cet Empire ?
Non. Il cherchait simplement à se défendre. Il jeta un coup d’œil aux terres dévastées en contrebas et déclara :
« Alors j’espère qu’ils me comprendront, eux aussi. Même s’il est trop tard pour qu’ils le sachent, maintenant. »
* * *
Tout le monde tournait en rond. Vous avez peur du météore ? Vous ne voulez pas que le monde s’achève ? Alors débarrassez-vous du météore.
Le but était évident, alors pourquoi ? Pourquoi empêcher les gens d’en apprendre davantage ? Pourquoi s’interposer dès que quelqu’un semblait sur le point de gravir Babel, sans même lui expliquer pourquoi ?
J’en avais assez. Ça ne ferait qu’aggraver les conflits. Personne ne voulait d’un tel résultat.
Le météore finirait de toute façon par tomber. Enfin, peut-être ne tomberait-il jamais si l’on continuait à repérer et à arrêter ceux qui tentaient de gravir la tour pour en savoir plus, en dissimulant la vérité et en les trompant. Éternellement.
Tss. Comme si ça pouvait marcher. Tu savais déjà, et pourtant tu voulais empêcher quelqu’un d’autre d’apprendre ? Tu croyais que garder un secret était si facile ? La chose la plus difficile au monde, c’était de garder un secret.
« Seigneur Roi démoniaque. Sortez. »
Quand je criai dans le vide, le Roi démoniaque apparut, et quelque chose clochait dans son arrivée. D’abord, l’espace s’étira, puis sa silhouette s’y glissa. Il me regarda, ainsi que les personnes qui se tenaient derrière moi, et demanda :
« Avez-vous quelque chose à me demander ? »
« Partez immédiatement avec tous les mages que vous pourrez emmener. Vous n’avez pas besoin des habitants. »
« Il faut bien quelques roturiers pour les basses besognes. Je choisirai les jeunes et les talentueux. Ils pourraient devenir mages un jour. »
« Nous ne ferons pas de basses besognes. Et nous n’en aurons sans doute pas besoin. »
L’expression du Roi démoniaque changea légèrement. Il réfléchit un instant à mes paroles, puis promena sur moi et mes compagnons un regard intéressé. Je ne pouvais pas lire ses pensées, mais je compris aussitôt qu’il avait saisi ce que je voulais dire.
« Oh. Vous comptez l’arrêter ? “Orgueil” ? »
« On dirait qu’on n’a pas le choix. »
Le Roi démoniaque parut surpris.
« Vous avez déchiré le parchemin sans prévenir, alors j’ai cru que vous aviez changé d’avis. Que vous souhaitiez, par exemple, monter dans l’arche avant que la compétition pour y embarquer ne s’intensifie. »
« J’aurais peut-être fait ça si on en était arrivés là. Mais nous sommes tous encore attachés au Royaume inférieur. »
« Alors pourquoi ne pas avoir d’abord terminé vos préparatifs ? »
« Pour devenir un second Roi démoniaque et vivre éternellement en portant ce secret ? Non merci. »
Le Roi démoniaque avait le pouvoir de faire tomber « Orgueil ». En somme, lui aussi avait choisi de ne pas la faire tomber. Pourquoi ? Rien de compliqué : il ne voulait sans doute pas détruire le monde.
« Je l’ai vu dans la relique de Rene. À la fin, le météore était censé tomber comme prévu. Pourtant, il n’est toujours pas tombé. Qui a pu intervenir ? Je ne vois personne d’autre que vous, Seigneur Roi démoniaque. »
« Saint Rene vous a montré cela ? Ce ne devait pas être un souvenir dont elle était fière. La sainte défunte aurait-elle changé d’avis ? »
Un léger rictus apparut sur son visage. À bien y penser, le Roi démoniaque n’avait pas eu l’air particulièrement attaché à Saint Rene, même dans les souvenirs de Rene. Peut-être était-ce parce que Saint Rene avait fini par causer la mort de Principia.
