Chapitre 686
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 686 : Récit du passé. Chasse aux sorcières - 3
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Ce que le professeur Principia avait découvert n’était pas un Dieu démoniaque.
C’était de la magie.
Un blasphème contre le Dieu démoniaque, qui ramenait ce mystérieux pouvoir dans le domaine de la technologie.
Voilà pourquoi Rene était ravie.
Ce n’était pas un Dieu démoniaque. Rene avait aidé Principia dans un domaine purement universitaire, et le résultat était assez remarquable pour surpasser la plupart des Dieux démoniaques.
Des symboles et des diagrammes. Des dessins et des équations. La magie s’accomplissait à l’aide d’axiomes que tout le monde pouvait comprendre. Les Dieux démoniaques n’étaient plus des pouvoirs réservés à quelques-uns. Bien que limitée, la magie était désormais à la portée même des gens ordinaires.
Principia était un génie qui surpassait jusqu’aux autres mages. Un être si exceptionnel qu’au lieu d’éveiller une Arcane innée ou de rechercher un Dieu démoniaque, il s’était consacré à démonter et analyser les pouvoirs des Dieux démoniaques. Rene lui parla avec un respect sincère.
« Voilà donc pourquoi vous n’avez jamais répondu, même si je vous ai écrit régulièrement ces cinq dernières années. »
« Je suis désolé. Mes calculs me laissaient croire que ce serait vite fait, mais ça n’a pas été si simple. »
« Personne n’avait jamais emprunté cette voie. Vous êtes le premier à avoir franchi le pas, professeur. Désormais, plus personne ne pourra vous dénigrer. »
N’importe quel mage reconnaîtrait aussitôt la grandeur de cette découverte. Tous auraient honte d’avoir ignoré et méprisé Principia.
« Même sans Arcane innée, plus personne ne pourra vous le reprocher. C’est presque comme si vous possédiez un autre Dieu démoniaque. »
« …Une Arcane innée ? Ça ? »
« L’Arcane innée est un pouvoir que Dieu accorde aux gens. Mais la magie, professeur, c’est un pouvoir que vous avez offert à l’humanité. Je vous respecterai toujours. »
« Non, c’est… »
Rene avait à la fois réconforté et couvert Principia d’éloges, mais son expression était étrange. Tandis qu’il se grattait la tête, cherchant quoi répondre, un assistant de passage prit la parole.
« Quoi ? Ma sœur, tu ne savais pas ? Le professeur Principia a déjà une Arcane innée ! »
Cette révélation inattendue surprit quelque peu Rene.
L’Arcane innée était un pouvoir qu’on obtenait en poursuivant une seule image mentale avec une obsession presque maladive. Principia avait élaboré quantité de théories et même fondé la magie grâce à ses capacités, mais il n’avait pas mené beaucoup de recherches qui lui fussent propres. Son talent exceptionnel était devenu un poison : le moindre effort lui apportait des résultats, si bien qu’il était incapable de se consacrer à une seule chose.
C’était ainsi que Rene avait compris Principia.