« Si vous aviez voulu le faire tomber, vous l’auriez fait depuis longtemps. Si vous aviez voulu le garder comme arme, vous auriez gardé ce secret pour vous. Au lieu de ça, vous avez voulu mettre entre les mains de tous le levier qui permet de déclencher l’arme. D’un point de vue ordinaire, votre choix n’avait aucun sens. »
Le Roi démoniaque ne répondit pas. Comme je ne pouvais pas lire ses pensées, il m’était difficile de me faire une idée.
Qu’est-ce que c’était, au juste ? Que cachait-il ? Je pouvais deviner les intentions du Roi démoniaque, mais il me manquait cette dernière pièce du puzzle.
« Vous devez avoir vos raisons, vous aussi, Seigneur Roi démoniaque. Mais quoi que vous comptiez faire, “Orgueil” reste le problème. Alors, nous allons nous occuper d’“Orgueil”. »
« Vous êtes sûr de vous ? »
« Bien sûr. Si tout le monde ici s’y met, c’est possible. Ce serait bien que vous nous aidiez aussi. »
Non, à vrai dire, sans le Roi démoniaque, ça ne marcherait pas. Même réunis, les autres n’arriveraient peut-être pas à sa cheville.
« Faites de votre mieux. »
« Hein ? Vous n’avez pas envie de contribuer à la paix dans le monde ? »
« Comme vous l’avez dit, j’ai déjà fait tout ce que je pouvais. J’ai dévié la trajectoire d’“Orgueil” et l’ai empêchée de tomber sur la planète pendant plus de cent ans. Je ne peux pas en faire davantage, et je n’en ai pas la force. »
Comme prévu, il était tiède. Le Roi démoniaque d’autrefois avait peut-être été différent, mais celui d’aujourd’hui ne semblait pas disposé à empêcher activement « Orgueil » de tomber. C’était sans doute pour cela qu’il avait distribué tous les parchemins.
J’avais tout de même besoin de son pouvoir. Je fis rapidement signe au Maître de la Tour cyan du regard.
« Qu’est-ce que tu fais ? Essaie de prendre un air mignon ou quelque chose comme ça. Une disciple adorable qui lui fait les yeux doux, ça marchera sûrement mieux que moi, non ? »
C’était la seule personne ici à avoir un lien personnel avec le Roi démoniaque. Elle le connaissait sans doute mieux que quiconque. Comme je ne pouvais pas lire ses pensées, j’espérais qu’elle trouverait les mots capables de le faire réagir.
« Prendre un air mignon ? Devant mon maître ? Ce n’est pas mon genre. »
« Comme si c’était le mien. Je suis la personne la moins faite pour défendre la paix dans le monde. »
Submergée par mon aplomb, le Maître de la Tour cyan gémit. Pourtant, peut-être parce que je lui avais déjà brisé le moral une fois, elle changea bientôt d’avis.
Il nous faut l’aide du maître pour arrêter le météore. D’après ce que Hughes a expliqué, le maître a empêché seul le météore de tomber pendant tout ce temps… Il a beau parler comme ça, il va forcément nous aider.
Le Maître de la Tour cyan était montée seule au château flottant alors qu’elle était encore très jeune. C’était une mage au talent exceptionnel, et elle n’avait rapidement plus rien eu à apprendre. Le Roi démoniaque lui avait enseigné la magie.
Elle avait appris assez vite pour devenir Maître de la Tour cyan. Mais un jour, elle avait imaginé à quel point il serait dangereux d’utiliser la magie de gravité comme une arme, et en avait été profondément bouleversée.
Ce monde était si fragile. Il pouvait être détruit si facilement, et pour si peu de chose.
Elisha Celsius avait quitté sa famille. Ne voulant pas se battre contre sa sœur aînée, elle s’était rendue seule au château flottant, malgré son jeune âge.
Mais ce qu’elle avait appris au château flottant, c’était un pouvoir capable de détruire le monde. Le Maître de la Tour cyan avait renoncé à en apprendre davantage et s’était consacrée à ses devoirs.