« …Quoi ? Mais le professeur Principia n’a entrepris aucune recherche à part depuis ce jour-là. »
« La recherche n’est pas le seul moyen d’éveiller une Arcane innée ! La dernière fois, le professeur marchait, perdu dans ses pensées, les yeux levés vers le ciel nocturne. Il n’a pas vu le trou devant lui et il est tombé dedans ! Après s’être débattu un moment, il a éveillé son Arcane innée ! C’était l’éveil le plus drôle du monde ! »
« …Je t’avais dit de ne pas raconter ça. »
« Mais c’est drôle. Un sage qui perce les secrets de l’univers n’a pas vu un petit trou et s’est retrouvé à patauger dedans ! Ha ha ! »
L’assistant pouffa, et Principia marmonna, agacé :
« Si tu ne faisais même pas ton travail d’assistant, je t’aurais renvoyé depuis longtemps. »
Même un génie sans précédent pouvait avoir des moments d’inattention. Rene esquissa un sourire et demanda par politesse :
« Ça a dû être terrible. Vous n’avez rien eu ? »
« Non, ça allait. Le trou n’était pas très profond, je suis sorti sans difficulté. »
« Pour la petite histoire, c’est moi qui l’ai tiré de là ! Tu n’imagines pas le mal que je me suis donné cette nuit-là ! Je n’y voyais rien, mais j’entendais le professeur crier. Je suis venu l’aider, et il n’arrêtait pas de me demander de le tirer plus vite. J’ai fini par le sortir, couvert de boue, et il m’a réclamé un chiffon pour se nettoyer et un feu de joie ! Franchement. Si je n’avais pas été un assistant qui respecte le professeur, je serais parti en le laissant là ! »
« C’est pour ça que tu n’as toujours pas été renvoyé. »
Leur conversation ressemblait moins à celle d’un professeur et de son assistant qu’à celle de vieux amis. Il ne devait pas y avoir grande différence entre les deux.
Peut-être parce que l’assistant était resté trop longtemps aux côtés de Principia, il n’avait pas éveillé d’Arcane innée, malgré son immense talent. Il n’avait pas eu le loisir de mener ses propres recherches tout en aidant Principia. C’était comme s’il se dissimulait dans l’ombre immense de ce dernier.
Et pourtant, l’assistant était libre. Rene l’envia secrètement.
« Quel genre d’Arcane innée avez-vous éveillé, professeur ? »
« Elle n’est pas encore au point, alors je n’ai pas vraiment envie de vous la montrer… »
« J’ai envie de la voir. Non, il faut que je la voie. »
« Elle n’a rien de spécial. Vraiment. »
Principia regarda autour de lui et aperçut une pomme. Il la prit nonchalamment et la lâcha. Comme tout autre objet, la pomme subit l’effet de la gravité et tomba vers le sol recouvert d’un épais tapis.
Bien plus lentement que d’ordinaire.
« Voilà mon pouvoir. Je peux modifier la vitesse à laquelle une chose tombe. J’ai ralenti sa chute pour ne pas abîmer la pomme, mais je peux aussi l’accélérer. »
« On dit que son Arcane innée concerne la chute parce qu’il l’a éveillée après être tombé dans un trou ! Ha ha ! »
« …Argh. »
Rene esquissa elle aussi un sourire.
Il fallait bien l’admettre, l’Arcane innée de Principia n’avait rien de remarquable. Elle paraissait si insignifiante qu’elle était à des centaines de kilomètres d’un Dieu démoniaque.
Babel comptait d’innombrables Arcanes innées capables d’allumer des flammes, de faire souffler le vent ou de provoquer des vibrations. Aux yeux de Rene, il semblait vraiment que Principia avait obtenu une Arcane innée mineure par hasard.
« Alors, me voilà rassurée. Votre Arcane innée ne risque pas de vous blesser. »
« …On aurait dit que vous disiez que mon Arcane innée n’avait rien de spécial. »
Principia grommela, mais il n’y pouvait rien. L’Arcane innée renfermait la vie de son détenteur, mais on ne pouvait pas la choisir.
Principia trouvait épuisant d’expliquer les choses et de convaincre les autres. Rene se chargea de faire connaître la magie. Aidée de l’assistant, qui faisait sans cesse l’aller-retour, elle la répandit dans toute la Fédération arcanique.
La magie était une technologie utile et révolutionnaire. Tout le monde ne pouvait pas la comprendre et l’utiliser, mais même si une personne sur cent seulement l’apprenait, les chances de survie d’une communauté augmentaient considérablement. Sous le nouvel ordre de la magie, ce territoire se transforma peu à peu en nation. Tout cela grâce à la magie.
Et le doux miel attirait les insectes.
L’État vassal de Marigold s’approcha de Babel. Tenu pour responsable de la guerre de l’Or contrefait et attaqué, il s’était morcelé. Une partie de ses forces restantes s’enfuit vers la Fédération arcanique.