Mais le maître n’a pas pu nous enseigner dans le but de détruire le monde. Ce n’est pas son genre. Si je crois ce que Hughes a dit.
Une idée traversa l’esprit du Maître de la Tour cyan. Elle lâcha la conclusion qui venait de s’imposer à elle :
« Maître, vous essayiez de détruire “Orgueil”, n’est-ce pas ? »
Le Roi démoniaque ne répondit pas davantage cette fois. Le Maître de la Tour cyan poursuivit :
« Les tours de mages défensives du château flottant sont toujours tournées vers le ciel. Les arcanes tirées des cinq tours détruisent les météores qui tombent au-dessus du château flottant. Le château flottant que vous avez confié au Seigneur de l’Or était destiné à cela depuis le début. »
« Hmm. »
« Et vous nous avez enseigné. Vous avez formé d’innombrables mages, dont les autres Maîtres des Tours. Vous aviez aussi besoin de cette force pour détruire “Orgueil”, n’est-ce pas ? »
Jusque-là, même lorsque les affrontements entre les mages devenaient un peu violents, le Roi démoniaque les encourageait. Il les poussait à chercher un savoir toujours plus approfondi en se battant et en débattant les uns avec les autres.
Le Maître de la Tour cyan avait vu cela et renoncé à poursuivre son apprentissage, mais elle comprenait à présent. Elle comprenait ce que le Roi démoniaque voulait.
Tout s’éclaira. Réprimant la honte qui montait en elle, le Maître de la Tour cyan déclara :
« Je suis désolée, maître. J’ai été lâche et stupide, alors je n’ai pas su vous faire confiance. J’ai douté de vos véritables intentions et renoncé à apprendre. Mais maintenant, je comprends enfin. Maître, je vais à présent perpétuer votre volonté. »
Le Roi démoniaque avait vu mourir Saint Rene et Principia, mais il avait perpétué leur volonté et empêché le météore de tomber. Après tout ce temps, il avait enfin rencontré une disciple qui le comprenait…
C’était donc ça, l’histoire ? Tss. Je ne savais pas. Ce scénario me semblait tout à fait plausible, alors pourquoi ça ne collait pas ? J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose.
Même en faisant abstraction de la lecture des pensées, le Roi démoniaque restait difficile à comprendre. Il n’avait pas l’air ému, pas plus qu’il ne souriait. Après avoir contemplé le Maître de la Tour cyan d’un air pensif, il prit la parole.
« Rien n’est absolu en ce monde. »
« Pardon ? »
« Comprenez-vous ce que cela signifie ? »
Qu’est-ce qui lui prenait, tout à coup ? Rien n’était absolu en ce monde ? Était-ce une de ses expressions favorites ?
« C’est ma maxime préférée. Rien n’est impossible en ce monde. Il n’existe ni vérité évidente ni fait certain. Il suffit de bien mélanger les choses pour qu’une faille apparaisse toujours. »
« Pas de vérité évidente, c’est ce que vous voulez dire ? Ce n’est pas mal. Mais ce n’est pas bien non plus. Vos paroles sonnent juste, mais vous passez à côté de l’essentiel. »
Ouf. Voilà une remarque bien cinglante, dans un moment pareil.
Pourtant, le Roi démoniaque hocha la tête, satisfait.
« Faites comme bon vous semble. C’est la requête de ma disciple et le plan du Roi de l’Humanité. Je vous aiderai dans la mesure de mes forces. »
Hein ? Pour de vrai ? Aussi facilement ?
Ses paroles se concrétisèrent aussitôt.
Le château flottant se mit en mouvement. Même soumise à sa gravité artificielle, je sentais la secousse. Le Roi démoniaque déplaçait le château flottant depuis sa position actuelle par la seule force de son pouvoir.
« Même si vous échouez, cela n’a pas d’importance. Le château flottant restera en sécurité. Montrez-moi tout ce que vous avez préparé. »
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