L’État vassal de Marigold était la nation la plus avancée en alchimie, en commerce et en industrie. C’était aussi le pays natal de Principia. De nombreux érudits venaient de Marigold ou entretenaient des liens étroits avec sa noblesse.
Ils avaient beau être des réfugiés de guerre, leurs racines se trouvaient toutes dans l’Empire ou dans un État vassal. Les érudits n’arrivaient pas à se montrer inflexibles, tandis que le duc en fuite se comportait comme s’il l’était encore.
« Ce pouvoir qu’on appelle magie est véritablement prodigieux. Il n’a rien à voir avec les tours des druides ou les artifices des alchimistes. Avec lui, il sera facile de restaurer l’État vassal. »
Babel était avant tout un rassemblement d’érudits. Ils ne pouvaient pas s’opposer fermement à un duc accompagné de soldats.
Et même s’ils l’avaient fait, cela n’aurait servi à rien. Avec ou sans Arcane innée, les lances et les épées des manieurs d’aura étaient rapides et acérées. Ils seraient tués avant d’avoir pu résister.
Rene, qui était membre du clergé, put au moins s’avancer et répondre :
« Votre Altesse, duc de l’Or. La magie est la lumière de la vérité que Dieu a accordée à ceux qui doivent survivre sur des terres hostiles. Utiliser ce pouvoir sacré et béni comme une arme, c’est… »
« Silence. Général. »
Le général s’avança à grands pas, saisit Rene par la nuque et la força à s’agenouiller. Les papiers s’éparpillèrent, des cris stridents retentirent, et le bruit menaçant des épées qu’on dégainait emplit la pièce.
« Un évêque ne fait que me mettre des bâtons dans les roues. Pourquoi ne me dites-vous jamais que non ? Pourquoi n’avez-vous pas protégé ma nation avec cette langue si précieuse ? »
Le duc qui avait perdu son pays ne fit preuve d’aucune pitié. Après s’être emparé de Babel par la force, il balaya l’assemblée du regard et aboya :
« Je ne le répéterai pas. Fabriquez des armes grâce à la magie ! Des armes capables d’écraser les six États vassaux ! »
Le duc de l’Or tapota fièrement l’épaule de Principia et déclara :
« Mon parent et mon maître, Principia, supervisera toute l’opération ! »
Principia était un érudit jusqu’au bout des ongles. Les luttes de pouvoir ne l’intéressaient pas, et il n’avait pas le courage de défier le duc. Il avait aussi un lien personnel avec lui, si bien qu’il ne pouvait ni le traiter avec froideur ni lui tenir tête.
De toute façon, Principia trouvait épuisant de se quereller avec les autres. Il ne se soumettait pas à l’autorité. Il avait simplement tendance à se plier aux exigences d’autrui pour éviter les conflits eux-mêmes.
Les membres de Babel étaient eux aussi divisés.
« Je n’aime pas être mêlé à une guerre, mais l’État vassal de Marigold était favorable aux érudits. Ce sont les autres États vassaux qui ont tué de nombreux érudits, dont le professeur Lavoisier. »
« Mettons fin de nos propres mains à cette époque de folie et d’irrationalité. »
« Le pouvoir que nous possédons est stupéfiant. Vous n’avez pas envie de le mettre à l’épreuve, ne serait-ce qu’une fois ? »
« Nous ne pouvons pas vivre éternellement sur cette terre. Si nous voulons rentrer chez nous sains et saufs, ne vaut-il pas mieux collaborer avec le duc ? »
Pour diverses raisons, les mages soutinrent le duc. Ceux qui s’y opposèrent, Rene comprise, étaient minoritaires.
« Utiliser ce pouvoir pour faire du mal aux autres… Nous ne pouvons pas faire ça. »
« E-et si quelque chose tournait mal ? Nous serions tous tenus pour responsables. Nous serions tous arrêtés et exécutés ! »
Pourtant, dans toute la sphère d’influence de l’Empire, les alchimistes continuaient d’être exécutés. Le fruit de la folie qu’on appellerait plus tard la chasse aux sorcières cherchait sans cesse l’occasion de franchir les frontières de la Fédération arcanique. Les opposants perdirent peu à peu leurs forces.
Ils retournèrent dans les territoires dont ils avaient la charge et s’y enfermèrent. Ceux qui restèrent à Babel s’unirent autour d’un seul objectif.
« Mais peut-on fabriquer des armes magiques capables de vaincre nos ennemis ? »
Ils soulevèrent une question pratique, mais Principia la balaya d’un revers de main.
« Euh… Hmm. Nous ne risquons pas de perdre. J’ai une idée. »
« Une idée ? »
« Je vais vous montrer. Nous en avons quelques-uns en réserve. »
Principia les conduisit à l’extérieur.
Il appela l’assistant. Le regard vide, celui-ci apporta un télescope et le monta avec adresse. Après l’avoir pointé vers une partie du ciel, il donna à Principia une série de mots qui ressemblaient à un code. Principia hocha la tête et lança un sort.
Flash.
Une lueur vacilla, mais rien ne se produisit.
Principia n’avait pas l’air d’avoir échoué. Il traça des lignes du doigt, comme s’il effectuait des calculs, puis hocha la tête.
« Ça a marché. Je pense qu’il faudra environ deux jours. »
« Deux jours ? »
« Oui. Contactez le duc de l’Or. Dites-lui que j’ai utilisé la magie et qu’il peut revenir dans deux jours. »
Une magie dont le résultat ne se manifestait qu’au bout de deux jours ? Pouvait-on vraiment appeler cela de la magie offensive ?
L’assistant transmit le message au duc de l’Or et, comme prévu, le duc entra dans une colère noire. Il s’écria qu’il ne s’agissait ni d’un cours ni d’une revue universitaire, et qu’en deux jours l’ennemi aurait largement le temps de s’emparer d’un château.
Mais alors…
Deux jours plus tard, en découvrant la réponse venue du ciel lointain, le duc de l’Or, comme tous les autres, resta sans voix.
Une étoile filante broda le ciel.
C’était une étoile en mouvement. Traînant derrière elle une longue queue et brûlant comme une luciole, elle plongeait vers la terre. Le spectacle d’une pluie de météores tombant en une seule traînée était d’une splendeur inimaginable. Quelqu’un aurait pu contempler ce météore et faire un vœu.
Mais ce météore n’exaucerait aucun vœu. Il répondait à la demande désinvolte d’un Dieu démoniaque.
Le météore se rapprocha. Sa lueur grandit, déchirant la nuit noire, soulevant un grondement de tonnerre et écrasant le monde sous son poids. Un météore volant à basse altitude passa au-dessus de leurs têtes.
Non, dire qu’il était passé au-dessus d’eux n’était qu’une illusion. Il était encore très loin. Pourtant, face à une collision cosmique, cette « grande distance » ne signifiait rien.
La météorite s’enfonça dans le continent en biais, et une puissante onde de choc se propagea depuis le point d’impact. Les verres qu’ils tenaient se brisèrent sous l’effet de la seule onde de choc. La glace épaisse se fissura comme si elle n’était rien.
La mort ? Non. Ce qui les avait frôlés, c’était l’extinction. La pointe d’un pouvoir qui pouvait rendre insignifiante la tragédie d’un individu les avait effleurés. Un terrible frisson parcourut l’assemblée.
Rene comprit qu’elle s’était trompée.
Ce n’était pas simplement la capacité de maîtriser la vitesse de chute des objets.
C’était un Dieu démoniaque.
« Cela vous convient-il, Votre Altesse, duc de l’Or ? »
Principia, qui avait recréé dans une certaine mesure une extinction d’un autre âge, répondit calmement, comme si de rien n’était.
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